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vitales que l'on obtient ordinairement au moyen d'agents matériels, auxquels les Physiologistes en attribuent généralement le monopole, autrement dit, pour parvenir à remplaeer, par des forces invisibles, impalpables, et n'ayant de point de contact qu'avec l'entendement, — la lumière, les vibrations sonores de l'air, les substances sapides, les substances odorantes, et la résistance tactile des corps; le séné et la rhubarbe, l'ipécacuanha, l'opium, le camphre, la thériaque, le chloroforme, etc., dans leurs actions physiologiques respectives, évidemment il est indispensable que l'individu destiné à subir une influence aussi inouïe se trouve placé actuellement dans des conditions toutes particulières, auxquelles la plupart d'entre nous sont, sans contredit, étrangers dans leur état habituel. En un mot, la première condition à remplir pour que l'Affirmation puisse déterminer une impression aussi profonde sur l'organisation d'une personne , c'est que cette personne soit impressionnable. » (Electro-dynamisme vital.)
Mais cette impressionnabilité, en quoi consiste-t-elle? Nous le savions déjà : Y état hypotaxique la constitue.
Mens agitât mole m.
Gomment l'impression mentale pont se substituer a tous les spécifiques. —
Le caractère des modifications physiologiques n'est |>as inhérent à la nature des agents modificateurs. — La Faculté vitale, l'organe, le spécifique. — Théorie des spécifiques. — Le moteur premier de toutes les fonctions est d'une même nature chez toutes. — Le cerveau et le ganglion. — L'âme et le corps, l'esprit cl la matière.
Rappelons d'abord quelques principes fondamentaux qui ont élé posés dans noire dernière conférence.
Nous avons reconnu que toutes les opérations dont l'ensemble constitue la double vie animale et végétative de l'homme sont exécutées, au moyen d'appareils nommés organes nerveux, par l'action d'une force motrice ayant son siège dans le centre de ces organes, et s'exercant à l'aide de fils conducteurs connus sous le nom de fibres nerveuses ou nerfs. De plus, nous avons constaté que toutes ces opérations de la force nerveuse se résument en deux modes d'action inséparables et se combinent pour accomplir un même résultat général.
Le rôle de la force nerveuse, dans ces deux modes de
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manifestation , est de subir des actions extérieures qui réveillent son activité, et de réagir à son tour sur le domaine extérieur. Le moteur fonctionnel réclame donc, pour développer sa puissance, l'intervention d'un agent excitateur.
Les différentes fonctions possèdent individuellement une classe d'agents qui leur sont particuliers, et qui, pour cette raison, sont appelés spécifiques. Aux sensations spéciales correspondent respectivement la lumière, les vibrations sonores, les émanations odorantes, les solutions sapides, la pression des corps résistants, la chaleur et le froid, etc. Les fonctions de la vie végétative et de la vie mixte ont pour excitateur propre l'action des corps sur lesquels ces fonctions ont à s'exercer. Ainsi le contact des aliments avec les parois du pharynx et de l'oesophage excite ces organes à se contracter pour opérer la déglutition. Parvenus dans l'estomac, les aliments y déterminent par leur présence une irritation nouvelle dont le résultat est cette fois de provoquer la follicule gastrique à sécréter en abondance le suc destiné à les dissoudre. Enfin, les divers principes constitutifs du sang qui doivent entrer dans la composition de tel ou tel tissu, ont la propriété de solliciter les nerfs ganglionnaires présidant à la formation de ce tissu , à les attirer vers lui et à les y fixer.
Mais, outre ces agents excitateurs des fonctions végétatives, agents internes et purement physiologiques, il existe au dehors toute une classe de substances qui jouissent de propriétés semblables, et auxquelles la médecine a recours pour suppléer à l'insuffisance des excitateurs
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naturels quand la maladie es! venue affaiblir l'action de
ces derniers. Le nitrate de potasse, le chiendent, l perge, employés pour stimuler l'action sécrétoire dei reins, deviennent ;iinsi les agents spécifiques de cette fonction ; pareillement le camphre et la cantharide deviennent, bien qu'en modes différents, spécifiques de la fonction génératrice; le tartre siil>ié devient celui du vomissement, le bois de gaïac celui de la sudation, etc. , (.-le.
Nous devons ainsi reconnaître que l'exercice régulier do toute fonction de l'économn humaine résulte du concours de trois éléments, qui sont : 1" une faculté vitale, c'est-à-dire un mode spécial de vitalité; 2° un agent spécifique, c'est-à-dire un agent spécial ayant la propriété d'exciter l'activité de celle faculté ; 3° un organe, par l'intermédiaire duquel la facullé reçoit l'action stimulante de son spécifique, et exprime à son lour son activité propre.
Définir la part exacte de chacun de ces trois facteurs fonctionnels, déterminer la nature intime et l'importance relative de son rôle dans l'exécution de l'œuvre commune, c'est là une question qui domine toute la physiologie, et les recherches du génie philosophique ne peuvent se proposer un objet plus important et plus élevé.
il nous est interdit, peut-être, d'obtenir jamais une connaissance limpide, une compréhension intime, adéquate, absolue de la cause initiale de la vie; mais si la solution de ce problème était un but que nous dussions renoncer à atteindre, il sérail déraisonnable d'en conclure que nous ne devons rien faire pour en approcher
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de plus en plus. Quant à nous, nous n'avons pas reculé devant cette entreprise, et nous osons croire que nos efforts n'ont pas été sans quelque résultat fructueux.
Toute fonction déterminée se manifeste par une reproduction constante de phénomènes semblables, c'està-dire par l'identité invariable de ses caractères, parla spécialité de sa nature. Mais les caractères constitutifs de cette nature spéciale, où les puise-t-elle ? Est-ce dans la faculté vitale , est-ce dans son organe , est-ce enfin dans son agent? L'opinion qui prévaut de nos jours, c'est que les propriétés des trois éléments fonctionnels concourent par égales parts à constituer la nature de la fonction.
Cet avis n'est pas le mien, et je vais chercher à établir, autant que me le permettent les limites d'une simple leçon, que cette nature appartient entièrement, d'une manière immuable et exclusive, à la faculté vitale ; qu'elle est essentiellement étrangère tout à la fois à l'organe et à l'agent excitateur. Le philosophe entrevoit déjà les conséquences d'une telle démonstration.
La physiologie expérimentale se charge à elle seule de prouver que tout spécifique peut être remplacé, dans la production du phénomène essentiel et caractéristique de la fonction, par une action excitatrice de nature quelconque, qu'elle soit mécanique, physique, chimique, etc., à la seule condition qu'elle s'exerce sur le centre ou sur les conducteurs de l'appareil nerveux.
Un courant galvanique, dirigé à travers l'épaisseur du nerf spécial d'une fonction, détermine l'exercice de cette
fonclion , et le mode de cet exercice est essentiellement identique à celui de l'exercice provoqué par Vagi ol spécifique lui-même. Par exemple , la galvanisation <lu nerf
optique détermine une sensation lumineuse, c'est-à-dire une sensation de môme nature que celle qui est éveillée par la lumière elle-même; la galvanisation du nerf acoustique donne lieu à une sensation de bruit ou de son, autrement dit à une sensation de même nature que celles produiles par les vibrations de l'air frappant le tympan de l'oreille; la galvanisation des nerfs olfactifs et guslatifs s'accompagne respectivement des sensations d'odeur et de goût, soit de sensations de même nature que celles que les émanations odorantes et les solutions sapides ont la propriété de susciter. Enfin, si nous soumettons à l'action irritante du galvanisme les diverses fibres nerveuses entre lesquelles se partage le travail de la vie nutritive, qu'arrive-t-il encore? Ce qui se produit uniquement et invariablement, c'est la mise en jeu des fonctions correspondantes suivant leur mode habituel , c'est-à-dire que l'effet est identique, sous l'inlluence de celte action bailale, à celui que provoqueraient les spécifiques eux-mêmes. Ainsi, en irritant par le galvanisme les nerfs dont la fonction spéciale est de faire naître les contractions de l'estomac, on provoque toujours ces mêmes contractions et pas autre chose; et, d'autre part, nous activons la sécrétion des sucs produits par cet organe, en portant la même action irritante sur les nerfs en rapport spécial avec ses glandes.
Ces faits, dont nous pourrions prolonger indéfiniment l'énumération, sont une preuve concluante que la nature
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de toute fonction, soit animale, soit végétative, est extrinsèque à son agent spécifique, qu'elle lui est essentiellement étrangère.
Les propriétés caractéristiques de la fonction résidant toutes en dehors de l'agent spécifique, d'où résulte donc sa spécificité? En d'autres termes, qu'est-ce qui constitue le rapport physiologique, l'appropriation particulière qui le rattache à une fonction déterminée , à l'exclusion de toutes les autres"? A quoi tient-il, par exemple, que la lumière s'est constituée le seul spécifique naturel de la vision, tandis que, de leur côté, les ondes sonores se sont faites, à l'exclusion de la lumière et de toute autre force extérieure, l'unique spécifique naturel de l'audition?
Pour exciter l'activité d'une faculté vitale ou , en d' autres termes, pour déterminer la production des phénomènes qui constituent l'exercice d'une fonction déterminée, il suffit, nous l'avons vu, d'exercer une action irritante de nature quelconque sur les nerfs spéciaux de cette fonction. Dès lors, il est clair que si le^ nerfs se terminaient à la périphérie sans que rien en isolât les extrémités du monde extérieur, ils seraient exposés à l'action irritante de toutes les forces de la nature avec lesquelles la surface du corps est en conflit continuel. Par conséquent aussi, toutes les facultés vitales se trouveraient indistinctement en rapport avec toutes les puissances de la matière, et l'influence de celle-ci s'exercerait à la fois sur toutes les fonctions. On comprend que la nature ait voulu prévenir un tel résultat, et voici la voie qu'elle a suivie pour y parvenir :
Ql ATRIÉME CONPÉEENCE ti
\ l'organe nerveux de chaque faculté vitale, elle a
adapté un appareil accessoire destiné a restreindre U -
relations de celte faculté avec le monde matériel, el à circonscrire ces relations dans un cercle nettement li V organe entier d'une (onction se compose donc de dem pièces également distinctes au point de vue anatomiqoe
<•( au point de vue physiologique : la première ev{ l'appareil nerveux, qui est l'organe conducteur des actions vitales, le seul essentiel et rigoureusement nécessaire à la génération des phénomènes fonctionnels, et que pour celle raison nous nommerons V organe radical; nous appellerons organe différentiateur celle disposition particulière de la matière corporelle, cet appareil ae< soire établi à la terminaison de chaque nerf spécial , dans le but de limiter et de préciser les attributions de ce dernier.
Qu'est-ce qui constitue la spécificité du spécifique? nous sommes-nous demandé tout à l'heure. Xous pouvons répondre maintenant que cette spécificité résulte entièrement des dispositions particulières de l'organe diiférentialeur. L'œil est l'organe différentiateur de la vision, et c'est grâce à lui que la lumière jouit du privilège d'exciter la vue. Si la rétine , au lieu de s'étaler en une surface concave au fond de la chambre obscure de cet instrument d'optique, développait ses libres sur la lame spirale du limaçon de l'oreille, la lumière et la vue cesseraient de constituer deux termes corrélatifs, et dès lors il n'y aurait pas plus de rapport entre eux qu'eulre les odeurs et l'ouïe, qu'entre les saveurs el le tact : la lumière aurait cessé d'être le spécifique de la
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vision, et les vibrations sonores auraient pris sa place par le seul fait d'une substitution d'organe différentiateur. L'oreille ayant remplacé l'œil , les vibrations de l'air remplaceraient forcément la lumière dans son rôle d'excitateur spécifique de la vue. Et, réciproquement, si nous supposons que le nerf acoustique déploie ses fibres en forme de rétine au fond de l'œil, les rayons lumineux deviennent des sons, et les objets qui réfléchissent la lumière ne sont plus vus, mais ils sont ouïs; ils ne nous apparaissent plus rouge, orange , jaune, vertj indigo , azur, violet, mais nous les oyons do, ré, mi, fa , sol, la, si.
