en Hollande
Sur ces 161 cas, 46 enfants sont venus privés de vie, et 155 vivants, parmi lesquels 73 ont continué de vivre.
Huit femmes sont mortes après l’accouchement, mais 5 au moins ont succombé à des maladies indépendantes de l’opération. Enfin , le rédacteur de la Gazette médicale de Paris , ajoute que M. Sloltz a mis en usage l’accouchement prématuré à Troyes, depuis sa lecture à l’Académie; en sorte qu’aujourd’hui la science en possède au moins 70 exemples. »
PRINCIPES
ulilc instruction. Qu’on s’imagine deux parties en présence qui 6e font une guerre de plume , qui se battent ou se disputent souvent sans trop s’entendre, qui, aux bonnes ou mauvaises raisons dont ils cherchent à faire valoir leur cause respective, ajoutent le plus souvent des injures grossières sans la rendre meilleure, qui, enfin , sont obligés de se séparer et d’abandonner l’arène sans avoir presque rien décidé ; et l’on aura une idée abrégée , mais exacte , de la fameuse querelle qui divisa trop longtemps les césariens elles symphysiens.
On doit juger par là que nous ne sommes point décidé à nous ranger sous les enseignes de ceux qui regardent la section du pubis comme un moyen unique et exclusif de secourir la femme en travail , quelle que soit la mauvaise conformation de son bassin. Nous n’adopterons pas non plus le sentiment de ceux qui s’obstinent à la rejeter dans tous les cas, comme très-grave, accompagnée de dangers et infructueuse. Nous prendronts donc un parti moyen, et persuadé que la vérité est toujours loin des extrêmes , nous dirons que celte opération peut être utile ou avantageuse dans quelques circonstances, quoiqu’il soit très-difficile , pour ne pas dire impossible, de les déterminer dans la pratique.
Telle est aussi, du moins à peu près, l’opinion qui a paru la plus raisonnable à Baudelocque et au docteur Gardien, les derniers auteurs qui aient le plus longuement écrit sur la section du pubis. Mais nous croirions manquer à la justice, et surtout au caractère de franchise que nous avons résolu d’imprimer à cet ouvrage , si nous n’exposions la diffèrence'que nous avons trouvée dans leurs écrits et dans les motifs qu’ils allèguent l’un et l’autre : différence qui a dû nécessairement en occasionner une dans leurs résultats et leurs décisions. Au reste , nous écrivons ici sans passion comme sans partialité. Le premier des auteurs dont nous allons discuter l’opinion, fut un de nos maîtres , et l’autre est notre confrère et notre ami. Mais le respect que la mé-
li,
le
moire de l’un commande, et les égards que l’autre mérite, en nous interdisant tout esprit de critique, doivent nous laisser au moins la liberté de dire 'notre façon de penser et de choisir entre deux parties celui qui nous parait le plus vraisemblable.
Revenons à notre objet, Raudelocque commence par rendre compte des expériences qu’il a faites lui-même sur le cadavre, en présence de plusieurs chirurgiens de l'Hùtel-Dieu de Paris, pour rechercher le degré d’ouverture que la section de la symphyse des os du pubis devait procurer au bassin, et les accidents qui devaient suivre cette opération sur la femme vivante. Il résulte de ces expériences , qu’au lieu de deux pouces et demi d’écartement, que certains partisans de la nouvelle opération assuraient avoir obtenus sans efforts et sans dangers, sur la femme vivante, il n’a pu obtenir, à l’instant de la section , qu’un écartement de trois à six lignes , lequel on n’a ensuite porté deux pouces et demi qu’après avoir fait décrire aux cuisses un angle droit avec le tronc, ou la forme delà lettre T, et après avoir écarté les hanches en sens opposés. Mais alors le périoste s’est soulevé et les ligaments antérieurs se sont déchirés vers les symphyses sacro-iliaques, qui se sont entr’ouvertes elles-mêmes , au point d’admettre quelquefois l’extrémité du doigt, et même du pouce. Ces délabrements ont été constamment observés et ont paru plus ou moins considérables, selon la forme du bassin, la souplesse des symphyses et l’écartement des os pubis; en sorte qu’on a remarqué aussi différents degrés dans l’élargissement du bassin, considéré du sommet de la saillie sacro-vertébrale à l’angle sus-pubien , et dans l’accroissement de ses dimensions. Le diamètre transversal du détroit supérieur s’est toujours augmenté beaucoup plus que celui du détroit inférieur, et l’un et l’autre beaucoup plus encore que le diamètre antéro-postérieur respectif. L’élargissement de l’arcade du pubis à sa partie supérieure a presque toujours égalé l’écartement des
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06; enfin, le petit diamètre du détroit supérieur, qui met le plus constamment obstacle à l’accouchement , n’a paru s’ac<ü-oître que de quatre à 6ix lignes par l’écartement de deux pouces et démise la part des os pubis.
Tel est le résultat des expériences cadavériques que Caudelocque avait entreprises pour apprécier les avantages de la sympliysiotomie, et il en avait conclu, avec raison, que celte opération , eût-elle augmenté le petit diamètre du détroit supérieur d’un demi-pouce , ce qui n’arrive pas toujours, ne pouvait faire cesser, dans tous les cas, la disproportion du bassin avec la tète ffe l’enfant. En effet, quelle utilité pourrait-on en retirer lorsque la largeur du bassin ne serait que de deux pouces, de quinze lignes, d’un pouce, ou seulement de six lignes, comme on cite des exemples?
Mais cette conclusion , qui devrait suffire pour convaincre tout homme impartial, et pour ramener les symphysiens, même les plus obstinés, dans le sentier de la raison, notre-auteur l’avait appuyée de preuves innombrables et sans réplique ; c’est à lui que nous devons un excellent et précieux recueil de presque tous les faits qui n’ont que trop malheureusement attesté les dangers de la symphysiotomie sur la femme vivante , à une époque où presque tous les accoucheurs en délire s’empressèrent à l’envi de pratiquer cette opération, et de persuader au public que le plus habile d’entre eux était celui qui maniait le mieux le couteau symphysien.
