DD FOETUS ET DE SES DÉPENDANCES
Le fœtus avec ses dépendances forme une masse dont le volume s’accroît de jour en jour depuis la conception jusqu’à la fin de la grossesse. C’est là ce mobile ou ce corps sur lequel la matrice se contracte durant le travail, et contre lequel elle ne cesse d’agir que lorsqu’elle l’a entièrement expulsé, ou qu’elle l’a forcé de franchir les détroits du bassin et la vulve.
C’est donc une vérité incontestable que le fœtus doit être un objet de méditation pour le médecin-accoucheur ; car, s’il lui est important de connaître le bassin et la matrice, afin de calculer la résistance de l’un et la puissance de l’autre, combien n’est-il pas essentiel d’étudier aussi la forme et les dimensions du mobile, dont l’exclusion est le but que la nature se propose dans l’accoucliement ?
Loin de nous la prétention de faire ici des recherches curieuses sur l’origine ou la formation du fœtus ; d’ailleurs, de quelle utilité seraient-elles pour la pratique? Nous exposerons donc seulement les principales opinions on plutôt les rêves de quelques physiciens sur le mystère de la conception ou de la génération dont le fœtus est le produit. Mais nous insisterons davantage sur la grossesse pendant laquelle les rudiments d’un nouvel individu se développent dans la matrice, et de laquelle il importe essentiellement au praticien de bien connaîtra les signes caractéristiques. Enfin, nous considère-
HO
PRINCIPES
rons le fœtus parvenu au terme de sa maturité , ainsi que toutes ses dépendances ; nous rechercherons quelle attitude ou forme et quelle situation il prend dans la cavité de la matrice ; nous parlerons de ses moyens de nutrition avant la naissance, et nous examinerons avec le plus de précision qu’il nous sera possible le rapport de ses dimensions avec celles de la filière qu’il doit traverser pour venir au monde.
ARTICLE PREMIER
Vcs systèmes imaginés pour expliquer la génération ou lu formation du fœtus.
Ne serait-ce pas une grande témérité, même nne folie, que d’entreprendre de définir la génération , puisque c’est un mystère que les plus grands génies n’ont encore pu dévoiler, pas même concevoir, depuis plus de quarante siècles? On répète sans cesse que c’est une fonction naturelle par laquelle un individu reproduit son semblable ; mais explique-t-on par là comment s’opère cette reproduction , ou quel en est le véritablo mécanisme? Voilà cependant le nœud de la question qu’il s’agirait de résoudre.
Au reste, cette espèce de définition, loin d’être exacte et rigoureuse ne convient tout au plus qu’à quelques animaux , tels que les oursins, les étoiles de mer et les polypes, qui se régénèrent seuls et sans accouplement.
Mais il ne s’agit point ici d’étudier les lois que suivent les différentes classes d’êtres pour se reproduire ; il suffit au mèdecin-accoucbeur de s’occuper de l’espèce humaine; la seule dont la régénération ait du rapport avec l’art qu’il exerce. Que lui importe, par exemple , de savoir que chez certains mollusques et chez les reptiles qu’on nomme batraciens, tels que la grenouille et le crapaud , la femelle dépose d’abord ses œufs à la surface de l’eau, et qu’ensuile le mâle vient y répandre la
DE l.’ART DES ACCOUCHEMENTS.
ar
semence qui le féconde? Quelle ulililé peut-il retirer des observations de Bonnet et des expériences de Spallanzaui, de ltossi cl de Buffalini*, dont le premier assure que la femelle du puceron , une fois fécondée , peut reproduire plusieurs générations, et les autres sont parvenus à déterminer la conception en injectant la liqueur spermatique dans la matrice d’une cliiennc en chaleur ? Les travaux des ces savants naturalistes ont-ils répandu quelque jour sur le mystère de la génération ? en est-il moins constant aujourd’hui que celle fonction naturelle exige l’accouplement dans l’espèce humaine , et n’est-on pas encore réduit à rechercher de quelle manière le nulle et la femelle concourent à la reproduction de l'homme ?
Cependant, que de systèmes n’a-t-on pas inventes et que de conjectures n’a-l-on pas hasardées pour arriver à la solution de ce problème ? Hippocrate parmi les anciens, et après lui Démocrite , Empédocle , Galien et Lucrèce ne voyaient dans les ovaires de la femme que des organes qui fournissaient une liqueur prolifique analogue à celle de l’homme ; et, suivant la doctrine do ces philosophes, la formation du fœtus résultait du mélange des deux semences qui avait lieu pendant la copulation.
Aristote, le plus grand génie de son siècle, considérait la semence de la femelle comme une matière qui, modifiée ou vivifiée par celle du mâle, prenait la figure du fœtus ; tel qu’un bloc de marbre à qui le ciseau du sculpteur imprime la forme qu’il juge à propos.
Mauperluis , parmi les modernes, en admettant le mélange des deux semences, supposait de l’attraction entre leurs molécules similaires ou destinées à former des parties semblables ; opinion extravagante, si jamais il en fol, qui, en assimilant la génération de l’homme à la formation des sels, la réduisait à une simple cristallisation.
C’était là néanmoins la chimère que Buffon avait
PRINCIPES
adoptée et embellie des charmes de son éloquence ordinaire. Ce. célèbre naturaliste regardait la semence du mAle et de la femelle comme un assemblage de molécules organiques vivantes , qui , par leur mouvement continuel cl par une sorte d’adinité respective, tendaient toujours à reproduire les parties du corps d’où elles provenaient ; en sorte que celles qui étaient fournies par la tète, le tronc, ou les extrémités du père, ne pouvaient s’unir qu’à celles qui venaient des mômes parties de la mère; conception brillante, si l’on veut, spécieuse et capable de séduire , mais dont l’insuffisance saute aux yeux. Il resterait encore à expliquer la formation des parties sexuelles, si différentes dans les garçons et dans les filles. En vain l’auteur, pour suppléer à ce défaut , imagina-t-il que les molécules émanées d’un sexe fournissaient la base ou le croquis de tout l’édifice , et quo celles de l’autre en formaient le complément. Celte hypothèse, au premier coup d’œil, ne parait ni moins défectueuse, ni moins dénuée de fondement que la première. Comment, en effet, les parties génitales du mâle pourraient-elles compléter celles de la femelle, qui sont entièrement dissemblables? Il arriverait donc alors qu’il n’y aurait point de sexes ; ou qu’ils seraient incomplets, 6i l’on n’aimait mieux les réunir dans le même individu et faire des hommes une classe d’hermaphrodites. Quelle absurdité !
Le système des séministes en général reposait donc sur une trop frôle base pour être admis par les physiologistes. A la vérité, il semblait mieux cadrer qu’aucun autre avec les faits puisqu’il expliquait la génération des mulets , et cette espèce de nuance ou de ressemblance mitoyenne que les enfants ont avec le père et la mère. Mais il aurait fallu d’autres motifs pour croire au mélange ou à la combinaison de deux semences. Après tout, quelle preuve avait-on de la sécrétion du sperme dans les ovaires? Ètait-cc le sentiment de volupté que la femme éprouve du côté des trompes, quand elle 6e
livre aux plaisirs de l’amour? mais ce n’est là qu’un effet de la sensibilité, qui est indépendant de toute sécrétion. Aurait-on allégué l’écoulement du fluide qui se répand hors des parties génitales pendant l’acte de la génération? Mais il est des femmes qui ne rendent absolument rien , quoiqu’elles soient excessivement amoureuses.
D’ailleurs, celte liqueur n’est que la mucosité filtrée par les glandes du vagin, et destinée à lubrifier ce conduit : vérité qui avait déjà été pressentie dans la plus haute antiquité, et dont le développement était réservé à la physiologie moderne.
Quoi qu’il en soit, l’opinion des anciens se soutint jusqu’au milieu du seizième siècle ; époque où Sténon refusa la vertu prolifique aux ovaires, et ne les considéra plus que comme des organes qui renfermaient de véritables œufs. Cet anatomiste, pour expliquer la génération, supposait qu’un ou plusieurs de ces œufs se gonflaient après avoir été fécondés par la semence du mâle ; qn’ils déchiraient leurs enveloppes, et se rendaient le long des trompes dans la matrice , pour s’y développer jusqu’à la fin de la grossesse.
11 résultait de là que la femme devait fournir le fœtus tout entier, et que la semence du mâle ne faisait qu’en vivifier le germe. Enfin, l’homme ne donnant à l’œuf qu’une sorte d’impulsion vitale, il fallait nécessairement que tous les enfants ressemblassent à leur mère, et jamais à leur père. Dès-lors plus de mulets, ou d’animaux mi-partis ; plus de maux héréditaires à redouter de la part du père : conséquences entièrement opposées à l’observation, et bien capables de prouver la futilité d’un tel système.
D’ailleurs, ces prétendus œufs de la femme , qui les a yus? qui les a surpris dans leur passage à travers les trompes? Malpighi , l’un des plus grands fauteurs de cette opinion, croyait les avoir vus une ou deux fois seulement; encore n’était-ce pas dans les vésicules de
PRINCIPES
l’ovaire, comme Slénon l’avait avancé, mais dans la cavité du corps jaune qui se formait sur leurs débris. Vallisniéri, son disciple et son émule, n’avait rien vu de semblable. Haller lui-même, qui a fait tant d’expériences pour tâcher de surprendre la nature sur le fait n’a rencontré ni œuf ni germe , soit dans l'ovaire , soit dans les trompes, avant le dix-septième jour qui suit l’accouplement.
Mais peut -on croire à l’existence des œufs , quand les défenseurs de cette hypothèse ne sont point d’accord entre eux? Quelques-uns croyaient que tous ces œufs étaient emboitês les uns dans les autres, et qu’ils allaient toujours en diminuant depuis la première femme dont l’ovaire contenait tous les germes , jusqu’à celle dont l’ovaire ne contiendra plus que le dernier rejeton de l’espèce humaine ; en sorte que les œufs de femme, dans le siècle où nous sommes , devraient être imperceptibles par rapport à ceux de la première mère , et cependant énormes par rapport à celui de la dernière. Or, qui pourrait concevoir toutes ces divisions, et calculer les perles innombrables de tous ces infiniment petits?
D’autres ont soutenu qu’à une certaine époque les œufs se formaient dans î’ovaire, et y demeuraient plus ou moins de temps , en attendant que la semence du mâle vînt les vivifier, semblables aux œufs de la poule, qui ne sauraient éclore sans avoir été fécondés par l’approche du coq.
Malgré celte diversité d’opinions le système des œufs régna pendant près d’un siècle dans les écoles, et il aurait peut-être encore de la célébrité et de la vogue si Leuwenhoek n’en avait ébranlé les fondements. Armé de sa lunette, ce physicien crut apercevoir des milliers d’animalcules dans la semence du mâle. A l’en croire, il avait fait le rôcensemenl de ce peuple microscopique, puisqu’il en portait le nombre jusqu’à dix ou douze millions. Il assurait aussi qu’ils étaient oisifs, sans énergie
et sans mouvement hors le temps des amours, mais qu’ils frétillaient avec une vivacité incroyable pendant l’orgasme vénérien. Enfin, quelle subtilité dans la vue ! il assurait avoir été lui-même témoin de leur accouplement.
Celte prétendue découverte n’eut pas été plus tôt publiée , que la femme perdit la prérogative de fournir le germe de l’espèce humaine , et l’on ne regarda plus les vésicules des ovaires comme des œufs , mais seulement comme de petits nids destinés à recevoir les animalcules qui fourmillaient dans la semence du môle. Suivant Leuwenhoek, une légion innombrable de ces petits hommes s’élancait pendant le coït dans les parties génitales de la femme ; et c’était à qui arriverait le plus vite à la vésicule de l’ofaire qui devait lui transmettre des droits à la vie. Mais, peut-on y penser sans horreur ? il n’y en avait qu’un , c’était le plus expéditif et le plus vigoureux, qui parvint au but, après avoir écarté ou fait périr tous ses compétiteurs ; tel qu’un sultan superbe et cruel, qui fait égorger impitoyablement tous ses frères pour monter sur le trône. Ce système est trop absurde, disons mieux, il sent trop la barbarie pour mériter une sérieuse réfutation ; l’arme seule du ridicule suffit pour le combattre et le renverser.
Concluons donc que nous ignorons encore comment s’opère la génération , et que les physiciens avec leurs conjectures et leurs systèmes , loin d’expliquer ce mystère , n’ont pas même soulevé le coin du yoîIc qui le cache à nos yeux.
Cependant il s’est trouvé quelques génies qui, dans leurs rêves physiologiques, ont cru avoir dérobé en quelque sorte ce secret à la nature. Pleins de celle illusion, ils se sont vantés de posséder l’art de modifier à leur gré l’acte de la génération , de procréer les sexes à volonté, et même de leur départir les qualités du corps et de l’esprit.
Hippocrate, parmi les anciens, croyant que les mâles
provenaient du testicule droit , elles femelles du testicule gauche, avait recommandé de lier l’un de ces organes, lorsqu’on avait inlention d’engendrer le sexe contenu dans l’autre ; opération inutile et impraticable, parce qu’elle était fondée sur une hypothèse chimérique et extravagante. En effet , combien n’a-t-orr pas vu d’individus qui étaient pères de garçons , quoiqu’ils fussent privés du testicule droit? On doit porter le même jugement sur l’opinion d’Aristote, qui attribuait au vent du midi la propriété de favoriser la génération des fdles , et au vent du nord celle des garçons.
De nos jours , Millot, pour se conformer au système adopté par les modernes, a imaginé que les œufs mêles étaient contenus dans l’ovaire droit, et les œufs femelles dans l’ovaire gauche ; d’où il a conclu que, pour engendrer un garçon ou une fdle , il suffisait de faire coucher la femme, pendant le coït, sur le côté correspondant au sexe qu’on désirait. Mais l’expérience et l’observation u’ont-elles pas fait justice de celte futile rêverie et de la conséquence pratique que l’auteur en a déduite? Le docteur Jadelot a ouvert le cadavre d’une femme qui avait mis au monde des enfants de l’un et de l’autre sexe , quoiqu’elle n’eùt naturellement qu’un ovaire; on a aussi communiqué à la Société de Médecine un exemple de grossesse extra-utérine , dans laquelle le fœtus ne correspondait point à l’ovaire que son sexe aurait dû occuper, suivant l’opinion de Millot. Enfin, Legallois, après avoir privé des lapines de l’un des ovaires , les a envoyées au mâle , et s’est assuré ensuite qu’elles mettaient bas des petits mâles et femelles.
Claude Quillet est connu par son poème de la Callijiédic , o ii il enseigne l’art de faire de beaux enfants; et tout récemment encore lloberl a renchéri sur ceux qui l’avaient précédé , en donnant des préceptes sur la manière d’avoir des enfants d’esprit. On ne peut disconvenir que ces auteurs n’aient donné des preuves de ta-
lent et d’érudition ; mais leurs ouvrages no cesseront d’être marqués au coin des romans, tant qu’on verra les enfants dégénérer de la beauté et de l’esprit de leurs ancêtres, ou les surpasser sous ce double rapport.
ARTICLE II
De 1’époque , du lieu el des phénomènes de la conception.
Ce qu’on sait de plus positif relativement à la conception, c’est qu’elle est enveloppée des plus épaisses ténèbres. Les uns la confondent avec la génération , les autres , au contraire , distinguent l’instant où le germe est fécondé d’avec celui où il est conçu, et prolongent même l’intervalle qui sépare ces deux opérations depuis sept heures jusqu’à sept jours. Mais n’est-ce pas là une vaine subtilité, que la pensée peut à peine saisir, ^ et qui n’est d’aucune importance pour la pratique ?
Que d’incertitudes encore sur les conditions qui rendent la femme féconde, ou habile à concevoir? On regarde ordinairement comme le présage d’une conception assurée l’ardeur avec laquelle le sexe se livre aux jouissances amoureuses, tandis que l’expérience prouve tous les jours le contraire. Personne n’ignore que des femmes , naturellement froides et apathiques, reçoivent sans plaisir les caresses de leurs époux, et font néanmoins plus d’enfants que les autres.
Mais où s’opère la conception ? Si l’on considère que le fœtus se développe le plus souvent dans la matrice, on est naturellement porté à croire que ce viscère est aussi le lieu où il a été conçu. Cependant Haller pense, avec la plupart des physiologistes , que celle opération a lieu dans l’ovaire , d’où l’œuf fécondé n’arrive dans la matrice que vers le troisième jour ; et il faut convenir que celle opinion, si elle n’est pas absolument vrsfie, est au moins très-vraisemblable ; car les débris de fœtus qu’on a trouvés dans l’ovaire prouvent incontestable-
ment qu’ils y avalent été conçus; et les nombreux: exemples de grossesses abdominales ou de fœtus tombés dans l’abdomen sans aucune lésion des Irompes, sont encore des faits qu'il serait impossible d’expliquer , si la conception s’opérait toujours dans la matrice. Enfin, l’expérience de Nuck, qui, trois jours après l’accouplement, lia une des.corncsde l’utérus sur une chienne, et qui , vingt-un jours après , trouva deux fœtus entre la ligature et l’ovaire, est une preuve sans réplique de la conception extra-utérine.
Quoi qu’il en soit, un des plus grands avantages en pratique serait de distinguer la conception et de la reconnaître d’une manière positive, afin d'éviter les nombreuses et funestes méprises que son incertitude a causées. Mais on n’a encore aucun signe qui la caractérise , et le plus souvent on est réduit à des doutes, quand il s’agit de décider si la copulation a ôté féconde ou stérile. Les auteurs même les plus recommandables ont laissé cette importante question dans une obscurité qu’il est impossible d’éclaircir.
Si l’on en croit Hippocrate , la femme qui conçoit éprouve un frémissement involontaire qui la fait tressaillir, et un sentiment de volupté excessive, auquel succède un état de langueur générale; ses yeux devenus plus caves et moins brillants, s’entourent d’un cercle bleuâtre, et son visage se couvre d’un masque plus ou moins étendu qui en ternit l’éclat.
Selon Galien, le moment de la conception est marqué par une espèce de spasme ou de resserrement intérieur. On rapporte aussi que certaines femmes éprouvent une chaleur ardente quand elles conçoivent , tandis que d’autres ressentent , dans les premiers jours qui suivent la copulation, une espèce de mouvement le long des trompes utérines avec de petites coliques dans l’hypogasfre.
Mais on ne peut rien conclure de tous ces signes, puisque l’observatiou atteste qu’ils n’existent pas chez
toutes les femmes , cl que la plupart sont communs à la conception .et à l’écoulement des règles. D’ailleurs, celte sensation intérieure de frémissement , de chaleur et de volupté , le médecin accoucheur ne peut la connaître que par l’aveu de la femme qui l’éprouve; or, où est souvent la certitude qu’elle n’a aucun intérêt de le Irontpcr?
Il faudrait donc pouvoir s’en rapporter à des phénomènes extérieurs et sensibles, tels que les changements dans la forme, le volume, la température ou la couleur de certaines parties du corps ; mais ce sont là des signes tout aussi incertains que les autres. Pour un seul cas où ils ont fait connaître la conception, on en citerait une infinité d’autres où ils ont induit en erreur. A la vérité, le cynique Démocrite d’Abdère reconnut, dit-on, par la seule inspection du cou , qu’une jeune fille , compagne d’Hippocrate, venait de perdre sa virginité. On rapporte aussi qu’un moine de Prague reconnaissait les personnes à l’odorat comme on les connaît à la vue, et qu’il distinguait la vierge d’avec celle qui avait été déflorée. Enfin , dans les Essais sur Paris, il est question d’un aveugle qui connut qu’une de ses filles s’était livrée à son amant. Mais quels sont les accoucheurs .ondes gens de l’art dont les organes des sens sont assez déliés ou assez subtils pour faire de pareils tours de force ?
ARTICLE III
De la grossesse cl de ses signes.
On donne le nom de grossesse à l’état de la femme depuis qu’elle a conçu jusqu’à ce qu’elle accouche.
Considérée par rapport au produit de la conception, elle se divise en vraie et en fausse ou apparente. Dans la grossesse vraie , la matrice renferme un ou plusieurs fœtus, et dans la fausse grossesse ce viscère ne rou-
yo
PRINCIPES
tient que de l’eau, de l’air, du sang , des glaires , des concrétions polypeuscs , une mole , des hydalides , des calculs, etc.