Les organes différentiateurs des sens de l'odorat, du goût, du tact, et ceux des fonctions végétatives, sont loin de présenter l'organisation complexe et les dispositions sûrement protectrices et rigoureusement constantes qui caractérisent l'œil et l'oreille. C'est ce qui nous explique la multiplicité des agents qui sont aptes à agir sur ces sens et sur ces fonctions, et la fréquence que l'on observe dans la substitution réciproque de leurs spécificités. Ainsi, ce ne sont pas seulement les aliments les plus divers qui ont le pouvoir de réveiller les sensations du goût; mais un courant d'air frais qui glisse sur les papilles de la langue ou le contact d'un doigt introduit dans la gorge pourront causer le même effet; c'est ainsi encore que le même agent thérapeutique, le même remède employé sur des individus divers, ou sur un même sujet à différentes époques et dans des conditions différentes, se comportera parfois d'une façon inattendue et entièrement contraire à ses précédents. Dans ce cas, le
Ql ATIIÈMB <:<>\} i l;l.\
remède c'est pas arrive à son adresse, il a été altein une fonction a laquelle il n'était pas destiné, dé-
viation d'affinité élective a eu pour cause une anorn congénitale ou accidentelle de certains organes différentiateurs.
Après avoir constate que les facultés vitales sont la source des phénomènes physiologiques, et que c dans ce moule qu'ils reçoivent tous les linéaments de leur type constitutif, nous tenterons de nous élever à des considérations d'un ordre supérieur : nous essayerons de soulever un coin du voile qui nous cache la nature intime du mystérieux principe de la vitalité.
Avant d'aborder ce sujet, je désire présenter ici quelques observations sur la théorie des spécifiques, moins pour me conformer aux exigences de mou programme que pour répondre aux objections que l'insuffisance de mon exposé pourrait provoquer.
Il y a- deux catégories à distinguer dans les spécifiques; les uns sout uitauv . c'est-à-dire que leur action modificatrice porte sur l'énergie des activités vitales de l'écouomie. Ce sont les seuls que nous ayons en vue dans cette dissertation. Les autres exercent leurs affinités électives sur des principes d'origine étrangère ou morbide dont la présence dans le corps humain est une cause de maladie, et que la thérapeutique cherche à éliminer. L'hydrargyre, dont l'affinité neutralisante s'exerce sur le virus de la lues venerea [il se trouvait des dames
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parmi l'auditoire de M. Philips], et le chlorate de potasse qui, à son tour, a la propriété de neutraliser l'action de cet antidote , sont deux spécifiques de la seconde catégorie. Ce que nous avons dit jusqu'ici des spécifiques en générai ne doit s'entendre que des premiers.
L'action modificatrice des spécifiques vitaux sur le système nutritif se réduisant, selon nous, à l'excitation des facultés vitales qui leur correspondent, comment peut-on concilier avec la théorie ce fait que des substances différentes agissent sur la même fonction de deux façons tout opposées, l'une augmentant son énergie, l'autre l'affaiblissant? Comment, par exemple, le camphre et la cantharide, tous deux spécifiques de la faculté sexuelle, puisqu'ils agissent tous deux spécifiquement sur elle, déterminent-ils néanmoins les effets diamétralement contraires d'un aphrodisiaque et d'un anaphrodisiaque? Une observation attentive du mode d'opération des spécifiques négatifs et de la marche de leurs effets, établit qu'ils sont suceptibles d'exercer tour à tour une action stimulante et déprimante, suivant la dose, et que la deuxième action peut être considérée comme une conséquence et une réaction de la première.
Le camphre et l'opium ne sont-ils pas des stimulants en même temps que des sédatifs? Du reste, cette question est complexe, et, pour la discuter à fond, il faudrait nous engager dans des considérations analytiques dont le développement nous entraînerait trop loin. Revenons à notre sujet principal.
Il csl un principe do mécanique universelle que nul
ne peul contester, cVsi que les causes sont entre elle* comme leurs effets. Celle formule appliquée à la physiologie doit s'exprimer dans les termes suivants : les fonctions son/ entre elles comme leurs organes. Etant donnés
deux organes cl la fonction d'un de ces organes, nous devons pouvoir, par une équation, déterminer sûrement la fonction inconnue. Nous appliquerons celte règle à la détermination proposée de la nature intime des forces vitales.
On pourra m'objeclcr que, dans ses applications aux problèmes de la physique organique, celle méthode de chercher et d'établir la vérité s'appuie moins sur des preuves absolues que sur de simples probabilités. J'en conviens; mais la logique veut que nous admettions, non pas seulement ce qui est rigoureusement prouvé, mais encore ce qui est extrêmement probable, c'est-àdire ce qui a de son côté foules les probabilités et n'a contre soi aucune preuve. Les décisions les plus arrêtées et les plus fermes de noire jugement ne sont-elles pas basées pour la plupart sur des motifs beaucoup moins puissants? Lorsque vous rencontrez dans la rue quelque chose qui a l'apparence d'un homme, qui en a la forme, les vêtements, le visage et la voix, allez-vous, par un scrupule philosophique , commencer par mettre en doute que ce soit réellement un homme, parce que, après tout, il ne serait pas impossible que vous eussiez affaire à l'automate de Vaucanson? Vous conclue/, sans hésiter que c'est un homme, et tenez la chose pour certaine , à cause de son immense probabilité. Xe serait-il
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pas follement absurde , après avoir constaté dans notre semblable l'identité des organes possédés par nousmême, de supposer que les mêmes organes n'ont point chez lui le même rôle que chez nous ; de supposer, par exemple, que sa bouche n'est point faite pour manger et parler, mais pour voir et entendre; que ses bras; ses mains sont faits pour marcher, et ses pieds pour manier des outils? Ne nous semblerait-elle pas révoltante l'opinion de l'homme qui, tout en admettant chez un autre homme la présence de l'organe des manifestations objectives de la pensée, lui dénierait cependant la jouissance du principe subjectif de l'âme, le sentiment, et la conscience, dont il constate en lui-même l'existence? ,
La philosophie, selon moi, s'est rendue coupable de pareils écarts de logique dans ses appréciations de la nature comparative des puissances diverses qui concourent à réaliser le phénomène de la vie. Je vais avoir à me prononcer contre ces erreurs que les savants partagent avec le monde, et qui ont acquis le prestige de toute opinion ancienne régnant depuis longtemps sans contradicteur. Mais d'avance j'en appelle de Philippe endormi à Philippe éveillé, j'en appelle des préjugés qui obscurcissent l'intelligence, à la raison impartiale, dont l'inaltérable lumière est seule capable de nous montrer la vérité.
Nous avons déjà été amenés à reconnaître que chaque faculté vitale, soit qu'elle appartienne à la vie animale, à la vie mixte ou à la vie nutritive, possède un organe nerveux uniformément composé d'un centre de matière vésiculaire où cette faculté a son siège, et de tubes conduc-
leurs afférents H efférents, qui sont les ministres de ses relations passives et de ses relations actives avec le dehors. L'anatomie établit donc qu'il y a identité de structure essentielle entre tous les organes nerveux, soit qu'ils fassent partie du système cérébro-spinal, soit qu'ils appartiennent au système spinal ou au système ganglionnaire. L'anatomie comparée vient confirmer le sens de ces indications, en nous démontrant que le ganglion, centre nerveux de la vie végétative chez toutes les espèces, centre nerveux de la vie animale et mixte chez les espèces inférieures, doit être considéré à tous égards comme un cerveau rudimentaire , et que nous devons regarder le cerveau comme n'étant lui-même, à son tour, qu'un ganglion développé.
Ainsi les organes nerveux de toutes les facultés vitales sonl essentiellement semhlahles entre eux. Mais les fonctions qu'ils exercent ne le sont pas moins : elles se réduisent toutes, dans leur manifestation objective, c'està-dire extérieurement au sujet lui-même, à ces deux propriétés fondamentales : l'excitabilité et la motricité, ou la propriété de ressentir une impression et la propriété de réagir activement au dehors.
L'anatomie comparée, avons -nous dit, ramène la forme primitive du cerveau et des centres de la moelle épinière au type commun du ganglion. La physiologie expérimentale et comparative, de son côté, établit que le mode primitif d'activité de tous les centres nerveux se résume dans le mode élémentaire propre à l'activité du ganglion. Exemples :
Le système cérébro-spinal des animaux d'ordre infé-
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rieur n'est pas cette tige continue sortant d'une souche renflée, qui caractérise et constitue l'encéphale et la moelle épinière des organismes plus développés ; c'est un chapelet de ganglions qui projette latéralement des filets nerveux. Le ganglion qui se trouve au bout antérieur de cette chaîne occupe l'intérieur de la tête et fait fonction de cerveau. Il est le siège du sensorium, des passions et de la volonté de l'animal. Mais ce ganglion - cerveau est si peu différent, par son organisation et par la nature de la force qui l'anime, des ganglions qui viennent après lui, ou mieux, les ganglions qui le suivent jusqu'à l'extrémité postérieure s'éloignent si peu, par leurs propriétés vitales , de la nature de ce que j'appellerai volontiers leur chef de file, que chacun d'eux est à même de le remplacer au besoin. Retranchez le ganglion capital d'un ver de terre en lui coupant la tête , le ganglion suivant, qui se trouve ainsi le premier à l'avant, prend le commandement de l'organisme mutilé ; il se fait, à son tour, cerveau ; une tête se forme autour de lui, et il manifeste tout à coup les propriétés essentielles de l'àme, la sensation, la passion, le discernement , la volonté. Il craint la douleur, évite les embûches de ses ennemis, recherche le plaisir sexuel, et se dirige vers les objets de ses désirs par une série de mouvements coordonnés qui attestent d'une manière évidente une décision du jugement, un acte de l'intelligence.
Un escarbot étant coupé transversalement parle corselet, voilà que les deux moitiés de l'insecte , telles que deux insectes complets , et quoique entièrement détachées l'une de l'autre, se meuvent séparément ; ces mou-
vements , rationnellement coordonnée etdirij un
but marqué, accusent l'action bien incontestable de deu r sensibilités > de deux intelligences et de deux volot s'exerçant actuellement dans une indépendance réciproque absolue. Ainsi l'abdomen fuit précipitamment sur ses quatre pattes, comme obéissant au sentiment de la frayeur et au désir de se soustraire à la poursuite de l'ennemi, tandis que la tète semblant puiser le courage dans le désespoir, et soutenue sur ses deux ambulacres, se redresse fièrement contre l'agresseur et lui oppose une pince menaçante dont l'étreinte n'a pas encore cessé d'être redoutable.
Quelles conclusions le bon sens veut-il que nous tirions de ces faits? La première à laquelle ils nous poussent d'une manière irrésistible, c'est que toutes les facultés vitales, sans distinction, et quel que soit celui des trois ordres auquel elles appartiennent , sont essentiellement d'une seule et même nature. Mais celle nature, qu'est-elle en soi, quelle en est l'essence intime? Il m'est permis de pénétrer ce mystère en étudiant les facultés qui constituent mon âme, car ce principe, qui a le pouvoir de se réfléchir sur lui-même, de s'observer, de s'analyser, c'est moi-même, c'est mon moi.
Mais déjà nous avons été forcés d'admettre que cette nature est la même pour toutes les facultés vitales. Résignons-nous donc à faire ici, sur l'autel de la logique, le sacrifice suprême de nos préjugés, en adoptant la seule conclusion qui se trouve d'accord avec l'observation et le raisonnement ; cette conclusion, la voici :
Tous les centres nerveux du système ganglionnaire et
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du système vertébral sont , de même que le centre encéphalique, des foyers de sensibilité et de pensée : toutes les facultés vitales sont âmes.
