MARCHE A SUIVRE DANS LES EXPERIENCES
479. — Nous nous supposerons d*abord dans un poste auquel un seul ûl vient aboutir. Pour une cause quelconque le correspondant ne répond pas aux attaques qui lui sont faites, ou, s'il y répond, rien n'indique le passage du courant qu'il envoie. Nous allons examiner la série d'expériences qui peuvent faire découvrir la cause de cette interruption du service.
Dans tout ce qui suit, nous ne ferons aucune hypothèse spécialo sur la forme des appareils, tous reposant sur le même principe. Il est évident que pour les récepteurs qui ne marchent que par l'intermédiaire d'un relais (comme dans le système Morse), c'est au relais qu'il faut appliquer les expériences, puisque c'est lui qui reçoit le courant de la ligne.
L'installation des bureaux télégraphiques est extrêmement variable ; tantôt les fils conducteurs sont placés au-dessus des tables de manipulation, tantôt ils sont au-dessous; souvent les communications sont établies par des lames métalliques fixées sur des plancheltes de manipulation ; il peut se trouver sur leur parcours divers commutateurs destinés à faciliter les^ifférentes opé* rations qu'on peut être appelé à faire dans le courant du service; mais quelle que soit la disposition adoptée, en suivant leurs parcours dans le poste, on peut toujours les considérer comme formant la série des comn>unications indiquées dans la figure 95.
Le fil de la ligne arrivé à l'entrée du poste en b traverse le paratonnerre P, le galvanomètre G, et arrive au boulon a du manipulateur. Ce manipulateur est formé d'un leviex ab qui est mobile autour du point a et touche altcrnativemenl les deux boutons 6 et d dont le premier est relié à la borne L de l'appareil à signaux et l'autre au pôle cuivre de la pile par l'intermédiaire du commuta^ teur de pile C. Le bouton T de l'appareil à signaux et le pôle zinc de la pile sont reliés au fil de terre pq.
La première opération à faire consiste à mettre le manipulateur sur une position de contact ou d'émiss^ion et à voir si le courant passe. Il suffit deicter les yeux sur le galvanomètre Q. IéOT^
qu*il n*est pas dans le circuit à Tétat permanent, on doit Ty placer de façon à laisser subsister toutes les communications ordinaires.
Flg. 05.
Deux cas peuvent se présenter :
l"" L'aiguille du galvanomètre dévie ;
%^ Elle ne bouge pas.
480. — Admettons en premier lieu qu'il y ait une déviation. Comme il est possible que dans le poste il existe une communicalion avec la terre, entre le point n et le point h, cette expérience ne suffit pas pour conclure que le courant se transmet sur la ligne. Il faut détacher le fil conducteur à son entrée dans le poste h et l'isoler. On répète alors l'expérience précédente, en examinant le galvanomètre, ce qui donne lieu à. l'un des deux résultats suivants :
A. Le galvanomètre accuse encore le passage d'un courant ;
B. L'aiguille ne dévie pas.
A. Si le courant passe encore on doit en conclure, puisque le fil est isolé à rentrée du bureau, qu'il existe dans le poste même une communication avec la terre ; pour la découvrir, il faut laisser le galvanomètre dans le circuit et le manipulateur sur une position de contact, et suivre le fil depuis son extrémité jusqu'au galvanomètre en le détachant successivement à tous les boutons des paratonnerres, des commutateurs et des planchettes ; on est sûr d'arriver ainsi à un point à partir duquel le courant est interrompu. Le dérangement se trouve évidemment entre les deux points pour lesquels l'expérience donne deux résultats différents. Ce dérangement est très-fréquent dans les postes ; il se présente toutes les fois que, par suite d'un orage, la soie qui entoure le fîi fin du paratonnerre (n"' 91 et 92) a été brûlée.
6. Quand Taiguille du galvanomètre ne dévie pas, il n'y a pas de dérivation dans le poste et, par conséquent , le courant passe sur la ligne quand le manipulateur est sur une position d'émission.
De nouvelles expériences sont nécessaires pour s'assurer que l'appareil peut recevoir le courant de la station voisine.
On place le manipulateur sur une position de réception et on détache de nouveau le fil à l'entrée du poste ; on le fait commu • niquer, au moyen d'un long fil métallique, au pôle actif de la pile^ de façon à former avec ce fil un circuit dans lequel se trouvent la pile, l'appareil et le manipulateur.