Si l’on a égard au lieu que la grossesse occupe, on la distingue eu utérine cl en extra-utérine, selon que le fœtus se développe dans la matrice ou hors de ce viscère ; dans le dernier cas, elle péut encore se,subdi viser en grossesse delà trompe, de l’ovaire ou de l’abdomen. La grossesse utérine porte aussi le nom d’exlra-pelvienneou extra-abdominale, quand la matrice, chargée du produit de la conception, est hors du bassin et de la vulve. C’est ce qu’on observe dans les cas de procidence ou chute complète de la matrice. Le docteur Bres'chet a aussi rapporté un cas de grossesse où le fœtus, sans être dans la cavité de la matrice, n’était pas cependant tout à fait hors de ce viscère; car, après être parvenu à l’extrémité interne de la trompe, il s’était développé dans l’épaisseur des parois utérines.
Enfin , la grossesse est simple quand il n’y a qu’un fœtus, double quand il y en a deux, triple quand il y en a trois, etc. On dit aussi qu’elle est compliquée, quand la matrice, outre le fœtus, contient une grande quantité d’eau, des hydalides, un polype, une mole.
Un des points les plus essentiels, et peut-êlre.Ies plus difficiles en pratique, est de bien connaître la grossesse quand elle existe, pour la distinguer d’avec toutes les affections pathologiques qui peuvent la simuler. Mais quelle habitude, quelle prudence et souvent quelle adresse l’homme de l’art ne doit-il pas avoir alors pour éviter la méprise ou l’erreur, et peut-être aussi les pièges qu’on lui tend? Ici, c’est une femme qui ne consulte que pour dissiper quelques doutes ou quelques craintes , ou simplement pour satisfaire une vaine curiosité ; là, c’est une nourrice qu’on soupçonne d'être enceinte , parce que l’enfant qu’elle allaite, loin do croître , vient à dépérir ; ailleurs , une fille débauchée et pleine de mauvaise foi, cherchant à se débarrasser
d'un fardeau qui l’inconimode , cl qu’elle ne peut attribuer qu’à un amour ilicite et clandestin, va furtivement solliciter des remèdes pour une fausse hydropisie ou pour quelques prétendus dérangements de la menstruation. Une femme, naturellement vindicative, vientelle à être maltraitée, se déclare enceinte, pour se faire accorder une plus grosse indemnité; une autre, plus astucieuse ou plus jalouse encore , prétexte une grossesse pour hâter son mariage avec un amant dont elle craint l'inconstance ou l'infidélité. Tantôt la justice invoque les lumières de la médecine , avant de prononcer sur la réclamation d’une jeune veuve sans enfants, qui ne feint d’ètre grosse que pour retenir ou usurper les biens de son époux , et pour en priver d’avides collatéraux ; tantôt c’est une femme scélérate et chargée de crimes, qui, afin de suspendre le glaive de la loi prêt à la frapper, s’intéresse et demande grâce pour le fruit qu’elle prétend porter dans sein , espérant par là de se soustraire au supplice qu’elle a mérité. Dans toutes ces occasions l’accoucheur ou le médecin doit nécessairement se tenir en garde contre l’erreur , et prendre les plus grandes précautions pour ne compromettre ni sa réputation , ni l’intérêt de la société, ni le salut de la femme qui le consulte , ou celui de l’enfant qui a déjà reçu l’existence , sans avoir encore vu le jour.
Mais il s’en faut bien que les phénomènes qui se manifestent pendant la grossesse donnent tous la même certitude, pour en confirmer l’existence. Il en est qui la font seulement présumer; d’autres qui la rendent vraisemblable, et quelques-uns qui la mettent hors de doute ou d’équivoque. Les premiers , dont le nombre est presque incalculable, s’observent immédiatement après la conception ou dans les premiers mois de la grossesse , et se déduisent de certaines légères incommodités que la femme éprouve ; les seconds, beaucoup moins nombreux, sont relatifs aux divers-changements qui surviennent , soit dans la matrice , soit dans le bas-
PRINCIPES
ventre, et deviennent de plus en plus sensibles, à mesure que la grossesse avance ; enfin les derniers, qui sont les seuls caractéristiques, ne s’acquièrent que par le toucher, et tiennent aux mouvements du fœtus.
SECTION PREMIÈRE
Des signes qui fonl seulement présumer la grossesse.
Il suffit de connaître les lois qui régissent l’économie animale, et surtout l’influence que la matrice exerce sur tout l’organisme en général , pour se former une idée des changements que la grossesse doit apporter dans les propriétés vitales et dans les fondions soit intérieures ou nutritives , soit extérieures ou de relation.
Que de dérangements, que d’irrégularités dans la digestion! le plus souvent ce sont des nausées plus ou moins incommodes , accompagnées de mal d’estomac, de chaleur ardente dans le gosier et l’œsophage, de soif, de borborygmes, de flatuosités, de diarrhée ou de constipation. Quelquefois des vomissements convulsifs permettent à peine de garder quelques aliments solides ou liquides; d’autres fois l’appétit devient insatiable ou se déprave à un tel point, qu’il ne recherche que les substances les plus bizarres et les moins propres à servir de nourriture, (elles que la craie, la pierre broyée, le charbon, le plâtre , la terre , les araignées , le vieux 9 linge , le sel , le poivre , le poisson pourri , les liqueurs fermentées et alcooliques. On cite deux femmes , dont l’une voulait absolument qy'on lui servit à manger l’épaule d’un boulanger qu’elle avait vu en passant; et l’autre ne trouvait pas de plus grand délice que d'introduire le canon d’un soufflet dans sa bouche , et d’avaler à longs traits le vent qui en sortait. On rapporte qu’uue femme mangea quatorze ou quinze cents harengs salés, pendant le lèrme de sa grossesse. Nous avons connu deux dames, dont l’une ne s’abreuvait queM’eau-de-
île et de liqueurs spiTitueuses, et l’autre ne vivait que de poivre long qu’elle avalait à poignées, de café pur, et de salade qu’elle assaissonnait avec du vinaigre seul.
La respiration "participe aussi à celle espèce de bouleversement général. Des quintes de toux plus ou moins sèches el presque toujours convulsives, des hoquets, des bâillements, des soupirs; le resserrement delà poitrine, l’oppression, l’baleine courte , chaude, sifflante, plus ou moins sonore ; la voix aiguë, perçante, grave, rauque, plaintive, tremblante; le besoin imaginaire ou réel de changer d’air à tout instant, crainte de suffocation ; voilà encore des incommodités qui tourmentent certaines femmes durant les premiers mois et quelquefois tout le temps de la grossesse.
Point d’uniformité ou de régularité dans la circulation. Le .pouls est tantôt plein, fort, dur, accéléré; tantôt, au contraire, lent, mou, faible, petit, imperceptible, inégal, intermittent. Les veines se gonflent, ou disparaissent, el s’enfoncent dans le tissu cellulaire ; celles des extrémités inférieures deviennent souvent variqueuses, surtout lorsque la grossesse est un peu avancée. Certaines femmes éprouvent des palpitations de cœur insupportables, d’autres tombent en syncope au moindre mouvement. Le sang tiré des veines parait plus ou moins rouge, plus ou moins séreux, et offre souvent une couenne inflammatoire plus ou moins épaisse el plus ou moins dense. Ce liquide se porte avec violence vers certaines parties du corps d’où il s’échappe par les vaisseaux exhalants; delà différentes espèces d’hémorrhagies. Le visage est plus ou moins coloré. L’écoulement périodique du sang menstruel se supprime pour l’ordinaire pendant tout le temps de la grossesse; il n’est pas néanmoins très-rare que de9 femmes répandent quelques gouttes de sang dans les premiers mois , qu’elles soient même réglées comme auparavant jusqu’à leur terme.
PRINCIPES
Memes changements clans les sécrétions et les excrétions. La plupart des femmes pâlissent dès qu'elles sont grosses, et leur tissu cellulaire semble s’infillrer; on dirait qu’elles sont plus lymphatiques qu’à l’ordinaire; leurs extrémités inférieures et les parties génitales externes deviennent œdémateuses. On en voit aussi dont la peau prend une teinte brune, jaune ou iclérique ; et d’autres dont le visage se couvre de plaques ou taches plus ou moins étendues. L’urine est plus limpide, quelquefois sédimenteuse. Les mamelles se gonflent et deviennent plus sensibles; leurs aréoles s’étendent et se rembrunissent ; les mamelons se redressent et donnent du lait ou une humeur séreuse qui en a l’apparence. La surface de la peau est sèche, froide, rugueuse, bourgeonnée ; d’autres fois, unie, couverte de moiteur, et d’une température plus ou moins élevée , plus ou moins variable. La vulve et le vagin sont secs ou inondés de mucosités. Quelquefois la salive coule à flots , et détermine un ptyalisme ou crachotement insupportable. Nous avons donné des soins à une dame très-nerveuse qui a été affectée de celte dernière incommodité depuis la conception jusqu’après l’accouchement.
La nutrition est plus ou moins dérangée; certaines femmes perdent leur fraîcheur et leur embonpoint au commencement de la grossesse , et ne les recouvrent que vers le sixième ou le septième mois; il en est qui maigrissent et semblent dépérir depuis la conception jusqu’à l’accouchement ; leur ventre s’aplatit, leur visage se décompose, se flétrit et se couvre de rides; d’autres, au contraire, jouissent d’une brillante santé pendant qu’elles sont enceintes, et paraissent plus languissantes dans les intervalles.
La grossesse influe aussi sur les organes delà locomotion.. On voit des femmes qui, dès qu’elles ont conçu, deviennent indifférentes pour le mouvement. Elles tombent dans un tel état d’inertie , d’engourdissement et même de faiblesse , qu’elles ne soupirent qu 'après le
repos ; il faudrait leur faire violence pour les déterminer à prendre le plus léger exercice. Il y en a qui éprouvent des accès d'hystérie bien manifestes. Nous avons donné des spins à deux dames dont la grossesse était diüne de compassion; l’une était afl'eclée de violentes convulsions qui revenaient périodiquement tous les mois, et l’autre avait été saisie d’une (elle rigidité-tétanique, presque immédiatement après la conception , qu’elle ne pouvait exercer aucun mouvement ; son corps était extrêmement courbé en devant , et formait un arc qui ne se redressa qu’au moment où elle sentit les premières douleurs pour accoucher.
Les fonctions des sens extérieurs ne sont pas sujettes à moins d’irrégularités. La vue se trouble ou s’obscurcit ; les femmes croient voir des insectes ou des blueltcs ; tout ce qui les environne semble tourner autour d’elles ; quelquefois la lumière la plus douce les fatigue et les incommode. L’audition devient plus ou moins difficile ; les oreilles retentissent ou bourdonnent. L’odorat se perd et ne peut supporter que certaines odeurs. Le goût s’altère quelquefois au point de trouver douces comme du miel et du sucre , les substances les plus aigres et les plus piquantes, telles que le vinaigre , le sel ou le poivre : c’est ce que nous avons observé chez une dame enceinte de six mois. Le tact s’émousse ou devient plus subtil; le sommeil est tantôt profond, tantôt agité par des rêves ou des visions fantastiques.
Les facultés de l’entendement et les affections de l’âme ne sont plus dans l’état ordinaire ; l’esprit est plus lourd, plus abattu ; souvent l’imagination s’exalte , les passions se réveillent, et le caractère s’aigrit. Moins de sûreté dans le jugement ; moins de force dans la volonté ; moins de constance dans le sentiment. Certaines femmes passent de la tristesse à la joie , de l’amour à la haine avec une mobilité incroyable : d’autres, profondément occupées delà même idée, deviennent soupçonneuses, jalouses, même cruelles.
PRINCIPES
Tel est le tableau des divers phénomènes qui s’observent, ou des changements que la femme éprouve tant au physique qu’au moral pendant le c*ours de la grossesse. Mais quelle induction peut-on en tirer quand on sait qu’ils n’ont ni continuité ni régularité? Ils n’exislent ni chez toutes les femmes, ni dans toutes les grossesses ; enfin ils peuvent èlre occasionnés par une infinité de causes différentes, telles que l’écoulement ou la suppression des règles, les anomalies nerveuses auxquelles le sexe est si sujet, les vices organiques ou maladies chroniques des parties génitales, et surtout de la matrice et des ovairps, etc.
Cependant, quoique ce ne soit là que des signes fort équivoques ou incertains, il serait très-imprudent de ne pas les prendre en considération , quand on est consulté par la femme qui les éprouve. Le parti le plus sûr alors est de présumer la grossesse , ou de se tenir au moins dans les bornes d’un doute raisonnable, pour ne rien précipiter et ne rien hasarder. Avec de telles précautions on gagne du temps ; la grossesse , si elle existe réellement, ne tarde pas à se manifester par des caractères plus positifs, et on m'a point à se reprocher d’avoir administré des remèdes violents et homicides qui peuvent procurer l’avortement ; ni d’avoir porté une décision qui peut faire partager à un fœtus innocent le supplice d’une coupable mère : méprises scandaleuses que d’ignorantes matrones et des médecins téméraires ont commises du temps de Riolan et de Mauriceau.
SECTION II
Des signes qui rendent la grossesse vraisemblable.
Jusqu’ici nous n’avons considéré que des phénomènes ou effets généraux qui tiennent à la sympathie de la matrice avec toute l’économie en général, et nous avons
vu qu’ils ne donnaient que de faibles présomptions en faveur de la grossesse. Nous examinerons maintenant les changements particuliers que la matrice ellc-mèmo éprouve , et nous pèserons aussi le degré de confiance qu’ils peuvent inspirer, quand il s’agit de vérifier si cet organe contient le produit de la conception.
D’abord, un fait qu’aucun physiologiste n’a jamais’ révoqué en doute, c’est que la conception ne saurait avoir lieu sans augmenter les propriétés vitales du système utérin. Il s’y développe alors une nouvelle sensibilité, la femme y éprouve plus de chaleur et de ton ; elle y sent aussi plus de pesanteur. On dirait, en un mot, que le germe excite la vie des organes qui doivent contribuer à son*accroissemcnt, et avec lesquels il doit pour ainsi dire s’identifier pendant neuf mois.
Cela posé, jetons un coup d’œil rapide sur les phénomènes que la matrice présente depuis le commencement jusqu’à la fin de la grossesse. D’abord, quels changements dans son volume et dans sa forme ! Ce viscère qui, dans l’état ordinaire, n’occupe guère qu’un point dans le bassin, n’a pas plus tôt senti l’impression du nouveau germe , qu’il commence à s’élever et à s’agrandir. Ses progvès sont même si rapides que dans l’espace de neuf mois il remplit tout le bas-ventre, et semble empiéter encore sur la capacité de la poitrine ; l’intestin, l'épiploon, l’estomac , etc., sont pressés, refoulés , quelquefois même forcés de s’élancer hors de leur enceinte pour lui céder l’espace. Avant la conception , ce n’était qu’un corps triangulaire et légèrement aplati, qui avait tout au plus trente lignes de long sur un pouce et demi de large, et un pouce d’épaisseur, au terme de l’accouchement , c’est un ovoïde dont le volume est onze fois ou onze fois et demie plus considérable. A cette époque, il a environ un pied de longueur et sept à huit pouces d’épaisseur en tous sens.
Mass cet accroissement ne s’opère pas d’une manière brusque, uniforme et régulière; il est lent, impercep-
fJ8
PRINCIPES
tible ou peu sensible dans le commencement delà grossesse, tandis que vers le milieu il marche avec une rapiditè qui étonne, tant elle parait incompatible avec la résistance que lui oppose le tissu de la matrice. Dans les deux premiers mois qui suivent la conception, ce viscère ne sort pas encore de la cavité du petit bassin ; il semble au contraire qu’il s’y enfonce davantage en se rapprochant de la vulve et du périnée ; dans ce caslà, des chirurgiens inexpérimentés, ignorants ou inattentifs, ont cru qu’il était dans l’état de relâchement ou de chute incomplète , cl ont conseillé, même appliqué des pessaircs pour soulager les femmes d’une incommodité qu’elles n’avaient point. Mai^à la fin du troisième mois, le fond de la matrice est au niveau du détroit supérieur, qu’il déborde de plusieurs travers de doigt à la fin du quatrième. A cinq mois révolus, on le sent à deux doigts au-dessous de l’ombilic ; il répond â l’anneau quinze jours après , et s’élève de deux doigts au-dessus vers la fin du sixième mois. Au septième, il arrive dans la région épigastrique, et vers la fin du huitième, on le trouve dans le creux de l’estomac. Pendant le neuvième mois , le fond de la matrice reste stationnaire, et semble même quelquefois perdre de sa hauteur, parce que leventre s’affaisse presque constamment à celle époque.
La figure de la matrice n’offre ni moins de lenteur, ni moins d’irrégularité dans ses changements. Elle s’arrondit en tous sens au commencement de la grossesse; mais elle s’allonge ensuite plus qu’elle ne s’élargit, pour s’arrondir encore vers la fin, sans néanmoins perdre la forme ovoïde qui lui parait naturelle.
Celte échelle de graduation ne saurait cependant suffire pour déterminer précisément les dimensions et la figure de la matrice ; car, à une époque quelconque de la grossesse , elles ne sont jamais les mêmes chez tous les individus , ni dans les différentes grossesse de la même femme, soit à cause des accroissements variables
du fœtus et de scs dépendances, soit à cause de la quantité plus ou moins grande des eaux de l’amnios.
Une observation non moins curieuse qu’importante pour le praticien , c’est que , pendant les six premiers mois de la grossesse, le corps et le fond de la matrice contribuent seuls à son développement, tandis que le col résiste encore et conserve pour l’ordinaire sa consistance et ses dimension?. Dans les trois derniers mois, au contraire, c’est un ordre tout différent; alors le corps et le fond se distendent moins , et le col à son tour commence de contribuer à l’ampliation de la matrice ; il perd peu à peu de sa longueur, il s’amincit insensiblement, et offre chaque jour plus de souplesse. Enfin , vers le commencement du neuvième mois, il est presque entièrement effacé, et la matrice n’acquiert guère plus d’accroissement jusqu’au temps du travail.
A quels raisonnements ou plutôt à quelles subtilités le physiologiste n’a-t-il pas eu recours pour expliquer ce phénomène? D’abord, le scalpel à la main, il a vu que le tissu du col utérin était plus ferme et plus dense que celui du corps. De là, son imagination n’a pas manqué de conclure que, pendant le temps de la grossesse, il s’établissait entre les fibres utérines une espèce de lutte dans laquelle celles du col , plus serrées et plus fortes, avaient l’avantage pendant les six premiers mois^ et cédaient ensuite à la réaction du corps et du fond , ainsi qu’au poids du fœtus devenu plus volumineux. Une conséquence nécessaire de celte hypothèse , était que l’accouchement ou l’expulsion du fœtus et de ses dépendances ne pouvaient avoir lieu sans que l’équilibre fut rompu entre les fibres de la matrice, et sans que celles du corps et du fond eussent acquis la supériorité sur celles du col. 11 résultait aussi du même principe que la naissance devait être prématurée ou tardive , selon que ce prétendu équilibre se rompait avant ou après le terme ordinaire de la grossesse ; théorie purement mé-
PRINCIPES
canique, plus spécieuse que solido , et à laquelle 11 Buflil d’opposer l’observation pour la renverser. Il est de fait, et tous les praticiens peuvent l’attester, que le col de la matrice commence quelquefois de s’amollir à son extrémité inférieure ou vaginale , tandis que le cercle de sa base présente encore un bourrelet très-dur et très-compacte au toucher. Or, cela pourrait-il se concevoir en supposant une Iulte*dans laquelle les fibres du col les plus voisines du corps devraient être attaquées et vaincues les premières? 11 est encore de fait que la matrice se développe, et que son col s’efface, suivant la même loi, dans la grossesse simple et dans la grossesse composée ; ce qui ne peut se concilier avec le système d’actionftt de réaction entre les fibres du corps et celles du col. Enfin, personne n’ignore que l’orifice utérin commence quelquefois à se dilater avant l’accouchement ; que, pendant le travail, les contractions de la matrice ne sont jamais uniformes et continues, mais plus ou moins rapides et plus ou moins énergiques; que le délivre ou arrière-faix ne suit presque jamais immédiatement le fœtus, et que, dans le cas de jumeaux, le dernier n’est quelquefois expulsé que longtemps après le premier. Comment donc expliquera-l-on cette progression dans le travail de l’enfantement, si l’on suppose que la rupture ou défaut d’équilibre entre les fibres du corps et du col, est la cause qui le détermine. Dans celte hypothèse, la femme ne devrait-elle pas accoucher aussitôt que la résistance du col est surmontée, et expulser en même temps un ou plusieurs fœtus avec toutes leurs dépendances?