Pour remplir jusqu'au bout notre programme, il nous reste à chercher la formule de la corrélation naturelle et vraie qui unit les termes antinomiques des deux grandes antithèses l'Ame et le Corps, l'Esprit et la Matière. Mais pour cela nous devons quitter le terrain de la biologie, et porter notre analyse dans les régions supérieures de l'ontologie générale.
L'impulsion originelle de tous les mouvements que l'on observe dans la nature en dehors de la motricité des animaux, revêt une forme unique et constante que l'on appelle attraction.
C'est l'attraction terrestre qui fait tourner la meule du moulin, et qui, d'autre part, fait monter l'aérostat; c'est l'attraction moléculaire s'exerçant sur des particules d'eau, qui pousse les wagons sur le chemin de fer ; c'est elle qui promène les astres dans l'espace et qui du gland fait sortir le chêne.
Mais qui dit attraction dit simplement Y action d'une force attirante sur un objet attiré. Or, il serait mathématiquement absurde de supposer qu'un corps puisse agir, à distance, sur un autre corps, sans l'intervention d'un troisième corps intermédiaire pour transmettre au second l'action du premier. L'attraction est donc une action transmise par l'office d'un véhicule. Mais quel
est ce véhicule ? L'alternative suivante est forcée : ou bien c'est une substance qui s'extrait de l'objet atlracteur lui-même pour être lancée à travers l'espace sur l'objet attiré, ou bien c'est une substance répandue continûment entre les corps qu'elle unit, et qui, inerte par elle-même, transmet, au moyen d'une série de vibrations, l'action attractive immédiatement reçue, du corps qui l'envoie à celui auquel elle s'adresse. Dans une bypothèse comme dans l'autre, l'agent vecteur est un principe spécial dont la science est de plus en plus amenée à reconnaître l'unité, l'homogénéité fondamentale, dans les véhicules altraclionncls particuliers actuellement connus sous les noms de magnétisme, électricité, galvanisme, élher, etc.
Mais la science n'a pas encore affecté d'appellation générique à ces modifications diverses d'un même principe. Nous nous permettrons de leur donner celle iVé/ectricité , à l'imitation de la zoologie, qui désigne souvent le genre par le nom d'une de ses espèces.
L'électricité, prise dans ce sens général, représentera donc pour nous l'organe commun de l'attraction. Mais cet organe n'est que l'instrument de \a.Jbrce attractionnelle. Or nous venons de voir que celte force est le moteur premier de tous les mouvements de la matière inerte. La force motrice originelle, dans l'ordre physique inorganique, peut donc être désignée par l'appellation caractéristique de force électromotrice. Maintenant, si nous demandons à l'analogie de nous faire connaître la nature en soi de cette force, elle nous dira qu'elle est essentiellement identique à la nature des
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forces vitales, car celles-ci sont bien réellement aussi des forces électromotrices, l'agent nerveux étant le corrélatif du galvanisme au même titre que la plupart des autres impondérables, et rentrant, par conséquent, dans la catégorie électricité.
Ainsi tous les moteurs premiers, dans la nature dite inerte, sont des électromoteurs, et les moteurs premiers des fonctions vitales sont pareillement des électromoteurs. Dès lors, la même induction qui nous a conduits à identifier la nature des forces végétatives et mixtes avec la nature des forces animiques, nous amène à identifier encore avec celle-ci la nature de tous les moteurs premiers quels qu'ils soient. J'ose donc déclarer que tout mouvement dans la nature est dû à l'exercice d'un principe mental : mens agitai molem; j'ose déclarer que tous les principes premiers du mouvement sont des principes animiques, sont des âmes.
La matière est essentiellement et nécessairement constituée par une réunion de parties : si elle n'avait point de parties" elle ne serait point matière. Mais la réunion de ces parties suppose une force motrice qui les rapproche et les retient ensemble. Cette force motrice est donc antérieure à l'agrégation qu'elle détermine et soutient; mais en même temps elle est nécessairement présente dans la plus petite parcelle imaginable de matière. Dès lors, en supposant la matière divisée à l'infini, nous concevons qu'elle se résout et se détruit par la séparation complète de ses éléments primordiaux. Mais que reste-t-il après cet anéantissement de la ma-
tière?ou,si l'on Peut, qu'existe-t-il avant l'existence de la matière? Je réponds : Ce qui lui est constamment antérieur, c'est-à-dire les forces d'agrégation et de cohésion, qui la précèdent et la produisent.
Les éléments constituants de la matière son! donc ces forces elles-mêmes, c'est-à-dire les moteurs premiers, c'est-à-dire des principes de nature identique a celle de l'âme, soit des monades animiques; et la matière n'est plus dès lors que la résultante de ces forces agissant réciproquement les unes sur les autres.
Concluons donc qu'il n'est qu'une essence, qu'un principe primordial, dans la composition de l'Univers. Celte essence, c'est celle de l'âme, c'est-à-dire une essence constituée par la triple faculté de sentir, de juger et de vouloir.
Qu'on ne se hàtc pas trop de se récrier, car je demanderais à mes contradicteurs : qu'est-ce que la matière? Et force leur serait de convenir que la matière ne peut être autre chose que l'ensemble de ses propriétés. Or la physiologie des sensations nous a appris que les propriétés que nous attribuons aux objets n'appartiennent en réalité qu'à noire sensorium, qu'à notre àme seule.
Si, dès lors, il nous est interdit déjuger de la nature intime de la matière d'après les seules propriétés que nous lui connaissions, à quoi pourrons-nous l'assimiler dans notre esprit, si ce n'est à la seule chose dont nous avons une connaissance réelle, c'est-à-dire à notre pensée, à notre moi pensant, à notre âme ?
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L'agrégation des monades animiques produit la matière, et de leurs différents modes d'agrégation résulte la diversité des corps.
On dit des corps organisés qu'ils sont doués A'unc âme , dans ce sens que, parmi les âmes (monades) dont ils sont formés , il en est une qui est à la tête de toutes les autres, et à la présence de laquelle est attachée la durée de l'existence du corps tout entier. Tant que l'âme centrale occupe sa place dans le corps, le tourbillon de monades qui le constitue continue à rouler harmonieusement sur son foyer d'attraction : Le corps vit. Quand l'astre central abandonne son aire, les astres secondaires s'arrêtent sur leurs cercles, des centres de gravitation divers les attirent ailleurs dans de nouveaux orbites, et ils sont dispersés : privé de son âme, le corps MEURT.
Frappés de ce fait universel que l'étendue des facultés manifestées par un corps vivant est en raison de la complexité et de la multiplicité de son organisation, certains philosophes ont cru devoir en conclure que les facultés sont le produit de l'organisation elle-même.
Non , l'âme , toute âme , possède intrinsèquement toutes les facultés à un degré infini; il est impossible de la concevoir autrement; mais l'expansion de son activité est limitée par la sphère d'activité des monades ambiantes. Cette distribution spéciale des monades d'un corps vivant, qui constitue ce que l'on nomme V organisation, a pour but de favoriser l'exercice des facultés de l'âme centrale. On conçoit dès lors que, plus l'organisation d'un corps sera développée, plus les pouvoirs
01 vnui';\FK C()\i'i.i!i;\ci:.
de son àmc seronl libres d'entraves , plus ils m montreront étendus, plus ils nous apparaîtront grands, Bans que l 'âme cesse pour cela d'être virtuellement identique
à elle-même cl semblable à toutes les anlres.
Résumons les considérations qui précèdent dans les conclusions suivantes :
1° La matière est un composé de monades, ou atomes indivisibles;
2° La différence des corps résulte d'une différence dans le mode d'association des monades qui les composent ;
3° La monade est une àme;
4° Toutes les àmes sont virtuellement égales entre elles, et infinies dans la puissance de leurs facultés ;
5° Les pouvoirs virtuellement infinis de l'âme sont limités par la matière ;
G0 La différence manifestée entre les àmes est contingente et non essentielle ; elle est due à la différence des actions exercées par la matière sur des àmes distinctes ;
7° La quantité de puissance exercée par une àme est en raison du développement organique de son corps.
Non imdta sed multum.
Manuel opératoire. — Marche à suivre dans le développement des phénomènes idéoplastiques. — Dangers du braidisme. — Applications médicales. — Corrélation symptomatologiquc et étiologique entre les modifications braidiques et les modifications pathologiques. — Actions thérapeutiques respectives de l'hypotaxie et de l'idéoplastie. — Applications chirurgicales. — Aneslhé.sie opératoire et action sédative sur 1rs opérés. — Applications à la pathologie. — Applications à la médecine légale. — Applications à l'orthopédie morale et à l'éducation. — Applications à la physiologie et à la psychologie expérimentales.
Le braidisme est digne de nous étonner par l'immensité de ses applications ; mais cet art n'est pas moins admirable par la simplicité extrême de ses moyens, car c'est à l'aide d'un agent unique qu'il lui est donné de tout accomplir. Aujourd'hui mon programme m'oblige à vous initier au maniement facile de ce merveilleux instrument, dont nous nous sommes contentés jusqu'ici d'examiner la construction et les usages. Toutefois, sachezle bien, Messieurs, cet instrument précieux est une arme à deux tranchants, une arme faite pour combattre les infirmités physiques et morales, mais pouvant en même
CINQUIÈME CONFÉRENCE temps, '-H des mains malhabiles ou malavisées, poi elle-même ions les coups dont elle esl destinée garantir. Les indications générales auxquelles je m*vois forcé de réduire celte instruction pratique, suffiront pour mettre l'expérimentateur circonspect à l'abri de tout accident. Quant aux abus coupables, ils constituent un danger très-grave, mais auquel la société s» ule pcul pourvoir. Notre devoir se borne à 1«' signaler.
La braidisation esl une opération par laquelle on cherche à déterminer sur l'homme différentes modifications physiologiques destinées, soit à remplir certaines indications d'un traitement médical ou chirurgical, soit à faciliter des éludes expérimentales de biologie.
Ces modifications s'obtiennent par une action de l'o] rateur sur l'imagination de son sujet, c'est-à-dire par une impression mentale. Le modificateur moral employé à cet effet est principalement V affirmation; elle s'adresse à un sentiment spécial que nous avons nommé crédwité. L'esprit d'imitation est une autre tendance de l'âme sur laquelle on peut agir efficacement en vue du même résultat. Pour que l'affirmation produise l'effet .désiré, il n'est peut-être pas superflu de le faire observer, elle doit être essentiellement affirmative, c'est-à-dire empreinte de tout ce que le Ion de la voix, l'expression du regard et des traits du visage, le maintien, l'attitude et la démarche de l'opérateur peuvent ajouter de force à la signification grammaticale de cet acte de la parole.
L'action idéoplastique ne peut s'exercer avec une énergie suffisante sur le plus grand nombre des individus,
88 COURS DE BRAIDISME.
• qu'autant qu'ils ont été, par une préparation préalable, disposés à la subir. Cette préparation , que nous avons désignée par le nom àlujpotaxie, a pour effet d'altérer l'état nerveux cérébral du sujet, en limitant étroitement le champ de ses pensées. Pour atteindre ce résultat, on soumet les sens à certaines impressions tendant à induire l'esprit dans une sorte de contemplation passive où son rôle se réduit à la conscience pure de la sensation. Pour remplir cet objet, les impressions hypotaxiques doivent être simples, homogènes et exclusives. On comprend dès lors la nécessité d'isoler le sujet avec un soin extrême de toute excitation capable de détourner l'attention de son légitime objet.
Tels sont les principes généraux de l'hypotaxie et de l'idéoplastie. L'opérateur devra les avoir constamment en vue, et la manière dont ils seront observés décidera toujours du résultat final de l'expérience.