Il faudrait avoir une âme de bronze pour ne pas s’attendrir sur le sort des victimes qui furent immolées à l’erreur ou à l’enthousiasme d’un moment; et certes ! ou nous nous trompons bien , ou le récit de cette san glante scène ne fera jamais honneur à l’histoire de l’art 1 1 Là, ce sont des femmes auxquelles, par le plus crimi- s nel abus de tous les principes, on tranche impitoyable c ment la symphyse, quoiqu’elles ne fussent pas dam ei l’impossibilité absolue d’accoucher naturellement. Le a
unes avaient ètô déjà mères de plusieurs enfants avant cette opération, et les autres le sont devenues depuis sans le secours de l’art. Ici , ce sont des malheureuses qui, après s’étre laissé fendre le bassin, ont la douleur de voir expirer leurs enfants au milieu des efforts que nécessite leur extraction; et quelques-unes sont ensevelies dans le même tombeau, ou ne leur survivent de quelques jours que pour être en proie aux plus vives angoisses. Presque partout on voit que. cette opération a été abusive, inutile ou meurtrière ; et dans ce dernier cas, ou ne peut s’empêcher de frémir à l’aspect des dé sordres que l’autopsie du bassin a manifestés. Écartement des symphyses sacro-iliaques , soulèvement du périoste, et déchirure des ligaments qui les recouvrent ou les fortifient, dépôts sanieux, ichoreux ou purulents qui inondent les fosses iliaques et l’excavation du bassin, telles furent les suites de cette opération, dont quelques novateurs s’empressèrent de publier les bienfaits, et à laquelle on crut d’abord qu’était attaché le 6alut des femmes mal conformées. En deux mots, si la section du pubis a eu quelques succès , ce n’a été que sur des femmes qui pouvaient accoucher naturellement, et qu’il était par conséquent inutile de soumettre à ce nouveau genre de mutilation; lorsqu’on a voulu la pratiquer sur celles drfnt l’accouchement était impossible par les voies naturelles, on a presque toujours vu périr la mère et l’enfant, ou au moins l’un des deux. Sur quarante-une femmes qui ont été opérées, dit Baudelocquc, quatorze ont succombé, et vingt-sept seulement ont été conservées, A la vérité, parmi les premières, quelquesunes paraissent avoir été moins victimes de l’opération que du retard qu’on avait mis à la faire, et de l’emploi de beaucoup de moyens qui avaient pu en empêcher le succès. Mais aussi parmi les dernières un bien plus grand nombre avaient eu précédemment un ou plusieurs enfants , dont les upes étaient accouchées naturellement, et les autres au moyen du forceps ou de la masn
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seule; un plus grand nombre encore, depuis l’opéralion, ont été délivrées de même : preuve que leur bassin était moins défectueux qu’on ne pensait. Quant aux enfants, treize seulement sont venus vivants et vingthuit sont nés morts , ou n’ont donné que des signes de vie très-équivoques.
Malgré ce recensement ou plutôt celle espèce de nécrologie , qui n’est rien moins que favorable à la symphysiotomie , lîaudclocque n’était pas éloigné de l’admettre et de lui accorder quelquefois la prééminence sur l’opération césarienne; mais c’était seulement lorsque le petit diamètre du détroit supérieur était au-dessus de deux pouces et demi, parce qu’au-dessous de ce degré de resserrement, elle n’avait eu jusqu’alors aucun succès. Il différait en cela du docteur Gardien, qui paraît en avoir conçu une idée beaucoup plus avantageuse, comme il nous reste à le faire voir en analysant le complément des connaissances qu’il a publiées sur celte opération.
D’abord, il est bon d’observer que ce dernier auteur n'a point écrit, comme l’avait fait liaudelocque, d’après sa propre expérience, mais d’après celle d’autrui. Il fait très-bien sentir que les résultats variés de l’autopsie cadavérique concernant l’écartement des os pubis, peuvent dépendre de plusieurs causes, telles que la différence d’àge, le temps qu’on laisse écouler après la mort, les différentes époques de la grossesse ou des couches, l’infiltration ou la sécheresse des symphyses sacro-iliaques, la précaution ou l’oubli de mettre le cadavre dans le bain, pour assouplir ces parties, enfin la soudure de l’un des oscoxaux avec le sacrum. Ensuite il choisit et cite, parmi des expériences multipliées , celles qui ont été faites par Giraud et Ansiaux, deux praticiens d’un mérite distingué. Le premier offrit, il y a quelques années, à la Société de médecine, un bassin dont le petit diamètre était de trois pouces. «A un pouce d’écartement interpubien, ce diamètre s’accrut de deux lignes ;
à deux pouces, de quatre lignes; à trois pouces, de huit lignes; à quatre pouces, de douze lignes, et, ce qu’il y a de plus merveilleux, sans la moindre rupture des ligaments sacro-coxaux. Le second avait aussi préparé un bassin dont le petit diamètre, qui n’était naturellement que de deux pouces et un quart, s’accrut de six lignes, par un écartement de trois pouces entre les os pubis. De ces deux pièces anatomiques, le docteur Gardien conclut : 1° que trois pouces d’écartement entre les os pubis augmentent le petit diamètre du détroit supérieur de six à huit lignes; 2° que l’écartement des os pubis, porté au-delà du terme ci-dessus , fait croître le même diamètre dans une plus grande proportion ; 3° enfin . que l’accroissement de ce diamètre est d’autant plus grand, que le bassin est plus vicié.
Tels sont les principes que le docteur Gardien établit pour prouver que la section du pubis peut faciliter le passage d’une tête ordinaire, ou dont la largeur est de trois pouces et demi , à travers un bassin dont le diamètre sacro-pubien n’a que deux pouces. 11 s’agit donc ici de gagner un pouce et demi, quantité dont la largeur de la tète excède celle du bassin. Or, suivons bien le raisonnement de notre confrère, et voyons comment il triomphe de l’obstacle contre lequel la nature est impuissante. Le bénéfice de la symphysiolomie, dit-il, tient beaucoup à l’allongement du diamètre antéro-postérieur du bassin , mais encore plus à la précaution d’engager une des bosses pariétales dans l’espace qui se trouve entre les deux pubis éearlès, et de faire passer l’autre au-devant de l’une des symphyses sacro-iliaques. C’est ainsi que d’un côté, par l’allongement du diamètre pelvien, on gagne six ou huit lignes, et que, d’un autre côté, le raccourcissement du diamètre trans^rse de la tête, à cause de sa situation diagonale, peut être évalué à cinq ou six lignes pour chacune de ses extrémités, c’est-à-dire à l’épaisseur des deux bosses pariétales , parce que l’une se trouve hors de la cavité pelvienne,
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tandis que l’autre 6e présente au-devant d'une échancrure ischialiquo ; ce qui donne en tout environ un pouce et demi, et non environ un pouce et un quart , comme le dit le docteur Gardien. Pourquoi ne pas porter l’exactitude du calcul jusqu’à la rigueur, puisque la force du raisonnement l’exige?
Voilà donc une tète de volume ordinaire qui passe à travers un bassin dont la disproportion ou défectuosité est d’un pouce et demi. Quel prodige ! mais ce n’est pas tout : le bienfait de la symphysiotomie ne se bornerait pas encore là, en suivant toujours les principes du docteurGardien ; car, suivant lui, le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur s’allonge d’autant plus que le bassin est plus vicié. Donc , en supposant l’étroitesse audessous de deux pouces, en la portant, par exemple, à un pouce et demi , à un pouce , même à six lignes, on pourrait peut-être espérer d’y faire passe? la lêle, pourvu qu’on eût la précaution de la faire présenter diagonalement, comme il le recommande. Donc, à l’aide de cette induction, on finirait par prouver non-seulement que l’opération de la symphyse convient dans quelques cas,, mais encore qu’elle mérite toujours la préférence su™ tout autre procédé , quelle que soit la mauvaise conformation du bassin. Qu’on juge après cela de cette manière de raisonner !