Quoi qu’il en soit, la matrice ne se développe et no s’agrandit qu’en changeant pour ainsi dire d’organisation. C’est une nouvelle structure, un nouveau mode de circulation et de sécrétion, en un mot, une nouvelle vie. Dans l’état ordinaire , cet organe n’offre qu’une masse sonn ée , dense, blanchâtre, presque cartilagineuse, dont les fibres fiexueuses forment un lacis inex-
roi
tricable; on y distingue à peine quelques vaisseaux sanguins. Mais à mesure que ia grossesse avance, le tissu en devient plus mou, plus souple et plus rouge; les vaisseaux dont il est arrosé se déroulent, se redressent, s’allongent et acquièrent plus de calibre; enfin, au terme de l’accouchement les sinus utérins égalent la grosseur du petit doigt, et les lymphatiques eux-mêmes celle d'une plume à écrire. Quel merveilleux accroissement ! aussi la matrice reçoit-elle tous les jours progressivement plus de sang ou de liquides, jusqu’à ce qu'elle commence de se contracter pour expulser le fœtus; et, dès que le travail est terminé, son tissu se resserre, ses fibres se replient, ses vaisseaux se recourbent et deviennent plus anguleux ; ils perdent de leur calibre, et reçoivent par conséquent moins de sang. De là résulte la diminution progressive des lochies ; de là aussi la brillante et ingénieuse théorie sur laquelle Pu- 20s a fondé la méthode d’arrêter les perles avant et après l’accouchement.
Mais poursuivons : les changements que 1» matrice éprouve par rapport à son action ont encore de quoi nous étonner, tant ils paraissent incroyables. Inactive et presque inerte avant la grossesse, elle ne jouit que d’une faible ou médiocre tonicité, telle qu’on l’observe dans les tissus blancs ou dans les glandes sécrétoires , la sensibilité en parait même presque nulle, à moins que l'impression de quelque vi-rus ou de toute autre cause externe ne vienne la réveiller, et y produira quelquefois des douleurs plus ou moins aiguës. Mais à peine ce viscère a-t-il reçu le produit de la conception, que sa sensibilité s’exalte jusqu’à l’éréthisme, et sa tonicité jusqu’à la contractilité musculaire. Cette dernière propriété semble même alors indépendante de la vie des autres organes, puisqu’elle subsiste encore lorsqu’ils n’exercent plus aucune action. L’observation attesta que la matrice a quelquefois conservé assez de force pour revenir sur elle-même et pour expulser le fœtus,
PRINCIPES
quoique la femme fût tombée en défaillance et qu’elle eut même cessé de vivre.
Ce n’est donc pas à la vessie urinaire ni à une boule de cire qu’il faut comparer la matrice pour en expliquer la distension durant la grossesse, comme l’ont fait Galien et Avicenne, et après eux Vôsale et Mauriceau. Tout rejette un pareil rapprochement; là ce sont des cavités qui s’amincissent en se dilatant, et qui semblent céder à une force étrangère ; ici, au contraire, c’est un organe éminemment érectile qui, par une activité propre et naturelle , s’agrandit , en conservant à peu près la même épaisseur; on dirait que la matrice, en proportionnant sa capacité aux accroissements du fœtus, se met aussi en mesure pour l’expulser quand il en sera temps. Qu’on ne croie pas cependant qu’il y ait ici do nouvelles fibres qui s’engendrent, ni de nouvelles parois qui s’appliquent aux premières : la ténuité de la matrice chez une femme qui succombe à une hémorrhagie , suffit pour écarter ce paradoxe ; ce sont toujours les mêmes fibres qui s’allongent sans perdre de leur grosseur et les mêmes parois qui s’élargissent sans s’amincir. Admirable chef-d’œuvre de la nature , vrai miracle physiologique, dont on entrevoit la raison dans les changements que la matrice éprouve pendant la grossesse! car ce viscère ne peut recevoir une plus grande quantité de liquides, sans recevoir en même temps un surcroît de suc nutritif , qui compense ou répare ce que la distension des parois pourrait ôter à leur épaisseur.
Mais une preuve presque démonstrative que la matrice n’est pas entièrement passive durant la grossesse, et que sou expansion n’est pas seulement l'effet d'un liquide qui en écarte les parois, c’est que ce viscère, aussitôt après la conception, s’agrandit, se dilate et s’épaissit, avant que le fœtus y paraisse d’une manière sensible, etmême lorsqu’il se développe ailleurs, comme dans le cas de grossesse extra-utérine. Bertrandi a ou-
vert la matrice de plusieurs femmes qui avaient péri dans les premières semaines de la grossesse, et il en a toujours trouvé la cavité plus ample qu’à l’ordinaire, quoique l’œuf n’y adhérât encore nulle part. Dans une circonstance, le fœtus était contenu dans la trompe gauche, et la matrice, quoique vide, avait acquis trois fois plus de volume. Santorinus rapporte des observations semblables, et Hartmann assure avoir observé le même phénomène chez les animaux dont la matrice se dilate dans toutes ses cornes, quoiqu’il n’y en ait qu’une do fécondée. Enfin, 'Weinknechl rapporte une observation de grossesse tubaire où la matrice était non-seulement plus ample et plus épaisse, mais encore revêtue d’une membrane lâche, pulpeuse et semblable à la caduque de Hunier. Après des faits aussi posilifs , pourrait-on refuser à la matrice une force propre et active, qu’on accorde à plusieurs autres organes , à l’iris, au mamelon, au corps cavervcux, au cœur ; une force dont jouissent probablement tous les muscles qui ne sont point soumis à la volonté?
Enfin, parmi les changements que la matrice éprouve durant la grossesse, il nous reste à examiner encore celui qui est relatif à sa situation et d’où dépend son obliquité , phénomène que les anciens n’avaient point méconnu, maisdont personne n’a eu la gloire de développer la théorie comme Deventer. Chargée du produit de la conception, la matrice ne peut pas sortir de la cavité pelvienne en s’élevant parallèlement à la colonne rachidienne ; la saillie du sacrum et la convexité des vertèbres lombaires s’y opposent ; elle est donc forcée de suivre l’axe du détroit abdominal jusque vers le milieu de la grossesse. A celte époque , les enveloppes du basventre, d'autant plus relâchées qu’elles ont été plus distendues par les grossesses précédentes, ne peuvent plus résister à la pression qui les repousse , et laissent tomber le fond de la matrice en avant, sur la vulve, sur les euigscs. quelquefois jusqu’aux genoux. Ce déplacement
PRINCIPES
devient presque insupportable, quand il est aussi excessif ; il oblige alors la femme de se redresser, et de se renverser pour ainsi dire en arrière; ce qui l’expose à chaque instant à perdre l’équilibre, si elle n’a la précaution de relever et de soutenir l’abdomen avec un suspensoir.
On conçoit donc pourquoi l’obliquité antérieure de la. matrice est si fréquente et même constante. C’est un effet en quelque sorte naturel de la conformation du bassin , qui offre une large échancrure au-dessus du pubis, et dont le détroit abdominal ainsi que son axe s’inclinent en devant.
Il est néanmoins des femmes dont les muscles abdominaux offrent tant de résistance, surtout dans une première grossesse, que la position de la matrice reste toujours verticale, cl semble même faire croire à une obliquité postérieure ; mais celte méprise devient impossible , si on réfléchit à la circonstance où la femme se trouve alors, et à la cause qui produit l'illusion. D’ailleurs, pour admettre cette espèce d’obliquité, ne faudrait-il pas supposer avec Levret que le sacrum et la colonne lombaire, au lieu de faire saillie en avant, reculent et s’enfoncent en arrière? Vice de conformation qu’on ne peut concevoir, puisqu’il est entièrement opposé aux cau^ps qui altèrent la structure naturelle du bassin.
Une autre espèce d’obliquité non moins fréquente, est celle qui fait pencher le fond de la matrice à droite ; on l’observe à peu près quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent , et on la rencontre même chez le plus grand nombre des femmes dans le commencement de la grossesse, lorsque la matrice n’a pas encore débordé le petit bassin. Les causes de cette déviation tiennent, au moins dans les premiers mois , au rectum et à l’extrémité inférieure du colon ; ces deux portions de l’intestin situées à gauche, et distendues à certaines époques du jour par des matières stercorales, forment un bourrelet plus ou moins volumineux qui repousse le ÿlobc utérin à droite.
Celte direction est encore favorisée par les efforts que ta femme fait pour rendre les selles, et par la forme sphérique de la matrice qui ne peut rester longtemps appliquée sur l'angle saillant cl arrondi du sacrum.
On n’observe que fort rarement l’obliquité latérale gauche de la matrice, et les causes n’en sont pas faciles à indiquer. Peut-être ne se manifeste-l-elle , comme le prétend le docteur Gardien, que lorsque le fond de ce viscère, fortement retenu par les enveloppes du basventre , est parvenu à la seconde ou troisième vertèbre lombaire; à celte époque il n’est plus rejeté à droite parle rectum, et il s’incline indistinctement de l’un ou de l’autre côté. Il semble néanmoins que l’intestin qui tend toujours à se porter vers la fosse iliaque gauche, à cause de la direction du mésentère, devrait encore alors déterminer l’obliquité latérale droite. D’ailleurs, le fond de la matrice ne s’incline-t-il jamais à gaucho avant d’atteindre la hauteur des vertèbres lombaires? C’est ce qu’il faudrait examiner.
Malgré cette incertitude , l’explication que nous avons donnée des différentes espèces d’obliquité utérine doit faire rejeter les causes auxquelles des auteurs du plus grand mérite l’avaient attribuée. Tels sont l’habitude que la femme prend de se coucher constamment sur le même côté pendant la grossesse ; le relâchement des ligaments qui assujélissent la matrice d’un côté ou de l’autre ; une tumeur plus ou moins volumineuse dans l’ovaire ou dans l’abdomen.
A la vérité, ces causes, quand elles existent, peuvent contribuer à l’obliquité de la matrice d’une manière accessoire. Mais comment pourraient-elles la produire constamment, attendu qu’elles se rencontrent des deux côtés du bassin , tandis qu’au contraire , la matrice s’incline presque toujours à droite et en avant.
Attribuerons-nous, avec Levret , l’obliquité de l’utérus â l’insertion du placenta sur les côtés de ce viscère? Mais alors comment expliquerons-nous co phi-
nomène, lorsque le placenta correspond au fond ou au col de la matrice? Comment expliquerons-nous l'obliquité presque constante à droite et en avant, tandis que le placenta s’insère également à droite, à gauche et en arrière ? En général, toute cause doit être rejetée, lorsqu’elle n’a pas une analogie directe avec l’effet qu’on veut expliquer.
La vue suffit quelquefois pour reconnaître l'obliquité de la matrice , au moins quand la grossesse est un peu avancée. Mais, dans le commencement , on ne peut guère en déterminer l’espèce ni l’étendue, qu’en palpant l’abdomen de la femme , pour s’assurer de l’inclinaison du fond, et en introduisant le doigt indicateur dans le vagin, pour examiner la direction du col. Toutefois, dans ces recherches , il faut surtout éviter la précipitation , et ne jamais juger de la situation du col par celle du fond , ni réciproquement. Car , s’il est vrai que les deux extrémités de l’axe utérin, comme celles d’une bascule , s’inclinent le plus souvent en sens contraire, il n’est pas néanmoins très-rare que le col de la matrice se torde et se recourbe sur le corps comme le bec d’une cornue, pour rester au centre du bassin , ou même pour se diriger du même côté que le fond.
Les suites de l’obliquité sont plus ou moins incommodes, selon qu’elle est plus ou moins considérable, et que la grossesse est plus ou moins avancée. En effet, la matrice ne peut s’incliner vers un côté quelconque, sans presser, tirailler et distendre les enveloppes de l’abdomen qu’elle rencontre, ni sans comprimer les nerfs et les vaisseaux qui s’y ramifient ; de là des douleurs plus ou moins aiguës dans les aines et dans les lombes , l’engourdissement, l’infiltration et l’état variqueux du membre qui correspond à l’obliquité, la contusion et la phlegmasie des parties génitales, si elles se trouvent sous le globe utérin. Mais ce sont là des accidents peu fâcheux et presque nuis , en comparaison de ceux qui menacent lu femme pendant lo travail de
l’acconcliement , et dont nous parlerons dans la suite.
Enfin , si aux changements que la matrice éprouve dans son volume et sa forme, dans son action , sa structure et sa situation, nous ajoutons maintenant ceux qui ont rapport à ses dépendances, tels que la "d ilalali on, l’allongement et l’humidité du vagin , le gonflement en quelque sorte œdémateux des grandes lèvres et de la vulve , nous aurons le tableau complet de tous les phénomènes sensibles qu’on observe dans le système utérin, depuis la conception jusqu’au terme de l’accouchement. Mais ce ne sont encore là que des signes équivoques ; ils n'indiquent pas ptus la grossesse qu’une hydropisie ou une lympanile utérine, au moins dans les premiers mois qui suivent la conception ; car , pendant celle période , la matrice éprouve à peu près les mêmes changements, soit qu’elle renferme un fœtus , soit la distension de ses parois tienne à la présence d’une mole, à un amas d’hydatides , à de l’air , etc. Il faut donc attendre, pour acquérir plus de probabilités, jusqu’au milieu de la grossesse, époque où les anomalies générales que la femme éprouve après la conception commencent pour l’ordinaire à disparaître , et où le bas-ventre, s’élevant en pointe vers le nombril , laisse une espèce de vide du côté des lombes. C’est alors seulement que les changements du système utérin de l’abdomen donnent à la grossesse un air de vraisemblance. Mais il s’en faut bien qu’on en ait encore une certitude complète ; on ne l’acquiert qu’à l’aide de signes plus positifs et plus sûrs dont il nous reste à parler.
SECTION ni.
Des signes caractéristiques de la grossesse.
La conception ordinaire suppose nécessairement un germe qui se développe dans la matrice, et dont il sufiit de reconnaître la présence pour avoir la certitude
PRINCIPES
de la grossesse. C’est ià pour ainsi dire la pierre do touche ou le moyen sans lequel il est impossible d’éviter la méprise et de constater la vérité , dans une matière aussi délicate et aussi importante.
Au commencement de la grossesse , le fœtus est A peine ébauché; ce n’est pour ainsi dire qu’un atome do gélatine suspendu au milieu d’un océan de liquide ; il ballotte en tous sens, et pirouette continuellement, suivant l’impulsion qu’il reçoit. La vie dont il jouit n’est pas même tout à fait inactive , et ne consiste pas dans un repos absolu; ses fibrilles musculaires se contractent , sa frêle machine s’ébraflle, il s’agite par soubresauts, et se remue lui-même par sa propre force. Mais qu’est-ce que ce mouvement? N’est-il pas imperceptible ou trop faible encore pour se communiquer à la mère, et pour lui donner la conscience d’un être qui n’est pas elle au-dedans d’elle-même? Ce ne sont donc ni les premiers jours, ni les premières semaines, ni les premiers mois après la conception , qui sont les plus favorables pour dissiper le doute et l’incertitude que la femme peut conserver sur son état.
Mais à mesure que la grossesse avance, le produit de la conception se développe; ce qui n’était qu’un point gélatineux, prend de la forme et des dimensions; le fœtus acquiert plus de consistance et de volume; il est plus pesant. La vie qui l’anime devient plus énergique, ses muscles plus forts, son organisation plus solides. Enfin, vers le quatrième mois, rarement plus tôt, quelquefois plus tard, il se fait sentir, et dès lors son existence n’est plus un problème. A celte époque la femme éprouve des sensations qui lui étaient inconnues, et qui l’avertissent qu’elle doit se tenir prête à devenir mère. Dès qu’elle se remue, elle sent un corps étranger, plus ou moins solide, qui tombe ou se repose sur la partie la plus déclive de la matrice. C’est là ce qu’on appelle en propres termes, le bal follement du fœlus ; prouveraient tout à fait passif et uniquement dii, non à
l’action musculaire, mais à la force de gravitation qu’il partage avec tous les autres corps de la nature ; mouvement dont la femme est quelquefois incommodée, surtout lorsque le fœtus, ayant cessé de vivre, n’est plus qu’une masse ou une boule inerte que sa pesanteur entraîne de côté et d’autre; enfin, mouvement qui ne laisse plus aucun doute sur l’existence de la grossesse, puisque nulle autre substance que le fœtus ne peut nager ni ballotter dans l’eau de l’amnios.
Ce n’est pas tout : il est encore un autre signe qui prouve non-seulement la présence, mais encore la vie du fœtus dans le sein de la mère. C’est une sorte d’activité qui lui est propre, qui dépend, non delà volonté, mais de l’instinct, qui lient uniquement à la vie intérieure, organique ou végétative dont il est animé, et que les physiologistes comparent à celle d’un homme qui dort. C’est uniquement le besoin de se remuer pour changer d’attitude. En vertu de cette activité, le fœtus exécute des mouvements qui , vers le milieu de la grossesse, deviennent de plus en plus sensibles pour la mère. Alors son corps se courbe ou se redresse, ses membres se contractent ou se détendent, et vont frapper les parois de la matrice. Le choc en est même quelquefois si brusque, et si rude, dans les mois suivant, qu’il se manifeste à travers les parois du basventre et les vêtements; souvent la femme en est réveillée durant la nuit.
Ce sont ces deux mouvements, du fœtus, l’un passif et tout à fait matériel, l’autre actif, musculaire et proprement vital, dont la femme acquiert la conscience vers le milieu de' la grossesse, et qui, en lui donnant l’intime conviction de son état, lui imposent le devoir de veiller à la conservation du fruit qu’elle porte. Mais s’il est des circonstances où le témoignage de la femme suffit pour écarter toute espèce de doute et d’incertitude, combien n’en est-il pas aussi où l’on ne peut s’en rapporter à elle , et où la précaution exige même qu’on
PRINCIPF.S
la soupçonne de mauvaise foi, surtout quand elle a quelque intérêt de feindre ou de cacher la vérité? Elle est donc obligée alors de se soumettre à l’examen ou à la visite des gens de l’art , et spécialement des accoucheurs qui la palpent ou la touchent pour constater les mouvements du fœtus, seuls signes positifs et infaillibles de son existence et par conséquent de la grossesse.
Des médecins, dans ces derniers temps, ont prétendu aussi que le stéthoscope de Laënnec pouvait servir à vérifier la grossesse, quand elle était incertaine ou douteuse. Suivant eux, cet instrument appliqué sur l’hypogastre de la femme enceinte , transmet distinctement à l’oreille de l’explorateur le bruit du mouvement circulatoire du sang dans le placenta et dans le cœur du fœtus. Mais, s’il est des cas où celte espèce d’auscultation est infaillible , combien n’en est-il pas aussi où elle est fautive et sans aucune utilité! Nous en appelons pour cela au témoignage dcsaccoucheurs éclairés qui ont répété les expériences à cet égard. S’ils sont de bonne foi, ils avoueront que le cylindre de bois ne mérite jamais la préférence sur le toucher pratiqué avec un doigt bien exerce. Quant à nous, l’observation nous a convaincu qu’il en est du stéthoscope pour le diagnostic de la grossesse , comme pour celui des maladies thoraciques; et nous pouvons assurer positivement , sans craindre d’être démenti, que les avantages en ont été exagérés dans l’un et l’autre cas (1).
(1) Nous engageons les praticiens à vérifier les observations de Laennec et autres, et ils se •convaincront qu’il n’y a pas de pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre.
SECTION IV
Du toucher.
Ce sérail méconnaître une grande parlie des avantages du loucher, que de le borner à la recherche des signes qui caraclèrisent la grossesse. Il esl nou-sculemenl la boussole qui dirige la conduile de l’accoucheur dans toutes les opérations de son art , mais encore il sert de guide au médecin eu général , toutes les fois qu'il s’agit de déterminer le siège et la nature de certaines maladies propres au sexe; en effet, la décence ne leur permettant pas de porter leurs regards sur les. parties externes de la génération, et celles qui sont situées dans l’intérieur du bassin étant d’ailleurs inaccessibles à la vue, quel autre moyen leur resterait-t-il que de les palper, et de suppléer ainsi à l’œil par la main, pour en vérifier les différents étals?
Dans tous les cas, celle importante opération sert à reconnaître l’état du bassin et des organes qu’il renferme , les signes de la grossesse et les phénomènes qui accompagnent le travail de l’accouchement. Elle se pratique avec les deux mains , dont l’une s’applique par sa face concave ou palmaire sur la région abdominale que le corps et le fond de la matrice regardent, tandis que le doigt indicateur de l’autre s’introduit dans le \agin, où correspondent le col et l’orifice de ce viscère.
Les occasions où i’on est obligé de recourir au toucher sont peut-être plus fréquentes qu’on ne pense. Combien d’affections restent souvent inconnues cl sans remèdes chez les femmes, parce qu’elles refusent de 6e soumettre à un examen nécessaire , ou parce que les gens de l’art qu’elles consultent sont peu versés dans ces sortes de recherches ! Mais revenons à l’accoucheur.
