SUC
J’implanler dans la base du crâne ; mais il est incapable de la briser, comme l’aulcur l’avait prétendu d’abord, parce que celle-ci n’est pas assez solidement fixée dans le bassin , pour qu’il soit possible de forcer l’introduction d’une large vis dans son épaisseur.
Admettons maintenant que le crâne soit ouvert et vidé : les parois de la voûte, se rapprochant l’une de l’autre par la pression, diminueront nécessairement de volume. Si la disproportion ne se trouve que là, comme dans l’hydrocéplialie , par exemple, l’usage du percecrâne sera suivi de succès; au contraire, si l’obstacle dépend d’un développement trop considérable de la base eu égard à l’ouverture du bassin, la perforation ne sera d’aucune utilité, parce que la partie disproportionnée , même après l’excérébration, conserve toute son étendue. En vain chercherait-on à enfoncer les os de la voûte, pour diminuer le diamètre basi-sincipital, et à planter un crochet aigu dans l’occiput , pour mettre ce diamètre raccourci en rapport avec l’étroitesse pelvienne. Les efforts qu’on serait obligé de faire, les angles tranchants qui résulteraient de la fracture des os et la pointe de l’instrument lui-même produiraient des contusions dangereuses ou des blessur^ mortelles : d’où il suit que le perce-crâne n’est avantageux qu’en cas d’hydrocéphalie, ou bien lorsque la disproportion entre la tête et le bassin est presque insignifiante.
Parlerons-nous des grands ciseaux courbes, proposés par Dugès, pour couper en travers les os de la base du crâne? Ne courrait-on pas le danger de "blesser avec leur pointe le tissu de la matrice? Trouverait-on toujours assez de place, sur les côtés de la tête, pour faire passer au moins la largeur de l’une des deux lames? Enfin, ne se formerait-il point par là des esquilles ou aspérités , capables de dilacérer les tissus?... Avant de résoudre ces questions, il faudrait essayer l’instrument. Nous douions néanmoins qu’il soit jamais admis dans la pratique ; car, où chercher un opérateur
qui ait assez d’habileté et de hardiesse pour agir avec force dans la profondeur de l’utérus, sans craindre d’entamer les parois de cet organe?
Le cèphalolribe, imaginé par M. Baudelocque , neveu , écrase et aplatit le crâne dans un sens, pour l’alloneer dans un autre. C’est ordinairement sur les côtés du bassin qu’on l’applique , tant à cause de sa forme recourbée que de l’espace plus libre qu’il y trouve. Alors la tête est comprimée de droite à gauche, selon le diamètre transversal de cette cavité, et par conséquent agrandie selon le sacro-pubien : or, comme ce dernier diamètre pêche le plus fréquemment par étroitesse, il s’ensuit que l’action du cèphalolribe a pour effet d’augmenter la disproportion du contenu , d'ordinaire dans le sens le plus défavorable du contenant.
Pour mettre celte vérité hors de doute , nous avons fait quelques expériences sur des nouveau-nés. Chez le premier, mort en naissant, la tête fut comprimée de l’une à l’autre tempe, selon la ligne occipito-mentonnière : après le resserrement des branches , elle s’est allongée de 6 lignes selon le diamètre occipito-frontal, et de 4 lignes selon l’occipito-bregmatique.
Le second avait vécu 9 jours. Le crâne, comprimé comme ci-dessus, s’est agrandi de 7 lignes suivant la première, et de 6 lignes suivant la deuxieme dimension.
Sur un troisième, l’instrument fut appliqué du front à l’occiput; la tête augmenta de volume de 1 pouce 3 lignes selon le diamètre bi -pariétal , c’est-à-dire, en sens opposé de la compression.
Sur un quatrième, nous plaçâmes le cèphalotribe suivant la direction diagonale de la tête : elle s’allongea de 4 lignes de devant en arrière.
Enfin , chez un fœtus de 8 mois , l’allongement a été de 5 lignes , la compression ayant eu lieu dans le même sens qnc précédemment.