Mais parlons d’une manière plus directe. De bonne foi, le docteur Gardien croit-il qu’il soit aussi facile qu’il le dit d’exécuter, après la symphysiotomie, la manœuvre sur laquelle il fonde en grande partie les avantages de cette opération? Lorsque le bassin est excessivement vicié, comme on le suppose ici, ne trouve-t-on aucun obstacle à faire rouler la tête, qui est plus ou moins engagée, et plus ou moins serrée par la matrice, à lui donner une situation diagonale, et à engrener l’une de ses bosses pariétales entre les os pubis? Tout cela peut paraître possible, même facile en théorie; mais noussommes fort éloigné dépenser qu’il en soitdemême
en pratique , et bien des accoucheurs seront certainement de notre avis. Nous allons encore plus loin; nous osons assurer que, sur un million d’enfants qu’on extrairait ainsi , après avoir tranché la symphyse du pubis , lorsque la largeur du bassin , est au-dessous de deux pouces et demi, on n’en sauverait peut-être pas un seul, à part même le danger que courraient les mères. D’ailleurs, comment le docteur Gardien conçoit-il cette engrenure de l’une des bosses pariétales dans l’écartement inlerpubicn? ou comment peut-il la concilier avec la position diagonale de la tête? De deux choses l’une : ou la tête s’engrène par l’une des bosses pariétales entre les os pubis ; et alors l’autre passe devant la saillie sacro-vertébrale, ce qui s’oppose à sa position oblique ou diagonale; ou bien la tête traverse le détroit supérieur diagonalement ; et alors l’une des bosses pariétales ne peut s’engrener dans l’écartement des os pubis. Cette prétendue engrenure et celle obliquité de la tête impliquent donc une sorte de contradiction, ou sont incompatibles l’une avec l’autre. Quant à nous, il nous est absolument impossible d’en concevoirl’existence simultanée. Enfin, quelque confiance que puissent mériter les expériences de Giraud et Ansiaux, sur lesquelles le docteur Gardien a fondé sa théorie , il nous sera permis, sinon de nier formellement, du moins de révoquer en doute qu’une ouverture de trois pouces puisse avoir lieu entre les os pubis de lafemme vivante, sansle moindre délabrement des symphyses sacro-iliaques. Qu’on prenne tant de précaution qu’on voudra pour modérer la séparation de ces os, et pour l’empêcher d’être trop brusque, toutes les connaissances physiologiques nous font encore appréhender le soulèvement du périoste et la déchirure des ligaments qui fortifient l’union du sacrum avec les os des hanches. Le docteur Gardien cite quelques expériences cadavériques ; mais que prouventelles contre l’autopsie d’un grand nombre de femmes mortes, après avoir été désympbysôes, et dont le bas-
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sin olTrail des désordres effroyables? Dira-t-on que la souplesse des symphyses en prévient la déchirure sur la femme vivante? Mais les physiologistes nous enseignent que tous les organes sont doués de contractilité durant la vie, cl nous sommes porté à croire que cet état s’élève jusqu’au plus haut degré de tension, d’éréthisme et de rigidité, chez une malheureuse mère que la frayeur rend presque muette avant l’opération, et que la douleur irrite pendant qu’elle est sous le tranchant du couteau symphysien, et sous la puissance des mains, qui , cramponnées sur ses hanches, les tirent en sens contraires pour les entre ouvrir.
Nous conclurons donc, d’après l’examen des connaissances puplièes par le docteur Gardien sur la symphysiolomie, qu’elles sont loin de nous en avoir inspiré une opinion aussi avantageuse qu’à lui-même. Nous persistons encore à n’admettre celte opération que dans les cas où le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur a plus de deux pouces et demi, parce que des faits nombreux en ont démontré les dangers au-dessous de ce terme d’étroitesse. Peut-être qu’un jour, moins timide et moins réservé, nous serons forcé d’en reconnaître des avantages beaucoup plus étendus; mais ce ne sera jamais sur la foi de quelques raisonnements théoriques, que nous savons être des instruments plus subtils que le .couteau du plus adroit des symphysiens.
SECTION IV
De V opération césarienne.
Il s’en faut bien que l’histoire de celle opération soi aussi connue que celle de la symphysiolomie. Les auteurs ne sont point d’accord sur son origine, qui se perd dans la nuit des temps les plus reculés. Cependant, si on la considère spécialement comme un moyen de sauver la femme vivante, lorsqu’elle ne peut accoucher
DE L’ART DES ACCOUCtlEhEN T -SI
naturellement, elle ne parait remonter qu’à la fin du quinzième siècle, environ quatre vingls ans avant que Rousset publiât son Traité de l’Hystèrotomie. Ce fut à peu près l’époque où, selon Gaspard Bauliin, elle fut pratiquée aussi par un châtreur qui , impatient de voir accoucher sa femme, dont le travail avait etc fort long et infructueux , eut l’étrange humanité de lui ouvrir le ventre pour la débarrasser plus promptement. Si l’on ne voit, au contraire , dans celte opération qu’une ressource de l'art pour sauver l’enfant après la mort de la mère, rien de plus difficile que d’assigner celui qui , le premier, dut la vie au couteau cèsarien. il est certain que ce ne fut point César, dont le père et le grand-père avaient porté le même nom joint à celui de Jules, et dont la mère, au rapport de Suétone, vivait encore lorsque ce conquérant porta la guerre chez les Bretons. D’ailleurs, une loi enjoignait de pratiquer celte opération pour sauver l’enfant, au temps même de Numa, second roi de Rome. Si l’on en croit la fable, Apollon retira Esculape vivant du sein de sa mère ; Lycas, selon Virgile, naquit de la même manière; enfin, on met encore un Hermès Trismègiste au nombre de ceux qui jouirent d’un si rare bonheur.
Quoi qu’il en soit, l’opération césarienne consiste à inciser le ventre et la matrice de la femme pour ouvrir une issue à l’enfant, dont la naissance est physiquement impossible par les voies naturelles. C’est donc, pour ce dernier , le plus doux et le plus sur moyen de terminer l’accouchement, puisqu’on le met à l’abri des dangers qui le menacent dans toutes les autres mèi thodes, même les plus simples. Mais il n’en est pas ainsi de la mère, pour laquelle les suites de cette opération • sont toujours redoutables. L’hémorrhagie, dont la sourco peut provenir, soit des sinus utérins qui se rendent au placenta, soit des artères latérales de la matrice, que l’hyslérolome ne peut toujours éviter; l’inflammation de ce viscère, du péritoine et de l’intestin ; la suppura-
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lion, la gangrène, l'épanchement des lochies dans l'abdomen ; des hernies consécutives ou des éventrations plus ou moins considérables ; telle est la somme des accidents qui paraissent inséparables de l’opération césarienne, et qui empêchèrent autrefois Mauriceau et Delamotte de la pratiquer avant la mort de la femme.
