‹ Course en voiturin (Italie et Sicile) (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · V... , emporté par ses vingt-deux ans et sa eu · texte numérisé non relu

V... , emporté par ses vingt-deux ans et sa eu

riosité mathématique, avait beaucoup d’occupation. Des messagers officieux le suivaient à la piste, comme font les petits poissons remorqués par les saumons ; sans me coucher de bonne heure, j’étais réveillé la nuit par le retour de mon compagnon, après quelque belle aventure dont il me fallait à l’instant même écouter le récit d’une oreille à moitié endormie.

Le progrès aura de la peine, Dieu merci, à effacer la physionomie originale de Florence. Le gaz hydrogène est inconnu, et quant àl’éclairage à l’huile, on ne sait pas ce que c’est. Celui de la lune est le seul qu’on emploie. Pendant la nuit, la ville demeure plongée dans une obscurité profonde ; mais on y chante sans interruption jusqu’à l’aurore. Le Florentin, comme le rossignol, chante volontiers dans les ténèbres. Sur la place de Sainte-Marie Nouvelle, où nous demeurions, il y avait des sérénades perpétuelles, des chœurs accompagnés de guitares, de violons et de cors.

querajt à la civilité française au point d’apostropher une Parisienne délicate et bien chaussée , la ferait mourir de frayeur. La Florentine, moins méchante et moins peureuse, aime trop la conversation pour se fâcher de si peu de chose ; elle vous regarde avec malice et

répond sans trouble ni colère. Un compliment lui paraît bonàprendre, même d’un inconnu. Si vous demandez à une grisette de Florence la permission de l’accompagner, elle vous remercie de votre politesse avec un sourire rusé, en disant que le padre ou le marito ne trouveraient pas cela bon, s’ils venaient à le savoir, et qu’il ne faut par donner à jaser aux voisins.

M. Y . . moins poltron que moi auprès des

femmes , en faisait souvent l’expérience ; il engageait des colloques interminables ; la grisette, tout en refusant notre compagnie, ralentissait le pas, se laissait reconduire sans effroi aussi loin qu’il nous plaisait d’aller, et se déliait la langue de peur de paralysie. A Florence, comme partout, on trouve d’autres beautés apprivoisées aux rencontres; aussi mon ami

dans leur verre , à Florence le remplissent jusqu’au bord de vin de Champagne. Combien d’Anglaises revêches, qui a Londres ne daigneraient pas parler à leur voisin avant la cérémonie ridicule de la présentation , prennent en Italie le bras de leur danseur pour aller chuchotter loin de l’orchestre dans l’endroit sombre du jardin ! Il n’y a pas grand mal à cela; mais j’ai vu d’autres effets de l’abandon causé par le voyage, et je prétends les définir au moyen d’une superbe comparaison.

A la bataille de Lutzen , il se passa, dit-on, d’étranges choses. Des conscrits effacèrent en valeur et en présence d’esprit les soldats de Marengo et d’Aboukir. De pauvres recrues, montées sur des chevaux de charrettes, écrasèrent les régiments ennemis. Des enfants de seize ans demeurèrentàleur poste, inébranlables comme de vieux centurions. La France épuisée n’avait pu donner à Napoléon que des instruments faibles, mais il sut les manier admirablement. La bataille de Waterloo présente des phénomènes encore plus bizarres. On vit des

Au coucher du soleil, la bonne compagnie se rend en voitures à la promenade des Cascine. En arrivant au rond-point, on met pied à terre et on cause. C’est là qu’on rend ses visites et qu’on remplit d’une manière commode ses devoirs du monde. Florence est une ville de plaisir ; on y danse en toutes saisons. J’ai assisté à plusieurs bals magnifiques donnés dans les jardins. Par une horrible injustice, la bienveillance hospitalière de la société toscane a tourné contre èlle et lui a fait une réputation de légèreté qu’elle ne mérite pas. La chronique des salons y est riche en intrigues curieuses ; mais il est à remarquer que les dames étrangères fournissent les chapitres les plus intéressants. A Londres ou à Paris, on menait une vie sévère ; en voyage, on s’amuse de toutes ses forces avant de reprendre son collier de sagesse. Si on prête le flanc au scandale, on s’observe davantage une fois qu’on est parti , et cela retombe sur Florence, qui en est fort innocente. De belles dames qui à Paris mettaient avec affectation leurs gants

Pt des vacances. L’année suivante, on rentre à Londres ou à Paris ; les uns n’y sont plus que de pauvres recrues, les autres des soldats dociles qui obéissent avec soumission au capitaine de la famille, et marchent au pas avec une régularité exemplaire.