Expérimentez dans une pièce solitaire où l'on ne soit troublé par aucun bruit. Bannissez- en les pendules, s'il y en a, et que la consigne soit inexorable pour les importuns. Le local possédera une température agréablement chaude et sera modérément éclairé. La lumière artificielle est préférable ici peut-être à celle du soleil.
Soyez calme, et comme votre principale force consiste dans la confiance qu'a en votre pouvoir celui qui s'apprête à l'éprouver, commencez vous-même par vous pénétrer de cette salutaire confiance afin de l'inspirer aux autres. Si elle vous manque, simulez-la; ne laissez percer aucun doute, ne trahissez aucune hésitation, ou
bien résignez-vous ;i la ruine de voire prestige, el ne soyez point surpris de votre impuissance.
Que le sujet se soumette aux expériences avec nn esprit libre de toutes préoccupations étrangères, el ai une volonté bien arrêtée de se prêter à toutes les exigences de l'opération avec une entière franchise. Pour éviter que son amour-propre se mette malencontreusement de la partie, vous devez lui faire entendre qu'il n'y a aucune gloire à triompher de l'influence braidique, puisqu'elle ne peut pénétrer chez nous et prendre possession de nos facultés qu'autant que nous avons bien voulu lui ouvrir la porte. Il est également important que l'estomac du sujet soit vide.
Vous avez, je suppose, à expérimenter sur une réunion de personnes. Faites-les asseoir sur des sièges placés latéralement en ligne et les dossiers tournés du côté du jour, afin que la lumière directe ne rencontre point les yeux des sujets. Donnez ensuite à chaque personne un objet a tenir dans la main pour faire office de point de mire. Les électro-biologistes emploient à cette fin un disque de zinc de deux centimètres de diamètre, et dont le centre est formé par un clou de cuivre enchâssé dans l'autre métal. Tout corps brillant et d'une petite dimension peut remplir le but désiré.
Ces premières dispositions prises, vous invitez vos sujets à s'établir sur leurs sièges dans une position facile à garder, et à tourner les yeux vers le point de mire placé dans une main, en tenant celle-ci à 45 centimètres de ces organes et à la hauteur de la ceinture. Vous leur faites entendre qu'ils doivent concentrer sur
90 COURS DE BRAIDISME.
ce point, d'une manière exclusive, leurs regards et leur attention ; qu'ils doivent borner autant que possible l'exercice de leur pensée à un acte de perception et de conscience relatif à l'impression visuelle ressentie, et s'abstenir de passer de celte contemplation purement sensoriale à une contemplation réfléchie et analytique où l'imagination se donne carrière. Ils devront s'interdire, en outre, tout mouvement volontaire, sauf le clignement des paupières. Enfin, vous les priez d'attendre patiemment le terme de cette épreuve, qui durera de 15 à 20 minutes. Si durant ce temps le sommeil se fait sentir, ils devront s'y abandonner.
Le moment venu , approchez-vous doucement des sujets, retirez le disque de leurs mains , et invitez chacun d'eux en particulier à fermer les yeux, si toutefois ils ne sont déjà clos. Cela fait, passez vos sujets en revue, et appliquez-leur successivement la manœuvre suivanle. Debout et en face de la personne, prenez sa main droite dans la main gauche , de façon que votre pouce en remplisse tout le creux et appuie fortement sa pulpe dans le sillon qui sépare les deux éminences thénar et hypothénar, et au point précis où le nerf médian émerge du ligament annulaire. En même temps pratiquez une légère friction de la main droite sur les paupières closes du sujet, en allant de haut en bas et en pressant doucement la paupière supérieure sur l'inférieure ; au bout de 30 à 40 secondes de ce manège, posez votre main droite sur sa tête, le pouce fortement appliqué sur le front, tandis que de votre main gauche vous continuez à serrer la sienne.
Os manipulations on( pour but, soif d'enrayer l'innervation périphérique par la compression de certain! trajets nerveux, ci d'accroître ainsi l'bypernévrie céré« brale; soil d'impressionner l'imagination dn sujel par la voie de lu sensibilité tactile, en loi Taisant, pour ainsi dire, sentir qu'il est entre vos mains; soit enfin de provoquer de vous à lui ce conflit direct des deux innervations, que les mosméristes supposent pouvoir s'établir à l'aide de pareils contacts.
Au moment de suspendre ces manœuvres, dont l'action est indubitable, quelle qu'en soit d'ailleurs la vraie théorie, annoncez à votre sujet qu'il va bientôt se trouver'dans l'impossibilité d'ouvrir les yeux. Frictionnez-lui doucement les paupières encore une fois, puis replacez votre main sur sa tête, le pouce près de la racine du nez, et, cela fait, prononcez les paroles suivantes d'un ton assuré et avec une nette accentuation : Vous m pouvez plus ouvrir les yeux !
Si, en dépit de votre affirmation, les yeux s'ouvrent, renouvelez jusqu'à deux fois la même tentative; si vous échouez, abandonnez ce sujet pour passer à un autre. Les personnes influencées feront des efforts plus ou moins énergiques pour ouvrir les yeux, sans pouvoir >, réussir. Ces efforts se traduisent par les contractions du muscle occipifo-fronlal et la tension de la paupière1 supérieure, dont Je muscle élévateur reste paralysé.
Après avoir constaté l'étal de vos sujets à l'aide de cette exploration, vous faites sortir des rangs ceux qui n'ont pas offert les signes de l'état hypolaxique ; vous passez ensuite, et sans perdre de temps, aux appli-
92 COURS DE BRAIDISME.
cations idée-plastiques telles que nous allons les décrire
tout à l'heure.
Le procédé hypotaxique des électro-biologistes n'est pas moins efficace que celui de M. Braid, et il mérite en général la préférence, parce qu'il épargne au sujet la fatigue résultant de la convergence supérieure interne des yeux, qui a lieu s'il prend son point de mire sur son front. Cependant, comme il serait bon d'essayer de cette dernière manière dans les cas où la première aurait échoué, je crois utile de donner ici la description d'un appareil de mire imaginé par MM. Demarquay et Giraud-Teulon. Cet instrument consiste en une boule brillante en acier d'un centimètre et demi de diamètre, montée sur une tige qui glisse elle-même, à frottement doux, dans une monture à charnière fixée sur un frontal ou diadème qu'une courroie assujettit autour de la tête.
Un grand nombre de personnes hypotaxiées à l'aide du disque accusent une sensation particulière de nature à faire supposer que cet objet ne sert pas seulement de but à la vue, mais qu'en même temps il exerce une action directe et locale sur l'innervation. Cette sensation est un fourmillement qui se déclare d'abord dans la paume de la main, au point occupé par le métal, se propage ensuite le long des grands trajets nerveux du bras, et arrive enfin à la iêle, où le sujet ressent alors une impression étrange, comme par une invasion de vapeurs , et se trouve pénétré du sentiment qu'un grand trouble vient de s'opérer en lui. II est toujours influencé en pareil cas. J'ai pensé jusqu'ici que les propriétés névragogiques des métaux, signalées il y
a dix ans par un praticien <!<• <•< tir ville, M. I< docteur l. Burq, et constatées depuis par \I\I. Rostan, Trousseau, Lévy, Bouchut, et plusieurs autres médecios des hôpitaux de Paris, pouvaient expliquer ce curieux effet, <'t peut-être fournir un perfectionnement désirable aux moyens actuels de l'hypotaxie. M. Burq a consigné dan plusieurs écrits les résultats de ses importantes recherches. Ceux de nos lecteurs qui ne voudront pas rester étrangers à une découverte aussi intéressante pour la physiologie, la médecine et la physique elle-même, devront consulter une brochure ayant pour litre : Traitement des maladies nerveuses par les applications métalliques, par V. Burq, docteur-médecin de la faculté de Paris, 1853, chez Germer -Baillière, et chez l'auteur, cité Trévise , 5.
Occupons-nous maintenant de l'instrumentation idéoplastique.
Prenez en premier lieu celui des sujets qui vous a paru le plus fortement hypotaxié, car il est important que l'expérience réussisse dès le début, pour que la vue des effets produits frappe et dispose l'imagination des autres. Saisissant le sujet par la main, et appliquant votre main droite sur son crâne suivant les règles du manuel d'exploration hypolaxique, vous l'invitez à vous regarder, et vous fixez vos yeux sur les siens pendant une trentaine de secondes. Votre regard doit être pénétrant, assuré, et d'une fixité parfaite; il doit exprimer une détermination calme mais péremptoire.
Commencez par paralyser les paupières comme vous
9t COURS DE BRAIDISME.
l'avez fait déjà; lorsque le sujet s'est essayé inutilement pendant quelques instants à vaincre l'obstacle que vous venez de créer, vous détruisez cet effet de l'affirmation par une affirmation contraire. Dites -lui simplement : Vous pouvez ouvrir les yeux, et il les ouvrira.
Pour fortifier l'autorité de vos paroles, il convient de les accompagner d'une action matérielle à laquelle la raison du sujet puisse rattacher avec moins de répugnance qu'à de simples formules, l'influence mystérieuse qui s'exerce sur lui. Prenez, par exemple, une tige de métal, à laquelle les idées confuses d'une personne du monde sur la physique prêteront volontiers les propriétés d'une électricité fantastique, Alors, au lieu d'affirmer purement et simplement au sujet la production de l'effet que vous voulez obtenir, affirmez que cet effet aura lieu dès que vous aurez touché de votre baguette tel ou tel point de son corps. Vous pouvez employer deux signes distincts respectivement applicables aux effets positifs et aux effets négatifs ; user par exemple d'une baguette de fer pour les premiers, et d'une baguette de cuivre pour les seconds.
Après avoir paralysé les paupières, faites l'expérience inverse, contracterez les muscles élévateurs. Vous invitez le sujet à vous regarder avec de grands yeux , et pour l'y engager donnez-lui l'exemple en ouvrant largement les vôtres. Passez légèrement le doigt sur le bord supraorbital de ses yeux, posez votre main sur sa tête comme il a été dit précédemment, et regardez-le fixement dans le blanc de Vœil l'espace de dix secondes, après quoi dites-lui : Vous ne pouvez plus fermer les veux, etc.
On peut faire m troisième 1 i < ■ u l'expérience que voici : vous dites au sujet de joindre les mains el de les serrer fortement l'une contre l'autre. Cela fait, vous malaxez rapidement ses muscles des avant-bras, vous pressez dans votre main droite ses deux mains réunies; vous placez ensuite la même main sur sa tête, vous plongez un regard profond dans ses yeux, et vous lui déclarez qu'il est dans Timpossihilité de séparer ses mains, etc.
Il serait plus que superflu de décrire séparément chacune des expériences qui peuvent se pratiquer. Votre sagacité dégagera sans peine ce qu'ont de général les règles particulières que je viens de tracer, et vous les appliquerez aux différents cas spéciaux avec des modifications appropriées qui s'offriront d'elles-mêmes à votre esprit.
Toutes les fonctions de l'économie ne sont pas également susceptibles de recevoir l'influence idéoplaslique. Cette influence se propage parmi elles suivant certaines lois constantes qu'il est indispensable de connaître pour expérimenter avec intelligence et atfec fruit.
La première de ces lois fixe le rang de chaque fonction dans un ordre progressif de susceptibilité; la seconde veut que l'influence s'élève dans cette échelle (ï une manière continue, de telle sorte qu'une fonction quelconque étant influencée, toutes les fonctions formant les termes précédents de la progression se trouvent influencés à priori et à fortiori ; une troisième loi, c'est que l'influence, en atteignant une fonction, accroît par cela même la susceptibilité de la fonction qui suit immédiatement dans la série.
