DÉRANGEMENTS EXTÉRIEURS
485. — Quelques instants suffisent pour trouver un dérangement quand illexisle dans l'intérieur d'un bureau télégraphique, et la réparation peut se faire immédiatement.
Il n'en est pas ainsi lorsqu'il est extérieur, car il faut aux sur* veillants pour visiter la ligne dans toute son étendue un temps variable avec sa longueur et les moyens de transport qu'ils ont à leur disposition.
Le parcours à pied sur la ligne demande un temps assez considérable, quelques parties d'ailleurs peuvent être souterraines, et l'interruption pourrait souvent durer très-longtemps si l'on ne donnait aux surveillants des indications sur la nature et le lieu du dérangement , indications qui résultent des expériences qu'on peut faire dans les postes en s'aidant de tous les moyens et de tous les renseignements qu'on a à sa disposition.
Le cas dans lequel nous nous sommes placé d'un poste extrême desservi par un seul fil conducteur est celui pour lequel ces indications sont les plus vagues; néanmoins, si dans les deux postes correspondants les expériences sont conduites avec intelligence, il est rare qu'on n'arrive pas à fournir aux surveillants d'utiles renseignements.
Lorsqu'on a un autre moyen de communication avec la station voisine, les expériences peuvent être faites de concert et l'on obtient des données beaucoup plus certaines.
Nous allons passer en revue les trois cas où le dérangement est extérieur et qui correspondent aux indications l.^.a, %B.cei 3.(7 du tableau.
486. — Lorsque le courant passe sur la ligne quand on met le manipulateur sur une position de contact, il peut arriver : \° que le fil soit rompu et traîne à terre sur une longueur plus ou moins grande ; 2** qu'une dérivation en un point de la ligne empêche le courant de se transmettre au delà ; 3o qu'au poste correspondant il y ait un dérangement n'empêchant pas le courant de passer quand il vient de l'extérieur.
226 TÊtÊGRAPrtlÉ ÉLECTRIQUE.
On prend le nombre d'éléments avec lequel se font les expériences journalières sur Tétat des lignes, et on envoie le courant en lui faisant traverser la boussole de sinus.
Si la déviation est à peu près égale à celle qu'on obtient ordinairement quand le courant traverse Tappareil du poste correspondant, il y a de grandes chances pour qu'il n'y ait aucun dérangement sur la ligne et que l'interruption provienne uniquement de l'absence de l'employé de service au bureau correspondant ou d*un accident à son appareil.
Si elle est la môme que lorsque le 61 , à l'extrémité , communique directement avec la (erre , on peut supposer également que le dérangement existe près du poste voisin, sinon dans Tintérieur même de ce poste.
Comme il pourrait arriver néanmoins que le fil fût rompu et que la communication avec le sol présentât une résistance à peu près égale à celle de la ligne , il est prudent , dans ces deux cas, de faire partir les surveillants , quand la durée du dérangement a dépassé le temps moral nécessaire pour qu'il soit réparé à l'autre station.
S'il arrive que la déviation soit plus forte que celte que donnent les expériences journalières , on peut en conclure que le fil communique avec le réservoir commun. La cause la plus probable du dérangement est une rupture du fil conducteur.
En France, le fil est arrêté, en général, à tous les kilomètres ; lorsqu'il se rompt , il doit au moins de l'un de ses côtés traîner sur une assez grande longueur, et l'on peut admettre que la communication avec la terre est assez bonne pour considérer sa résistance comme nulle. En désignant par l la longueur de la ligne, par x la distance inconnue à laquelle a lieu la rupture, par I l'intensité du courant donnée d'après les registres de déviation , quand l'extrémité de la ligne communique avec la terre , enfin par i l'intensité mesurée avec la boussole pendant le dérangement , on peut appliquer la formule : I : i : : a? : / ou a? a= — / qui est sensiblement
exacte au moins pour l'un des pO:^tes.
Supposons, par exemple, que la longueur de la ligne soit de
250 kilomètres, et que la déviation ordinaire de Taiguille, quand
au posle correspondant on fait communiquer directement la ligne
avec la terre, soit de 12** et qu'on trouve en cas de dérangement
une déviation de 11° avec le même nombre d'éléments, on aura
pour la distance à laquelle le fil est rompti iF=s~ X 290, ou
environ 05= 176 kilomètres.