Il faut néanmoins convenir que la conduite de ces deux célèbres accoucheurs, quelque humaine qu’elle parut à leurs contemporains, n’était pas exempte de reproches ; car il devait souvent leur arriver de sacrifier deux individus à la fois, tandis qu’avec un peu plus de fermeté ils auraient toujours pu en sauver un et quelquefois tous les deux. D’ailleurs, s’ils avaient consulté les annales del’art, qui sont les fidèles dépositaires de l’expérience, n’auraient-ils pas pu se convaincre que le récit des succès attribués, même de leur temps, à l’opération césarienne, n’était rien moins que fabuleux, et que, par conséquent, leurs craintes étaient exagérées ou mal fondées ? Ce serait donc aujourd’hui se déclarer l’ennemi de la vérité ou refuser d’ouvrir les yeux à l’évidence, que de contester les avantages qu’on peut retirer de cette manière de terminer l’accouchement, lorsque toute autre ressource est insuffisante. Sans parler de la femme de Sonnius , médecin de Bruges, que son mari soumit, dit-on, sept fois au couteau cèsarien, il y en a beaucoup d’autres qui ont survécu à cette opération. Simon en a recueilli une soixantaine ; Tenon en compte soixante-dix à l’Hôlel-Dieu de Paris depuis celle qui fut opérée par Gaspard Bauhin; Michel et Weideman en ont cité un assez grand nombre ; Bàudelocque rapporte que sur cent onze qui ont été opérées depuis le milieu du siècle dernier quarante-sept ou quarante-huit ont été sauvées, ce qui fait plus d’une sur trois. Millot, Lauverjat, et tout récemment encore Bacqua, de Nantes, ont aussi obtenu des succès qu’on ne saurait révoquer en doute.
Il suit de là que l’opération césarienne, loin de ne
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jamais faire que des victimes , offre , au contraire , un moyen sur de sauver toujours l’enfant et assez souvent la mère. Peut-être encore , lorsqu’elle a été mortelle pour celle-ci, devrait-on moins en accuser la lésion des parties intéressées que leur disposition morbifique, ou même celle de tout l’individu, telle que l’éréthisme et l’inflammation de la matrice, l’épuisement et l’abattement qui succèdent à un travail pénible, quand il devient en même temps trop long'.
Ce serait donc une erreur bien préjudiciable à l’humanité, que de proscrire entièrement une opération qui compte tant de succès en sa faveur; et certainement la chirurgie s’est montrée bien plus sage dans les siècles éclairés, en se la réservant comme une ressource pour les cas où elle est indispensablement nécessaire. Mais quel est le degré d’étroitesse pelvienne où l’on ne peut plus espérer d’amener l’enfant en vie par la voie naturelle , et où par conséquent doit commencer cette indispensable nécessité ? N’adoptera-t-on avec Levrct d’autre règle pour cela que l’impossibilité d’introduire la main dans le vide du bassin, pour pénétrer ensuite dans la matrice, ou bien l’impossibilité absolue de l’en retirer, après avoir saisi l’un des pieds de l’enfant? Mais alors la question reste toujours indéterminée ; car, ce qui serait difficile, même impossible pour une main d’une grosseur démesurée, pourrait bien devenir possible et même facile pour une autre qui serait plus délicate et plus effilée. Ajoutons à cela que la possibilité d’introduire la main dans le bassin et la matrice, même icelle d’extraire l’enfant par les pieds, ne suppose pas toujours la possibilité de lui sauver la vie. La main la plus grosse, comme l’observe Baudelocque, traverse librement un bassin, dont l’entrée n’a que deux pouces et demi de largeur, et une plus petite pénètre également dans la matrice quoique cette largeur ne soit que de deux pouces. Mais, à ces deux degrés d’étroitesse, combien d’enfants sauvera-t-on en les tirant par les
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pieds, s’ils sont à terme et d’une grosseur ordinaire? l'as un seul ; cl pourrait-on espérer d’en sauver davantage, si le bassin offrait seulement Irois pouces moins un quart de diamètre, à moins que la tète, plus molle qu’à l’ordinaire, ne pût s’allonger et se moulera la filière, ce qui parait impossible par les seuls efforls de la main ?
Aussi ,- la plupart des accoucheurs , convaincus de l’impuissance de la nature pour expulser l’enfant , et de l’insuffisance de la main cl du forceps pour l’cxlraire en vie, lorsque le détroit supérieur a moins de deux pouces et demi , ont décidé que l’opération césarienne était alors indispensablement nécessaire. Ils ont même ajoulé qu’au-dessous de deux pouces, elle était préférable à l’embryotomie ou au démembrement de l'enfant , quoiqu’il fût déjà mort dans la matrice. Il est vrai qu’alors on n’offre qu’un cadavre à la mère pour prix de sa résignation et de ses souffrances; mais l’art ne possède pas de moyen plus sur de lui sauver la vie. A ce dernier cas , ne devrait-on pas assimiler celui où la femme serait enceinte d’un ou de plusieurs enfants monstrueux, qu’on ne pourrait démembrer dans son sein, sans la mettre en danger de périr? Nul doute, au moins, que l’opération césarienue ne soit bien indiquée, toutes les fois qu’une exostose du bassin ou uno tumeur des parties molles dont il est revêtu , opposent un obstacle physiquement insurmontable à la nature, à la main ou au forceps. Au reste , celle décision des gens de l’art n’est rigoureuse qu’en théorie, comme nous l’avons déjà fait observer, cl l’on sent bien que la pratique ne peut pas toujours la suivre comme une règle invariable et sans exception. Cela vient de ce qu’on mesure assez exactement les dimensions du bassin avec le doigt ou le pclvimèlre, tandis qu’on ne peut jamais estimer d’une manière juste le volume ni la solidité de la tète. Or, si celle-ci est beaucoup plus petite et plus molle qu’à l’ordinaire, on conçoit qu’elle peut
DE L’ART DES ACCOUCIlEilENTS.
traverser uu bassin très-étroit, même sans de grandes difficultés; et voilà sans doute la source do ces méprises qui ont fait condamner au couteau césarien des femmes dont l’accouchement s’est terminé par les seules forces de la nature.