56 COURS DE BRAIDISAÏE.
La conclusion pratique à tirer de ces principes naturels, c'est que l'expérimentation doit suivre fidèlement dans sa marche la progression des fonctions par ordre de susceptibilité.
il me reste maintenant à vous faire connaître cette marche obligée ; mais auparavant il est peut -être à propos que je cite un exemple de nature à faire' clairement saisir le sens de l'analyse qur vientM'être faite. Je suppose donc que vous avez à braidiser une personne qui ne Ta pas encore été ; si vous débutez en lui affirmant d'emblée qu'elle a oublié son nom, que, les yeux ouverts et en plein jour, elle ne voit goutte, ou bien qu'elle se livre à 1 exploration des glaces du pôle arctique, tandis qu'en réalité elle est mollement assise dans un boudoir confortable de Paris, vingt-neuf fois sur trente votre affirmation ne provoquera qu'un dédaigneux démenti ; mais, au contraire, cet essai pourra pleinement réussir sur la même personne si vous avez pris soin d'établir d'abord votre empire sur son système musculaire, et, successivement, suf ses sens et sur sa mémoire.
L'ensemble des phénomènes idéoplastiques, considérés dans l'ordre de leur production, s'échelonne en trois périodes dont chacune est caractérisée par un état physiologique général très-distinct.
La première période a pour caractères généraux la veille et Yaïïonomie le contraire àî autonomie i , c'est-àdire que le sujet y est pleinement éveillé et se rend compte de ce qui se passe autour de lui, mais en même temps est assujetti à la volonté de l'opérateur en ce qui concerne la motricité et une partie des fonctions senso-
CINQUIÈME CONI l.P.l.v t7
riales et mentales. Les modification? spéciales comi dans celle période se succèdent ain^i : pai i on-
Iractore el mouvements incoercibles des m !on-
taires de la tête, du larvnx, des membres supérieu inférieur-, et du tronc: — diminution et augmentation de la sensibilité générale superficielle: illusions du goût, de l'odorat, de la myesthésie sensibilité muscula. de la thermesthésie sens de la température'; — ol •- sions monomaniaques; — extension et lésions de la mémoire ; — modification des affections.
Nous ferons remarquer en passant que Tordre dans lequel les divers sens sont assujettis à l'hallucination idéoplastique est inverse de l'ordre suivi, au dire des aliénistes, par 1 hallucination morbide.
Certains symptômes pathologiques ont un rapport frappant avec cet état physiologique factice; ce sont l<s symptômes de la folie musculaire, ceux de ! desthésique , ceux de l'hystérie et ceux de la monomanie, particulièrement dans la variété de ces maladies qui tient à une contagion morale.
Deuxième période. Signes physiologiques généraux: sommeil somnambalique et allonomie. Modifications spéciales successives ; état cataleptique général cm partiel avec accélération du pouls; — illusions et hallucinations de l'ouïe, de la vue, et généralement de tous les modes de la sensibilité, ainsi que du sentiment de Y identité propre; — anesthésie profonde: — modifications végétatives fonctionnelles et organiques.
Cette période est surtout celle des applications médicales et chirurgicales. La physiologie pathologique ou
98 COURS DE BRAIDISME.
tératologique lui fournit des analogues dans la catalepsie, le sommeil avec rêves, le somnambulisme de premier degré, le délire, l'ivresse, les illusions et les hallucinations de tout genre; la lycanthropie et autres métamorphoses imaginaires; la stigmatisation des extatiques, etc.
Troisième période. Signes physiologiques généraux : somnambulisme hyper-physiologique et autonomie. Le sujet a recouvré l'intégrité de sa liberté et de sa raison, mais ses sens et son intelligence, qui acquièrent la perception et la connaissance des choses extérieures avec une facilité, une étendue et une précision extrêmes, s'exercent sans le concours apparent d'aucun organe et d'aucun milieu de transmission. Les analogies d'ordre pathologique et d'ordre tératologique sont ici le somnambulisme lucide, l'extase religieuse, le délire prophétique, etc. La troisième période idéoplastique ouvre tout un monde nouveau à la physiologie et à la psychologie.
Les deux premières périodes ont, comme nous venons de le voir, un caractère commun, la perte de l'autonomie ou allonomie. La deuxième et la troisième sont caractérisées à la fois par une sommation active durant laquelle les divers actes de la vie animale s'accomplissent, mais sans laisser aucune trace dans la mémoire du sujet dès qu'il est rentré dans l'état normal. La première et la troisième période se ressemblent en ce que dans l'une et dans l'autre la raison conserve ou récupère toute sa force et toute sa clarté naturelles.
Les modifications de la vue déterminent invariablement (du moins d'après notre expérience) le passage subit de la première période à la deuxième.
On amène la transition de la deuxième période a la troisième en affirmant au sujet qu'il est actuellement capable de percevoir l'impression et d'obtenir la notion
exacte <lc certaines choses avec lesquelles il ne saurait avoir de communication par aucun «les moyens de la sensation et de la connaissance constatés jusqu'à présent parla physiologie. Affirmez-lui d'abord, par exemple, qu'il peut voir l'objet que vous tenez caché dans votre main, qu'il peut écrire et lire les yeux bandés. Procèdes du moins au plus, suivant la règle générale. Une fois dans celte condition hyperphysiologique , le sujet ne subit plus qu'à un faible degré vos impressions affirmatives, surtout si elles ont pour but de le faire retomber dans la phase de l'illusion. Vos paroles, qui eussent suffi naguère pour faire apparaître à sa vue les scènes les plus fantastiques, amènent maintenant sur ses lèvres un sourire de défi. Si vous lui annoncez, je suppose, qu'un lion terrible s'avance vers lui pour le dévorer, loin de manifester aucune crainte, il vous répond avec calme que c'est là une plaisanterie dont il n'est point dupe, mais qu'il aperçoit clairement ce cpii se passe en ce moment dans votre esprit , qu'il peut vous suivre rétrospectivement dans tous vos actes de la veille et des jours précédents, etc., etc. Ces faits, qui consternent notre science si orgueilleuse et pourtant si impuissante encore, je les ai observés dès le début de mes expériences électro-biologiques, et je les ai fait constater par plusieurs de mes élèves; mais j'ai pense que le temps n'était pas encore venu d'en parler publiquement. Aujourd'hui que je suis couvert par la responsa-
100 COURS DE BRAIDISME.
bilité de garants tels que MAI. Carpenter, Rostan, Azain, Gigot-Suard , etc., je puis sortir de la réserve que je m'étais imposée.
Pour rappeler à l'état normal le sujet parvenu à la troisième période, vous le prévenez de votre intention, vous obtenez son consentement, et vous le priez de se recueillir. Laissez s'écouler quelques secondes; puis, l'interpellant par son nom, dites avec force : Voilà qui est bien, c'est fini!
L'état hypotaxique ne se révèle le plus souvent par aucun signe extérieur spontané; on observe cependant chez beaucoup de sujets un mouvement oscillatoire de la pupille durant le temps de contemplation ; d'autres en moins grand nombre offrent une expression d'hébétude et sont dans la stupeur; enfin, sur un quinzième environ des individus qu'elle influence, l'hypotaxie provoque immédiatement et sans l'intervention de l'action idéoplastique, le sommeil, la catalepsie et une anesthésie plus ou moins intense et plus ou moins profonde.
L'affirmation suffit pour dissiper l'état hypotaxique si la première période n'a pas été franchie : Vous voilà bien! telle est la formule. Mais ce moyen est insuffisant s'il y a eu sommeil. Alors il faut y joindre le flairement du charbon de bois, des frictions descendantes de la tête aux pieds , et l'action d'un courant d'air frais.
Les crises nerveuses qui se produiraient devront être combattues à l'aide des mêmes procédés. Si une syncope venait à se déclarer, il faudrait ajouter à l'emploi des moyens que je viens d'énumérer, des insufflations sur la région du cœur, et de vives frictions avec la main
CINQ1 IBIIE <:o\ PÉRENCE. UN
nue sur tout le corps. L'application d'armatorei de laiton pourrait aussi être essayée. Des accidents aussi gnw i sont heureusement d'une extrême rareté, mais ils sont possibles, et l'expérimentateur doit Be sentir prémuni contre tout événement. Surtout, que le câline ne l'abandonne point, et il sera à l'abri du danger.
Il nous reste maintenant à étudier le braidisme dans ses applications utiles.
En présence des effets physiologiques produits par la braidisation , tout médecin intelligent sera frappé d'un trait de lumière. Apercevant dans toutes ces modifications faclices de l'économie une reproduction saisissante des symptômes qui remplissent plusieurs des cadres les plus importants de la nosologie, si le braidisme, se dirat-il, peut produire artificiellement la totalité des symptômes constitutifs de certaines maladies, pourquoi ces maladies ne seraient-elles pas ducs, dans certains cas, aune cause analogue à l'action braidiqueV Et, en <lc pareils cas, pourquoi le braidisme n'aurait-il pas le pouvoir de faire cesser ces modifications morbides de même qu'il fait cesser les modifications analogues qu'il a créées ?
Il n'est donc pas déraisonnable d'espérer que la decouverte de Braid apporte à la médecine un secours non moins précieux qu'inattendu contre la formidable légion des maladies nerveuses, dont les coups invisibles ont fait jusqu'à ce jour le désespoir de la pathologie et de la thérapeutique. L'analogie nous autorise en outre à penser qu'il n'est aucune catégorie d'infirmités absolu-
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ment exclue des bienfaits de ce nouvel agent curatif, et déjà sur ce point l'expérience est venue confirmer les brillantes promesses de la théorie.
La médecine braidique, pas plus que toute autre, ne saurait se diriger sans la lumière du diagnostic. Pour elle, toutefois, l'analyse étiologique est frès-simplifîée; elle se réduit à déterminer les deux points suivants : 1° si la maladie apparente a pour cause primitive une lésion psychique ou une lésion somatique; 2° si elle est idiopathique ou si elle est hétéropathique.
Par lésion psychique, j'entends une modification dans la manière d'être du principe névromoteur de tout centre nerveux, soit que cette modification constitue une altération morbide des fonctions de ce centre, soit qu'elle ne se manifeste que par une réaction morbifique sur divers points de l'économie. Je qualifie de psi/chique cette lésion, quel que soit le centre nerveux, animal ou végétatif, auquel elle se rapporte, parce que, d'après mon opinion, dont les motifs vous sont déjà connus, les forces névromotrices de la moelle épinière ou des ganglions du grand sympathique sont de même essence que la force névromotrice du cerveau, désignée par le mot âme (en grec , psyché).
J'appelle lésion somatique ou corporelle, toute altération physique, mécanique ou chimique des organes ou des principes organiques, qu'elle soit appréciable ou non.
Une maladie est idiopathique si le siège de ses symptômes se confond avec le siège de la lésion radicale dont elle dérive. Une maladie hétéropathique consiste dans un trouble produit clans un organe par la réaction
CINQUIÈME CONFÉRENCE, sympathique d'une lésion située dans un autre organe. Ces réactions s'exercent, vous le savez, eu vertu rapports nerveux établis au moyen du système ganglionnaire entre tous les points de l'économie.
(les distinctions, dans lesquelles je regrette de ne pouvoir entrer avec plus de détails et de méthode, ont une importance majeure pour l'institution des traitements, et il importe de s'en pénétrer. Pour vous en mieux faire saisir la valeur, je les appliquerai tout à l'heure à l'étiologie d'un cas particulier. Mais, d'abord, ajoutons quelques développements explicatifs aux définitions qui précèdent.
Bien que certains pathologistes , dont le savoir du reste m'inspire la plus grande estime, aient nié la possibilité d'une lésion purement vitale, et n'admettent que des lésions organiques, vous arriverez sans peine à comprendre les lésions essentielles et primitives de l'âme. En cfTet, l'âme tout entière peut être modifiée, soit par l'action directe des modificateurs extérieurs qui lui sont propres, soit par l'action réfléchie ou réciproque de ses facultés sur elles-mêmes, c'est-à-dire par des impressions sensorielles et par des impressions menlales, sans aucune altération préalable dans les conditions matérielles des organes.