Si la boussole renverse ou si elle indique le passage d'un courant très-intense, la rupture doit se trouver à une petite distance.
Quand le dérangement est produit par une dérivation d'uno faible résistance , on peut appliquer la même formule qui fournit une approximation suffisante pour aider le surveillant dans ses recherches.
Quelquefois la dérivation provient du contact d*un corps humide, â l'entrée d'un tunnel par exemple , elle peut arrêter la transmission , mais en général elle n'empêche pas le courant de passer en partie et on peut le reconnaître quelquefois en plaçant un galvanomètre sensible sur le parcours du fil ; on examine si l'aiguille éprouve de légères oscillations causées par le courant que le correspondant essaye de temps en temps d'en voyer sur la ligne ; quand ces oscillations ont lieu , il exisie seulement une dérivation en un point du conducteur et l'on fait partir le surveillant pour qu'il en puisse faire disparaître la cause.
Lorsque les lignes sont sur un chemin de fer et qu'aucune partie n'en est cachée , quelques heures suffisent pour parcourir l'espace qui sépare deux stations; du train même, on peut souvent voir le dérangement, et le surveillant s'arrête à la station la plus rapprochée.
Souvent certaines parties ne suivent pas la voie, d'autres peuvent être souterraines. Il est nécessaire, dans beaucoup de cas, de faire de nouvelles expériences dirigées suivant la connaissance que l'on a des lieux, des heures d'arrivée et de départ des trains aux diverses stations, des parties de la ligne qui sont dans des conditions anormales, etc.
Dans ce but, on donne l'ordre aux surveillants de rompre la
communication du fil conducteur en un point déterminé de la ligne , en lui fixant exactement Theure et le temps pendant lequel il doit laisser la communication interrompue, 5 ou 40 miniKes par exemple. Il isolé la ligne du côté du poste où doit se faire l'expérience, et au moment convenu, on envoie le courant en le faisant passer dans la boussole.
Quand Taiguille reste stationnaire, le dérangement se trouve au delà du point où le fil conducteur a été isolé. Si au contraire elle dévie , la communication avec la terre existe entre le poste et l'endroit où se trouve le surveillant. Lorsqu'on ne peut prévenir cet agent, on le laisse continuer sa tournée et on en fait partir un second avec de nouvelles instructions.
Quand l'interruption dure longtemps et qu'un agent supérieur peut aller sur la ligne , il doit être muni d'un galvanomètre portalif; au poste duquel il part, il fait envoyer le courant d'une façon permanente ; après avoir fait isoler la ligne comme précédemment en un point quelconque , il fait communiquer le fil conducteur avec l'une des bornes de son galvanomètre et met l'autre en communication avec la terre.
Si le courant passe, il peut en conclure que la communication est assez bonne entre le poste et le lieu où il se trouve.
Le fil du galvanomètre offrant une très-faible résistance, il pourrait exister une dérivation , et néanmoins par la déviation de Taiguille^ on constaterait le passage du courant. Quand on fait cette expérience , il est bon de faire traverser au courant, au point où se fait l'expérience, des bobines de fil très-fin , d'une résistance à peu près égale à celle des appareils, et de juger, d'après la déviation de l'aiguille, si l'intensité du courant est en rapport avec celle qu'il doit avoir quand la ligne est en bon état.
Cette méthode ne doit être employée que dans des cas exceptionnels, car la conduite des expériences se fait toujours mieux dans upe station que sur la ligne.
Ordinairement on a plusieurs moyens de correspondance télégraphique entre deux postes, soit que la ligne ait plusieurs fils, soit que l'on puisse profiter d'une autre voie de communication. La recherche des dérangements est alors singulièrement facilitée.
BEGHERCHE DES DÉRANGEMENTS. 229
On envoie le courant de l*un des postes en faisant successivement au bureau correspondant : 4° iroler le Bl hors de service; 2** en le faisant communiquer avec la terre ; si l'intensité du courant est identiquement la même dans les deux cas, on on conclut qu'il y a une rupture do fil.
Aux deux stations on fait alors Texpérience indiquée plus haut,
et, appliquantla formule a? = -r ^ on obtient deux points de la ligne
entre lesquels se trouve le dérangement.
Si la déviation ne reste pas la même , il y a seulement une communication du fil avec la terre, et en procédant comme il a été dit au n** 1 68 , on détermine approximativement le point où elle a lieu.