Deux cas peuvent se présenter :
a. L'électro-aimant de l'appareil s'aimante et attire la palette ;
b. L'appareil n'accuse aucune trace de courant.
a. Quand l'appareil indique le passage du courant, le fil du poste et l'appareil sont en bon état et il n'y a aucun dérangement dans le bureau si la pile est assez forte et si le récepteur a été réglé de façon à pouvoir fonctionner avec la plus faible intensité de cu)urant possible, ce dont on peut s'assurer en le fuisant marcher dans l'intérieur du poste avec quelques éléments seulement Nous
reviendrons spécialement sur ce cas qui est un de ceux où le dérangement ne peut être qu'extérieur.
6. Si rappareil n'indique pas le passage du courant, le dérangement provient de Tune des trois causes suivantes ; rupture du* circuit a6LTI; communication avec la terre du conducteur abL, qui empêche le courant de traverser l'appareil j dérangement dans le récepteur lui-même.
Pour reconnaître si la communication a6LTI est en bon état , on attache encore le fil d'essai d'une part au pôle positif de la pile et de l'autre au point h en isolant le fil de la ligne, et on examine le galvanomètre.
ai. Si le courant ne passe pas, il doit y avoir une solution dé continuité entre a et I , car, par la première expérience, on s'est assuré delà communication anmh et du fil de terre Iq.
On détermine le point de cette rupture en laissant le fil d'essai entre c et ^, en fixant un second fil au pôle z de la pile et en touchant avec l'autre extrémité toutes les parties métulliques du circuit depuis I jusqu'en a, en T, L, b par exemple. Il est évident qu'on arrivera ainsi à fermer le circuit, ce qu'on reconnaîtra à la déviation de l'aiguille du galvanomètre G.
Ce dérangement tient souvent à ce que le levier du manipulateur, quand il est à l'état de repos, ne touche pas le bouton qui correspond à l'appareil. Il peut également être causé par une rupture du fil qui entoure l'électro-aimant du récepteur (entre L et T). Quand cette rupture a eu lieu par suite d'un orage, on remet aisément l'appareil en état en déroulant quelques tours.
bj. Si un courant traverse le conducteur H PG a bL, quand e et z sont réunis par le fil d'essai, on détache le fil en L en l'isolant, et l'on examine lo galvanomètre G, qui doit rester en repos quand la communication est bonne.
Si l'aiguille dévie encore, le conducteur n a b L doit avoir une communication avec la terre ; pour la trouver, on détache le fil, depuis L jusqu'en n , à tous les boulons dos planchettes des com* mutateurs et du manipulateur.
Cl. Quand ces deux expériences ont démontré que le fil conduc* teur dans le poste est continu et n'a aucune communication avec
RECHERCHE DES DÊRAJS6EMENTS. 219
la terre, on en conclut que le dérangement existe dans l'appareil, qui ne ujarche pas, bien que le courant traverse le fil qui entoure son électro-aimant.
Ce défaut du récepteur peut tenir à un trop grand rapprochement des vis qui limitent la course de la palette et Fempèchent de se mouvoir, à un éloignement trop considérable de Télectro-ai^ mant ; pour les appareils qui contiennent un mécanisme d'horlo* gerie, il peut exister quelque vice de construction qui empêche Féchappement de se faire.
481 . — Nous passons maintenant au ras où le galvanomètre G ne dévie pas quand on met le manipulateur ;8ur une position d'émission du courant.
Il faut, en premier, bien s'assurer quelo circuit n'est pas rompu dans le poste.
On prend un fil d'essai sur le parcours duquel on place un galvanomètre ; on rattache d'une part au pôle z de la pile, en ayant soin de détacher préalablement le fil de terre h s, et de l'autre au point h ; on laisse le manipulateur sur la position d'émission du courant (la tige mobile suivant ad). Il peut se présenter deux cas :
A. L'aiguille du galvanomètre placée sur le parcours du fil d'essai reste station naire ;
B. Elle dévie.
A. Si le galvanomètre n'indique pas le passage du courant, pour trouver le lieu de la rupture du circuit, on laisse Tune des extrémités du fil d'essai en Zj et avec Tautre on touche toutes les parties du conducteur hikmnsidCc qui sont à découvert, jusqu'à ce qu'on arrive à un point à partir duquel le courant passe.
Dans le cas où l'on parviendrait ainsi jusqu'au pôle cuivre de la pile sans obtenir de déviation à l'aiguille, le dérangement existerait dans la pile elle-même. On continuerait à toucher avec l'extrémité du fil d'essai les lames de cuivre des divers éléments jusqu'à ce qu'on obtînt une déviation de l'aiguille du galvanomètre.