Telles sont les lésions factices des sens, de la mémoire, de l'intelligence, des affections, que nous produisons dans nos expériences à l'aide d'un mot, c'est-à-dire d'une idée; tels sont les cas de folie par cause morale, etc.
Mais peut-être vous répugnera- t-il davantage d'admettre, parce qu'il vous sera moins aisé de vous les re-
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présenter, des lésions essentiellement psychiques des centres nerveux de la moelle épinière ou du système ganglionnaire. Tous les physiologistes reconnaissent que ces foyers de l'innervation nutritive et mixte sont doués à' excitabilité. Or, suivant toute vraisemblance, cette excitabilité n'est pas autre chose qu'une sensibilité dont notre moi ne peut avoir conscience, par la raison bien simple quelle réside en dehors de notre propre sensorium. Il est en outre probable que ces cimes spinales et ganglionnaires — passez-moi ces hardiesses de langage — ne jouissent pas seulement de la faculté de sensation et de réaction motrice, mais qu'elles possèdent aussi le rudiment de la pensée. Elles sont en effet susceptibles d'habitudes et d'éducation, car les mouvements coordonnés et compliqués que nous parvenons à exécuter automatiquement à la suite d'un long apprentissage ne sont pas Fœuvre du cerveau, mais l'œuvre des forces névromotrices du système réflexe.
Cette pensée rudimentaire sera susceptible d'être troublée essentiellement comme la pensée plus vaste qui règne dans les lobes cérébraux , et ce trouble passera du foyer psychique à l'innervation qui en rayonne. Je suis disposé à regarder certaines maladies convulsives comme le produit d'une véritable folie des centres du système réflexe, c'est-à-dire d'une lésion du sentiment et de la mémoire du rhythme , qui caractérisent ces forces vitales d'une manière si remarquable mais encore trop peu remarquée. J'entre dans quelques développements sur cet intéressant sujet dans mon livre Eleetro- dynamisme vital, chapitre de V Instinct.
Je suis également porté à croire que certains désordre! de la circulation (accès consécutifs des fièvres intermittentes? fièvres alaxiqucs ?i sont le résultat d'une affection toute psychique du système ganglionnaire.
Les maladies ayant leur source dans une lésion psychique (cérébrale, spinale ou ganglionnaire i sont les seules qui répondent exactement à la définition que l'on donne habituellement de la névrose, et nous emploierons ce mot à l'avenir dans ce sens déterminé.
Appliquons à un exemple celte analyse étiologique.
Je prends l'unité symplomatologique connue sous le nom de folie.
Maladie à lésion primitive psychique idiopatliique ou, simplement, névrose idiopatliique, la folie est l'effet d'une impression mentale faite sur l'àme, soit d'une imayina- //ow,d'un chagrin, d'un conflit des passions, d'un excès de méditation, etc. Xévrose liétéropathique. elle a sa source dans une névrose idiopatliique du système spinal ou du système ganglionnaire. Le délire qui se développe à la suite de certains élatsspasmodiques, dérive peut-èlre d'un trouble apporté directement dans l'àme par les impressions tumultueuses et pénibles que reçoit le sens muculaire ou le sens viscéral. Maladie à lésion primitive som.vtiqce idiopatliique , la folie peut être causée par un état inflammatoire ou congeslif de la substance du cerveau ou de ses enveloppes, par des effusions dans ses cavités, etc. : par l'action localisée, sur la substance neeveuse. d'un virus diathésique tel que celui du rhumatisme et de la goutte erratiques et autres, etc. Maladie à lésion primitive somatique liétéropathique . elle peut être due à une
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irritation du tube digestif, à la présence du ténia dans l'intestin grêle, à la suppression du flux menstruel ou hémorrhoïdal, à une affection du foie ou des reins, à une altération du sang, etc.
Le braidisme possède deux agents thérapeutiques bien distincts, l'hypotaxie et l'idéoplastie. La première a une action calmante et somnifère qui peut remplacer avec avantage, dans beaucoup de cas, la médicamentation antispasmodique et sédative, ainsi que la chloroformisation. J'ai cité dans une leçon précédente diverses applications médicales de l'hypotaxie, d'un usage empirique.
Les applications de l'idéoplastie sont de beaucoup les plus importantes; ce qui nous reste à dire leur est entièrement consacré.
La relation qui existe entre l'action idéoplastique et le principe de la névrose fait de la première un spécifique héroïque contre les affections de cette classe.
Les auteurs citent à profusion des cas de guérison subite de la folie, de la paralysie, de l'épilepsie, de la danse de Saint-Gui, etc. , par une émotion accidentelle. Pourquoi donc avoir laissé jusqu'ici au hasard le soin d'administrer un remède, dont tant d'observations démontraient l'incomparable puissance? Pourquoi nul n'a-t-il eu l'idée de s'en emparer et de le soumettre à un système d'applications régulières?
La névrose cérébrale, surtout si elle est idiopathique, et les névroses hétéropathiques de la vie nutritive et de la vie mixte qui dépendent d'une lésion de l'esprit, peuvent se guérir instantanément par l'affirmation. Toutefois , comme le diagnostic n'est pas toujours certain, il est sage
do ne procéder que par degrés. Les fous doivent i hypotaxiés dans les intervalles lucides; si la folie esl continue, il faut attaquer directement le malade par l'affirmation, dans les instants de rémittence.
Si la névrose cérébrale tient à une lésion héléropa- Ihique, c'est-à-dire si elle dérive d'une névrose du système réflexe ou du système ganglionnaire, par exemple d'un état convulsif des muscles volontaires ou de spasmes dans les muscles involontaires, le traitement sera principalement dirigé contre ces troubles primitifs.
Les névroses du système spinal ou du système ganglionnaire doivent être combattues par l'affirmation comme les névroses cérébrales idiopathiques elles-mêmes. Cependant il conviendrait peut-être, dans certaines affections convulsives, et notamment dans la chorée, de joindre aux impressions mentales faites sur le centre cérébral, une action idéoplastique directe sur les centres nerveux affectés. L'affection de ces centres, qui se traduit par des mouvements musculaires désordonnés, peut tenir selon moi à une lésion de la faculté caractéristique de ces àmes spinales, cette faculté consistant dans leur aptitude à apprendre, à se rappeler et à observer, dans les mouvements réguliers dont l'exécution leur est confiée, le rhytbme des mouvements semblables qui ont été imprimés aux membres un certain nombre de fois par l'action continue de la volonté ou par un secours étranger. Cette théorie pathologique indiquerait que dos impulsions régulières imprimées artificiellement aux membres, de façon à imiter leurs mouvements naturels, doivent tendre à modifier, par la voie de l'excitabilité
108 COURS DE BRAIDISME.
musculaire, le trouble survenu dans le jeu des forces incito-motrices, et à supprimer, en même temps que cette perturbation psychique , la perturbation nerveuse et musculaire qui en est le produit. Les guérisons de la chorée obtenues jadis par l'emploi d'une danse réglée, et de nos jours par la gymnastique, justifient peut-être notre hypothèse.
Si le diagnostic établit que la folie est un symptôme d'une lésion somatique, le traitement principal devra être celui qui convient aux affections de cette dernière classe. Ces états morbides s'accompagnent en général d'une douleur locale; affirmez la cessation de cette douleur, et vous atteindrez l'altération qui en est la source.
Si la maladie résulte d'un arrêt dans une fonction, affirmez que celte fonction va rentrer en activité. Pour accroître l'efficacité de l'affirmation en pareil cas, surexcitez dans l'esprit du malade, par tous les moyens possibles, le souvenir des sensations spéciales dont s'accompagne l'exercice de la fonction qu'il s'agit de stimuler. La menstruation se rétablira d'autant plus facilement qu'elle est habituellement plus douloureuse, parce que l'affirmation déterminera dans ce cas une impression sensoriale d'autant plus vive.
Le traitement devra être plus ou moins lent, suivant que la lésion sera plus ou moins profonde. Ménagez votre influence sur le malade : évitez qu'elle se brise contre un premier échec. Allez progressivement; n'affirmez d'amélioration à venir que dans la mesure des encouragements légitimes que vous puiserez dans les résultats déjà obtenus.
Faites usage, dans ions les cas, d'un simulacre de médicamentation destiné s entretenir l'action cnrative de l'imagination durant l'intervalle des applications idéoplastiques. Ce sera par exemple de Iran distillée , du sucre de lail, ou foule autre substance inerte que vous présenterez sous l'étiquette (Vuu puissant remède.
La médication idéoplastique est directe ou indirecte, curative ou palliative, principale ou adjuvante. Directe, elle consiste dans l'affirmation pure et simple de la gnérison, soit que vous annonciez que celte guérison sera partielle ou qu'elle sera complète, qu'elle doit s'établir graduellement ou se réaliser d'emblée. Celle marche est celle qui convient au traitement des névroses.
La médication indirecte se propose de faire naître certaines modifications fonctionnelles qui ne sont pas la guérison même, mais des moyens de guérison. Dans ce but, il faut annoncer affirmativement la production du résultat spécial désiré. Si, par exemple, il s'agit d'obtenir le vomissement, on administre au malade un verre d'eau pure en lui affirmant que c'est un vomitif donl on attend un grand effet.
L'idéoplastie peut souvent pallier là où elle est impuissante à guérir, Elle tempérera la violence des douleurs, elle modérera l'intensité de la fièvre, elle adoucira le sort du monomane en substituant à l'idée qui l'obsède une idée moins extravagante ou moins lyrannique, etc.
Enfin l'action idéoplastique, qui communique à des substances inertes des vertus médicamenteuses, peut, à plus forte raison, accroître l'efficacité des médicaments.
110 COURS DE BRAIDISME.
Le braidisme renferme un précieux anesthésique opératoire, mais c'est à l'idéoplastie qu'il faut le demander, et non pas aux seuls procédés hypotaxiques. C'est pour avoir agi autrement que certains chirurgiens ont éprouvé une déception si fâcheuse. »
L'hypotaxie ne détermine le sommeil que sur un quinzième environ des individus, et ce sommeil procure rarement une insensibilité suffisamment profonde et durable pour soutenir jusqu'au bout l'épreuve d'une grande opération. L'idéoplastie nous fournit une anesthésie profonde et permanente , une anesthésie que l'opérateur peut gouverner, qu'il peut accroître ou diminuer, entretenir ou suspendre à son gré par sa seule parole, et qui peut se prolonger sans danger une heure entière.
Soumettez le patient à une série de braidisations quotidiennes, à continuer, si le cas le permet, jusqu'à ce que vous ayez obtenu la deuxième période idéoplastique. Une fois dans cette condition, le sujet tombera instantanément dans le sommeil sous le coup de votre affirmation. Dites-lui : Vous allez dormir pétulant une heure, et l'événement viendra confirmer vos paroles. Mais le sommeil absolu n'est ni indispensable ni avantageux à l' anesthésie chirurgicale; il convient même de l'éviter, car l'immobilité et le silence ne constituent point dans cet état une complète garantie d'insensibilité. Hallucinez plutôt votre patient, et restreignez l'insensibilité à la région du corps qui doit supporter l'opération. Par exemple, affirmez que son bras ou sa jambe est insensible , qu'elle est de bois, et qu'il ne saurait par conséquent y éprouver aucune douleur. Malaxez le mem-
bre pour faire en quelque sorte sentir <m patient qu'il
ne seul pas. Assurez -vous par «les piqûres et par de
fortes pressions que la sensibilité s'est retirée des Lissas profonds, ainsi que de la périphérie. Engagez l'esprit du patient dans un cours d'idées où son imagination se seule agréablement entraîner;, et (ailes en sorte de l'y niaiulenir. Vous pouvez alors instrumenter en sécurité.