PRINCIPES
Si l’on ge rappelle ce que nous avons dit plus haut, que c’est presque toujours selon le diamètre transversal du bassin qu’on applique le cèpbalolribe, on se convaincra, parce qui précède, de l’augmentation du volume de la tète suivant le diamètre sacro-pubien , pendant l’aplatissement : or, si elle était engagée et comme serrée dans l’ouverture pelvienne avant l’opération, on conçoit la pression qu’éprouve alors l’utérus contre la saillie du sacrum et le rebord du pubis, ainsi que les altérations qui doivent s’ensuivre. S’il n’y a pas d’engagement préalable , le fœtus étant encore au-dessus du détroit supérieur, que l’on juge de la force qu’il faudra employer pour faire passer un corps trop gros et devenu plus grand encore par le procédé opératoire, à travers un canal déjà primitivement trop petit. On objectera peut-être que celui-ci étant ordinairement assez large selon sa direction transversale , on n’a qu’à imprimer un mouvement de rotation à l’instrument et au crâne , afin de mettre les diamètres agrandis de ce dernier en rapport avec l’amplitude de la cavité ; mais indépendamment de ce qu’une semblable manœuvre n’est pas toujours possible , elle peut devenir elle-même dangereuse pour la femme , lorsqu’il faut agir avec violence ou qu’il s’est formé des esquilles saillantes aux os écrasés; en outre, elle serait tout à fait inutile , quand le bassin pêche par étroitesse générale , absolue ou relative, sa disproportion dans ce cas ne permettant point, de quelque manière qu’on tourne l’instrument, d’extraire le fœtus sans efforts considérables : d’où frottements, contusion, inflammation, abcès, eschares, gangrène des organes génitaux , et par suite bien souvent la mort de la femme.
Voici troisobservations d’application du céphalotribe, pour cause de viciation pelvienne :
1° Mathilde L...., Agée de 26 ans, très-petite, rachitique , était au terme de sa première grossesse , lors-
qu’elle se présenta à la maternité de Bruxelles, le 20 août 1840.
Le col utérin , ouvert comme une pièce de 5 francs , permit de reconnaître les pieds à travers les membranes encore intactes. Lasaillie du sacrum était accessible au doigt. On mesura, aveclepelvimèlre géométrique, le diamètre antéro-postérieur du détroit abdominal , qui ne donna que deux pouces sept lignes; les autres dimensions du bassin se rapprochaient de l’état normal. Ne voulant pas décider seul de l’opération qu’il convenait de pratiquer, nous réunîmes en consultation plusieurs membres du jury d’examen, MM. les professeurs Seutin, Yerbéeck, Cranincx, Simon, qui voulurent bien nous aider de leurs conseils. Dans l’intervalle de notre réunion, les eaux s’étaient écoulées ; les pieds sortaient de la vulve et l’on put s’assurer que l’enfant avait cessé de vivre. Il fut décidé, après une nouvelle mensuration, qu’on aurait recours au céphalotribe. Ayant mis la femme sur le lit de travail, nous attirâmes au-dehors les membres inférieurs et le tronc en première position des pieds; les bras et les épaules furent également dégagés ; mais la tête offrit une résistance insurmontable à l’action des doigts, au crochet mousse , placé dans la cavité buccale , et même au forceps. Le céphalotribe fut appliqué sur les côtés du bassin, dans le sens diagonal de la tête. Après le rapprochement des branches, nous tirâmes directement à nous; l’instrument glissa en arrière vers le sacrum et lâcha prise. Le forceps , réintroduit, demeura encore sans résultat. 11 fallut revenir au céphalotribe, porté alors plus haut et plus en avant que la première fois. Le craquement indiquait bien que le crâne était broyé ; mais par la traction notre instrument s’échappa de nouveau, comme auparavant : ce qui doit être attribué au peu de courbure de ses cuillers sur le plat, n’ayant que douze lignes d’ouverture intérieure. Enfin , l’un des assistants saisit le fo fus a deux mains et l'accouchement fut terminé.
PRINCIPES
Tous les os de la lète étaient fracturés, la pulpe cérébrale extravasée et répandue sous le cuir chevelu.
Après la délivrance, on plaça la femme dans un bain tiède ; le ventre fut ensuite enveloppé d’un cataplasme émollient et l’on prescrivit une potion calmante.
Dès le lendemain, on reconnut les symptômes d’une métrile violente, qui céda néanmoins à l’usage répété de sangsues, de bains généraux, de cataplasmes, d’injections tièdes, de lavements, de frictions mercurielles, poussées jusqu’à salivation.
Sous l’influence de ce traitement, l’état de la malade s’améliora de jour en jour ; elle entra en convalescence après le deuxième septénaire, et sortit le 15 septembre suivant, 26 jours après scs couches.