Ce dérangement peut être causé par la rupture du fil du paratonnerre s'il est construit d'après le modèle indiqué au n" 90 ;
220 TÉLÊGRAPHrE ÉLECTRIQUE.
par une mauvaise communication du levier du manipulateur avec le bouton qui correspond à la pile, enfin par une interruption du circuit dans la pile provenant de ce qu'une lame de cuivre ne plonge pas assez profondément dans un vase poreux.
B. Quand Taiguille dévie , il n'y a pas de rupture de circuit dans le poste; mais il peut arriver que le fil conducteur communique avec la terre entre le pôle c de la pile et le point n, ou que le fil de terre I q soit rompu.
a. On enlève le fil d'essai qui reliait z et h, on rattache le fil de terre en s ; en plaçant h galvanomètre sur son parcours. Si Taiguille dévie, le fil comnaunique avec la terre entre c et n, on trouve le point de contact en détachant le fil conducteur entre n et c, jusqu'à ce que l'aiguille revienne au repos.
Ce cas se présenterait si le paratonnerre étant entre a et n, au lieu de se trouver au delà de G, comme dans la figure 95, son fil fin recouvert de soie était fondu.
b. Pour reconnaître si le fil de terre est rompu il faut encore former le circuit en laissant le manipulateur sur la position d'émission ; on fixe un fil d'essai d'une part en h et on touche avec l'autre extrémité le fil de terre en différents points depuis z jusqu'en g; au moment où le galvanomètre G indique une interruption du circuit on a dépassé le point de rupture du fil.
Le fil de terre peut être brisé à l'extérieur du poste, au niveau du sol, ou même en terre. On n'a d'autre moyen de s'assurer que la communication avec le réservoir commun est bonne que d'établir un second fil de terre tout à fait indépendant du premier ; on le fait communiquer avec un fil d'essai pour former le circuit avec la pile, le fil zlç, le fil d'essai, le 2<^ fil de terre et la portion du sol comprise entre les deux électrodes. Il doit y avoir un courant si les deux communications avec le sol sont suffisantes.
Dans la plupart des cas il suffit do visiter avec soin le fil de terre.
Cette expérience est d'ailleurs inutile, quand , en plaçant le manipulateur sur la position do contact, on reconnaît l'exislence d'un faible courant qui provient des perles par l'atmosphère, quand il se produit un courant de retour, enfin dans les pestes au: quels
BECHEnCHE DES DÉRANGEMENTS. 221
plusieurs lignes aboutissent, quand le dérangement a lieu dans une seule direction.
C. Lorsque toutes ces expériences ont démontré que le dérangement n'existe pas dans le poste, on est certain que lo 61 conducteur de la ligne est isolé en un point de son parcours.
482. — Il reste, pour compléter la liste des divers dérangements qui peuvent se présenter, à examiner le cas où la palette du récepteur est attirée d'une manière continue par Télectroaimant :
A. On détache le fil conducteur au point où le courant entre dans l'appareil, en L ; si l'attraction de la palette persiste, comme il ne peut passer aucun courant dans le récepteur^ c'est au mécanisme qu'il faut attribuer ce dérangement. Il peut arriver que la vis qui touche la palette quand elle est à l'état de repos soit trop avancée et presse la palette contre Télectro-aimant; que l'électro-aimant soit trop rapproché de la palette et l'empêche de se mouvoir ; que l'électro-aimant soit aimanté par suite d'une décharge d'électricité atmosphérique. Ce dernier cas ne se présente que lorsque le fer est de mauvaise qualité , il est extrêmement rare.
B. Après s'être assuré que le contact ne tient pas à un défaut du récepteur, il faut rechercher s'il est produit par une communication dans le poste entre le conducteur L6anfnfeffc et le fil do la pile'. II suffît d'isoler le fil à l'entrée du poste en h ; quand le contact subsiste , le dérangement existe dans le poste. On sait , en consultant le galvanomètre G, s'il a lieu entre m et A ou entre n et L. En détachant le fil successivement aux différentes bornes, depuis A jusqu'en L, et en l'isolant, on arrive à un moment où le courant cesse de traverser l'appareil. Ce dérangement provient souvent de ce que le levier du manipulateur touche en même temps le bouton de la pile d et celui de réception b,
C. Quand le contact ne tient à aucune des causes précédentes et qu'il cesse dès qu'on isole le fil à l'entrée du bureau, on en conclut que le courant qui traverse l'appareil vient de l'extérieur, soit qu'il soit produit par un dérangement au poste correspondant.
222 têlêghaphie électrique.
soit qu'un phénomène atmosphérique quelconque donne lieu à un courant continu.
483. — Voici en résumé le tableau des divers cas de dérangements que nous venons d'examiner :
f X { Communication avec la terre dans le poste, entre / (le galvanomètre et l'entrée du fil dans la station.