Le précepte de pratiquer l’opération césarienne doit s’entendre non-seulement de la femme vivante et à terme, mais encore de celle qui est morte pendant le travail ou à une époque quelconque de la grossesse, pourvu que l’enfant soit censé viable ou seulement capable de recevoir le baptême. Mais, comme cette dernière condition est toujours indéterminée avant la naissance de l’enfant, on ne saurait l’extraire trop promptement de la matrice , sans avoir égard aux questions oiseuses que la médecine légale et la théologie ont élevées sur la viabilité du fœtus ou sur sa capacité de recevoir le sacrement. Il faut donc se confirmer à la loi du sénat de Venise, qui ordonnait d’ouvrir le ventre d’une femme enceinte, ou réputée l’être immédiatement après sa mort , avec autant de méthode que 6i elle était encore vivante. C’est , en effet , le parti le plus prudent pour la mère et pour l’enfant, puisque leur mort, qu’on croit souvent réelle, peut n’être qu’apparente. Témoin la femme que Rigaudeaux accoucha, pour ainsi dire, sous le drap mortuaire, en 1743, et qui vivait encore trois ans après , ainsi que son enfant ; témoin aussi la femme dont Peu , accoucheur distingué de Paris, ne reconnut la vie qu’en l’opérant, quoiqu’il eut cru s’assurer de sa mort par différentes épreuves antérieures. A la vérité, on ne peut se dissimuler qu’en suivant celle loi, on s’expose à opérer plusieurs femmes sans aucun fruit; mais, comme il n’y a point de danger pour elles, cet inconvénient est nul en comparaison de l’inhumanité qu’il y aurait de laisser périr un seul enfant, ou de l’ensevelir vivant dans le cadavre de sa mère. Si l’on peut se dispenser d’ouvrir le YCnlre de la femme après sa mort , c’est lorsque les voies naturelles
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sont assez dilatées pour permettre l’inlroduction de la main et l’extraction de l’enfant, comme dans l’observation rapportée par lligaudeaux. On pourrait même dire qu’alors l’opération césarienne serait non-seulement inutile , mais encore dangereuse , supposé que la mort ne fut pas réelle; ce qui peut arriver, lorsqu’il s’agit d’une attaque de syncope, d’hystérie ou d’asphyxie. Dans tout autre cas, il vaut mieux, pour n’avoir rien à se reprocher, pratiquer l’opération aussitôt que la femme a rendu le dernier soupir, lorsqu’on la soupçonne d’être enceinte.
Mais en quel endroit du bas-ventre faut-il faire l’incision extérieure? Sur les côtés, ou sur la ligne blanche ? Voilà une question sur laquelle on n’est pas d’accord. La méthode latérale est la plus ancienne, et celle qui offre le plus de variétés. Les uns conseillent de couper obliquement les parois abdominales, depuis l’extrémité cartilagineuse de la troisième côte asternale jusqu’au pubis; les autres proposent une incision semilunaire, et Levret veut qu’elle tienne exactement le milieu entre le bord externe du muscle droit ou slernopubien, et une ligne qui , de l’extrémité de la troisième côte asternale, aboutirait à l’épine supérieur de l’os des îles ; peu importe , d’ailleurs , le côté de l’abdomen qu’on incise , à moins qu’il ne soit déterminé par des circonstances particulières. On convient néanmoins qu’il faut toujours préférer celui où s’incline le fond de la matrice , afin que ce viscère se présentant mieux à l’ouverture , empêche l’intestin et l’épiploon de s’échapper dans le premier moment. Nous ne parlons pas de la précaution que Levret recommandait à l’égard du placenta , parce que les signes d’après lesquels il prétendait en déterminer l’implantation, sont incertains.
Parmi les modernes , Mauriceau , Plalner, Solayrès et la plupart de ses élèves, ont préféré de faire l’incision à la ligne blanche , soit parce qu’il y a moins de fibres charnues , soit parce qu’on y découvre plus faci-
lenient la matrice apres l’ouverture. Baudelocque croit qu’il faut couper alors jusqu’à l’ombilic , et même audessus , pour inciser ensuite la matrice dans sa partie la plus élevée , et prévenir l’épanchement des lochies dans l’abdomen.
Enün , Lauverjat, d’après les succès de quelques praticiens , a renouvelé l’incision latérale, mais il ne lui donne aucune des directions déjà proposées. Il veut qu’elle soit transversale et de cinq pouces de long, qu’elle ait plus ou moins d’élévation selon la hauteur de l’utérus , et qu’elle s’étende entre le muscle droit ou slerno-pubien et la colonne vertébrale.
A dire vrai , aucune de ces méthodes n’est exempte d'inconvénients. On peut reprocher à la section latérale de diviser trois plans de fibres musculaires, qui, à cause de leur différente direction, se contractent inégalement, et s’opposent à la réunion de la plaie , dont on ne peut affronter exactement les bords. On risque aussi d’ouvrir quelques branches de l’artère épigastrique. D’ailleurs, l’incision doit porter alors, non sur la partie moyenne de la matrice, mais sur l’un de ses bords , et sur l’origine des vaisseaux qui l’arrosent; delà, des hémorrhagies plus ou moins abondantes. Enfin, les fibres de ce viscère, coupées obliquement ou en travers, ne peuvent se contracter sans écarter les bords de la plaie , et sans laisser tomber les lochies dans l’abdomen.
Mêmes inconvénients quand on opère sur la ligne blanche; la plaie utérine reste encore béante, parce que les fibres divisées se contractent de haut en bas. L’incision peut aussi tomber sur l’une des parties latérales de la matrice, si ce viscère est oblique , et comme tordu sur lui-même. Mais un défaut qui est propre à la méthode de Solayrès, c’est de s’opposer à la cicatrice extérieure, parce que les muscles abdominaux doivent nécessairement écarter les fibres de l’aponévrose médiane où ils aboutissent, et sur laquelle ils agissent en sens opposé.
PRINCIPES
Enfin, l’opération proposée par Lauverjat a presque tous les inconvénients de la section latérale; mais elle ofl're aussi quelques avantages de plus ; telle est la facilité de réunir la plaie des muscles abdominaux, dont les fibres, au moins celles des muscles transverses, plutôt écartées que divisées, tendent à se rapprocher pendant leur contraction, et à rendre toute espèce de suture inutile, pourvu qu’on couche seulement la malade sur le côté opposé. Par la même raison, les bords delà plaie utérine se réunissent plus facilement, parce que cet organe se resserre de haut en bas; et comme il est incisé dans sa partie supérieure , les lochies peuvent se ramasser au-dessous jusqu’à leur dégorgement par le col.