2° Joséphine G...., âgée de 34 ans, petite de stature, constitution lymphatique, primipare, entra à la Maternité le 20 juin 1841.
Le travail lent et peu énergique n’amena, après vingtquatre heures, que la dilatation du col et la rupture des membranes. Les eaux de l’amnios s’écoulèrent boueuses et fétides. On reconnut une première position du sommet.
Le matin du second jour, il y eut deux accès d’éclampsie à court intervalle, qui furent heureusement combattus par deux saignées du bras et une potion antispasmodique.
Vers le soir, la femme étant épuisée , il s’agissait de la secourir. La lète du fœtus était fortement serrée dans l’ouverture du bassin; le cordon ombilical, flétri , verdâtre, sans pulsations, sortait de la vulve. On essaya d’abord, mais inutilement, le forceps; on dut recourir au cèphalolribe. Après le broiement, la traction lui fit lâcher prise. On revint au premier instrument, qui permit , à la suite de longs et pénibles efforts, d’extraire un enfant volumineux, du poids de sept à huit livres.
La délivrance opérée, ilse déclara une hémorrhagie,
peu ferle à la vérité, mais qui se renouvela plusieurs fois pendant les deux jours suivants , malgré l’emploi du seigle ergoté et des moyens les plus convenables.
Le 24, les symptômes de la mètrite par contusion étaient manifestes : chaleur et sécheresse à la peau , céphalalgie sus-orbitaire, langue chargée , soif, nausées, pouls petit et accéléré, région hypogastrique distendue, douloureuse, utérus tuméfié, dur, sensible à la pression , col et vagin brûlants , lochies très-odorantes, etc. Une escharre gangréneuse apparut à la face interne des grandes lèvres; l’écoulement lochial devint fétide, noirâtre, enflammant la peau de la partie interne et supérieure des cuisses.
La femme était fort affaiblie par l’hémorrhagie. On fut avare de déplétions sanguines, bornées à quelques applications de sangsues sur l’abdomen. On insista particulièrement sur l’usage des cataplasmes, des demibains, des injections souvent réitérées ( d’abord avec de la tisane, puis avec de l’eau chlorurée), des lavements, des frictions mercurielles, etc. Mais tout demeura inutile : Joséphine mourut le 15 juillet, 24 jours après son accouchement.
A l’autopsie , on trouva un épanchement purulent dans la cavité du péritoine; la matrice, tuméfiée, rougeâtre à l’extérieur, noirâtre à l’intérieur, était réduite à plusieurs lignes de profondeur en un putrilage eytrê-, mement fétide; le vagin offrait des altérations analogues.
Le bassin, mesuré avec le compas, donnait au détroit supérieur :
p. lig.
pour diamètre antéro-postérieur, 3 -4- 6, pour les deux obliques, 5-4-9,
pour le transversal, 4-4-0.
3° Élisabeth S...., âgée de 32 ans, peau brune, constitution forte, stature médiocre, chute des reins Irès-
PRINCIPES
prononcée , à terme de sa deuxième grossesse , entra à la Maternité le 2 juillet 1841.
Le premier accouchement avait été des plus laborieux. Par le loucher, on se convainquit de la viciation du bassin : le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur ne mesurait que deux pouces huit lignes ; les autres diamètres s’éloignaient peu des dimensions habituelles. On trouva le col ouvert comme une pièce de 2 francs, la poche des eaux entière.
Ce n’est que le 4, que le col se dilate tout à fait. La tête, en première position du sommet, ne présente point de tumeur au cuir chevelu. On ne distingue plus les mouvements du fœtus, ni les pulsations du cœur.
D’après l’absence des signes positifs de vie et la longueur du travail, nous avons supposé qu’il avait cessé de vivre. Cependant, pour avoir plus de certitude à ce sujet , on attendit quelques heures, pendant lesquelles on cherche vainement d’exciter ses mouvements actifs. On se décide enfin à appliquer le céphalolribe.
L’aplatissement de la tète étant effectué , on essaye inutilement de faire pivoter l’instrument sur son axe ; il fallut tirer directement à soi, et, comme d’habitude il lâcha prise.
Le forceps ne parvenant pas à terminer l’accouchement, il devint nécessaire de revenir au céphalolribe , qui fut placé cette fois dans le sens du diamètre diagonal du bassin. La première application avait rendu la seconde plus facile. Le broiement terminé, on eut de nouveau recours au forceps, par lequel enfin on peut vaincre l’obstacle pelvien , à la suite de tractions longues et énergiques.