Dans la pratique civile, le chirurgien se fait une loi de ne jamais opérer un adulte qu'il n'ait obtenu son consentement formel. Or la braidisation sérail impraticable sur une personne émue par la perspective d'une opération imminente. La seule solulion que j'aperçoive à celle difficulté, c'est que le patient conseille à Topération pour un jour indéterminé, cl que le but de la braidisation lui reslc caché jusqu'au bout.
La production de l'aneslhésie opératoire n'est pas l'unique service que le braidisme puisse rendre à la chirurgie : ses applications sédatives seront du plus grand secours dans le traitement des opérés.
L'éducation et la médecine de l'âme trouvent dans le braidisme des moyens d'action d'une puissance inouïe, qui à eux seuls portent la découverte de Braid au rang des plus glorieuses conquêtes de l'esprit humain.
Je me borne pour le moment à vous signaler ces nobles applications du braidisme. Je ne puis entreprendre ici de vous en exposer les règles, vu qu'elles reposent sur des principes d'éthique et de psychologie qui ne sont pas encore généralement connus ou admis, el dont l'exposition nous entraînerait beaucoup trop loin.
112 COURS DE BRAIDISME.
Nous terminerons en groupant les points principaux de cette analyse du braidisme appliqué , en un résumé succinct auquel seront jointes quelques indications complémentaires.
Dans l'ordre thérapeutique, le braidisme est un polychreste pouvant toujours concourir avec fruit à la médication ordinaire, et constituant pour les affections nerveuses un spécifique d'autant plus précieux que la médecine se déclare ordinairement impuissante contre ces Protées. Comme moyen anesthésique, le braidisme n'offre aucun des dangers du chloroforme, et ce n'est pas là son unique avantage; mais il présente l'inconvénient d'un travail préparatoire qui lui ferait préférer à jamais la méthode intoxicante, si les praticiens n'étaient moins jaloux de leur temps que soucieux des intérêts du malade. . — En appelant l'attention sur une catégorie d'étals morbides encore ignorée ou méconnue, le braidisme acquiert une grande importance pour le diagnostic. — Il vient éclairer la jurisprudence médicale, en démontrant la possibilité de délits prévus mais mal déterminés par les anciens législateurs et que la législation moderne refuse d'admettre, et en suscitant dans l'esprit du juge chargé d'appliquer des peines un doute salutaire sur la validité des témoignages et sur la validité même des aveux de l'accusé. Que d'innocents condamnés sur la confession de crimes imaginaires! — Le braidisme nous fournit la base d'une orthopédie intellectuelle et morale qui, certainement, sera inaugurée un jour dans les maisons d'éducation et dans les établissements pénitentiaires. — La physiologie trouve dans
le braidisme des moyens d'analyse inespérés donl l'absence rendait insolubles certains problèmes délicats.
(l'est ainsi que les physiologistes ne peuvent décider si les fibres portant les excitations de la lumière ans nerfs moteurs de l'iris sont des libres de la sensation ou des libres excito-motrices sans relation directe avec le sensorium. L'idéoplaslic lire ainsi la science d'embarras : elle permet de frapper d'une ancstbésic complète les fibres de la rétine à tel point que le sujet ne perçoit plus aucune impression lumineuse, bien que son œil soit expose à la clarté la plus vive; mais sa pupille, dans la majorité des cas, continue néanmoins à se contracter, ce qui résout la question d'une manière péremptoire. — La science de l'âme, à laquelle Gall a eu la gloire de donner une base certaine dans la physiologie du cerveau , trouvera à son tour dans les procédés de l'idéoplaslic des instruments de recherche auxquels elle devra les progrès rapides que la science du corps humain a pu réaliser grâce à l'intervention du microscope.
Ainsi le braidisme ne se contente pas d'apporter des développements aux sciences acquises, il crée de toutes pièces une science nouvelle, la psychologie expérimentais.
Expériences faites par le professeur durant ce cours. — Observations expérimentales, médicales et chirurgicales empruntées à divers auteurs.
Nous devons à nos lecteurs le récit des expériences dont notre auditoire a été témoin. Cette relation sera faite en grande partie par les sujets eux-mêmes, plusieurs d'entre eux s'étant empressés de nous offrir l'appui de leur honorable témoignage dans l'intérêt de l'importante vérité que nous défendons.
Durant le cours de nos expositions au cercle de la Presse Scientifique, nous avons donné quatre démonstrations expérimentales qui vont être succinctement analysées.
La première séance expérimentale eut lieu au cercle de la Presse Scientifique. Les personnes de l'auditoire furent invitées à se soumettre elles-mêmes à l'expérimentation. Je ne parvins qu'après beaucoup d'instances à recruter un personnel expérimental de douze adultes , parmi lesquels se trouvaient quatre dames. Au bout de vingt minutes de préparation , je constatai l'état hypotaxique sur huit individus, dont les quatre dames faisaient partie; mais dès la cinquième ou sixième minute, deux de ces personnes (un homme et une femme) étaient passées à
APPENDICE A LA CINQUIÈME CONFÉRENCE 118 l'étal cataleptique, et une troisième (un homme était tombée dans le coma.
Le temps ne me permit de poursuivre les expériences
que sur deux snjcls. L'un deux va nous donner luimême soi) observation. Bornons-nous à «lire que c'est an homme remarquable (ont à la fois par la distinction de son esprit el par l'élévation de son caractère. M. le docleur Maxim in Lec,haxi>, l'écrivain distingué de VUnion médicale, qui se trouvait présent, nous dit à son sujet :
«Je connais M. L. .. depuis quinze ans; j'ai autant de confiance en lui qu'en moi-même. »
M. L... paraît âgé de cinquante ans. Il est grand, bien fait; et présente un développement musculaire considérable; il est d'un tempérament heureusement équilibré dans lequel dominent toutefois les éléments bilieux et nerveux.
. Le second sujet était une jeune fille de dix-huit à vingt ans, petite, d'une complexion faible et d'une constitution lymphatico-nerveuse. Elle paraît intelligente et très-vive. Son système musculaire est rapidement subjugué par l'impression idéoplastique : assise, elle fait de vains efforts pour se lever; debout, elle ne peut plus s'asseoir ni se pencher. Son bras droit est cataleptisé, et une chaise est suspendue par les barres du dossier à l'extrémité de ses doigts. Ce tour de force se prolonge pendant une minute sans qu'elle éprouve, assure-t-elle, la moindre fatigue. Au bout de ce temps ses genoux se ploient doucement , comme sous un fardeau, jusqu'à ce que les pieds de la chaise rencontrent le parquet; mais le bras a conservé toute sa roideur.
116 COURS DE BRAIDISME.
J'affirme à mademoiselle N. .. qu'elle ne voit plus, et ses yeux, largement ouverts, deviennent immobiles et d'un aspect vitreux. La flamme d'une bougie étant portée à un centimètre de ses yeux, mademoiselle N. .. n'accuse aucune sensation. Quelques médecins, qui se sont approchés pour observer de près, déclarent constater une dilatation paralytique de la pupille; faisant à mon tour l'épreuve au moyen de la bougie , je n'observe qu'une diminution peu appréciable de la contractilité normale de l'iris.
Mademoiselle N... passe successivement par diverses hallucinations.
J'affirme à mademoiselle N... qu'elle va chanter bon gré, mal gré, ce qui semble la contrarier vivement. Elle ouvre la bouche, s'arrête, frappe du pied avec un geste de colère, et cède enfin à l'obsession pour nous faire entendre un air délicieux qu'elle a chanté jusqu'au bout avec une justesse de voix, une grâce et un sentiment parfaits.
J'ai dit à mademoiselle 3V. .. : «Vous êtes un prédicateur! » Aussitôt ses mains se sont jointes, ses genoux se sont légèrement fléchis, puis, la tête penchée en avant et les yeux tournés vers le ciel avec une expression de piété fervente, elle a prononcé lentement et d'un ton trèsému , quelques mots d'exhortation.
Je n'avais jamais vu mademoiselle N. . . auparavant. Son
père, qui l'accompagnait, m'a appris qu'elle avait été
souvent mesmérisée. Je suis autorisé à faire connaître
l'adresse suivante : M. Nideley, rue de la Monnaie, n° 11.
Je regrette de ne pouvoir donner qu'un fragment de
la longue mais fort intéressante lettre que M. Lavebdaot a bien voulu m'adresser. Du reste, ces pages remarquables ne seront point perdues pour le publie ; l'auteur les destine au prochain numéro du Méiïwrial catholique :
«. Paris, 22 avril 18fi0.
« Mox cher Docteur ,
)>• Si vous croyez utile de recueillir le témoignage des individus
soumis à vos expériences, voici le mien.
n J'avoue que je ne m'étais pas pressé d'aller à vos conférences, bien que je porte intérêt ;'i toute nouveauté sincère et sérieuse, et bien que j'aie pour vos travaux si désintéressés un affectueux respect. Je me trouvai enfin au cercle de la rue Richelieu un jour que vous fîtes suivre votre exposé de principes d'un essai d'expériences. Les jeunes gens, que vous demandiez de préférence, ne s'étant pas trouvés en nombre suffisant, je vous offris ma tète chauve et blanchissante.
» En vérité, je n'avais pas d'autre but que de bouclier un trou, remplir un des fauteuils vides, cl je ne nourrissais aucunement l'espérance de devenir un sujet intéressant. On a vainement essayé de me magnétiser autrefois , et j'arrivais chez vous persuadé qu'hynoplisme et somnambulisme sont des variétés d'un même phénomène.
» Cependant, je fixai sur votre disque un œil consciencieux et docile.
» Deux minutes ne me semblaient point passées que j'éprouvai un sentiment de fatigue et d'assoupissement. Comme il m' arrive assez souvent, entre sept et neuf heures du soir, de piquer un chien (c'est pour le moment l'argot des salons de Paris), je médis : «Autant vaut dormir ici mon petit sommeil, en attendant les expériences », et je m'accommodai pour faire un somme.
» Le sommeil ne vint pas; mais, à sa place, un engourdissement au cerveau, un malaise, un état de torpeur. Je conservai parfaitement l'intelligence des choses, car, vous voyant retirer de ma main le disque, je me dis, un peu étonné el souriant avec moi-même : « Tiens ! je suis pris. »
» J'étais pris en effet, et vous me files monter sur l'estrade et
118 COURS DE BRAIDISME.
asseoir dans un fauteuil. J'estimais que, depuis le début de l'expérience, cinq ou six minutes s'étaient écoulées; mes amis présents disent trois ou quatre seulement.
« Je demeurai isolé un quart d'heure environ, tandis que je vous sentais ou entendais occupé de mes compagnons d'épreuve. J'avais les yeux fermés, appesantis. Je m'agitais; je passais incessamment les mains sur la partie supérieure du crâne, comme pour me débarrasser d'un afflux excessif ou de sang ou de force nerveuse, lequel me semblait produire non pas une exaltation, mais plutôt une perturbation profonde, une perversion, une paralysie. Je n'éprouvais pas une douleur vive, pas même une souffrance précise, mais un malaise immense qui tenait, pourrais-je dire, de la souffrance morale. Je me sentais infirme, annihilé (1).
» Bientôt commença votre action sur moi, et je devins véritablement machine sous votre volonté motrice. Vous affirmiez un fait : de prime abord j'hésitais à croire; et tout aussitôt j'étais obligé de me rendre à l'évidence du fait accompli.
» — Vous ne pouvez plus ouvrir les yeux. Et vainement j'essayais d'ouvrir, et vainement mon sourcil se relevait, et la peau de mon front se ridait soulevée : les paupières restaient collées.
n — Vous êtes cloué sur ce fauteuil, vous ne pouvez plus vous lever. Et vainement mes bras libres, et qui passent pour trèsvigoureux encore, s'appuyant aux bras du fauteuil, essayèrent de soulever la masse inerte du bassin et des jambes : j'étais cloué.