Quand l'interruption se produit sur un fil qui passe à des stations intermédiaires où il est établi en communication directe, la première 'opération consiste toujours à faire couper le fila ces stations et à faire les expériences nécessaires pour déterminer la section delà ligne qui est en mauvais étal.
Nous n'avons pas encore parlé du cas où , en cherchant l'intensité du courant, on reconnaît qu'elle est plus faible que lorsque lo courant traverse l'appareil au poste correspondant. On procède pour la recherche du dérangement comme on le fait quand Tintensilé du courant est nulle. {Voir le n** 487.)
487. — Le deuxième cas de dérangement extérieur (2. B.c.) a lieu quand le fil conducteur est isolé en un point quelconque.
Il est plus rare que le précédent; il se présente quand le fil est rompu très-^près d'un point d'arrêt et qu'il ne peut toucher le sol ; quand les bouts de fil sont réunis au moyen de serre-fils {voir le chapitre suivant) et que lo contact des deux extrémités juxtaposées n'est pas bien établi.
11 est impossible de déterminer la distance exacte à laquelle existe le dérangement, mais au moyen de quelques expériences on peut se faire une idée de sa nature.
On met un galvanomètre très-sensible sur le parcours du fil , on examine, en faisant communiquer le conducteur de la ligne
avec la pile, s'il y a un courant et si ce courant[cst en rapport avec celui que donnent ordinairement les pertes par l'air dans des circonslances atmosphériques analogues. Plus la déviation de Paiguille est grande et [plus la distance de Tisolement du fil est considérable.
En produisant de rapides interruptions de courant à Taide du manipulateur, si l'on n'observe pas de courant de retour, l'isolemcnl de la ligne doit être assez voisin ; dans le cas où le récepteur indique ce courant de retour, risoiement doit se trouver au contraire à une grande distance et tient en général à un dérangement au poste correspondant.
Quand il est nécessaire de circonscrire le dérangement, on fait partir le surveillant en lui donnant l'ordre, à un instant donn>, de faire communiquer le fil de la ligne avec la terre au moyen d'un fil d'essai dont il plonge une extrémité dans un cours d'eau ou l'applique fortement contre les rails d'un chemin de fer quand il est possible. Toutes les fois que ce contact a pour effet de faire passer le courant, le dérangement existe au delà du point où se trouve le surveillant.
Si l'agent qui se trouve sur la ligne est muni d'un galvaftomètro, il peut lui-même reconnaître l'état de la ligne en le mettant sur le parcours du fil qui réunit le conducteur de la ligne à la terre, pourvu qu'au poste on envoie un courant permanent.
Il doit, quand il fait cette expérience, isoler l'autre côté de la
> ligne, parce qu'au second poste on pourrait également envoyer le
courant et il ne pourrait savoir de quel côté vient celui qui reçoit.
Quand la ligne a plusieurs ûls desquels on puisse dispoî^er pendant un certam temps, il est plus simple de faire réunir à un instant donné deux fils et de voir si le circuit est complet.
Aux postes intermédiaires qui peuvent se trouver sur le parcours de la ligne, on doit toujours faire exécuter la même opération afin de connaître la section sur laquelle existe le dérangement.
488. — Il nous reste à examiner le cas où un courant continu se manifeste sur la ligne. La cause la plus généiale est une communication entre le fil conducteur et la pile au poste correspondant; l'employé de service à ce poste ne peut larder à reconnaître ce
REGHEnCHÊ DES DÉRANGEMENTS. 231
dérangement en isolant le Ûl à rentrée de son bureau comme nous Tavons dit plus haut.
Sur quelques lignes de chemins de fer, il existe certains fils destinés à donner des indications sur la marche des trains et qui sont parcourus par un courant continu ; le dérangement se présenterait s'il y avait mélange entre ces fils et un de ceux de la ligne électrique.
On doit toujours commencer par placer dan» le circuit la boussole qui sert aux expériences journalières; quand l'intensité du courant qui vient de la ligne est à peu près égale à celle qui traverse le galvanomètre , quand le correspondant transmet, on peut supposer que le contact entre la pile et le fil conducteur a lieu à la station voisine, et Ton doit chercher à prévenir le poste voisin par tous les moyens possibles.