Au reste, que l’on incise les parois abdominales sur la ligne blanche ou sur le côté; que, dans ce dernier cas , la section soit longitudinale , oblique ou transversale ; que la matrice soit ouverte dans son fond ou à sa partie inférieure , l’expérience atteste qu’on peut louloujours espérer du succès, lors même que le couteau césarien est dirigé par les mains les plus inhabiles. D’un autre côte, on ne peut guère compter sur le parallélisme ou la correspondance de la plaie extérieure , à moins que leurs bords ne contractent des adhérences réciproques ; sans cette condition , la matrice se cache bientôt sous les téguments sous-pubiens. A quelle méthode faudra-t-il donc donner le choix dans la pratique? Peutêtre la mort de la femme, comme nous l’avons déjà dit, est-elle due , non à la lésion des parties et à l’épanchement des lochies, mais à la suppression de cet écoulement causé par l’inflammation de la matrice et du péritoine, de laquelle on ne peut guère préserver la femme. Si cela était ainsi, le lieu et la direction de la plaie, soit abdominale , soit utérine, seraient assez indifférents. Cependant l’opération pratiquée à la ligne blanche semblerait mériter la préférence, pourvu qu’on eût soin , par uu bandage méthodiquement appliqué , de
soutenir les parois abdominales, cl de tenir les lèvres de la plaie appliquées Tune contre l’autre. En outre, on risquerait moins de couper les artères latérales de la matrice, ce qui est peut-être encore une des choses les plus nécessaires à éviter.
Quand faut-il pratiquer l’operation césarienne? Est-ce au commencement ou au milieu du travail? Ou distingue ici, comme en beaucoup d’autres cas, le temps de nécessité et celui d’élection. Le premier a toujours lieu après la mort de la femme , n’importe l’cpoque de la grossesse ou du travail , et après l’évacuation des eaux de l’amnios , quand elle est vivante, à moins qu’il n’y ait quelqu’indication plus urgente. Telle serait, par exemple , la nécessité de saigner la femme , si elle était robuste et pléthorique ; de lui faire prendre des bains, si elle était excessivement nerveuse et irritable , de lui donner quelques légers purgatifs , etc. Mais où serait la possibilité de recourir à la plupart de ces remèdes généraux , si l’on n’était appelé qu’à la dernière extrémité, et si des manœuvres téméraires ou mal conçues avaient déjà augmenté les dangers qui sont inséparables de l’opération?
Pour ce qui concerne le temps d’élection, le plus favorable est celui qui précède l’écoulement des eaux, pourvu que le travail soit dans sa force , que les douleurs en soient rapprochées, que le col de la matrice soit effacé, et l’orifice assez ouvert pour le cours des lochies. En opérant avant ce moment, dit Lcvret, l’étendue qu’on donne aux incisions , tant des parties conlenanles du ventre que du corps de la matrice, se trouvera beaucoup moins grande après la sortie de l’enfant, que si l’on avait opéré après l’écoulement de ce fluide. Ce précieux avantage ne saurait être contrebalancé par la crainte mal fondée de l’inertie utérine , de l’hémorrhagie et de la mort de la femme : accidents qui ne paraissent inévitables qu’a ceux qui proposent
PRINCIPES
de diffèrerl’opération jusqu’aprèsrécoulcmenl des eaux de l’amnios.
SECTION V
De la manière de faire la symphysiotomie.
Quand on a reconnu la nécessité , ou du moins Futilité de la symphysiotomie , on attend pour la faire que le travail soit bien décidé , et que l’orifice de la matrice, complètement dilaté , puisse permettre l’introduction facile de la main. Par ce moyen, on laisse à la tète le temps de se réduire autant qu’il est possible , sans laisser à la femme le temps de se consumer en efforts impuissants.
Deux instruments suffisent pour celte opération , une sonde et un bistouri. Celui-ci doit être convexe sur le tranchant, et mousse à son extrémité. Le couteau pliant, imaginé par Aithen pour ménager le col de la vessie , en faisant la section de dedans en dehors, est inutile , quand l’opérateur réunit la prudence à la dextérité.
On commence pas raser le mont de Vénus, ou le bas Je l’hypogastre ; ensuite , on situe la femme sur une table d’une hauteur convenable , ou sur le bord de son lit, convenablement élevé, au moyen de quelques oreillers un peu solides, qu’on place sous les reins et sous le siège. Les cuisses et les jambes fléchies, comme pour la taille , doivent être médiocrement écartées, et les pieds, appuyés sur des chaises, y sont fixés par des aides.
Tout étant ainsi disposé, on introduit la sonde dans la vessie; et après en avoir évacué l’urine, on détourne à droite le canal de l’urètre, pour le mettre à l’abri de l’instrument tranchant. Pendant qu’un aide est chargé de ce premier instrument, l’opérateur relève , de la main gauche, vers le nombril, les parties molles qui recouvrent le pubis, pour donner moins d’étendue à l’incision extérieure. 11 coupe ensuite avec le bistouri ,
qu’il lient de la main droite, la peau et le tissu cellulaire , depuis le bord supérieur de la symphyse jusqu’au clitoris , sans y comprendre la commissure antérieure de la vulve.
Après cette première incision longitudinale , on tranche le cartilage avec beaucoup de lenteur. Si l’on porte l’instrument de haut en bas, on a soin d’en couvrir la pointe ou l’extrémité avec l’ongle de l’indicateur gauche , pour éviter la vessie et l’urètre. Mais celte précaution serait inutile, si , d’après le conseil de Plenck, on divisait la symphyse d’avant en arière. Enfin, on coupe les ligaments tant supérieurs qu’inférieurs.
Aussitôt que les os du pubis sont séparés , on en modère l’écartement avec les mains ou au moyen de quelque machine appliquée sur les hanches, et on tâche de prévenir ainsi les désordres qui menacent les symphyses sacro-iliaques. Ensuite on abandonne l’accouchement à la nature , ou bien on le termine soit avec la main, soit avec le forceps, en ménageant toujours la mère et l’enfant.
L’opération achevée , on se hâte de rapprocher les os, et on les maintient dans un contact immédiat , au moyen d’un bandage dont on entoure le bassin. Camper avait inventé , pour cela, un instrument de fer qu’il avait enveloppé de cuir doux et recouvert de flanelle; mais la pression qu’il causait sur les hanches lui a fait substituer une ceinture de toile, garnie de flanelle et de six à sept pouces de large. Celle-ci pourrait être plus commode, si l’une de ses extrémités était garnie de boucles, et l’autre d’autantde courroies correspondantes. On recommande à la femme de garder le repos jusqu’à la consolidation, qui est entière au bout d’un mois ou six semaines , cf bien affermie à deux mois révolus. Quant à la plaie des parties molles , il suffit de la panser avec de la charpie , recouverte d’un digestif simple , ou trempée dans du blanc d’œuf avec l’eau-de-vie.
PRINCIPES
SECTION VI
De la manière de faire l'opération césarienne.
Une indispensable nécessité , bien constatée, doit être le seul motif qui détermine à faire celte opération. On y prépare la femme par quelques remèdes généraux , si cela est nécessaire , ou si l’accouchement le permet. La vessie doiPêtre vidée avant tout , de crainte qu’elle ne se présente à l’ouverture de l’abdomen, ou qu’elle ne cache en partie la matrice.