Quello foulo do connaissances n’est-ü pas à môme d’acquérir tous les jours, à l’aide d’un doigt que la sagacité et l’expérience ont rendu habile ! C’est là sans contredit le pelvimétre par excellence, puisqu’il est le plus fidèle, quand il s’agit de mesurer les dimensions du bassin et d’en reconnaître la bonne ou mauvaise conformation; c’est l’instrument le plus commode pour vérifier l’état ordinaire de la matrice et de la vulve, les changements qu’elles éprouvent pendant la gestation, et les accidents qui peuvent y arriver après le travail de l'accouchement ; enfin , c’est le moyen le plus sûr et le plus prompt de constater les mouvements du fœtus, sans lesquels tout n’est que doute et obscurité dans l’examen des signes de la grossesse.
Qu’on ne s’imagine pas néanmoins qu’il faille seulement porter au hasard un doigt ou une main surlebassin et les organes génitaux de la femme, pour en saisir l’état actuel, par rapport à la grossesse et à l’accouchement; ce n’est pas ainsi qu’on touche ou qu’on palpe. Celle pratique suppose nécessairement des connaissances préliminaires, et exige certaines précautions, sans lesquelles elle tourne moins à l’instruction et au profit du praticien qui l’exerce, qu’au préjudice de la femme qui s’y soumet.
Il faut donc avoir premièrement une idée bien précise de tout ce qui est relatif à la situation , à la forme, à la direction, à la structure et aux dimensions du bassin ; à l’état ordinaire des parties génitales ; à la grossesse , et aux changements qu’elle cause dans le système utérin et le bas-ventre ; au fœtus et à ses dépendances; enfin au mécanisme de l’accouchement. Ce n’est, à proprement parler, qu’après avoir bien conçu un organe ou une fonction dans son état naturel , qu’on peut en apprécier les dérangements , et y apporter un prompt remède, lorsque cela est nécessaire.
Quant aux précautions que le toucher exige , les • unes regardent la femme et les autres l’accoucheur.
Que la femme , avant tout , aille à la garde-robe et rende son urine , si elle en éprouve le besoin , afin que le rectum et la vessie, moins volumineux dans l’état de vacuité , opposent moins d’obstacle au doigt qui parcourt le vagin pour aboutir à la matrice. Qu’elle prenne ensuite la situation la plus convenable aux recherches qu’on se propose de faire. S’agit-il d’un relâchement ou d'une descente de matrice ; le hon sens indique que la femme doit être debout , afin que ce viscère , abandonné à sa propre pesanteur , laisse apercevoir le degré de la maladie qu’on soupçonne. Est-ce , au contraire, le volume ou la figure du globe utérin qu’on veut déterminer dans une affection dont il est atteint , ou dans le commencement de la grossesse , la femme doit être couchée à la renverse , la tête un peu plus élevée que le tronc et les membres inférieurs dans l’état de flexion, afin que les muscles abdominaux plus relâchés interceptent moins l’impression de la main , qui cherche à démêler le fond de la matrice parmi les circonvolutions de l’intestin. Mais il peut arriver qu’une anasarque ou un embonpoint excessif ait donné trop d’épaisseur aux parois abdominales, que la cavité du péritoine soit remplie de sérosité, ou qu’une toux opiniâtre et importune mette les muscles abdominaux dans une agitation continuelle ; il est évident que la même position ne peut être alors d’aucune utilité ; la femme doit donc se tenir debout, le dos appuyé contre une muraille , et l’accoucheur est réduit à jugeç de l’état du globe utérin par sa pesanteur, par sa mobilité et par l’étendue de sa face postérieure, si toutefois il peut la parcourir du doigt.
Nous ne parlerons point ici des règles de la décence que tout honnête homme est censé connaître, et qu’il n’est jamais permis de violer en touchant les femmes, sous quelque prétexte que ce soit. Mais une précaution qu’il ne faut point négliger, c’est de ne jamais introduire le doigt dans le vagin , sans l’avoir
PRINCIPES
préalablement enduit de graisse, de mucilage, d’huile ou de beurre , soit pour ménager la sensibilité des parties qu’on touche , soit pour se préserver de certains virus dont elles peuvent être affectées , et dont la contagion se propage quelquefois avec une promptitude incalculable. Par la même raison , une plaie , un ulcère ou la moindre égratignure qu’on aurait au doigt indicateur d’une main , doivent suffire pour le faire exclure et lui faire substituer celui du côté opposé; de là l’avantage d’être ambidextre. Enfin , aussitôt après le toucher , ou se hâtera de laver ses mains , surtout lorsqu’on doit visiter plusieurs femmes de suite, afin de ne transmettre aucune impureté de l’une à l’autre.
Tout étant disposé, la femme couchée sur le dos, debout ou à genoux, et les cuisses un peu écartées, l’accoucheur porte l’extrémité du doigt vers la vulve, en écarte légèrement les grandes lèvres, et cherche l’orifice du vagin, en allant du périnée vers le pubis. Des praticiens conseillent d’insinuer deux doigts dans ce conduit ou de seconder l’introduction de l’index, en couchant le pouce sur le pubis et le médius sur le périnée. Mais , outre que ces procédés sont défectueux et inutiles dans le plus grand nombre des cas , ils sont encore très-incommodes et très-douloureux , surtout lorsque le vagin est étroit et la vulve gonflée. Il vaut donc bien mieux n’allonger que le doigt indicateur , et ployer les autres avec le pouce dans le creux de la main. Celte méthode, si elle i^est pas rigoureuse, a cela d'avantageux, qu’elle permet de varier à volonté la position du poignet, de le tourner vers le pubis ou le coccyx, à droite ou à gauche , de donner plus ou moins d’obliquité au doigt , et de lui faire parcourir plus ou moins d’étendue, suivant , les circonstances.
Veut-on s’assurer de la grossesse, on fixe la matrice entre la main qu’on applique sur l’abdomen et le doiut indicateur qu’on introduit dans le vagin ; on examine ensuite le volume et la forme de ce viscère, sa pesan-
teur et sa mobilité, sa hauteur ou sa dépression, sa rectitude ou sou obliquité, les dimensions du col„.et l'état de l’orifice; enfin , on tâche d’exciter les mouvements du fœtus, qui seuls peuvent dissiper le doute et l'incertitude. L’homme de l’art qui procède à cet examen doit donc avoir présents à sa mémoire les divers changements que la matrice éprouve depuis la conception jusqu'à l'accouchement; il doit se rappeler que dans les deux premiers mois, ce viscère se dilate, mais en se rapprochant de la vulve , et que vers la fin du troisième seulement, son fond commence à déborder le bassin, pour s’élever ensuite graduellement jusqu’à l’épigastre et même jusqu’au diaphragme, en s’inclinant plus ou moins à droite, à gauche, ou en avant; il doit savoir que dans les six premiers mois, le col de la matrice n’éprouve presque jamais de changement sensible, au moins dans une première grossesse, et que par conséquent il ne fournit aucune connaissance sur l'état actuel de ce viscère ; enfin, il ne doit point ignorer que les mouvements du fœtus, quoiqu’ils commencent avec son existence, ne sont néanmoins sensibles au toucher qu’à quatre mois et demi ou vers le milieu de la grossesse. Ce n’est qu’un accoucheur exercé et intelligent qui peut démêler le vrai d’avec le faux dans un examen où il est si facile de se faire illusion; lui seul peut distinguer les signes rationnels, équivoques ou incertains d’avec ceux qui sont vrais, caractéristiques ou infaillibles, et prononcer une décision irrévocable. En général , toutes les fois que les mouvements du fœtus ne sont pas sensibles, il faut savoir rester dans le doute, et attendre le temps nécessaire , pour que la vérité s’éclaircisse.
Mais il peut arriver que les ténèbres qui cachent la grossesse se dissipent fort lard , et seulement à l’époque de l’accouchement. Nous n’aurions jamais pu le croire sans le fait suivant dont nous avons été témoin. Une femme est reçue à l’hôpital de la Charité, et so
MG
PRINCIPES
déclare liydropiquo. Corvisart l’examine, et croit sentir un petit fœtus vers le flanc gauche; ce qui le porte à juger qu’il y a chez la malade une hydropisie enkystée compliquée de grossesse extra-utérine. Baudelocque, prié de visiter cette femme, la louche, et assure ne trouver qu’une apparence de grossesse causée par un squirrhe énorme de la matrice. Qu’arrive-l-il ? quinze jours ou trois semaines après, la femme accouche naturellement d’un enfant très-volumineux , plein de vigueur et de santé. Quelle surprise pour le professeur de clinique ! quel avertissement pour le célèbre accoucheur! quelle leçon pour les élèves! Nous apprîmes bien alors à ne jamais décider en pareille matière, qu’après avoir acquis une certitude complète de l’existence d’un fœtus dans la matrice. Cette circonspection est le seul moyen de se mettre à l’abri de l’erreur, et d’éviter ces lourdes méprises qui tournent k la honte de l’art, au déshonneur du praticien, au détriment de la femme , et presque toujours à la perte de l’individu qu’elle porte dausson sein.
Mais comment exciter les mouvements du fœtus? c’est là peut-être ce qu’il y a de plus embarrassant , au moins pour ceux qui commencent de pratiquer le toucher. Voici néanmoins les préceptes que l’on donne pour aplanir la diflicultè , si toutefois des préceptes peuvent suppléer au défaut de pratique dans un art qui ne peut s’acquérir qu’à force d’habitude ou d’exercice.
On soulève et on presse alternativement la matrice, qu’on fixe entre la face palmaire d’une main appliquée sur l’abdomen , et le doigt indicateur de l’autre introduit dans le vagin. Par ce procédé, on imprime au fœtus une secousse qui le porte d’abord vers le fond de la matrice , et le fait retomber ensuite vers le col de ce viscère , où il frappe le doigt qui l’y attend fixement et sans se déranger : celte précaution est nécessaire, pour ne point confondre le ballottement du fœtus avec l’agi-
(atton do la matrice entière. Le choc ou la percussion qu’on ressent est d’autant plus fort que la grossesse est plus avancée, parce qu’alors le produit de la conception est plus développé. Dans les derniers mois , il suffît de le soulever pour qu’il retombe bientôt après sur le doigt, et qu’il donne des signes non équivoques de sa présence. Quelquefois aussi en promenant la main sur l’abdomen, ou le bout du doigt sur le segment de la matrice qui correspond au vagin , on est assez heureux pour exciter le mouvement actif ou musculaire du fœtus, et on ne peut plus douter alors qu’il ne jouisse de la vie.
Admettrons-nous encore , avec Hippocrate , comme des signes certains de la grossesse , l’occlusion complète de l’orifice utérin immédiatement après la conception, la dépression du col, ainsi que l’augmentation du volume et de température de cette partie? Discuterons-nous certains indices auxquels Stein ne balanco ou pas d’accorder la plus grande confiance, tels que la tumeur molle et demi-sphérique , sentie par le doigt à la partie antérieure du segment inférieur de la matrice, la forme circulaire et le plan égal que présente l’orifice utérin par le raccourcissement de la lèvre antérieure ou par le prolongement de la postérieure? Mais, sans nous engager dans des longueurs inutiles, il suffît d’en appeler au tribunal de l’expérience pour être convaincu que ces prétendus signes ne sont ni assez constants, ni assez réguliers, pour mettre la grossesse hors de doute et d’équivoque. Nous l’avons déjà dit, et nous le répétons avec les praticiens les plus éclairés , dans les six premiers mois, on ne doit rien ou presque rien conclure de positif en faveur de la grossesse, d’après l’examen du col ou de l’orifice utérin. Il n’y a donc alors d’autres signes certains de la grossesse que le ballottement et le mouvement actif du fœtus.
Il y a quelques années qu’une jeune dame vint nous consulter pour une affection de la matrice dont ello nous disait ignorer la cause; mais nous avons su
PRINCIPES
depuis qu’elle la connaissait parfaitement; il s’était écoulé près de huit mois depuis qu’elle n’avait point eu ses règles. En la louchant , nous ne trouvâmes aucun signe certain de grossesse, et le col utérin était si douloureux , qu’il semblait écarter toute idée de cet étal; nous déclarâmes qu’il n’y avait qu’une suppression des menstrues, et nous prescrivîmes les remèdes qui nous parurent les mieux indiqués. Mais ce jour-là même nous fûmes convaincu que nous nous étions mépris ; il survint une hémorrhagie des plus abondantes qui fut suivie de l’expulsion d’un fœtus mort depuis plusieurs jours. Son volume pouvait faire présumer une grossesse de deux ou trois mois seulement.
Dans une autre circonstance, une jeune personne dont les mœurs étaient fort suspectes n’était point réglée depuis environ trois mois ; elle éprouvait sur sou état quelques doutes qui l’inquiétaient beaucoup. En la visitant, nous trouvâmes une tumeur indolente et assez dure à l’une des grandes lèvres. La vulve et le vagin étaient inondés de fleurs blanches ; quelques changements survenus au col et au corps de la matrice nous portèrent à soupçonner que la jeune personne était enceinte. Mais huit jours après la tumeur de la grande lèvre abcéda , les règles reparurent, la santé se rétablit et tous les doutes s’évanouirent : ce n’était qu’une suppression de menstrues.
Ces deux exemples de méprise n’ont pas peu contribué à nous rendre attentif, circonspect et méfiant pour ce qui concerne le diagnostic de la grossesse. Nous les avons rapportés afin d’inspirer les mêmes sentiments à ceux qui les liront. Qu’ils n’hésitent pas à prononcer l’existence de la grossesse , lorsqu’ils sentent bien distinctement les mouvements passifs ou actifs d’un fœtus dans la matrice ; mais qu’ils se gardent bien de prononcer l’absence de cet état d’après l’absence dessignes qui le caractérisent.
Le toucher ne sert pas seulement à vérifier les signes
i!a la grossesse utérine ou naturelle ; c’est encore le seul moyen de reconnaître la grossesse extra-utérine et même la fausse grossesse. Et d’abord , pour ce qui concerne la grossesse extra-utérine «ou par erreur de lieu , quelle induction pourrait-on tirer de quelques phénomènes généraux dont on la dit accompagnée , tels que la continuation des règles avec moins d’abondance qu’à l’ordinaire , l’absence de gonflement et de lait aux mamelles, le défaut de vomissement et la tuméfaction latérale de l’abdomen? Quel fonds pourrait-on faire sur les accidents ou incommodités nombreuses qui affectent les femmes au commencement de cette espèce de grossesse? Ce ne sont là , il faut en convenir , que des signes équivoques et illusoires qui peuvent tout au plus la faire soupçonner, comme le remarque Antoine Petit, mais qui sont incapables d’en établir la certitude. Il faut donc nécessairement recourir au toucher, qui est le seul moyeu, passé uue certaine époque , de distinguer si le germe se développe dans la matrice ou hors de ce viscère. Supposons qu’en palpant les diverses régions de l’abdomen on sente les mouvemenls d’un fœtus; il est certain dès lors qu’il existe une grossesse réelle : cela est sans réplique. Supposons encore que la matrice, fixée entre la face palmaire d’une main et le doigt indicateur de l’autre, n’offre aucun ou presque aucun changement dans son corps ni dans son col , il est évident que ce viscère ne renferme point le produit de la conception ; il existe donc ailleurs, et la grossesse est extra-utérine, conséquence non moins incontestable que la première.
Mais , quelque précis et serré que soit ce raisonnement pour démontrer l’existence d’une grossesse extrautérine, il s’en faut bien qu’on puisse fixer avec la même certitude le lieu que le fœtus occupe. Est-il dans l’abdomen, dansla trompe ou dans l’ovaire? Selon quelques auteurs, rien n’est plus facile à décider que cette question : ils prétendent que la légèreté et la mobilité de la matrice , jointes à la liberté des mouvements du
PRINCIPES
fœlus, indiquent une grossesse abdominale; tandis qu’au contraire, plus de pesanteur et moins de mobilité dans la matrice avec plus de gêne dans les mouvements du fœtus, sont une preuve que lagrosscsscalieudanslcs annexes utérines ; ils vont même jusqu’à distinguer la grossesse de la trompe d’avec celle de l’ovaire. Dans la première, disent-ils , la matrice est pour ainsi dire accolée à la tumeur qui contient le fœtus, cl par conséquent peu mobile ; elle en est au contraire plus éloignée et par conséquent plus libre dans la grossesse de l’ovaire ; différences plus imaginaires que réelles ; distinctions trop subtiles pour être appréciées dans la pratique, et trop minutieuses pour être discutées en théorie. L’expérience apprend ce qu’il faut penser des livres élémentaires où elles sont consignées. Nous n’avons pas honte d'avouer que nous avons commis des méprises sur le diagnostic de la grossesse exlrajulérine ; mais nous avons eu cela de commun avec les plus grands praticiens de la capitale : ce qui nous a prouvé que les signes de cet état chez la femme ne sont pas aussi clairs qu’on pourrait le croire.
Il en est de même de la fausse grossesse. Vers les premiers mois , ce serait en vain qu’on en chercherait la preuve dans quelques incommodités que la femme ressent , telles que la nausée, l’anorexie , le vomissement, la suppression des règles, le gonflement du sein et de l’abdomen, etc.; ces signes sont entièrement équivoques et n’indiquent pas plus une grossesse apparente qu’une grossesse réelle. C’est donc encore au loucher seul qu’il appartient de distinguer l’une d’avec l’autre ; et ici même sévérité de raisonnement, et même conviction que dans l’examen de la grossesse extra-utérine. On touche la femme dont le ventre se gonfle, s’élève et s’arrondit , et on trouve la matrice beaucoup plus volumineuse qu’à l’ordinaire : la conséquence immédiate de ce signe, est qu’il y a quelque substance renfermée dans ce viscère. Pour en reconnaître la na-
lure , on attend l'époque correspondante au milieu de la grossesse, et le toucher découvre encore plus de distension dans le globe utérin ; on l’agite , et l’on ne peut venir à bout d’exciter les mouvements du fœtus. N’est-on pas en droit de présumer alors qu’il n’y a point de germe dans ce viscère, et que la grossesse, loin d’être réelle, n’est qu’apparente? L’absence des mouvements du fœtus est donc ici le véritable fondement du diagnostic.
Maiscen’esllànéanmoinsqu’unsigne générique, elqui convient à toutesles espèces de fausses grossesses, quelle qu’en soit la cause. Comment donc distinguera-t-on si la matrice, au lieu d’un fœtus, ne contient que de l’eau, de l’air, du sang, des hydatides, une mole, des concrétions polypeuses? Si l’on consulte certains livres sur cet objet, tout y parait clair et précis. Ainsi la distension et la pesanteur de la matrice , jointes à un sentiment de fluctuation manifeste, indiquent la présence de l’eau, tandis que la distension de ce viscère, jointe à la légèreté et à un bruit sonore qu’il rend par la percussion, attestent la présence de l’air; le sentiment d’une boule pesante sans fluctuation , qui tombe sur le côté où la femme se couche, et qui pend sur les cuisses quand elle est debout, sont la preuve d’une mole, et ainsi des autres. Mais combien toutes ces différences qui paraissent si claires et si tranchées dans la théorie, sont difficiles à saisir dans la pratique! et combien ne pourraiton pas citer de cas où les gens de l’art se sont trouvés embarrassés, et ont même donné dans l’erreur, pour avoir voulu prononcer avec trop de précipitation ! Concluons donc que, si le toucher est le seul moyen de reconnaître la grossesse naturelle, et de la distinguer, soit d’avec la grossesse extra-utérine , soit d’avec la grossesse apparente, il ne peut cependant pas toujours déterminer les différentes espèces de ces dernières (l).
( I ) Nous transcrivons ici de l'ouvrage de M. Velpeau ce qui
PRINCIPES
ARTICLE IV
De l’ accroissement progressif du fœtus , de sa longueur et de son poids quand il est à terme.