» — Levez-vous. Vous ne pouvez plus ni vous asseoir, ni vous baisser. Et tous mes efforts pour changer de place et rompre cet état de paralysie ridicule demeuraient infructueux. J'étais libre jusqu'à la taille à peu près, dans tout le reste du corps, asservi.
» Pendant que ces opérations suivaient leur cours, je causais avec les spectateurs les plus voisins de l'estrade, et je donnais à la masse du public le détail de mes impressions , soit spontanément , soit pour répondre aux questions qui m'étaient adressées.
» — Vous ne pouvez plus ouvrir la bouche. Et mes mâchoires se trouvèrent tout à coup soudées indissolublement.
(1) Ce malaise s'est dissipé petit à petit; cependant jusqu'au lendemain j'ai éprouvé un peu de fatigue au cerveau. Il paraît que, je suis d'un tempérament très-nerveux.
» Ici l'expérimentateur, a jui-s avoir ainsi diversement paralysé mon système musculaire, s'avisa de faire mouvoir ma machine I
son gré, contre mon vouloir.
n — Tournez vos bras l'un sur l'autre. Je le fis volontairement.
» — Allez vite. Bien. Vous ne pouvez plus vous arrêter. Et mes bras tournèrent violemment, indéfiniment, et je ne pus les retenir, malgré que je fisse des efforts résolus ci puissants pour les comprimer, les opposant dans des axes contraires, les froissant l'un contre l'autre dans une lutte désespérée. J'j épuisai vile mes forces inutilement.
» Puis vinrent deux expériences sur les perturbations des sens, qui échouèrent.
» On m'apporta un verre d'eau, et l'expérimentateur se proposait de me faire trouver dans cette eau pure telle saveur qu'il ine plairait d'indiquer. Je demandai le jus de la canin1 à sucre, produit de mon pays lointain, et, pour le coup , je n'opposais aucune résistance, car j'avais fort envie de retrouver le goùl exquis qui me fait faute depuis vingt ans , et je ne bus que de l'eau claire.
» Sur le conseil d'un médecin de l'auditoire, l'expérimentateur me proposa du vin de France : je ne goûtai encore que de l'eau.
» L'expérience sur l'odorat ne réussit pas beaucoup mieux. J'avais demandé encore un produit des tropiques, l'odeur de jamrose, et j'eus le désagrément de ne sentir que de l'ammoniaque. Ici je dois avouer, pour être exact, (pie l'action de l'expérimentateur semble avoir été, du moins, jusqu'à paralyser un moment le sens de l'odorat, car deux fois j'ai porté le flacon d'ammoniaque à mon nez sans rien sentir, cl ce n'est qu'à la troisième épreuve que l'odeur forte et répugnante a été perçue.
« Je dois ajouter qu'un moment après, sur une autre personne plus jeune, les perturbations du sens du goût ont été produites. Non-seulement le sujet a cru, en buvant de l'eau, boire du vin de Champagne, mais (ce qui est plus curieux) tous les effets d'une véritable ivresse s'en sont suivis : titubations, rire, hébétement, délire.
a Enfin, comme j'achevais d'expliquer au publie l'effet un peu manqué de l'ammoniaque, l'expérimentateur me dit :
» — Vous allez bégayer; bégayez, VOUS ne pouvez plus vous
empêcher de bégayer. Et j. j.. j... je bé...gayai, à mon grand regret, en vérité, et commençant à être un peu confus et honteux des faiblesses de ma pauvre chair.
» — Vous allez perdre la faculté d'émettre la voyelle A, et même la notion de cette lettre. Essayez ; vous ne pouvez pas dire A. Et il y eut dans l'assemblée un murmure de doute et des sourires; je souris moi-même, faisant un grand geste de doute et de mauvaise humeur; mais il me fut impossible de dire A.
» L'expérimentateur me dit d'écrire mon nom, et l'un de mes voisins, témoin d'une autorité assurément très-sérieuse, le rédacteur distingué de la Revue des Deux -Mondes et du Journal des Débats, membre du conseil général de l'Algérie, M. Jules Duval, mon excellent ami, me présenta un livre qu'il tenait à la main. J'écrivis mon nom, moins les deux A qu'il contient. Vainement fis-jedes efforts énergiques pour tracer ces deux lettres proscrites; ma main écrasait le crayon sans pouvoir même tracer un jambage.
» Voici \e fac similc :
» Celte dernière expérience causa une surprise générale, un intérêt qui tenait de la stupeur. Mous touchions ici, semblait-il, aux perturbations de l'intelligence même.
» ,1e dois noter et vous soumettre à vous-même, mon cher docteur, l'observation d'un fait singulier, que nul n'a remarqué dans l'assemblée, et dont je n'ai eu moi-même le sentiment que par réflexion et plusieurs jours après.
» J'avais perdu la faculté d'émettre la voyelle A, mais je n'avais pas perdu la notion de la lettre. Or, tandis que j'expliquais au public cette restriction, il m'est arrivé dix fois peut-être, sans y songer, de prononcer des mois où se trouvait la lettre A. Je me souviens positivement d'avoir dit ceci : « Je la vois, mais je ne peux pas la prononcer. »
» Ainsi il se trouve que je n'étais empêché et paralysé que sur le point spécial où mon attention se fixait; et c'est précisément alors
que je voulais formellement que je ae pouvais pas. Cette observaliun peut ne pas être sans importance pour les théoriciens.
La deuxième séance cul lien, comme la première, dans
les salons du cercle, au milieu d'un public nombreux et bienveillant, mais pas aussi strict observateur du silence que les besoins de L'expérimentation l'exigeaient Sur quatorze personnes, deux femmes adultes, une petite lillc de onze ans, un jeune garçon de quinze ans et dix hommes faits, neuf se trouvèrent dans l'impossibilité d'ouvrir les yeux; la plupart des autres n'avaient observé aucune des conditions requises par la règle de l'expérience.
Je m'adressai à un grand jeune homme, d'un tempérament bilioso-nerveux. Le premier essai de Y affirmation que je lis sur lui suffit pour mettre tous ses muscles en catalepsie. Dans cet état, son pouls offrait une accélération considérable. Les globes oculaires se conduisaient en dedans et les pupilles restaient complètement contractées dans l'ombre. Ce phénomène fut observé par plusieurs médecins, et entre autres par M. Tavernibr ide la Nièvre), le savant rédacteur de YOpinion nationale.
Un incident raconté par le sujet lui-même dans les lignes suivantes, dont il a eu l'obligeance de nous donner communication, vint jeter le trouble dans la séance, qui pour cette raison ne put être continuée :
« Le samedi 21 mars 1860, j'ai été hypnotisé par le docteur Philips. Je me prêtai à l'expérimentation en incrédule et seulement par obligeance, Mon voisin était tout aussi incrédule que moi. Nous échangeâmes quelques plaisanteries de circonstance qui provoquèrent chez moi une assez grande envie de rire. Pour calmer cette
122 COURS DE BRAIDISME.
disposition je m'efforçai de diriger mes regards sur le petit disque que le docteur avait placé dans ma main, avec recommandation d'en fixer obstinément le point central pendant vingt-cinq minutes envirou. Au bout de quelques instants, je sentis, petit à petit, une espèce d'engourdissement envabir tous mes membres. Ma main, dans laquelle se trouvait le disque, disparut progressivement à mes yeux, en passant par des teintes de plus en plus effacées. Enfinje m'endormis, et d'un sommeil si lourd, que ma tête tombait en arrière. Ce sommeil complet ne dura qu'un moment. Tout à coup le docteur Pbilips m'interpella vivement, me disant d'ouvrir les yeux. A ces mots, je me réveillai; je fus pris dans les membres d'une espèce de tremblement nerveux , et dans une vague intelligence de ce que j'éprouvais , j'ouvris les yeux et vis devant moi le docteur qui me regardait fixement. D'un ton de commandement bien accentué, il m'ordonna de fermer les yeux. Je dois dire que je ne les fermai pas; au contraire, je les ouvris encore plus, par l'effet d'une espèce de surexcitation assez semblable à celle que produisent des paroles adressées à brûle-pourpoint à une personne réveillée en sursaut. Le docteur alors m'imposa les mains sur les paupières, me les rabattit et me dit : k Vous ne pouvez pas ouvrir les yeux, vous ne =) les ouvrirez pas, vous ne les ouvrirez pas. » Il me fut impossible de les ouvrir, et cette impossibilité que je sentais ne résultait pas tant d'un obstacle matériel et sensible que d'une espèce d'anéantissement que j'éprouvais, d'un manque de force et d'une absence de volonté. Je n'écoutais et n'entendais plus que la voix du docteur, tout le reste était pour moi vague et confus. A ce moment M. Philips, toujours du même ton et cette fois m'interpellant par mon nom, qu'il s'était fait donner par un de mes amis sans doute, me fit lever et m'attira sur l'estrade.
Après m' avoir à diverses reprises fait fermer et ouvrir les yeux à sa volonté, lever et asseoir à son commandement, il m'ordonna de parler, de dire ces mots : « Je puis parler. » Comme une machine obéissante, je les prononçai. Un instant après il m'annonça que je ne pourrais plus les prononcer qu'en bégayant. Je voulus parler, et, en effet, ma langue, comme attachée par un fil, se refusa à articuler couramment, et je bégayai avec une expression de physionomie tellement étrange, à ce qu'où m'a dit depuis, une altération dans mes traits tellement prononcée, que ma mère, présente
à la Bèance, lui si v ivement affectée de ne roir dans cet état, qu'elle ne put retenir ses larmes et qu'elle éprouva quelques-uns des phénomènes nerveux que j'éprouvais moi-même.
A cet incident inattendu, le docteur Philips, sur les instances réitérées de plusieurs de mes amis, «lui renoncer à poarsuîvn expériences sur ma (htm. mie. On me lit passer dans une salle voisine, l'un nie lit asseoir sur un divan, cl l'on me tint sous le nez un morceau de charbon de bois, ,1c commençai à revenir un peu à moi. Lu de mes amis m'engagea alors à me lever pour marcher un peu et.mc remettre complètement. Ce que j'éprouvais alors fut bien extraordinaire et c'est ce qui est resté le mieux gravé dans mon esprit, alors en état déjuger plus sainement. Je sentis, au moment de vouloir me lever, que j'étais sous l'influence de la volonté qui s'était imposée à la mienne. 11 ne me fut pas possible de me détacher du divan, cl j'en étais à désirer la présence du docteur pour qu'il vint me l'ordonner; je sentais que j'avais besoin de son commandement pour faire cet acte. Cependant deux de nus amis, m'ayant pris sous les bras, m'enlevèrent de force, pour ainsi dire, pour me mettre sur mes pieds. Mon état s'améliora sensiblement, mais il ne cessa pas tout de suite, et dura, avec moins d'intensité, il est vrai, toute la soirée, la nuit et la journée du lendemain. Le surlendemain seulement je me sentis entièrement revenu à moi. dans mon assiette enfin et sorti de ce vague, de cette espèce (Tâtonnement et de passivité où l'hypnotisme m'avait plongé. J'éprouvai pendant tout ce temps, et fortement, surtout le soir et la nuit de samedi au dimanche, une courbature dans tous les membres, des douleurs , principalement aux cuisses et aux bras , sensations qui me paraissaient semblables à celles que l'on éprouve lorsque l'on a reçu quelques coups violents.
» Je dois ajouter que si j'avais attendu que le docteur Philips ail pu se dérober, à la lin de la séance, au cercle de questionneurs qui l'entourait, il m'aurait débarrassé, à ce qu'il m'a assuré depuis, et dès le soir même, de tous les symptômes fâcheux que je viens de décrire. Ai-je besoin de déclarer que d'incrédule que j'étais, je suis devenu maintenant un ferme croyant dont rien ne pourra ébranler la conviction, ayant l'ait moi-même les liais de ma (envers ion?
» Charles Aumaxdo, rue Xeuve-Sainl-Auguslin , 51, •■