Deux bistouris, l’un convexe sur le tranchant, l’autre droit, à lame étroite, et boulonné à son extrémité, des aiguilles courbes où l’on a passé du fil ciré, une éponge fine, de la charpie, quelques compresses longues, d’autres carrées, un bandage de corps avec son scapulaire, des' vases d’eau froide, où l’on verse quelques gouttes d’eau vulnéraire , d’eau-de-vie ou de vinaigre, tels sont les instruments elles pièces d’appareil dont on doit se prémunir.
On place la femme sur le bord de son lit, suffisamment garni d’alèzes pour en maintenir la propreté, et assez élevé , pour la commodité de l’opérateur. On la couche sur le dos , la tète et le cou médiocrement élevés; les cuisses et les jambes doivent être allongées pendant le temps de l’incision, et à demi-fléchies pendant l’extraction de l’enfant. On fait aussi circonscrire et fixer la matrice par "deux aides , dont l’un presse des deux mains sur les côtés , et l’autre au-dessous de l’ombilic ; on écarte par là les intestins, et on les empêche de se présenter à la plaie.
Tout étant convenablement disposé, l’Opérateur tend les téguments de la main gauche, et les incise, de même que les graisses, avec le bistouri convexe qu’il lient de la main droite, jusqu’à ce qu’il arrive à la ligne blanche, s’il suit la méthode de Solayrès, ou aux muscles, s’il opère
sur le côté. 11 les divise avec précaution pour découvrir le péritoine. 11 fait à celle membrane séreuse une petite ouverture, à travers laquelle il introduit l’indicaleur de la main gauche dans le bas-ventre. Il prend ensuite le bistouri boutonné qu’il dirige du même doigt, et achève l’incision des enveloppes abdominales, en les soulevant, pour ne pas blesser les viscères, et en les coupant de dedans en déhors , et de haut en bas , ou dans le sens contraire. Si la vessie , malgré son état de vacuité , s’élève trop , on eu côtoie le bord. Cette première incision doit s’étendre depuis le dessous du nombril jusqu’à un pouce et demi ou deux pouces au plus du pubis. Plus on la prolongera supérieurement, plus il sera facile d’apercevoir et d’ouvrir le fond de la matrice, ce qui est un des grands avantages de l’opération césarienne , selon quelques auteurs.
En conséquence, après l’ouverture de l’abdomen, on recommande à l’aide, dont la main fixe la matrice audessus du nombril, de presser un peu plus ce viscère pour en rapprocher le fond de l’angle supérieur de la plaie. On y fait ensuite , avec le bistouri convexe , une incision parallèle à la première, et dès qu’on rencontre les membranes, on les perce avec beaucoup de précaution pour ne pas blesser l’enfant, et seulement dans une étendue qui permet d’y introduire l’indicateur de la main gauche. Ce doigt sert de conducteur au bistouri boutonné qui continue d’inciser la paroi antérieure de l’utérus de dedans en dehors, dans un trajet de six pouces environ, depuis l’angle supérieur de la plaie abdominale jusqu’à un pouce et demi au-dessus de l’angle inférieur. Le conseil que donnait Levret de pénétrer d’abord dans l’abdomen et dans la matrice, pour diviser ensuite ce viscère de bas en haut, conjointement avec les muscles, est trop dangereux pour être adopté, quelque simple qu’il paraisse; et celui d’étendre davantage l’incision utérine, quand les eaux se sont écoulées depuis longtemps , est pour le moins inutile.
PRINCIPES
Si le placenta vient à offrir sa partie la plus épaisse sous le tranchant du bistouri, au lieu de l’inciser, on le décolle d’un côté après l’ouverture nécessaire de la matrice , et on perce les menfbranes près de sa circonférence, comme Iiaudclocque le recommande.
L’opération achevée, on procède à l’extraction de l’enfant. Si la tète se présente naturellement à la plaie de la matrice , elle peut être expulsée par les contractions de ce viscère. Dans le cas contraire , on en favorise l’expulsion par une légère pression latérale, ou avec l’index de chaque maiu , qu’on insinue sous les angles de la mâchoire inférieure. Si l’on est obligé d’aller chercher les pieds ,* on introduit la main dans la matrice pour les saisir et les^mener au dehors ; on dégage ensuit^les bras et la tète avec les mêmes précautions que dans les accouchements non naturels , où l’on est obligé de retourner l’enfant, et de l’extraire avec la main parTa voie naturelle.
Quant à l’arrière-faix , il est expulsé par la matrice, dont les contractions le portent vers la plaie après la sortie de l’enfant ; ou bien on en fait l’extraction , soit en tirant sur le cordon ombilical , soit en saisissant et roulant ce corps avec la main dès^qu’il se présente.
Après la délivrance, on extrait les caillots qui restent dans la matrice , et on passe un doigt à travers le col pour favoriser la sortie de ceux qui y sont engagés. Lorsque ce viscère reste dans l’inertie, on le ranime, et on l’oblige de se contracter en le touchant extérieurement ou en lavant les bords de l’incision avec de I’oxycrat, ou en y faisant par la plaie des injections d’eau froide pure ou mêlée de vinaigre. Tels sont aussi les moyens qu’on emploie pour arrêter l’hémorrhagie qui arrive immédiatement après l’opération, ou à une époque plus ou moins reculée. Mais cet accident est rare ou peu dangereux, à moins que l’instrument tranchant n’ait porté sur l’un des côtés de la matrice.
Avant de panser la plaie et de remettre la femme
dans son lit, la cavité abdominale doit être nettoyée ou débarrassée du sang et des eaux qui peuvent s’y être épanchés ; une situation convenable , de légères pressions sur les côtés, ou quelques injections tièdes suffisent pour cela. Point de topiques vulnéraires sur la matrice ; ell^se cicatrise d’elle-même. La suture de l’abdomen est inutile, même dangereuse, si l’inflammation devient considérable. Il suffit de recouvrir la plaie d’un large plumasseau et de compresses, qu’on assujétit par un bandage simplement contentif, et qu’on renouvelle plusieurs fois dans les premières vingt-quatre heures. On prévient les épanchements dans l’abdomen , en plaçant au bas de la plaie extérieure une bandelette effilée, pour transmettre au dehors les liquides qui suintent de la matrice. On passe une semblable bandelette à travers l’orifice utérin, ou bien on le débouche de temps en temps avec le doigt qu’on y porte à travers la plaie, pour favoriser l’écoulement des lochies par la voie naturelle. Ces moyens sont bien plus doux, plus utiles et plus commodes que la sonde de gomme élastique proposée par Russet et Ruleau , pour faire des injections dans la matrice. Si ces injections étaient nécessaires, il serait peut-être plus sage de les faire par la plaie de la matrice que par l’orifice, qui est moins ouvert dans le dernier temps de l’opération , et dont l’obliquité, ou la mauvaise position empêche d’y conduire l’extrémité de la seringue.