XJuand on doit faire des expériences plus précises, on fait isoler le fil en divers points de la ligne; si le courant cesse, la communication avec la pile se trouve au delà du point auquel le fil a été isolé.
Lorsque le courant varie lentement d'intensité, il peut tenir à des circonstances atmosphériques ou physiques particulières ; il est utile d'en observer toutes les différentes phases. Nous avons déjà assigné dans le chapitre précédent diverses causes à ces courants naturels qui sont en général peu intenses sur les lignes dont les fils sont suspendus en l'air.
^ 89. Pérangetnents dans les postes moHîples» — La plupart des postes télégraphiques sont desservis par plusieurs fils conducteurs. On peut rechercher sur chacun d'eux les dérangements comme dans le cas d'un seul fil, mais les expériences peuvent être souvent simplifiées.
Ainsi, lorsqu'on dehors des bureaux on réunit deux des fils et qu'en transmettant dans le poste par un des fils on reçoit bien par l'autre, et réciproquement, on peut en conclure que toutes les communications sont bonnes dans la station.
Le fil de terre ne peut être rompu si le courant passe sur une seule des lignes qui aboutit au poste.
Les mélanges de fils sont les dérangements les plus fréquents
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sur les lignes électriques. On les reconnaît aisément puisque le courant envoyé par un des fils revient par Tautre. Pour reconnaître s'il existe dans le bureau, on détache Tun des deux fils à son entrée dans la station.
Quand le mélange persiste, on suit Tun d*eux depuis son extrémité jusqu'au point où il arrive aux appareils et on le détache successivement à tous les boutons des paratonnerres, des commutateurs, des boussoles, jusqu'à ce qu'on arrive à faire cesser le mélange, on reconnaît ainsi entre quels points du poste il peut avoir lieu.
Quand le mélange a lieu sur la ligne, on détermine approximativement le lieu par la méthode indiquée au n® 473.
Le surveillant reconnaît facilement le mélange des fils sur la ligne ; quand il est nécessaire, on lui fait isoler l'un des deux conducteurs en un point déterminé et on examine, au moment où la rupture du circuit a été faite, si le mélange persiste, auquel cas il se trouve entre le poste et le point où Texpérience a été faite.
Le mélange des fils peut aussi tenir à une mauvaise communication des piles et appareils avec la terre. {Voir le n" 475.)
Lorsque dans un poste où plusieurs appareils fonctionnent comme translateurs, la transmission est interrompue sur une des lignes pour laquelle la translation a lieu, on recherche la cause du dérangement en suivant la méthode générale successivement avec chacun des deux correspondants , mais on prend pour manipulateur la palette de l'appareil qui fait communiquer la pile avec le fil conducteur du côté où l'on veut faire l'expérience, et pour récepteur l'autre appareil comme nous l'avons dit au deuxième et au quatrième chapitre.
4 90. — Toutes ces expériences exigent de la part des employés beaucoup de soins et d'attention, un grand esprit de logique que l'habitude peut faire acquérir une connaissance parfaite de la marche du courant, de l'état de la ligne, de la manière dont elle est établie, des parties qui peuvent donner lieu à des dérangements d'une nature spéciale.
Si, par exemple, une ligne a un grand nombre de fils placés directement les uns au-dessus des autre?, et, si un des fils supérieurs,
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étant hors de service, donne lieu à un courant intense quand on le fait communiquer avec la pile» il est assez difficile d'admettre qu'il y ait rupture sans mélange avec ceux qui sont placés au-dessous, et Ton doit plutôt attribuer le dérangement à une communication avec la terre dans une partie souterraine ou dans un des postes que traverse le fil.
Quand des deux côtés la ligne parait isolée , il faut en conclure que le fil est rompu entre deux points rapprochés auxquels le fil est arrêté et ne peut glisser dans les supports; c'est donc sur ces points, peu nombreux en général sur les lignes, qu'il faut éveiller Pattention des surveillants.
La recherche des dérangements est la partie la plus délicate du service télégraphique^ et, si nous sommes entré dans d'aussi grands détails, c'est que nous savons par expérience que bien des interruptions dans le service pourraient être évitées , si quelques employés, trop souvent pénétrés de l'idée que les dérangements ont toujours lieu sur les lignes , n'en abandonnaient la recherche exclusive aux agents secondaires chargés de la surveillance.