Les physiologistes qui ont fait des recherches sur les accroissements du fœtus assurent que, dans les premiers
a rapport au toucher anal, qu’il est indispensable de connaître pour la pratique des accouchements, et dont M.Capuron ne fait cependant pas mention. Le loucher par le rectum est trop négligé non-seulement en tocologie, mais aussi en chirurgie. Il donne une grande liberté pour reconnaître la mobilité ou la fixité, le degré d’inclinaison, desensibilité, levolume et la densité de l’utérus pendant le premier tiers de la grossesse. Le pouce, porté en même temps dans le vagin, permet d’explorer avec tout le soin désirable la cloison recto-vaginale, ainsi que la longueur elle volume du col. De graves erreurs pourraient aussi résulter de son emploi. Parla vulve, le doigt prenant son poinl d’appui sur le sommet de l’arcade pubienne, arrive promptement au museau de tanche et se met presque nécessairement en rapportavec l’axe du détroit inférieur; par l’anus, il est forcé de se tenir éloigné du pubis, de s’incliner vers l’axe du détroit supérieur ou de suivre la paroi postérieure du bassin, et de perdre ainsi plus d’un pouce de trajet. Trompé parla position du col, alors beaucoup plus élevé qu’on ne s’y attendait, et en même temps, beaucoup plus déjetléen arrière, on peut prendre cet organe pour une saillie , une tumeur de la région postérieure de la matrice, croire à un renversement , à une maladie dont il n’existe pas la moindre trace.
Jusqu'à deux ou trois mois, le loucher, par le vagin ou par l’anus ne peut pas plus que les signes rationnels, donner la certitude de l’existence ou de la non-existence de la gestation. Il permet quelquefois d’établir un diagnostic plus ou moins probable, mais jamais parfaitement certain, pendant cette période. Il n’est au fond qued’un faible secours jusque-là, en sorLe que, sans des raisons puissantes, on ne doit pas y soumettre les femmes.
Plus tard, si le praticien ne peut pas affirmer positivement à sonaidequ’ilexisteunfœtusdanslamatrice, il lui est du moins
jours après la conception , on en chercherait en vain quelques traces dans la matrice ; on n’y trouve alors qu’une petite vésicule, remplie d’un liquide clair et diaphane, à laquelle on est convenu de donner le nom d’œuf chez les animaux vivipares en général.
Ce n’est guère qu’après la première semaine qu’on commence d’y apercevoir une espèce de nuage mucilagineux, homogène et demi-transparanl, qui laisse démêler, mais d’une manière assez confuse, les premiers linéaments de l’embryon ou du germe. Dix ou douze jours plus lard , la tète elles traits du visage se dessinent; le nez s’ébauche et se prononce; deux petits points noirs marquent la place des yeux, et deux petits trous celle des oreilles ; le tronc encore grêle paraît légèrement recourbé en devant, et forme presque la totalité de la masse; on n’y voit point de membres; quatre petits moignons ou tubercules arrondis en indiquent seulement l’origine. Tout le corps n’a que cinq ou six lignes de longueur et on le prendrait plutôt pour la larve d’un insecte que pour l’élément de l’homme.
A un mois, la longueur de l’embryon est de huila dix lignes; il n’est guère plus gros qu’une guêpe , les membres thoraciques paraissent les premiers et restent un peu plus longs que les membres abdominaux jusqu’au commencement du quatrième mois; on y distingue les doigts et les orteils.
A six semaines toutes les parties sont très-visibles; la tête forme la moitié de la masse; le cœur bas assez distinctement, le sexe est déterminé.
permis de s’assurer que cet organe a beaucoup augmenté de volume. Dès lors il ne s’agit plus que de distinguer la gestation véritable d’avec les maladies que l’on confond quelquefois avec elle.
On ne tarde pas, au surplus, à pouvoir exécuter le ballottement . à reconnaître les mouvements spontanés de l’enfant; seuls phénomènes qui prouvent sans réplique (pie la grossesse a lieu.
PRINCIPES
A (leux mois, l’ossiflcalion commence, le rachis, les clavicules el les membres offrent des points solides, le cordon ombilical paraît; la tête forme toujours la plus grosse extrémité de la masse, et se penche sur le tronc; l’embryon a près de deux pouces de longueur.
A trois mois, il pèse environ trois onces, et sa longueur est à peu près de trois pouces et demi. Il commence à se mouvoir sensiblement , et on lui donne le le nom de fœtus.
A quatre mois el demi , les membres abdominaux l’emportent sur les membres thoraciques; les ongles des pieds et des mains se prononcent et le fœtus a quatre pouces six à huit lignes de longueur.
Dans chacun des trois mois suivants il augmente environ de trois pouces; en sorte que vers le septième mois il a près de treize pouces. A cette époque , la pupille est ouverte et les testicules sont dans le scrotum.
Si l’on a égard aux proportions respectives des différentes parties du corps, on trouve qu’à un mois le milieu de sa longueur, prise du sommet de la tête aux talons, répond au cou; et ensuite à un point plus ou moins élevé du thorax, à mesure que la grossesse avance; de telle sorte qu’à six mois il tombe exactement à l’extrémité abdominale du sternum, et à sept mois; plus près du sternum que de l’ombilic.
A huit mois, la longueur du fœtus est de quatorze à quinze pouces, et le milieu en est fixé quelques lignes au-dessus de l’ombilic. Enfin, à neuf mois, terme ordinaire de la grossesse, le fœtus a le plus souvent dixhuit pouces, et le milieu de sa longueur aboutit exactement à l’ombilic; sa largeur, d'une épaule à l’autre, est de trois pouces et demi , son épaisseur un peu moindre; sa pesanteur est alors de six à sept livres. Ces évaluations admettent néanmoins autant de variétés que d’individus; car il en est qui n’ont que seize pouces de long, et d’autres qui en ont jusqu’à vingt-deux et même
\ iugt- trois. Do même, des fœlus, quoiqu’à teraio, sont au-dessous de quatre livres, tandis que d’autres en pèsent neuf ou dix, même treize ou quatorze. Des matrones ont aussi rapporté en avoir reçu qui pesaient vingt-cinq livres, mais n’y a-t-il pas de l’exagération dans ce calcul?
Quoi qu’il en soit, dans le cas d’avortement, on serait souvent induit en erreur si l’on cherchait à déterminer l’àgp des avortons d’après leurs dimensions et leur pesanteur. Car, outre qu’ils s’accroissent d’une manière très-irrégulière, et qu’ils sedéveloppent avec plus de rapidité versle milieu de la grossesesqu’aucommencemenl et à la fin, il est encore très-rare d’en trouver deux de même longueur et de même poids, à une époque quelconque après la conception. Ce qu’il y a de plus certain et de plus positif sur cet objet, c’est le rapport entre l’ombilic du fœtus et le milieu de son corps : rapport qui, quoique variable suivant l’âge de l’embryon ou du fœtus, n’en parait pas moins constant aux différentes époques de la grossesse chez tous les individus; d’où il résulte que c’est peut-être là le seul signe qui, joint au caractère plus ou moins marqué de la maturité ou l’immaturité du fœtus, indique s’il est venu au monde avant ou après le terme.
Mais d’où vient que l’accroissement du fœlus est si rapide dans la matrice, tandis qu’au contraire l’enfant est si lent à se développer après la naissance? La raison en est que tout, chez le premier, concourt à la nutrition, et que rien n’en dissipe le produit; au lieu que, chez le second, la force qui compose et nourrit est sans cesse contrebalancée par une force qui décompose et détruit. D’abord , l’aliment que le fœtus reçoit est déjà préparé et digéré , par la mère à laquelle il est essentiellement lié, et dont il est en quelque sorte le parasite; l’assimilation doit donc en être prompte et rapide, puisqu’elle se fait immédiatement par le système circulatoire, sans le travail préalable de la digestion et de
la respiration. D’un autre côté la sécrétion ell’excrélion, deux sourcesconlinuellesde perle, sont inactives ou peu abondantes chez le fœtus, de sorte que fout tourne à sou profit.
ARTICLE V
De la position du fœtus par rapport cl la matrice cl au bassin de la mère.
Il s’en faut bien que, vers la fin de la grossesse, les dimensionsdufœtussoient dans un rapport d’égalité avec celles de la matrice ; en effet, ce viscère n’a guère alors qu’un pied de long sur sept à huit pouces de largeur en tout sens; tandis que le fœtus à terme peut avoir de seize à vingt-deux pouces de long sur quatre ou six pouces de large, et un peu moins d’épaisseur.
Maiscette espècede disproportion, qui est très-sensible pour la longueur, s’évanouit par raltiludeque le fœtus prend dans la cavité de la matrice, où toutes ses parties sont dans un état de demi-flexion, à peu près comme chez l’homme qui dort ou se repose. La tête est penchée sur la poitrine, la colonne vertébrale courbée en devant; les bras sont pliés, les poings à demi-fermés, les cuisses et les jambes fléchies, les genoux écartés, les talons rapprochés et appliqués sur les fesses.
Ainsi pelotonné, le fœtus se réduit cà une sorte d’ovoïde, dont la longueur n’est que de neuf à dix pouces, et dont l’axe est plus ou moins incliné par rapport à celui de la matrice. C’était sous celte forme qu’Hippocrate le comparait à une olive renfermée dans un bocal .à col étroit et allongé : comparaison lumineuse, analogie exacte sur laquelle reposent le mécanisme de l’accouchement naturel, la connaissance des obstacles qui s’opposent à cette fonction, et la méthode do les
écarter ou de les surmonter. Car on voit par là que l'enfant ne peut veuir au monde sans offrir l’une de ses extrémités à l’entrée du bassin, et que par conséquent il est arrêté, s’il se présente en travers, à moins qu’une main secourable ne le redresse, et ne le remette sur la voie.
On a disputé sur la situation du fœtus par rapport au bassin de la mère, dans les différentes époques de la grossesse. Des accoucheurs ne rencontrant pas la tète de l’enfant ont prétendu qu’il était accroupi et comme assis sur la saillie sacro-vertébrale, la tète en haut et les pieds en bas jusqu’au septième mois. Suivant eux, il exécutait alors un mouvement extraordidinaire ; la tète culbutait et se précipitait vers le détroit supérieur du bassin , où elle restait jusqu’à l’accouchement, le front appuyé sur la saillie du sacrum. Mais que l’observation est loin d’être favorable à celte hypothèse! L’ouverture des cadavres, dans les cas d’avortement, a presque toujours montré que la tète du fœtus répondait au bassin, et qu’elle y était située diagoualement. D’ailleurs, cette extrémité étant la plus volumineuse et la plus pesante, ne voit-on pas que sa situation en haut pendant six mois serait incommode , opposée à la gravitation générale des corps? EnGn, la longueur du fœtus, qui, à sept mois, l’emporte de beaucoup sur les dimensions latérales de la matrice, ne l’empêcherait-elle pas de culbuter, à moins qu’il ne fut environné d’une très-grande quantité de liquide? Dans ce cas-!à même, pourquoi n’aurait-il pas culbuté plusieurs fois avant cette époque, cl pourquoi, après ce mouvement subit , le front resterait-il appliqué contre la saillie du sacrum, tandis que les côtés de cet os lui offriraient des espaces bien plus conformes à sa rondeur?
La situation la plus naturelle du fœtus est donc celle où la tète est placée diagoualement au détroit supérieur, de manière que l’occiput répond à l’une des cavités
PRINCIPES
cotyloïdes, et le front à la symphyse sacro-iliaque opposée; c’est la {dus conforme à la pesanteur et à la figure arrondie de la tête, ainsi qu’à scs rapports avec les parlies correspondantes du bassin; alors les fesses, les cuisses, les jambes et les pieds sont situés en haut et plus ou moins inclinés à la colonne vertébrale. Il arrive que ces extrémités se trouvent en bas et la tête en haut; cette position insolite et non naturelle, que les partisans de la culbute ne sauraient expliquer, lient à la mobilité du fœtus dans le commencement de la grossesse, mobilité qui le fait pirouetter jusqu’à l’époque où sa longueur excède les dimensions latérales de la matrice.
ARTICLE VI
De l'obliquité du fœlus.
Dans l’ordre naturel , les trois axes du fœtus , de la matrice et du bassin se confondent ou sont dans un état de parallèlisme complet ; il ne peut être interverti, sans qu’il y ait obliquité du fœlus par rapport à la matrice ou par rapport au bassin.
Le fœtus est oblique à la matrice, lorsque son axe longitudinal s’écarte de celui de ce viscère ; de sorte que le dernier degré de cet écartement a lieu lorsque le fœtus est situé en travers dans la cavité de la matrice.
Les causes de cette obliquité tiennent ou à la grande capacité du viscère, ou au volume peu considérable du fœtus, ou à la grande quantité du liquide qui l’environne.
On reconnaît l’obliquité du fœlus par rapport à la matrice, lorsque ce viscère étant dans sa situation naturelle, le doigt indicateur ne trouve ni la tète ni l’extré- , mité opposée au détroit supérieur ; et lorsqu’en palpant l’abdomen , on rencontre l’une à droite et l’autre à gauche.
Celle situation est d’autant plus défavorable, qu’elle est plus oblique, et l’accouchement est impossible quand elle est transversale , à moins qu’on ne la redresse ou qu'on ne rétablisse le parallélisme de l’axe du fœtus avec celui de la matrice.
Le fœtus est oblique par rapport au bassin , lorsque son axe longitudinal s’écarte de l’axe du détroit supérieur, et le dernier terme de cette obliquité a lieu lorsque le fœtus est situé transversalement, la tête d’un côté et les extrémités inférieures de l’autre.
La principale cause de l’obliquité du fœtus par rapport au bassin, tient à l’obliquité de la matrice , parce que ce viscère entraine toujours le fœtus dans ses mouvements.
Il résulte de là que , la matrice conservant sa situation naturelle, le fœtus ne peut être oblique à ce viscèro sans l’être au bassin , et réciproquement. Mais on conçoit qu’il peut être oblique par rapport au bassin , sans l’être par rapport à la matrice ; il suffit que ce viscère , en devenant oblique au bassin , reste parallèle à l’axe longitudinal du fœtus. C’est toujours une complication défavorable que celle de l’obliquité du fœtus par rapport à la matrice , avec celle de ce viscère par rapport au bassin. Considérée séparément, la dernière est la moins fâcheuse, parce qu’il est plus facile de la corriger que la première.
ARTICLE VII
Des dépendances du fœlus.
Le fœlus n’est point seul et isolé dans la cavité de la matrice; iij nage au milieu d’un liquide plus ou moins abondant* il lient à ce viscère par le placenta , où se préparent en partie les sucs que lui transmet le cordon
ISO
PRINCIPES
ombilical , et par les membranes qui lui servent d’enveloppe. Ces dépendances ont été appelées secondines , non que leur formation soit postérieure à celle du fœtus, mais parce que dans l'accouchement elles sont pour l’ordinaire expulsées après lui; ce qui leur a fait donner aussi le nom à peu près synonyme à' arrière-faix.
Quant aux membranes qui enveloppent l’œuf, les physiologistes ne sont pas d’accord sur leur nombre , depuis que Guillaume ïïunter a fait des recherches sur ce qu’il appelle membranes caduque et caduque réfléchie. Chaussier a donné à ces dernières le nQin d’épichorion. Mais, comme la génération et la structure de celte double enveloppe sont encore fort obscures , et que d’ailleurs on ne les rencontre guère passé les premiers mois de la grossesse (1), nous croyons que la connaissance
(1) Celte assertion est en contradiction avec celle de M. Velpeau qui avance, dans son Traité complet de l’art des accouchements, que la membrane caduque est tellement évidente à toutes les époques de la gestation, qu’elle a dû être observée par les anatomistes qui ont étudié avec quelque soin les secondines humaines. Nous copions textuellement la description que cet auteur donne de cette membrane.
« 1° Formation. L’imprégnation détermine dans l’utérus une excitation spécifique, suivie d’une exsudation de matière coagulable, qui se concrète et se transforme bientôt en une espèce d’ampoule remplie d’un liquide transparent ou légèrement rosé. En contact avec toute l’étendue des parois de la cavité utérine, cette sorte de vessie ou de membrane se prolonge quelquefois dans l’origine des trompes et la partie supérieure du col, sous la forme de cordons ou de bouchons. Les trous que Hunier , Dnnman , Blumenbach y ont remarqué vis-à-vis des trompes et du col n’existent pas dans l’état normal. Rien n’autorise à croire avec Millot, qu’elle soit formée par le fluide
séminal. .
» L’ovule, après avoir parcouru la trompe, déprimé la membrane caduque pour se glisser, entre elle et l’utérus, à la surface interne , où il finit par se coller. Dès ce moment la membrane anhiste se trouve formée de deux portions. L’une très-grande, tapissant tout l’intérieur de la matiice à l’exception du point qui est en contact avec le germe, porte le nom de caduque utérine ou externe. L’autre très-petite déprimée
n’eu est pas d’une indispensable nécessité, et nous nous bornerons à ce qui concerne les membranes chorion et
par la moitié inférieure de la vésicule fécondée qu’elle enveloppe, constitue la caduque réfléchie, interne, ou l’épicliorion. L’étendue de la première augmente en même proportion que celle de l’utérus, et l’agrandissement de la seconde suit, de toute nécessité, l’accroissement du germe. Aussi la cavité qui les sépare, et qui n’est autre chose que la cavité déformée de l’ampoule primitive, est-elle d’autant plus considérable qu’on s’éloigne moins des premiers temps de la gestation.
» 2» Description. La caduque utérine conserve une assez grande épaisseur , surtout aux environs du placenta, jusqu’il la fin de la grossesse. L’épichorion, au contraire, s’amincit insensiblement, et de telle sorte qu’à l’époque de l’accouchement, il est quelquefois d’une ténuité extrême ; l’une en s’enfonçant dans l’autre, finit par la toucher, un peu plus tôt ou un peu plus tard, vers le troisième mois par exemple. Ensuite ces deux feuillets restent dans un état de contiguité plus ou moins parfaite jusqu’à l’expulsion du délivre, sansseconfondre néanmoins, quoi qu’en aient dit limiter eteeux qui depuis lui ont traité lè même sujet. On voit donc que cette membrane se comporte relativement àl’ovule comme la plèvre relativement au poumon, comme la membrane séreuse du péricarde relativement au poumon, comme la membrane séreuse relativement au cœur.
» la face externe de la caduque est inégale et poreuse. En contact avec l’intérieur de l’utérus, elle recouvre le chorion jusqu’à la circonférence du placenta,maisnese prolonge point d’abord sur la face spongieuse de ce corps. Dans le premier sens, ces adhérences sont faibles, n’ont lieu que par l’intermède de filaments muqueux très-faciles à rompre et qui ne sont certainement ni des vaisseaux ni des nerfs. Dans le secori I . l’union est beaucoup plus intime, et d’autant plus que le développement de l’œuf est plus avancé. Pendant les deux premiers mois, en effet , il est assez facile encore d’extraire 1 « vule de la portion de sac que lui forme l’épichorion ; tandis que, dans la suite, les nombreux filaments qui couvrent habituellement le germe, contractent des adhérences tellement solides avec la caduque réfléchie, qu’il devient de plus en plus difficile d’opérer celle séparation sans déchirure.
Quoique raboteuse, sa face interne , étant baignée par un liquide, est lisse cependant et comme tapissée d’une pellicule celluleuse. Lorsque le liquide; a disparu et que la couche réfié-
PRINCIPES
amnios, le placenta, les eaux de l’amnios et le cordon ombilical.
cliie est en contact avec le feuillet utérin, celte face revêt bientôt les caractères de la précédente. Le liquide qui remplit la cavité de la caduque, en tenant ses deux lames écartées, est parfois tout à fait limpide, mais le plus ordinairement il est rougeâtre, filant, semblable à du verre fondu, ou mieux à du blanc d’œuf.
« Si M. Granville avait eu l’attention de voir une seule fois la caduque entière dans 1$ premier mois delagrossesse.il n’aurait pas nié l’existence de la decidua reflecta, et ne se serait pas moqué de ceux qui comparent celte membrane ù un sac que repousse l’ovule en entrant dans l’utérus. La suite du travail de cet auteur prouve, d’ailleurs, qu’il n’a eu que des produits altérés sous les yeux, que ses occupations ne lui ont pas permis d’étudier â fond la plupart desauleursdonliLparle, et qu’il a dû observer bien superficiellement les faits qu’il ex-' pose. Il en est de même de M. Carus, qui dit que la caduque doit être considérée comme une couche floconneuse du cliorion; etdeM.de Wees, qui ne lui accorde qu’un seul feuillet.
» A l’endroit où la caduque se replie pour envelopper l’œuf, elle forme un cercle qui offre d’abord l’aspect d’un simple repli plus ou moins régulièrement arrondi , mais qui se transforme ensuite peu à peu en un bord mince et tranchant, et finit par se continuer d’une manière évidente avec le pourtour de la masse placentaire.
» 3° Structure. Tous ceux qui ont traité de la membrane caduque avec quelques détails, prétendent y avoir rencontré des vaisseaux , même en grand nombre , et par conséquent qu’elle est organisée. Je crois , au contraire , qu’elle n’a les caractères d’un véritable tissu à aucune époque de la grossesse. Il est si facile de se convaincre de son état inorganique, en l’examinanPfeur un délivre frais, que j’ai peine à comprendre comment cette remarque a pu échapper aux observateurs.