I Communication avec la terre sur la ligne.
^ I (Dérangement extérieur.)
I Interruption du circuit entre le manipulateur et le 61 de terre. Rupture du fil de l'électro-aimant du récepteur.
, ( Communication avec la terre entre le I manipulateur et le récepteur.
\ Cl I Dérangement dans le récepteur.
(Interruption du circuit dans le poste ou dans la pife.
Communication avec la terre entre la pile et le galvanomètre.
Rupture du fil de terre ou mauvaise communication avec le sol.
Fil de la ligne isolé en un point quelconque. (Dérangement extérieur.)
A I Dérangement dans l'appareil. Contact permanent.
( Communication dans le poste entre le fil conduc- 1 teur et un fil de pile.
j Courant continu venant de la ligne. (Dérangement I extérieur.)
On est toujours certain, en suivant la marche générale que nous venons d'indiquer, d'arriver sûrement à la cause de l'interruption ; mais bien que toutes ces expériences soient extrêmement simple?, on peut dans beaucoup de cas les simplifier encore et trouver instantanément le dérangement.
Quand les appareils nécessitent une inversion dans le sens du courant, les deux pôles de la pile sont reliés au manipulateur ; la méthode à suivre est identiquement la même, mais on doit tenir compte du pôle qui est mis en communication avec la ligne quand on envoie le courant par le manipulateur.
484. Pérangemeiits de pile. — Nous avons. supposé jusqu'ici qu'un nombre déterminé d'éléments donne toujours la même intensité de courant pour la même longueur de conducteur. Les piles sont en général assez constantes pour qu'on puisse admettre ce résultat; il peut cependant se présenter des cas où il soit nécessaire de vérifier leur état.
Les dérangements peuvent être produits dans les piles : par la rupture d'une communication entre deux cléments; par une communication entre deux fils qui correspondent à des nombres différents d'éléments ; par un mauvais état d'un certain nombre do ces éléments.
Pour suivre la variation d'énergie d'une pile, on réunit les deux pôles par un conducteur d'une résistance connue, en plaçant dans le circuit une boussole : la déviation de l'aiguille indique l'intensité du courant. Il est toujours préférable d'employer des bobines de 61 très-fin dont on connaît d'avance la résistance; à défaut de ces bobines, on peut envoyer le courant sur une ligne d'une longueur déterminée , mais il faut s'assurer d'avance que le fil conducteur est suffisamment isolé, en cherchant l'intensité du courant qui provient seulement des pertes par l'atmosphère.
Les registres de déviations donnent ces nombres, et on reconnaît , à un moment donné , le mauvais état de la pile, quand il se manifeste une diminution dans l'intensité.
Nous avons déjà vu comment on trouve le point où il existe une rupture de circuit entre deux éléments lorsque la pile ne donne aucun courant.
Supposons donc que la pile produise un courant dont Tintensité soit plus faible qu'à Tordinaire :
On commence par placer le galvanomètre sur le parcours du fil de terre , en isolant, aux divers manipulateurs du poste tous les fils de pile. S'il y a un courant produit , il ne peut provenir que d'un contact avec la terre de Fun de ces fils, et, en enlevant Tune après l'autre de la pile les plaques de Cuivre qui leur correspondent, on trouve celui d'entre eux qui donne lieu à cette communia cation..
r Quand les éléments ne sont pas bien nettoyés à l'extérieur, il peut s'établir par les inscrustations salines qui les recouvrent une communication avec la terre qui produit un faible courant On enlève successivement tous les éléments, à partir du dernier, jusqu'à ce qu'on arrive à un point à partir duquel la pile soit bien isolée.
Quand deux des fils de pile se touchent, leur contact produit un circuit secondaire et annule un certain nombre d'éléments ; pour trouver cette communicalion, on agit comme pour le fil de terre, on place le galvanomètre sur le parcours de l'un d'eux , et tous les autres étant isolés aux manipulateurs, on examine l'aiguille de la boussole dont la déviation indique le mélange ; on détermine le fil avec lequel celui qu'on essaie communique en enlevant successivement tous les autres de la pile.
Enfin, quand on a reconnu que toutes les communications sont bonnes, l'affaiblissement du courant ne doit être attribué à quelques éléments défectueux, soit parce qu'ils ne contiennent pas de sulfate , soit parce que les vases en terre ne sont pas assez poreux. On divise la pile en groupes composés d'un même nombre d'éléments et on cherche l'intensité que donne chaque groupe avec la même boussole et le même circuit extérieur. Celui des groupes pour lequel l'intensité est la plus faible contient les éléments défectueux.