Lorsque la matrice vient à contracter des adhérences avec les bords de la plaie extérieure, Lauverjat conseille de les conserver comme une barrière qui s’oppose aux éventrations. Bacqua, de Nantes, au contraire, recommande de les détruire cbaqtie jour avec soin, parce qu’elles s’opposent à la sortie des fluides épanchés, aux injections dans l’abdomen, et à la réunion de la plaie. Elles seraient, en outre, fort préjudiciables à la femme, si elle redevenait enceinte, ou si elle éprouvait quelque violente secousse. 11 en résulterait nécessairement
PRINCIPES
des tiraillements douloureux, des tranchées ulérines, ou des hémorrhagies plus ou moins dangereuses.
Le traitement général doit être analogue à celui de toutes les grandes opérations. On saigne la femme si elle est robuste; on la met à une diète plus ou moins sévcro, et on lui lient le ventrelibre avec des lavements ; on l’engage à nourrir, s’il n’y a*rien qui liempêche , ou à se faire téter. Enfin , -on l’assujélit à porter un bandage pour prévenir les lésions consécutives.
Parallèle de l'opération césarienne et de la section du pubis.
Si l’on compare ces deux opérations sous le rapport des avantages qu’elles peuvent procurer à l’enfant , il est incontestable que la première doit l’emporter sur la seconde, pourvu toutefois qu’on ne la diffère pas jusqu’à la dernière extrémité. Le couteau cèsaricn, employé à propos, ouvre à l’enfant qui vient au monde, une issue beaucoup plus douce et beaucoup plus commode que ne le serait la voie naturelle , même la plus libre et la mieux conformée. Il l’affranchit toujours de cette longue et pénible gêne , qu’il éprouve en traversant la filière du bassin, et pendant laquelle la tête se moule, s’allonge et s’affaisse* quelquefois jusqu’à l’apoplexie. En un mot , l’enfant n’a point à craindre alors la violence du travail, qui est quelquefois dangereuse, ni les tractions de la main, qui sont souvent mortelles, ni l’action des instruments, qui n’est pas toujours salutaire. Sa vie est constamment en sûreté, n’importe son volume, sa situation eî l'étroitesse du bassin.
Il n’en est pas de même quand on se sert du couteau symphysien. Il arrive souvent qu’après avoir tranché le cartilage du pubis , les efforts de la nature sont insuffisants pour terminer l’accouchement , et alors il faut nécessairement avoir recours à la main ou aux insfru-
monts. Tantôt on est obligé do retourner l’enfant, de tirer avec pins ou moins de force sur les pieds pour l’extraire; tantôt c’est' le forceps seul qui peut surmonter la résistance que le bassin oppose encore, malgré l’écartement de ses os. 11 s’est présenté des cas où, après avoir désympbysè la femme , on a été forcé de démembrer l’enfant, même de recourir à l’opération césarienne pour en achever l’extraction. 11 est vrai que de telles manœuvres ou plutôt de telles erreurs doivent être moins attribuées à un vice de la sÿmphysiotomie qu’à l’impéritie et à la maladresse des accoucheurs qui l’ont pratiquée, lorsque la défectuosité du bassin en indiquait l’insuffisance. Mais il n’en reste pas moins démpntré que l’enfant court des chances plus ou moins dangereuses après la section du pubis, tandis qu’il n’a rien à craindre de l’opération césarienne. Observons encore que celle-ci lui offre la même ressource dans tous. Jes cas de mauvaise conformation ; ce que l’autre ne peut faire, puisqu’elle est impraticable, dangereuse, et même meurtrière pour l’enfant au-dessous de deux pouces et demi, selon Baudelocque, et au-dessous de deux pouces, selon le docteur Gardien.
Mais le parallèle de ces deux opérations ne saurait offrir les mêmes résultats, ou les mêmes différences, si l’on ne considérait que la femme en travail, abstraction failede l’enfant. On ne peut sedissimulerque l’opération césarienne ne paraisse et ne soit réellement plus dangereuse sous ce rapport que la section du pubis. Dans la première, on fait une large ouverture aux enveloppes du ventre et à la matrice , ce qui suffit pour déterminer quelquefois des hémorrhagies foudroyantes ou une inflammation plus ou moins aiguë dans les organes lésés et dans les viscères qui leur sont contigus. De là, des souffrances violentes, des suppurations plus ou moins abondantes, souvent la gangrène, des épanchements dans l’abdomen, la suppression des lochies , le dérangement de la sécrétion du lait ; accidents qui s’aggravent
PRINCIPES
ou se multiplient par le contact de l’air dont la membrane péritonéale est frappée dans les pansements, par le mauvais élat de la femme, surtout si l’on attend, pour l’opérer, qu’elle soit abattue, épuisée, en un mot, réduite aux abois. Ainsi les victimes qui ont succombé à celte opération sont-elles bien plus nombreuses que les mères qui lui ont survécu. On en compte à peine une qui échappe sur trois ou quatre qui périssent, et l’on ne peut qu’être étonné, ou, pour parler franchement, on ne sait que penser? quand on entend citer des femmes qui ont acheté jusqu’à sept fois le douloureux plaisir d’être mères, au prix du sang qu’elles ont versé sous Je couteau césarien.
La symphysioloraie , dira-t-on , n’est pas non plus sans danger pour la femme. Cela est vrai, cl l’expérience ne l’a peut-être que trop prouvé. Mais, de bonne foi, l’incision de deux ou trois pouces de téguments , d’un peu de graisse , de quelques artérioles , toujours faciles à lier, et d’un cartilage inter-articulaire, déjà ramolli et gonflé pendant la grossesse, substance, d'ailleurs , insensible , peu essentielle à la vie , et dont la lésion n’a aucune influence sur la suite des couches : cette incision, disons-nous, peut-elle entrer en comparaison avec l’énorme plaie des muscles abdominaux, surtout avec celle de l’utérus, qui est si intimement liée à tout le système de la femme, et dont les fondions ne sauraient être troublées ou interverties après l’accou- ; chement, sans ouvrir la porte à un déluge de maux? Il faut convenir que si la section de la symphyse interpubienne est dangereuse et redoutable pour la femme, ce ne peut être que lorsque le bassin est trop resserré, c et qu’on est obligé de tirer sur les hanches en seus con- ( traire, pour en agrandir l’écartement spontané, ou d’introduire , à plusieurs reprises , la main et le forceps dans la matrice pour en extraire l’enfant. C’est alors qu’on a raison de craindre les accidents qui ont été si souvent reprochés à celte opération, tels que le dèla- y.