» fil est vrai qu’elle est quelquefois tachetée de points rougeâtres , étoilés , ou de stries sanguines qui auront pu faire croire à l’existence de vaisseaux dans son épaisseur. Si ffl. Le Sauvage, qui se croit obligé de soutenir encore l’ancienne doctrine, en la modifiant d’après une foule de suppositions gratuites , s’est trompé si complètement sur les caractères réels de la caduque, c’est que la pièce qu’il a eue sous les yeux était, comme il en convient lui-même, dgns un état pathologique très-prononcé'. En écrivant depuis à l’Aca-
1ÔÔ
SECTION PREMIÈRE
Du chorion et de l’amnios.
Leeliorion, la plus extérieure des membranes qui enveloppent le fœtus, parait avoir plus d’analogie avec
demie des sciences que la caduque ne se développe qu’aprês l’arrivée de l’œuf dans la matrice, et que celle qui se montre sous la forme d’une ampoule , n’est qu’une production morbide, 31, Coste a prouvé que celte membrane n’a point encore été suffisamment étudiée par lui dans l’espèce humaine.
» Les grossesses extra-utérines , la présence de certains polypes, quelques maladies de l’ovaire ou des trompes, déterminent parfois à l’intérieur de l’utérus un boursoufflement, une végétation , un ramollissement qui en imposerait facilement , et qui a dô en imposer souvent pour une caduque organisée, vasculaire, molle , adhérente , percée vis-à-vis des trompes et du col. La cavité utérine était dans cet état sur la pièce de 31. Dupré. Cependant c’est une disposition qui n’a aucun rapport avec la caduque normale. On voit aussi à la face interne de la caduque proprement dite une pellicule extrêmement fine, qui en aura plus d’une fois imposé pour une lame celluleuse. Enfin, assez fréquemment encore, elle semble être formée de fibres placées à côté les unes des autres ou même diversement entre-croisées; mais ces taches, ces stries de sang, n’indiquent pas plus ici la présence de vaisseaux que quand on les rencontre à la surface des concrétions membraniformes que rendent les enfants atteints du croup.
» Si la membrane caduque est tout simplement une couche adductive comme l’appelle M. de Blain ville , ou le produit d’une exsudation opérée dans l’utérus, le nom de membrane cinhiste que je propose de lui imposer et qui équivaut à celui de membrane sans texture , me parait être le seul qui puisse lui être appliqué.
J’ai soumis à l’examen de 3131. de Blainville, Magendie, Serres, Flourens et de beaucoup d’autres savants, un œuf d’environ un mois, sur lequel tout ce que je viens de dire, et qui avait déjà été dit en grande partie par M. Moreau, de la caduque, s : voit avec la dernière évidence. Celte pièce, que j’ai présentée à l’Académie des sciences , dans la séance du
PRINCIPES
lé tissu fibreux qu’avec tout autre. Il adhère à la matrice dans la plus grande partie de son étendue , et sa
26 août 1833, m’a été donnée par le docteur Mavrée. J’ai pu m’en servir ên novembre, pour montrer aux élèves l’exactitude parfaite des figures 2 et 3, pl. 8. 1, 2 et 3, pl. 10 de mon ovoloyie. Si M. llurns l’avait vue, il ne soutiendrait certainement plus, comme il le fait encore, que, des deux feuillets de la caduque, l’un est vasculaire, très-adhérent, et l’autre gélatineux. Elle n’aurait pas permis à un autre écrivain anglais, d’établir que la caduque existe d’abord entre l’ovule et la matrice , mais que le développement du placenta finit par la faire en partie disparaître dans une certaine étendue. M. Wagner, qui, dans un mémoire étendu sur la caduque, arrive aux mêmes conclusions que moi, donne, comme le fait Bosanus, le nom de caduque secondaire à la couche observée par M. Moreau et par moi, à la surface du placenta, et dit avoir constaté l’existence d’un bouchon gélatineux dans le col.
« 4° Je ne m’arrêterai point à combattre l’opinion de ceux qui pensent que la membrane anhiste sert à nourrir l’embryon pendant les premières semaines de son existence. Il doit suffire de faire remarquer que le cordon ombilical est toujours inséré sur la portion de l’ovule qui n’est point enveloppée par celle concrétion , pour démontrer qu’elle est étrangère û la nutrition des premiers linéaments du fœtus.
» Son usage est de maintenir la vésicule fécondée sur un point quelconque de la cavité utérine. On peut objecter, je le sais, que chez les animaux l’œuf se fixe et se maintient aussi solidement que chez la femme, et aussi bien lors des grossesses extra-utérines que dans la grossesse naturelle; mais chez les brutes la surface de l’ovule et la forme des parties qu’il doit traverser sont loi ji d’ètre en tout comparables à ce qu’on observe dans l’espèce humaine. Les cornes utérines chez les femelles d’animaux, à la différence de la matrice dans la femme, ne se dilatent point assez pour que le germe qui les parcourt ou s’y fixe, ne puisse pas toujours être en contact avec les différents points du cercle auquel il correspond. Ensuite, quand le produit de la fécondation se développe accidentellement dans le péritoine , la trompe ou les parois même de l’utérus , il reste également contigu aux parois de la cavité qu’il s’est approprié : en sorte que la caduque, telle que je la conçois, n’est aucunement nécessaire dans ces deuxcirconstances. et que son absence, alors, ne prouve pas du tout que , relativement à la gestation ordinaire , elle n’ait point les usages que je viens de lui assigner. Si elle existe eu
face externe parait recouverte d’une espèce de duvet ou de pulpe , dont quelques physiologistes ont pris les différents lilets pour autant de vaisseaux lymphatiques, et d’autres, pour les fibrilles des prétendues membranes caduque et caduque réfléchie. Mais ne serait-on pas porté à croire que ce duvet n’est qu’un tissu cellulaire extrêmement fin , qui unit le chorion avec la matrice pendant la grossesse? Et quant au suc adipeux qu’on trouve quelquefois dans le voisinage du placenta, ne paraitrait-il pas se former plutôt entre la matrice et le chorion . qu’entre les prétendues lames de cette membrane , ou entre celle-ci et la caduque réfléchie de Hunier?
L’amnios appartient à l’ordre des membranes séreuses. Il est mince et transparent, un peu plus épais et un peu plus ferme que le chorion, auquel il est uni dans toute l’étendue de sa face externe par un tissu cellulaire très-fin , tandis que sa face interne, lisse et polie, est contiguë au fluide qui baigne le fœtus.
Ces deux membrane%, loin de former une gaine au placenta , passent au contraire sous cette masse spongieuse, et se réfléchissent ensuite' sur le cordon ombilical, qu’elles accompagnent jusqu’à ce qu’elles rencontrent la peau du fœtus. Suivant Hcwsson , le chorion s'enfonce aussi dans le placenta avec les vaisseaux du cordon ombilical, qu'il suit jusqu’à leurs dernières ramifications. Vers l’origine du cordon, l’amnios présente une espèce de repli falciforme dont les lames s’écartent, quand on extrait le placenta, et forment une vè-
pareil cas, ce n’est plus avec les caractères qu’elle offre dans l’utérus. Sur la pièce de M. Dupré, que j’ai eue sous les yeux à la Pitié et que j’ai observée avec beaucoup de soin, la caduque ne formait qu’une couche, d’ailleurs fort irrégulière, placée çà et là sur toute la périphérie de l’ovule.
» La membrane anhiste me paraît encore avoir pour but de circonscrire le placenta et de déterminer le lieu de son insertion. »
PRINCIPES
sicule que quelques anatomistes ont prise pour Vallanloïdè; opinion qui paraîtrait avoir quelque fondement, si l’ouraque, dans le fœtus humain, était creux, comme dans celui de quelques animaux.
Une remarque bien plus importante pour la pratique, c’est que le chorionet l’amnios peuvent être trop denses et trop serrés, ou trop ténus et trop lâches ; de là des accidents qui, quoique opposés, n’en sont pas moins dangereux pour la mère et pour l’enfant. Dans le premier cas , la résistance de ces membranes peut retarder et même empêcher l’accouchement ; dans le second, si l’orifice utérin s’ouvre de bonne heure, les eaux de l’amnios, en s’écoulant prématurément, peuvent occasionner une fausse couche; et si les membranes résistent au poids de ce liquide jusqu’au commencement du travail, elles peuvent cédera l'effet des premières douleurs et rendre l’accouchement beaucoup plus long, parce qu’elles ne peuvent plus former une poche qui contribue à dilater l’orifice de l’utérus.
SECTION II
Du Placenta.
La surface externe ou utérine du placenta , légèrement convexe , est recouverte d’une membrane assez délicate, sous laquelle on n’aperçoit que de légères sinuosités, mais qui se déchire avec la plus grande facilité, quand on roule le placenta sur lui-même, de sorte que les lobes dont il est composé, et qui ne sont unis que par un tissu cellulaire très-fin, se séparent, et offrent une structure inégale et profondément sillonnée.
La surface interne ou fœtale, au contraire, en est ferme, lisse, polie et légèrement concave ; elle adhère fortement au chorion , qui , conjointement avec 1 amnios, recouvre l’admirable plexus vasculaire, d’où le cordon ombilical lire scs racines.
Les dimensions du placenta varient, suivant la con-
slitulion île la femme, la ^vigueur de l’enfant et le lieu de la matrice où ce corps est greffé. Au terme de l’accoucliement, il a un pouce ou quinze lignes d’épaisseur à son centre , et un peu moins vers ses bords ; la largeur en est de sept à huit pouces, et par conséquent la circonférence de vingt-un à vingt-quatre. Il est alors beaucoup plus petit que le fœtus ; tandis qu’il est proportionnellement plus volumineux au commencement de la grossesse.
La couleur en est ordinairement rougeâtre, mais elle peut devenir plus ou moins foncée, suivant les indispositions ou les accidents que la femme a éprouvés pendant la grossesse. La phthisie ou le virus vénérien invétéré peuvent en occasionner le décollement partiel , d’où résultent des taches noirâtres, ou des ecchymoses plus ou moins étendues.
On a rencontré des placentas échancrés et semblables à des reins. La forme en est néanmoins le plus souvent circulaire, quelquefois ovale , et toujours aplatie. On en a vu qui étaient séparés en plusieurs lobes, qu’on eut pu prendre pour autant de placentas distincts, sans leurs communications membraneuses et vasculaires.
Le lieu de la matrice où il s’implante n’est point fixe. Le plus communément il en occupe les régions moyennes, sans qu’on puisse néanmoins lui attribuer l’obliquité de ce viscère. Il est très-rare qu’il s’attache au fond ou au col , et surtout à l’orifice utérin. Lorsque cela arrive, on observe qu’il est moins volumineux qu’à l’ordinaire, et le doigt peu facilement en reconnaître la situation, même avant l’accouchement : mais, dans tout autre cas, le lieu de son implantation est seulement indiqué par la direction du cordon ombilical, sur lequel on fait des tractions après l’expulsion des fœtus. Il serait aussi indiqué par la distance de l’ouverture des membranes au placenta , si celte ouverture répondait constamment au centre de l’orifice utérin.
PRINCIPES
Le cordon ombilical s’insère tanlôl vers le centre, tantôt vers les bords du placenta, n’importe le point de la matrice où celte masse répond : de là des placentas en parasol ou en raquette. Dans certains cas, les vaisseaux ombilicaux ne se rendent au placenta qu’après avoir parcouru une certaine étendue des membranes, et après avoir formé un plexus qui se dirige ensuite vers l’un de ses bords, ou une espèce de ceinture qui en embrasse la moitié de la circonférence.
Quel que soit le nombre des fœtus dont la grossesse se compose, ils ont tous des placentas distincts; mais, quoique ces corps soient contigus dans une certaine étendue , ils n’ont cependant aucune communication entre eux, puisque l’injection ne peut pénétrer de l’un à l’autre : disposition avantageuse, d’après laquelle un des fœtus peut être malade ou perdre la vie, sans compromettre le salut des autres. Toutefois il est bon d’observer que celte disposition n’est que générale et non universelle ; car des praticiens éclairés et dignes de foi, tels que Smellie et nombre'd’aulres praticiens plus modernes encore, assurent avoir vu les artères ombilicales de deux jumeaux communiquer entre elles, même à plein canal , sur la surface fœtale du placenta, et le sang, après la section du cordon d’un premier enfant, jaillir par saccades sous l’influence dii cœur d’un second.
On a longtemps disputé sur les moyens d’union du placenta avec la matrice. L’observation rejette toute espèce d’anastomose entre leurs vaisseaux , ainsi que toute espèce d’engrenure mamelonnée entre leurs surfaces. Un tissu cellulaire plus ou moins dense parait être le seul moyen intermédiaire qu’on puisse admettre. La surface du placenta présente aussi des cavités ou aréoles correspondantes aux sinus utérins ; cavités qui disparaissent par le décollement des surfaces contiguës, et dont les bords affaissés n’ont plus que l’apparence d’une déchirure. D’après ce mode de communication ,
le sang de la mère est déposé par les artères utérines dans le placenta, où il s’élabore et se convertit en un suc nourricier que pompent ensuite les radicules^de la veine ombilicale, pour le distribuer au fœtus.
Ce n’est donc pas sans raison qu’un auteur appelle le placenta le poumon physiologique du fœtus, puisque l’usage et la fonction de ce corps spongieux sont si analogues à ceux de l’organe respiratoire chez l’enfantaprès la naissance.
SECTION III
Du cordon ombilical.
D’où vient qu’on a donné le nom de veine au vaisseau qui porte la nourriture au fœtus, et celui d’artères aux vaisseaux qui en rapportent le superflu à lanière? Conçoit-on pourquoi le langage anatomique généralement adopté pour désigner les canaux où le sang circule, admet pour ces trois vaisseaux seulement une exception qui cadre si peu avec leurs fonctions?
Quoiqu’il en soit, si l’on n’a égard qu’à la progression des fluides, la veine ombilicale, qui, selon Millot , n’est qu’une branche de la veine-porte de l’enfant, et qui, selon d’autres, prend ses racines dans le plexus vasculaire du placenta, se dirige vers le nombril du fœtus. Parvenue derrière l’anneau, elle quitte les deux artères ombilicales dont elle était accompagnée, et s’élève jusqu’à la scissure du foie , le long de la grande faux du péritoine. Là, elle se bifurque, et l’une de ses branches plonge dans le sinus de la veine-porte, tandis que l’autre, sous le nom de canal veineux, se rend dans la veine-cave ascendante. Celle-ci se dégorge ensuite dans le cœur, qui , en se contractant, pousse le sang jusqu’aux extrémités.
Les artères ombilicales ne sont qu’upe continuation des artères iliaques profondes ou hypogastriques qui ,
PRINCIPES
do lu partie postérieure de la vessie, 6e dirigent avec l’ouraquo vers le nombril ; de là elles se rendent, eu rampant le long de la veine ombilicale, jusqu’au-dessus des membranes, où elles se divisent en une infinité de branches dont le plus grand nombre versent le sang dans la substance même du placenta, cl quelques-unes seulement s’anastomosent avec les radicules de la veine ombilicale.
Contournés les uns sur les autres et fortement liés par le tissu cellulaire du cliorion, ces trois vaisseaux se réunissent en une espèce de cordon qu’enveloppent les membranes. La veine ombilicale, plus grosse que les deux artères prises ensemble, se replie souvent sur elle-même, et forme des anses ou des nœuds qui la fout paraître variqueuse. Les deux artères se réunissent quelquefois en un seul tronc; d’autres fois elles communiquent ensemble par des branches intermédiaires. Il est néanmoins fort rare que ces vaisseaux se ramifient.
Le cordon ombilical paraît entièrement insensible , de même que le placenta et les membranes ; le scalpel de l’anatomiste n’y découvre aucune trace de nerfs. Ils paraissent également dépourvus de vaisseaux lymphatiques.
La grosseur, la longueur et la fermeté en sont trèsvariables. Tantôt il est grêle , maigre et comme desséché ; tantôt, au contraire, pâteux et infiltré ; son volume égale quelquefois le bras du fœtus, sans avoir pour cela plus de solidité. Ou y a trouvé une anse d’intestin, lorsque le fœtus était affecté de hernie ombilicale en naissant.
Dans la grossesse composée , chaque fœtus a ordinairement son cordon ombilical ; et l’on ne cite qu’un cas, rapporté par Méry, où les cordons de deux jumeaux, réunis au milieu de leur trajet , se confondaient en un seul avant leur insertion au placenta.
La longueur du cordon est ordinairement de vingt à
vingl-deux pouces, terme moyen qui, quelquefois, s’éloigne beaucoup des extrêmes. Baudelocque en a rencontré qui if avaient que six pouces, tandis que d’autres en avaient quarante-huit. L’Héritier en avait observé un de cinquanla-sept pouces, et Gardien en cite un autre de cinq pieds.
Trop court, le cordon ombilical est sujet au tiraillement pendant la grossesse , surtout quand la matrice contient beaucoup de liquide; de là le décollement total ou partiel du placenta, quelquefois aussi la rupture des vaisseaux, l’hémorrhagie et l’avortement ; de là encore le renversement de la matrice après l’expulsion du fœtus , si le placenta adhère trop fortement à ce viscère.
Trop long, au contraire, le cordon peut s’entortiller * autour du corps, du col ou des membres du fœtus. On en a vu qui étaient noués en plusieurs endroits ; d’autres qui s’étaient entrelacés au même endroit en forme de natte, sans qu’aucune de ces bizarres dispositions eût jamais paru nuire au développement ni à la santé da fœtus; ce qui est entièrement contraire à l’opinion de Smellie et de Levrel.
Il se présente une question fort curieuse et fort piquante sur le développement du cordon ombilical ; c’est de savoir quand et comment les vaisseaux dont il est composé s’anastomosent avec ceux du placenta. Les physiologistes n’ont encore rien dit de plausible làdessus.
Discuterons-nous maintenant si le fœtus peut exister dans la matrice sans cordon ombilical? A la vérité, quelques observations sembleraient prouver que cela n’est par hors de vraisemblance. On cite des enfants dont le nombril était entièrement bouché. , à l’époque de leur naissance; d’autres dont le cordon*'(ait pourri. Mais de tels faits , pour mériter quelque confiance , ne devraient-ils pas être plus exacts ou avoir au moins pour garants des auteurs du plus grand poids et d’une
véracité à toute épreuve ? Or, quels détails a-l-on 6ur l’enfant dont parle Heislcr? Était-il vivant mu mort quand il est venu au monde? Les vaisseaux ombilicaux étaient-ils pourris, ou n’était-ce que le tissu cellulaire ?
section iv.
De l’eau de l’amnios.
L’eau qui baigne le fœtus, dans la cavité de la matrice , peut être considérée par rapport à ses qualités physiques et chimiques, à son origine et à ses usages.
Le volume absolu de ce liquide admet presque autant de variétés qu’il y a de femmes grosses. Certaines en rendent deux ou trois livres et même davantage ; d’autres, deux ou trois onces seulement. Il est toujours plus abondant lorsque la femme est sur le point d’accoucher, tandis qu’au contraire la quantité relative n’en est jamais plus considérable que dans le commencement de la grossesse, parce que le fœtus est alors trèspetit et presque imperceptible.
La pesanteur spécifique de l’eau de l’amnios ne surpasse guère celle dg l’eau ordinaire.
La température en est presque toujours constante et à peu près la même que celle de l’animal vivant; elle ne varie qu’entre vingt-neuf et trente ou trente-un degrés.
La couleur en est ordinairement claire et transparente, l’odeur fade et douceâtre , la saveur légèrement salée ; elle est quelquefois trouble, laiteuse, verdâtre ou noirâtre, très-fétide, et tellement piquante ou acrimonieuse, que le doigt de l’accoucheur en ressent l’impresgion. Cela tient le plus souvent à la présence de quelque matière étrangère, comme du sang ou du mèconinm , à la putréfaction du fœtus , ou à quelque affection de la mère ; on l’observe néanmoins, quoique l’un et l’autre se portent bien.
Quand on agite l’eau de l’amnios, elle mousse comme toutes les dissolutions gommeuses. Évaporée, elle laisse un résidu qui contient de l’albumine, de la soude, du muriale de soude et du phosphate de chaux. Selon quelques chimistes, passé les premiers mois de la grossesse, l’albumine dégénère, et dépose un sédiment qui produit la croûte ou l’enduit onctueux dont le nouveau-né est recouvert. Cette opinion est d’autant plus vraisemblable, qu’elle parait conforme à l’observation ; car cette couche ne se rencontre jamais chez les avortons qui naissent avant le sixième et le septième mois de la grossesse ; et chez les fœtus qui viennent à terme, elle manque lorsque l’eau de l’amnios est claire , tandis qu’elle acquiert plus ou moins d’épaisseur ou d’étendue, lorsque ce liquide est (rouble et bourbeux.
