VIII. Du complémeat du verbe
S 307. Ua verbe ne peut avoir qu'un complément tlirec et qu'un complément indirect , simples ou composes :
Le dernier degré de la perversité est défaire servir leî LOIS A l'injustice. (Voltaire.)
Le luxe corrompt tout, et le riche qui en jouit, E' LE PAUVRE qui le convoite. (J. J. Rousseau.)
§ 308. On ne doit pas donner à un verbe deux compié ments directs qui établissent des rapports divergents : ''
Racine ne devait donc pas dire :
Ne vods informez pas CE que je deviendrai. f
Mais ne vous informez pas de ce que je deviendrai.
§ 309. On ne doit pas non plus donner à un verbe deuj compléments indirects qui établissent une identité d( rapport ; Boileau a donc eu tort de dire :
Cest A TOUS , mon esprit , a qdi je veux parier.
La grammaire exige : C'est a vous, mon esprit^ QUE^V veux parler.
§ 310. Il ne faut pas donner à un verbe un autre complet ment que celui qu'il exige; si l'on disait:
La mort ne pardonne personne ; la mort ti'épaegnb A PERSONNE ; ils sc sont nui Tun l'autre; je lui fournis ce Qv'il A BESOIN ; on s'exprimerait d'une manière vi cieuse, attendu qu'on ne donnerait à aucun de ces verbes le complément qui lui convient; pour être correct, il faut dire : La mort ne pardonne a personne ; n'épargne PERSONNE ; ils se sont*nui l'un a l'autre : je lui fournis ce DONT il a besoin.
§ 311. Deux verbes ne peuvent avoir un compléments commun s'ils exigent chacun un complément différent , l'un direct, l'autre indirect; ainsi, les phrases suivantes sont vicieuses:
Je CONNAIS et me sers de mes avantages.
Je VAIS et REVIENS DE VERSAILLES en quatre heures. '
Parce que la première renferme deux verbes auxquels on a donné un même complément, tandis que chacun d'eux exige un complément différent; et que la seconde n'a qu'un seul, complément indirect, quand les deux verbes qu'elle renfeme | veulent un complément particulier, précédé d'une préposi- ' tion différente.
Pour être correct, il faut donc écrire :
Je CONNAIS MES AVANTAGES et je WI'EN SERS.
Je VAIS A VERSAILLES et ;'en reviens en quatre heures.
COMPLÉMENTS DU VEBBE. — APPLICATION. 297 VIII. Du complément du verbe.
§ 307, 308, 309, 310, 311. — 1. L'éloquence est nuisible quand elle abandonne les intérêts de la vertu et de la vérité powr les siens.
2. Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu'à proportion d< notre amour-propre.
3. On donne toujours trop tard quand on donne après la demande ; il faut deviner la volonté, prévenir le besoin , épargner à l'homme honnête l'humiliation de la demande.
4. C'est un ami maladroit que celui qui nous instruit indiffé' remment — tout ce qu'on dit de nous , — bien comme— mal.
5. C'est dan* le concile de Lyon, en l'an douze c quarante (et) cinq oi(f que les cardinaux prirent pour la première fois le cliapeau rouge.
6. On prétend que c'est du nautile , poisson qui se sert de sa coquille comme d'un bateau, rfe qiii, que les hommes ont appris à naviguer.
7. Ne désire jamais — et abstiens-toi toujours des gains injus' tes ; de pareils profits sont des pertes.
8. l!{o\xs, pardonnons plus aisément — quelqu'un de ne nous avoir jamais estimés que de cesser de nous estimer.
9. Presque toujours l'art gâte — au lieu d'ajouter au^ grâces naturelles.
10. C'est dans l'inseîisibilité du cœur où, que l'égoisme prend sa source.
11. Le souverain Créateur préside— et règle les mouvements des astres.
12. Le spectacle du monde physique nous présente une foule de phénomènes enchaînés les uns — autres.
13. Le souvenir des bonnes actions embellit — tt répand un parfum délicieux sur la vie.
14. Accoutumés à la discipline par une longue incorporation dans les armées romaines , les barbares attaquèrent — et s'emparèrent de l'empire romain.
15. Nous pardonnons souvent — ceux qui nous ennuient; mais nous ne pouvons pardonner — ceux que nous ennuyons.
16. Plus de soixante vaisseaux américains sont depuis quinze jours entrés — ou sortis de notre port.
17. Votre frère étudie — et s'adonne entièrement à la chimie et aux sciences naturelles.
18. La charité chrétienne nous commande à'aimsr-rr'et de prêter assistance à notre prochain.
19. Les paquebots à vapeur von^— et reviennent d'Angleterre à New- York en trente-six jours,
20. Sa haioeou son amour est, sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône on descendre les rois? (Racine.)
298 COMPLEMENTS DU VEHBE. - THEOElK.
§ 312. Quand un verbe a deux compléments d'égale lon-Ji
gueur, le complément direct se place le premier : «'■
La pensée au mal tire son ohigine de l'oisiveté, jlj
§ 313. Si les compléments ne sont pas de même étendueyjp l'harmonie exige que le plus court soit placé le premier : La philosophie est l'art de façonner — l'homme — A