Le placenta fut immédiatement extrait. Après la délivrance, la femme est mise dans un bain tiède ; l’intérieur du vagin et de la matrice est continuellement inondé au moyen du clyso-pompe ; ensuite, on fit usage d’un cataplasme de farine de lin, sur le ventre, et d’une potion calmante.
Dès le lendemain , la sensibilité , la tuméfaction , la dureté de l’utérus , la suppression des lochies , la chaleur de la peau, l’accèlèrationdu pouls, etc., indiquaient suffisamment l’inflammation de l’organe gestalcur. On opposa aux progrès de la maladie la diète, les déplétions sanguines, les bains généraux, les cataplasmes, les injections fréquentes, les demi-lavements , les frictions mercurielles à haute dose, que l’on continua jusqu’au 9 juillet suivant. Quelques symptômes de fièvre intermittente s’étant manifestés, on administra le sulfate de quinine. Une diarrhée, survenue peu après, en fit slaler l’emploi, nous bornantdèslorsaurepos, aux cataplasmes, aux lavements amylacés, aux injections, aux boissons gommées et à une ^s de sirop diacode chaque jour.
Les 19, 20, 21, état très-satisfaisant; cessation de la diarrhée. — (Soupes au riz.)
L’amélioration continuant, la malade se lève bientôt et passe quelques heures chaque jour dans un fauteuil. On accorde des aliments solides.
Le 4 août, nouvel accès de fièvre , qui reparut à la même heure le lendemain et les jours suivants, malgré l’usage du sulfate de quinine. La femme fut alors transporte à l’hôpital Saint-Pierre dans les salles de médecine , où elle mourut de perforation intestinale (sans doute suite d’abcès) , vers le milieu du mois , six semaines après son accouchement.
iN' 'ayant point été averti de sa mort ni assisté à l’autopsie, nous n’avons pu nous procurer des détails plus circonstanciés sur les aulres altérations organiques.
On voit, d’après ces observations, rapportées succinctement, et celles publiées par M. Baudelocque, neveu, lui-même, à combien de dangers sont exposées les femmes par suite de l’applicalion du cèphalolribe. La contusion utérine, cause ordinale de tous les accidents graves qui surviennent après celle opération , en est presque l’accompagnement inévitable. Pour quo cet
PRINCIPES
instrument ne fût point nuisible dans son emploi, il faudrait pouvoir l’appliquer dans le sens du diamètre rétréci du bassin , au-devant de la saillie du sacrum, par exemple, et derrière la symphyse du pubis, quand la viciation est antéro-postérieure , afin de diminuer le volume delà tôle suivant la même direction ; ou bien, si on le place sur les côtés de l’excavation , on devrait pouvoir lui faire exécuter, après le resserrement des branches, un mouvement de pivot qui fit correspondre les diamètres agrandis du crâne avec les plus fortes dimensions de la cavité ; encore serait-il necessaire que la eapacité de celle-ci fut toujours supérieure à l’étendue de celui-là , pour éviter pendant l’extraction des frottements dangereux. On dira peut-être qu’une fois les os broyés, la tête se moulera à la forme de l’ouverture qu’elle doit traverser; mais pour cela, il faudrait retirer le cèphalotribe cl confier l’expulsion du fœtus à la nature , ordinairement épuisée en pareil cas ; ou bien, on devrait l’extraire par Inversion ou par le forceps, en employant une force capable de surmonter la résistance du bassin : ce qui ne peut manquer de produire des accidents redoutables, ainsi que nous l’avons rapporté ci-dessus.
Puisque ni le cèphalotribe, ni les cèphalolômes connus ne remplissent complètement le but désiré, c’est-àdire, de diminuer les proportions du fœtus sans exercer de violence sur les organes de la mère, nous avons songé à un moyen qui répondit mieux à l’attente de l’accoucheur. 11 consiste dans un forceps pour saisir et fixer la tète , puis dans une scie à chaînette, guidée et retenue par deux lames qui glissent dans l’épaisseur des cuillères, pour diviser le crâne dans toute sa hauteur : do sorte que la section faite, on pourra retirer séparément les morceaux, sans blesser ni conlondre les parties de la femme. Cet* avantage réel qu’on ne se procure paraucun des procédés en usage, pcutêlrc obtenu de la manière suivante :