Quelle est l’origine de l’eau de l’amnios? vient-elle du fœtus ou de la mère? D’abord elle existe lorsque le fœtus est encore imperceptible, et la quantité relative en est même d’autant plus considérable que la grossesse "est moins avancée , ce qui prouve qu’elle n’est pas le produit de la transpiration fœtale; ensuite on ne peut l’attribuer à la sécrétion de l’urine, puisque le fœtus ne laisse pas d’en être environné , malgré l’imperforation de la verge ou du méat urinaire ; joint à cela que le sac où la plupart des moles sont contenues, en est toujours rempli. D’un autre côté , l’eau de l’amnios devient jaunâtre lorsque la femme fait usage de safran, et ce liquide acquiert la propriété de blanchir le cuivre lorsqu’elle reçoit des frictions mercurielles : preuve manifeste du rapport qui existe entre ce liquide et ceux de la mère. D’ailleurs, les expériences de Monro n’ont-elles pas suffisamment démontré l’existence de vaisseaux exhalants sur la surface de Paranios ? Pourquoi donc celle membrane , de même que la plèvre, le péricarde et le péritoine, ne serait-elle pas regardée comme la source du liquide qu’elle contient? l.cs fluides séreux fournissent à l’analyse les mêmes
PRINCIPES
produits que l’eau de l’amnios. Il est donc très-vraiscrablable qu’ils sont de même nature ; et s’il y a quelque différence, c’est parce que celle-ci s’accumule autour du fœtus, nu lieu que les fluides séreux sont résorbés sur-le-champ. Mais l’absence des absorbants sur les membranes des animaux vivipares et ovipares explique assez ce phénomène , sans détruire l’analogie qui parait exister entre l’ainnios et les membranes séreuses.
Quant aux usages de l’eau de l’amnios , des auteurs anciens et même assez modernes prétendent que ce liquide inspiré ou avalé sert à rafraîchir ou à nourrir le fœtus. Mais cette hypothèse est si contraire à la saine physiologie, qu’elle ne saurait mériter une sérieuse réfutation. Il est bien plusnalurel de considérer les eaux de l’amnios comme un moyen dont la nature se sert pour mettre la mère et le fœtus à l’abri des accidents qu’ils courent pendant la grossesse, tels que les chutes et l’impression des corps externes ; pour empêcher l’adhérence du fœtus avec ses enveloppes, ou celle de ses membres avec le tronc , dont elles empêchent le contact immédiat; pour favoriser la dilatation delà matrice pendant la grossesse, et celle de son orifice pendant le travail de l’accouchement; peut-être aussi pour humecter les parties de la génération et faciliter l’expulsion de l’enfant.
Mais, pour produire tous ces avantages, l’eau de l’amnios doit être dans une certaine proportion avec le volume du fœtus. Car si la quantité en est excessive, la grossesse devient pénible, et le fœtus prend quelquefois de mauvaises positions; le cordon ombilical s’échappe dès que les membranes sont rompues , ce qui l’expose à la compression ; le travail est retardé, ou la' matrice tombe dans l’inertie. Dans le cas contraire, les mouvements du fœtus sont plus bornés , même gênés; la grossesse devient incommode, douloureuse, l’avortement est à craindre.
Les accoucheurs pensent qu’il peut s’amasser entre les membranes une certaine quantité de sérosités qui portent le nom de fausses eaux, et qui s’écoulent quelquefois avant l’accouchement; mais il est certain que les membranes n’ont présenté aucun écartement chez les femmes sujettes à ces sortes d’écoulements prématurés. D’ailleurs, ne serait-il pas possible, comme des auteurs l’observent, qu’on eût pris pour de fausses eaux l’urine que la femme rend involontairement vers la fin de la erossesse , ou même l’eau qui sort de la cavité des membranes , lorsqu’elles ont été rompues au-dessus de l’orifice utérin , ou eufiu le liquide contenu dans les enveloppes d’un autre fœtus mort et'dissous peu de temps après la conception ?
ARTICLE V
De la progression des fluides chez le fœtus.
Schreger, en Allemagne, considérant que le fœtus ne se développe pas toujours dans la matrice, mais quelquefois dans les trompes , dans l’ovaire , ou dans l’abdomen , n’admet pour tous ces cas, qu’un mode général de circulation. 11 pense donc que dans la grossesse, soit utérine, soit extra-utérine , le placenta ne reçoit de la mère que des fluides séreux qui , pompés par les vaisseaux lymphatiques du cordon ombilical, sont portés successivement dans le canal thoracique du fœtus, dans la veine sous-clavière gauche , dans la veine-cave supérieure , dans l’oreillette droite, dans le ventricule pulmonaire , dans le canal artériel, dans l'aorte et dans toute l’économie. Suivant celle étrange et singulière doctrine , les radicules de la veine ombilicale, privées, comme tous les vaisseaux du même ordre, de la faculté d’absorber, sont réduites à charrier les fluides qu’elles reçoivent des artères ombilicales ; donc
KO
PRINCIPES
le placenta n’est considéré que comme un prolongement du fœtus, où le sang se dépouille de son carbone et de toutes ses parties hétérogènes, comme dans les poumons et à la surface du corps chez l’homme qui respire.
On ne saurait néanmoins disconvenir que ce mode de circulation entre la mère et l’enfant ne soit fondé sur quelque analogie ; mais ne sait-on pas aussi que ce genre de preuve est souvent trompeur , ou conduit à de faux résultats? Et, 'dans ce cas-ci, n’est-il pas formellement contredit par l’anatomie et par l’observation? D’abord, on n’a point encore découvert de vaisseaux lymphatiques dans le cordon ombilical, quoique lvruikshank et Mascagni aient démontré que ceux delà matrice se prolongeaient jusque dans la portion utérine du placenta. En second lieu, les hémorrhagies qui accompagnent toujours le décollement brusque de celle masse spongieuse sont une preuve évidente que le sang y passe en nature des artères utérines. Concluons donc que cette nouvelle opinion repose sur des bases plus hypothétiques que démontrées, et plus imaginaires que réelles.
Il n’en est pas ainsi de la théorie généralement admise par les physiologistes; ceux-ci pensent, au contraire, que le sang elle suc préparas dans le placenta pour l’aliment du fœtus y sont absorbés par les radicules de la veine ombilicale ; qui les transmettent ensuite jusqu’à la surface concave du foie. Là, une portion en est détournée au profit de ce viscère , et, après s'être mêlée dans la veine-porte avec le sang qui revient de l’abdomen , elle, est reportée par les veines hépatiques dans la veine-cave inférieure où se dégorge aussi le canal veineux qui est la continuation de la veine ombilicale.
Arrivé au cœur, le fluide nourricier se mêle en partie avec le sang que l’oreillette droite reçoit de la veinecave supérieure, ou passe tout entier dans l’oreillette
gauche par le trou de Botal ; cette oreillette le verse dans le ventricule du même côté , qui le chasse dans l'aorte et ses divisions. Ce tronc artériel le conduit ensuite à la tète et aux membres thoraciques. Revenu de ces parties dans la veine-cave supérieure , il est reversé dans l’oreillette et le ventricule droits , d’où il est projeté dans l’artère pulmonaire. Celle-ci , non loin du cœur, envoie deux très-petites branches aux poumons, et se prolonge sous le nom de canal artériel jusqu’à l’aorte descendante , dont les ramifications le distribuent à la poitrine, à l’abdomen , aux extrémités inférieures, et le renvoient même au placenta par les artères ombilicales.
On peut donc considérer le sang du fœtus comme partagé en deux colonnes qui, dans leur progression, s’entre-croisent au cœur, en formant une espèce de huit de chiffre ; l’une , poussée par le veulricule aortique, arrose les parties supérieures, tandis que l’autre part du ventricule pulmonaire , pour gagner les parties inférieures et retourner au placenta.
Si l’on considère maintenant que la colonne de sang qui se revivifie dans la veine ombilicale est la plus grosse et la plus riche en principes , et que l’autre, plus petite, au contraire, s’appauvrit continuellement en s’éloignant du cœur, on concevra sans peine pourquoi le foie est proportionnellement plus rouge et plus volumineux dans le fœtus que dans l’adulte ; pourquoi la tête et les membres thoraciques s’accroissent plus rapidement avant la naissance que le reste du corps ; pourquoi le poumon est compacte , d’un brun-foncé , et affaissé sur lui-même avant la respiration ; pourquoi cet organe, au lieu, de surnager, se précipite dans l’eau. Or, ces phénomènes, dont l’explication découle naturellement des principes que nous venons d’exposer , ne prouvent-ils pas que celte théorie cadre avec l’observation, et n’en attestent-ils pas, sinon la vérité, du moins la très-grande vraisemblance?
PRINCIPES
Tout paraît donc concourir à faire adopter ce mode de circulation chez le fœtus, en attendant qu’on en découvre un autre qui mérite la préférence. Nous observerons seulement que le cours n’en est pas aussi régulier ni aussi uniforme qu’on pourrait le croire, jusqu’à la fin de la grossesse ; car, à mesure que le fœtus s’approche du terme de sa maturité, le trou de Botal est moins ouvert, le canal artériel se rétrécit, et ie poumon reçoit plus de sang ; de là quelques modifications que la circulation fœtale éprouve pendant la grossesse, et qui ne sont que le prélude ou le commencement de plus grands changements qu’elle doit subir pendant le travail de l’accouchement et au moment de la naissance.
SECTION PREMIÈRE
Des changements qui surviennent dans la circulation du sang chez le fœtus pendant le travail de l’accouchement.
La plupart des phénomènes qui accompagnent le travail de l’accouchement prouvent jusqu’à l’évidence que la matrice se contracte ou se resserre pour expulser le fœtus. Les vaisseaux qui forment ce viscère doivent donc nécessairement diminuer de calibre et changer de direction ; d’où il résulte qu’ils reçoivent moins de saugetqu’ils en transmettent aussi beaucoup moins aux cellules du placenta. On conçoit même qu'à une certaine époque ce corps spongieux ne reçoit plus une seule goutte de sang de la matrice , soit parce qu’il en est entièrement décollé, soit parce que les sinus utérins sont trop comprimés. Alors plus de circulation de l’enfant à la mère; le sang revient encore au placenta par les artères ombilicales, mais il n’y retrouve plus ce suc réparateur qui le rendait si propre à la nutrition pendant la grossesse. 11 est donc forcé de retourner
au fœtus tel qu’il en était sorti, c’est-à-dire dans un état d’appauvrissement dont la durée ne pourrait manquer d’étre dangereuse , si elle était longtemps continuée.
Cependant la matrice redouble ses efforts; le placenta est affaissé et comprimé ; il ne peut s’abreuver de sang comme à l'ordinaire. Alors le fœtus cesse de communiquer avec ce corps , et la veine ombilicale ne charrie plus que la faible portion de sang qui lui est transmise par quelques radicules des artères de même nom. Cet état , plus dangereux encore que le précèdent , rend aussi plus nécessaire la terminaison du travail pour le salut de l’enfant.
Enfin, les contractions de la matrice sont portées à leur dernière période ; le cordon ombilical, à son tour, est comprimé, et la circulation du fœtus est entièrement interrompue. Dès-lors le sang est arrêté dans les artères ombilicales; il s’accumule dans l’aorte , dans le canal artériel , dans le ventricule droit et l’oreillette correspondante; la veine-cave supérieure s’engorge, et le sang qui , de la tète revient au cœur , retarde et arrête son cours. D’un autre côté, la veine-cave inférieure continue encore de se vider dans l’oreillette gauche et le ventricule aortique , d’où le sang ne peut être poussé que vers la tête ; en sorte que les vaisseaux du cerveau , distendus par le sang qu’ils ne peuvent chasser d ms les jugulaires et par celui qui leur arrive des carotides, compriment l’origine des nerfs et produisent un élat apoplectique, toujours dangereux s’il persévère, ou se rompent et donnent liea à un épanchement mortel.
Tels sont les changements qui arrivent à la circulation fœtale pendant le travail : changements qui sont encore une conséquence de la théorie adoptée par les physiologistes, et qui expliquent pourquoi le fœtus est pâle ou privé de sang , lorsqu’après le décollement préma uré du placenta, la matrice tombe dans l’inertie,
PRINCIPES
ou ne se contracte que faiblement. Dans ce cas, le sang circule encore du fœtus au placenta , mais il s’en épanche à tout instant une portion dans la cavité de la matrice, et la veine ombilicale ne reçoit plus rien de la mère qui puisse la dédommager de cette perte.
C’est encore d’après les mêmes principes qu’on peut se rendre raison du danger qui menace le fœtus , lorsqu’après l’écoulement' des eaux, la tète séjourne trop longtemps au passage, malgré les violentes contractions de la matrice. Alors les vaisseaux de la tète s’engorgent , le sang comprime le cerveau ou s’épanche dans ce viscère, le visage se gonfle, et l’apoplexie ou la mort sont la suite de ce long et pénible travail.
Enfin , le même raisonnement conduit, par une conséquence nécessaire, aux véritables moyens de prévenir ces funestes accidents. Favoriser l’expulsion du fœtus, telle est la première indication à remplir; ensuite se bien garder de lier le cordon ombilical, mais se bâter au contraire de le couper, et de le faire dégorger jusqu’à ce que la congestion sanguine qui menace la tète soit dissipée; voilà la seule ressource qui reste à l’accoucheur pour sauver l’enfant trop gorgé de sang ou déjà frappé d’apoplexie.
On ne saurait donc approuver les auteurs qui , dans celte circonstance ,, recommandent de conserver le cordon ombilical entier, enfin de revivifier l’enfant par le sang de la mère? Quel avantage peut-on retirer de cette pratique dangereuse , puisque le placenta ne communique plus avec ia matrice , et que la circulation est suspendue chez le fœtus ? Tenir alors l’enfant auprès de la mère, sous prétexte de le réchauffer, n’csl-ce pas le faire croupir dans l’ordure, et l’exposer encore à l’asphyxie, maladie non moins redoutable que la première?
11 n'en serait pas de même , si l’enfant était né pâle, décoloré, anémique ou exsanguin. Nous croyons qu’alors il serait utile cl même nécessaire de conserver la
cordon , jusqu’à ce que la respiration fût complètement établie. Dans des cas de cette espèce, on a vu périr des enfants dont on ne pouvait attribuer la mort qu’à leur trop prompte séparation d’avec la matrice ou d’avec lo placenta. 11 ne leur restait pas assez de sang pour stimuler le coeur et lui conserver le mouvement.
SECTION II
Des changements qui arrivent dans la circulation fœtale immédiatement après la naissance.
1, 'enfant n’est pas plus tôt expulsé du sein de la matrice , qu’il éprouve le besoin de respirer. Aussitôt le cerveau , centre de toutes les perceptions , commande aux muscles inspirateurs, et la poitrine s’élève, s’agrandit; l’air pénètre et dilate les poumons; quelques cris se font entendre et la vie est complètement établie.
Dès lors, par un mécanisme inconcevable, le sang ne passe plus dans le canal artériel qui s’oblitère; la portion de ce liquide qui retournait au placenta arrose les poumons ; le trou de Bolal se ferme : le sang rapporté au cœur par les deux veines-caves se môle dans le ventricule pulmonaire; quelques pulsations se manifestent dans le cordon ombilical , et le bout qui tient au fœlus verse peu de sang ; enfin ce bout se flétrit , se dessèche et tombe peu de temps après.
Ce nouveau mode de circulation est essentiellement lié à la respiration du fœtus; car il persévère après la naissance, tant que cette dernière fonction est libre, et il s interrompt au contraire dès qu’elle devient laborieuse. Dans le premier cas, la ligature du cordon ombilical est absolument inutile, et l’enfant ne risque point de périr d'hémorrhagie , puisque le sang ne trouvant aucun obstacle dans les poumons, ne tend plus à repasser dans le canal artériel , ni à retourner au placenfa par les artères ombilicales. Mais il n’en csl paa
PRINCIPES
de même si l’enfant est emprisonné dans un maillot <|ui serre et comprime sa poitrine , ou bien s’il vient à pousser des cris aigus , à cause de quelques impressions f:\cheuses : alors la respiration cesse ou se ralentit, et le sang reprend encore le cours qu’il suivait avant la naissance. Qu’arrive-t-il ? si les artères ombilicales sont encore ouvertes, le sang s’en échappe avec rapidité, et l’enfant périt baigné dans ce liquide. Au contraire, le cordon est-il lié, il s’engorge et s’agite quelque temps ; mais bientôt le visage du fœtus se gonfle et .devient livide; le cerveau est comprimé, et l’enfant succombe à l’apoplexie, à moins qu’une main secourable ne délie le cordon , et ne produise une prompte et salutaire dérivation.
D’après ces changements dans la circulation fœtale, on expliquera facilement pourquoi la poitrine de l’enfant qui a respiré est plus élevée, plus voûtée, plus arrondie et plus évasée en tous sens; pourquoi ses poumons sont plus volumineux et plus pesants par rapport à tout le corps, tandis qu’ils sont spécifiquement plus légers qu’avant la naissance; pourquoi ces organes recouvrent le péricarde et le cœur; pourquoi ils surnagent, quand on les projette en masse ou en partie dans l’eau, tandis qu’ils s'enfoncaient auparavant dans ce liquide; pourquoi ils sont d’une couleur plus rouge et moins foncée; pourquoi ils donnent plus de sang quand on les coupe, et pourquoi ils crépitent sous le tranchant du scalpel , comme les corps spongieux , élastiques et emphysémateux; pourquoi le canal artériel et le canal veineux sont vides, tandis que les vaisseaux pulmonaires sont gorgés de sang; pourquoi le trou de Dotal est fermé, le diaphragme déprimé, la vessie entièrement ou presque exempte d’urine et l’intestin de méconium.
ARTICLE IX
De la nutrition du fœtus.
Comment se nourrit le fœtus, et d’où lire-t-il l’aliment qui le fait vivre et croître avant la naissance? Cette question, entièrement oiseuse pour le physiologiste qui réfléchit sur l’origine et la progression des fluides chez le fœtus, présente encore bien moins d’intérêt à l’accoucheur, dont le principal objet est de savoir, non comment le fœtus subsiste dans la matrice, mais comment il en sort quand il est à terme. Nous espérons donc que le lecteur nous saura quelque gré de lui avoir épargné la froide et stérile récapitulations de toutes le rêveries physiologiques sur la nutrition fœtale. Certes, il faut l’avouer, après avoir exposé la connexion du placenta avec la matrice, nous ne pouvons concevoir comment on n’éprouve pas une répugnance insurmontable à discuter encore si les sucs nourriciers viennent de la mère au fœtus par le cordon ombilical? Au reste, que signifient ces anciennes hypothèses, où l’on fait sucer au fœtus certains mamelons utérins, dont personne n’a encore prouvé l’existence, ou ses propres mamelles dont il ne peut approcher les lèvres? Quoi! l’impossibilité d’expliquer cet instinct naturel qui porte l’enfant à téter sa mère immédiatement après la naissance, peut-elle justifier les erreurs ou les absurdités qu’on a imaginées pour le faire vivre dans la matrice? D'ailleurs, en admettant la succion dans ce viscère, comment expliquera-l-on la nutrition, soit des fœtus acéphales, soit de ceux dont la bouche est fermée par une membrane, ou dont les mâchoires et les lèvres sont divisées comme dans le bec-de-lièvre compliqué?
Ce que nous avons dit de la succion peut s’entendre aussi de la déglutition. Nous nous garderons bien de croire que le fœtus avale la liqueur de l’amnios , après
PRINCIPES
l’avoir vu naîlrc non-sculemcnl avec l’occlusion des lèvres et des narines, mais encore avec l’adhérence membraneuse de la langue aux gencives, et avec des intersections qui séparaient l’estomac du duodénum, ou la portion grêle de la portion grosse de l’intestin. Qu’il absorbe en partie l’eau de l’amnios, nous ne trouvons absolument rien qui répugne dans celte hypothèse; mais loin d’admettre la nécessité d’un tel aliment, nous le regardons au contraire comme absolument inutile, attendu que les sucs apportés par le cordon ombilical suffisent, et que, d’ailleurs, la nature ne multiplie pas ordinairement ses moyens pour arriver au même résultat; tout nous porte donc à croire que le fœtus reçoit la vie et l’accroissement de la mère par l’intermède du placenta et du cordon ombilical. C’est là une vérité démontrée par les hémorrhagies utérines qui font périr le fœtus avant la naissance, et par les hémorrhagies du cordon ombilical qui peuvent tuer la mère lorsque le placenta est encore adhèrent. Mais le sang passe-t-il delà matrice au fœtus? Quoique certains auteurs l’aient pensé , il faut convenir que leur opinion est trop opposée à la saine physiologie pour avoir encore des partisans. D’abord, il est de fait qu’il n’y a aucune anastomose immédiate entre les vaisseaux utérins et ceux du placenta. Ensuite, l’injection des artères utérines ne pénètre point jusqu’à la veine ombilicale; d’ailleurs le sang de la mère ne serait-il pas trop animalisé pour le fœtus, et le corps encore frêle et délicate de ce dernier, surtout au commencement de la grossesse , ne serait-il pas froissé et pour ainsi dire écrasé par l’impétuosité de ce liquide, s’il n’était modifié en circulant dans le syslèmo utérin? Aussi les physiologistes modernes ne lui accordent-ils à celte époque d’autre nourriture que le reste de la substance contenue dans la vésicule ombilicale d’où il lirait ses provisions, pendant son trajet ou son voyage depuis l’ovaire jusqu’à la matrice, à travers la trompe. Examinerons-nous si lo
placenta peut être considère comme un foie ou un poumon physiologique , et s’il est destiné à colorer ou à régénérer, à dépurer ou à réchauffer le sang du fœtus? Ce qui parait le plus vraisemblable, c’est que le sang versé par les sinus utérins dansles cellules du placenta y dépose seulement les matériaux d’un suc nourricier, qui s’élabore en circulant dans le tissu vasculaire de ce corps spongieux, pour être ensuite pompé par les radicules delà veine ombilicale, et porté à sa destination. En attribuant au placenta cette fonction qui parait si naturelle, on conçoit que le fœtus ne doit recevoir que des fluides blancs ou séreux extrêmement ténus, lorsqu’il est à peine ébauché, ou lorsqu’il n’offre encore qu’un amas de gélatine; mais ensuite, à mesure qu’il se développe et qu’il suit pour ainsi dire les accroissements progressifs du système utérin dont il fait partie, il reçoit des sucs qui, devenant plus colorés et plus substantiels de jour en jour, le conduisent au terme de sa maturité. Alors la matrice, dont la fonction nutritive est terminée , se contracte et se débarrasse du dépôt qui lui avait été confié ; l’enfant naît et commence un nouveau mode de nutrition et de vie.
ARTICLE VI
De la viabilité du fœtus.
La viabilité n’est autre chose que la possibilité de vivre; le fœtus est donc censé viable, lorsqu’au moment de sa naissance il a les organes assez développés ou une constitution assez parfaite pour exécuter toutes les fonctions de la vie.
Si l’on examine un certain nombre de fœtus à terme ou à une époque quelconque de la grossesse , il est trèsdifficile, pour ne pas dire impossible , d’en trouver deux qui aient le même degré de force , de vigueur et de
PRINCIPES
santé. On observe, au contraire, parmi eux autant de différences sous le rapport de la constitution, qu’il y a d’individus; ce qui doit nécessairement dépendre d'une infinité de causes qui influent sur l’accroissement du fœtus dans le sein delà mère.
Il suit de là que l’époque de la viabilité n’est point invariable, comme on l’a prétendu, et qu’elle ne peut être déterminée d’une manière exacte ou précise, en considérant seulement le temps qui s’est écoulé depuis la conception. D’abord il n’est pas facile de constater l’âge du fœtus lors même qu’on s’en rapporte à l’aveu de la mère, qui est assez souvent intéressée à tromper; en second lieu , il est encore très-rare que tous ceux qui naissent à la même époque soient également développés, ou aient leurs organes également propres à remplir les fonctions de la vie. Ils exigent tous des soins différents plus ou moins assidus, et plus ou moins sagement administrés pour continuer de vivre. Le plus grand nombre même périssent en très-peu de temps, malgré tous les soins qu’on leur prodigue. Baudelocque a vu naître beaucoup d’enfants vivants au terme de six mois, et pas un n’a survécu au delà de cinq ou six jours; parmi ceux de cinq mois , aucun n’a été au delà de quelques heures; et la majeure partie de ceux de sept mois n’ont point parcouru une plus longue carrière que les enfants de six. Le même praticien n’ignore point qu’on cite beaucoup d’exemples pour faire croire le contraire; mais nous croyons comme lui qu’il y a eu souvent excès de crédulité, erreur ou mauvaise foi à cet égard.
Que faut-il donc penser des physiologistes qui fixent l’époque de la viabilité à sept mois révolus, et croient, avec Hippocrate, qu’il y a plus d’espoir à fonder sur un fœtus de sept mois que sur celui de huit? N'esl-ce pas là , sauf le respect qu’on doit au père de la médecine, une de ces opinions que l’expérience contredit formellement , et dont l’absurdité saute aux yeux? car elle tend à diminuer l’espoir de conserver le fœtus à
mesure qu’il approche du terme de sa maturité parfaite, ou qu’il acquiert plus d’aptitude à vivre : paradoxe le plus outré qu’on puisse imaginer, et qui ne peut certainement avoir pris naissance que dans la supposition non moins gratuite que chimérique de la culbute du fœtus à sept mois.
Toutefois , il faut convenir, avec des accoucheurs distingués, que les accidents qui proviennent ou accompagnent l’accouchement doivent influer sur la viabilité du fœtus. Ainsi, qu’une femme accouche naturellement à sept mois, elle aura plus d’espoir de conserver et d’élever son enfant, que si elle accouchait à huit et même à neuf mois, par l’etret d’une violence externe, ou d’une maladie aiguë.
Concluons donc que les signes les moins équivoques de la viabilité du fœtus sont ceux de sa maturité parfaite , et non ceux qu’on tire de l’époque de la grossesse. Un enfant, à l’époque de sa naissance, n’offre-t-il aucun vice de conformation dans ses organes , ni maladie incurable, telle que l’hydrocéphale ou le spina bifida ; exécute-t-il avec liberté les fonctions naturelles propres à cet âge ; surtout respire-t-il d’une manière comiplèle, on peut, sans attendre une expérience de six : mois, déclarer hardiment qu’il peut continuer de vivre. Certes, il faudrait n’avoir aucune habitude de voir des nouveau-nés , pour désespérer de ceux qui ont les mem- ; bres bien proportionnés , les doigts et les orteils séparés et garnis d’ongles légèrement saillants, les paupières bien fendues et bordées de cils, la prunelle ouverte, les narines et la bouche bien conformées, le sternum presque ossifié , la tète couverte de cheveux, les suturée médiocrement écartées /la fontanelle postérieure effacée et l’antérieure peu évasée. Tout porte alors à regarder ces enfants comme viables, surtout lorsque leurs cris se font bien entendre, lorsqu’ils lancent un filet d’urine en commençant de respirer, lorsqu’ils éternuent, et qu’ils saisissent bien le mamelon de la mère
PRINCIPES
ou de la nourrice. Au contraire, si un enfant qui vient de naître n’offre qu’une organisation encore frêle et imparfaite ; si sa peau est marbrée et d’un rouge vif au visage, aux mamelles, au scrotum, à la paume des mains et à la plante des pieds ; s’il n’a la tête recouverte que de poil follet , s’il a les sourcils et les paupières dégarnis , s’il respire surtout avec difficulté et en poussant des cris plaintifs, on n’a que peu ou point d’espoir de le conserver. Ce sont là, en effet, des caractères d’immaturité bien manifestes cl qui annoncent une mort prochaine , quoique le fœtus ait déjà rèinué les membres, et qu’il ait même vécu quelque temps. Un enfant peut donc naître vivant sans être viable, et quelques heures de vie ne suffisent pas pour assurer la continuation de ce bienfait de la nature.
ARTICLE VII
De la division du [œlus cl de ses principales parties.
La division la plus naturelle du fœtus comprend le tronc et les membres.
La tête et le bassin sont les extrémités du tronc; entre elles se trouvent le cou , la poitrine et l’abdomen.
La première de ces trois parties intermédiaires est la plus petite ou la plus grêle, et les deux autres ne peuvent jamais apporter d’obstacle à l’accouchement, à moins qu’elles ne se présentent en travers, ou qu’elles ne soient pleines de liquide. Dans l’étal naturel, la poitrine résiste faiblement , parce que la charpente osseuse qui en forme le contour est très-mobile ou trèsflexible ; le bas-ventre, à cause de sa mollesse, s’accommode encore plus facilement à l’espèce de filière qui s’offre à son passage.
Le bassin ne cause guère plus de difficulté , lors même que le fœtus vient en double ou à reculons.
DE L’ART DES ACC0UCI1EMENTS. lü»
Beaucoup moins solide que celui de l’adulte, il est composé de quatorze pièces osseuses , dont quelquesunes sont encore à l’état de cartilage , et les autres ont les bords incrustés d'une semblable substance; de là un certain desrè de souplesse et de flexibilité qui , comme l’a observé Deleurie , peut faciliter les différentes altitudes du fœtus dans la matrice ; il peut même favoriser l’accouchement par le siège et par les pieds, eu procurant le rapprochement des os du bassin , mais non, comme l’a prétendu le même accoucheur, en y produisant les modifications qu’éprouvent les os du crâne dans l’accouchement naturel. Il suffit de comparer la structure et la connexion des pièces qui composent les deux extrémités du tronc , pour juger qu’elles, n'éprouvent pas les mêmes changements en traversant le bassin de la mère. La tête alors se rétrécit dans un sens, et s’allonge dans un autre, ce qui ne pourrait, avoir lieu dans le bassin, sans que le fœtus en fût estropié. Au surplus, l’expérience est ici d’accord avec le raisonnement.
La tête peut être considérée comme la partie la plus solide et la plus volumineuse du fœtus. Elle se présente ordinairement la première au détroit supérieur, et c’est toujours du rapport de ses dimensions avec celles du bassin de la mère que dépend la facilité ou la difficulté et même l’impossibilité de l’accouchement; il est donc indispensable d’en connaître exactement la structure, la forme et le volume, avant d’exposer le mécanisme par lequel le fœtus vient au monde.
Considérée dans l’état sec, celle espèce de boite osseuse, à laquelle on donne vulgairement le nom de crâne, se divise en deux parties bien distinctes : l’une, supérieure, légèrement convexe et arrondie, renflée sur les côtés, et plus allongée d’avant en arrière qu’en travers , est ce qu’on nomme la voûte du crâne ; l’autre, inférieure, aplatie, plus étroite et moins allongée, soutient la précédente, et peut eu être regardée comme
ICO
PRINCIPES
la base. La première est formée de cinq ou six os, dont les bords, encore membraneux et nullement engrénés par des sutures , peuvent se rapprocher, même s’entrecroiser, et favoriser ainsi l'accouchement en produisant une certaine réduction dans le volume de la tête; la seconde, au contraire, dont les pièces sont plus nombreuses, plus avancées dans leur ossification , et plus solidement articulées , ne jouit d’aucune mobilité, et ne parait susceptible d’aucune compression au moins sensible.
Il suit de là que , toutes choses égales d’ailleurs , la différence entre la largeur de la voûte et celle de la base du crâne indique la mesure ou le degré de réduction possible pour favoriser l’accouchement; car, si la disproportion de la lête avec le bassin est telle que la base du crâne n’en puisse franchir les détroits, on conçoit sans peine que l’aplatissement de la voûte sera inutile , puisque la base étant incompressible, opposera un obstacle insurmontable, à mcins qu’elle ne prenne en s’engageant une direction plus favorable à son passage. C’est à ce changement de position qu’il faut attribuer sans doute ces accouchements extraordinaires et surprenants , où l’on voit passer des têtes énormes et pour ainsi dire monstrueuses à travers des bassins resserrés; phénomènes bien propres à rassurer le praticien dans les cas qui paraissent les plus difficiles , et à lui prouver qu’il faut encore attendre quelque chose de la nature, lors même que la théorie n’offre plus aucune ressource.
Mais quelle est la différence entre la largeur de la voûte et celle de la base du crâne? En suivant les différents progrès de la tête, depuis la conception jusqu’à la naissance du fœtus, on observe que la voûte diminue respectivement de largeur, à mesure que la grossesse est plus avancée, et qu’à l’époque de l’accouchement elle ne surpasse la base que de six à sept lignes. Alors celle-ci a de deux pouces et demi à trois pouces de large, tan-~
dis que la voûte s’étend de trois pouces à trois pouces et demi d’un côté à l’autre.
Si l’on considère seulement la tète du fœtus par rapport à sa forme, ce n’est qu’un ovoïde où l’on peut' distinguer .cinq régions, deux extrémités, quatre ou cinq diamètres et trois circonférences.
Le sommet, la base, les côtés et le visage, sont les cinq régions de la tete. La base ne se présente jamais, à moins que la tête ne soit séparée du tronc; le sommet, au contraire, se présente le plus fréquemment dans les accouchements naturels.
La tête se termine en arrière et en haut par l’occiput, en devant et en bas parle menton : la première de ces extrémités est plus large, plus obtuse et plus arrondie; la seconde, plus étroite, plus aiguë et plus allongée. C’est donc bien mal à propos que Levret, dans le siècle dernier, et quelques accoucheurs modernes, tels que madame Lachapelle , le docteur Van Solingen, etc., ont comparé la tête à un cône, dont le sommet serait représenté par l’occiput, et la base par le visage. L'inexactitude et la fausseté de cette comparaison ne sautent-elles pas aux yeux?
Le plus grand diamètre de la tête s’étend du menton à l’occiput, et peut être nommé pour celle raison occipilo-menlonnier ; on l’appelle le plus communément diamètre oblique, parce qu’il est incliné à l’axe de la tête et du tronc. Il a cinq pouces et un quart de longueur.
Le diamètre moyen s’étend du milieu du front à l’occiput. On lui donne le non de diamètre longitudinal ou occipilo- frontal; sa longueur est de quatre pouces et un quart.
Les deux autres diamètres sont les plus petits; ils n’ont que trois pouces et demi d’étendue ; l’un traverse la tête du sommet à la base, et l’autre d’une bosse pariélable à celle qui est opposée. Le premier se nomme diamètre perpendiculaire , le second transversal.
PRINCIPES
Outre ces diamètres, on pourrait en considérer encore un cinquième, qui s’étendrait d’un temporal à l’autre, et mesurerait la largeur de la base du crâne, vers la racine des apophyses zygomatiques. On pourrait l’appeler diamètre auriculaire , et sa longueur serait de deux pouces et demi à trois pouces.
A ces différents diamètre correspondent aussi différenlçs circonférences; mais on n’en considère que deux par rapport à l’accouchement , encore ne sont-elles d’aucune utilité pour en expliquer le mécanisme. La plus grande divise la tête en deux hémisphères latéraux, et passe par la symphyse du menton , par le milieu du visage , par les deux fontanelles et par le trou occipital; elle a de treize à quinze pouces de développement. La plus petite coupe la tête transversalement , et passe par les bosses pariétale, ainsi que par le milieu du sommet et de la base; son développement n’est que de dix à onze pouces.
On donne assez improprement le nom de sutures aux espaces membraneux qui unissent les différentes pièces de la voûte du crâne chez le fœtus. Les puis remarquables pour l’accoucheur sont la suture sagülalle au médiane , la coronale et la V ambdoïde . Nous ne parlons point des sutures écailleuses ou temporales , parce qu’elles sont recouvertes de muscles.
La suture sagittale et la suture coronale forment, en s’entrecoupant, une espèce de losange en membraneuse à laquelle on a donné le nom de bregma ou de fontanelle antérieure, et à laquelle on attribue, mais sans raison , un mouvement pulsatif. Ce n’est qu’après la naisance que le refoulement du sang vers le cerveau, déterminé par les cris plus ou moins aigus de l’enfant, peut élever et abaisser la fontanelle antérieure; mais alors ce mouvement alternatif et isochrone avec l’inspiration et l’expiration, ce qui prouve qu’il ne saurait exister lorsque le fœtus est encore dans le sein de sa mère.
On appelle fontanelle postérieure la réunion de la suture sagittale avec la suture lambdoïde ; mais elle diffère tant de la première, qu’on ne peut les confondre ; celle-ci est quadrangulaire , membraneuse, mince et flexible , au lieu que l’autre est le plus souvent triangulaire , complètement ossifiée , et toujours plus solide au terme de l’accouchement.
On remarque encore, sur les parties latérales de la tête , quatre petites fontanelles , dont deux , situées aux extrémités de la suture coronale , sont recouvertes des muscles crotaphites ; et les deux autres, situées aux extrémités de la suture lambdoïde, sont si peu enfoncées, qu’on peut les distinguerau tact.
La tête , articulée avec le tronc par une espèce de ginglyme, ne peut exécuter qu’un mouvement trèsborné en avant et en arrière, et un mouvement plus étendu de pivot ou de rotation; ce dernier tordrait néanmoins le cou, s’il était porté au-delà d’un quart de cercle.
ARTICLE XII
Conclusion très-importante fondée sur le parallèle de la télé du fœtus avec le bassin de la mère.
Parmi les dimensions de la tête du fœtus, il en est qui surpasent celles du bassin, et d’autres qui leur sont inférieures. Ainsi le diamètre oblique ou occipito-mentonnier de la tête , qui est de cinq pouces et uu quart, est plus long que le plus grand diamètre du bassin, qui n’a que cinq pouces ; le diamètre longitudinal ou occipitofrontal de la tète , qui a quatre pouces et un quart , est plus long que le diamètre sacro-pubien ou antéro-postérieur du bassin , qui n’est que de quatre pouces , mais plus court que ses diamètres obliques, qui ont quatre pouces et demi ; enfin , les diamètres perpendiculaire et transversal de la tète, qui sont chacun de trois pouces
PRINCIPES
et demi sont plus petits qu’aucun des diamètres du bassin.
Or, la facilité onia difficulté , la possibilité ou l’impossibilité de l’accouchement dépendant toujours de la proportion ou disproportion de la tête avec le bassin; cela est incontestable et sans répliqué.
par conséquent, on ne peut refuser la certitude aux propositions suivantes, qui découlent immédiatement des ces principes.
1° Toutes choses égales d’ailleurs, c’est-a-dire le bassin de la femme étant bien confomé, et la tète du fœtul ayant la forme et le volume ordinaire, l’accouchement est impossible par les seules forces de la nature, lorsque la lête's’engage en présentant le visage , la base ou les côtés, quatre régions auxquelles correspond son diamètre oblique, plus long qu’aucun des diamètres du bassin.
2° l’accouchement serait aussi impossible, si la tête présentait directement le sommet ou la région verticale entre le pubis et le sacrum ; car alors le diamètre longitudinal de la tète correspondrait au diamètre antéropostérieure du bassin, qui est plus court d’un quart de pouce.
3° L’accouchement serait encore difficile , si le sommet de la tète se présentait diagonalement entre l’une des cavitéç cotyloïdes du bassin et la symphyse sacroiliaque opposée ; car le diamètre longitudinal de la tête correspondrait au diamètre oblique du bassin , qui ne le surpasse que d’un quart de pouce, excès qui ne suffirait pas pour prévenir les frottements et peut-être les obstacles, à moins que la flexion de la tète sur la poitrine ne fit cesser celle disproportion.
49 La condition la plus favorable à l'accouchement est que la tète s’engage diagonalement , de manière qu’une de ses extrémités, l’occiput ou le menton, puisse correspondre au centre du bassin; car alors les plus petits diamètres de la tête, qui n’ont que trois pouces
et demi, répondent aux diamètres obliques du bassin, qui ont un pouce de plus , et cet excès est plus que suffisant pour faciliter l'accouchement malgré les frottements de la tète contre les parties molles du bassin.
Voici encore une remarque des plus rassurantes et des plus utiles. Si l’on mesure les dimensions de plusieurs bassins et de plusieurs têtes qu’on prend au hasard, l'expérience atteste que le plus grand nombre des premiers offrent plus de quatre pouces du pubis au sacrum, taudis qu’au contraire le plus grand nombre des dernières offrent moins de trois pouces et demi d’une bosse pariétale à l’autre. Or, n’esl-ce pas là une ressource que la nature semble être ménagée pour prévenir les obstacles qui peuvent s’opposer à l'accouchement? iVesl-cc pas là encore ce qui peut avoir facilité le passage de la tête à travers le bassin , lorsqu’elle présentait le visage ?
En effet, celte espèce d’accouchement ne saurait être naturel, à moins que la tête ne fut très-petite à l’égard du bassin, cas extrêmement rare, qui, loin d’affaiblir les conclusions ci-dessus, ne ferait que les confirmer. Ajoutez à cela le relâchement des symphyses pelviennes, et la diduclion des os du bassin; que de ressources pour faciliter l’accouchement!
PRINCIPES