Après Rome , on sait que Florence est la ville d’Italie la plus riche en tableaux et en sculptures ; mais , ce qui est fort commode pour les curieux , presque tout à été réuni dans trois musées, F académie des beaux-arts et les palais Médicis et £itti. On en a dit assez long sur la Vénus, la Niobé, la Vierge à la chaise, pour qu’il soit superflu d enparlei ici. Michel-Ange se retrouve à Florence ce qu’il était à Rome, aussi poète, mais peut-être un peu moins mystique. Le plus grand des ai tistes florentins est à mon sens André del Sarto. Ses Vierges, qui soulèvent fièrement leur enfant entre leurs bras, supportent sans pâlir le voisinage des plus belles toiles de Raphaël. Si je ne craignais d’être accusé d hérésie, j affiimerais que ces Vierges ont un caractère de ma-

capitaines intrépides hésiter à tirer l’épée, un général retenir trente mille soldats qui demandaient à marcher au bruit du canon , et livrer ainsi toute l’armée à une perte certaine; on vit des caporaux tuer leur officier, des soldats refuser d’obéir et se gouverner par euxmêmes, des aides de camp passer à l’ennemi; on entendit des sauve qui peut ! au moment de la victoire, et des cris héroïques à celui de la défaite. C’est un monde renversé où le jugement humain flotte dans les ténèbres. De même à Florence, les étrangers déroutent complètement l’observateur qui est au fait de leurs antécédents et qui les a connus dans leurs pays respectifs. Tel garçon innocent, et réputé incapable de troubler un ménage, devient, comme le conscrit de Lutzen, un séducteur terrible; telle dame dont vous auriez cru le bonnet solidement planté sur sa tête, le jette par-dessus les plus hauts moulins, et perd sa bataille de Waterloo. D’un côté ce sont des victoires inexplicables, de l’autre des désastres impossibles à prévoir. Voilà l’effet des voyages

petit abbé; le second, âgé de trente-cinq ans, paraît maigre et pâle , accablé de tristesse et d’inquiétude, le regard fixe, la bouche contractée par l’habitude de la souffrance. C’est le moment où le peintre songeait à l’argènt du roi de France qu’il avait dépensé, à sa dette d’honneur, à l’abîme dans lequel sa faiblesse pour sa femme venait de le plonger. On sent qu’il ne survivra pas à sa honte. Pauvre André ! pourquoi t’es-tu marié? Il ne fallait pas entrer en ménage avec ton idéal. Tu aurais vécu jusqu’à cent ans comme le Titien; ou bien, puisque tu ne pouvais te passer de cette florentine si belle, il fallait faire comme ce mauvais sujet de Raphaël , rendre l’âme dans les bras de ta maîtresse, et non pas mourir misérablement dans le déshonneur et le chagrin.

Un autre peintre florentin, Allori, plus philosophe qu’ André delSarto, arévéléses peines de cœur d’une manière énergique. Au palais Pitti, en face de la Vierge à la chaise, est une belle Judith qui tient par les cheveux la tête d’Holopherne avec un air menaçant et déter-

jesté divine qu’on ne voit nullepart au même degré. Ces sublimes compositions n’ont fourni qu’à peine à leur auteur les moyens de vivre. A quoi sert tant de génie, bon Dieu! s’il ne peut pas seulement nourrir celui qui le possède? André del Sarto ne savait point débattre ses intérêts et faire, comme on dit, ses affaires. Au couvent de l’Annonciade est une fresque devantlaquelle Michel-Ange et Titien passaient des journées en contemplation ; elle avait été payée d’un sac de farine. A l’académie des beaux-arts sont une multitude de morceaux sublimes; pour chaque ouvrage le peintre reçut la somme de vingt livres. — Et avec cela, des enfants , une femme coquette et inconstante! Les fautes et la catastrophe d’André del Sarto ont fourni le sujet de quelques pages passionnées que j’avais de bonnes raisons de savoir par coeur; aussi ai-je considéré attentivement ses deux portraits faits par lui-même. Le premier représente un charmant jeune homme de' vingt ans au plus, d’un visage rond, d’une physionomie timide , frais comme un

risle vous donne de beaux œillets tandis que vous mangez le chocolat, et que les coureurs nocturnes chantent leurs chœurs avec ensemble sous vos fenêtres, vous vous attacherez bien vite à cette ville séduisante, et vous ne partirez plus sans un déchirement cruel , comme à Rome , comme à Naples, comme partout en Italie. M. V... et moi, nous avions juré nos grand dieux de ne rester qu’un mois à Florence; le deuxième mois était commencé, et des hauteurs du jardin Boboli nous regardions les dômes et la tour du Palais-Vieux avec autant de béatitude que si nous n’eussions jamais dû nous en séparer. Il fallait cependant arriver à Venise avant le retour des pluies. Le bon Carthaginois venait de nous faire ses adieux ; il retournait en Sicile et nous offrait ses services à Noto et Girgenti. Don Asdrubal est avocat au tribunal de Caltanisetta , et je lui ai promis formellement que, si j’avais un procès avec Polyphénie ou Denis le Tyran , je lui confierais ma cause. Nous l’avions embrassé la larme à l’œil, et nous regrettions sa pétu-

miné. Cette tête coupée est celle d’Allori luimême, et la Judith est sa maîtresse. Derrière l’héroïque prostituée , une vieille femme fait un rire infernal, comme pour dire : « Yoilà ce que c’est, maître Allori, que de tomber dans nos filets. » Mais l’artiste a répondu: «Yoilà ce que c’estque d’assassiner les gens. Vous aurez éternellement à la main ma tête sanglante. » L’histoire n’en dit pas davantage sur les amours de Christophe Allori.

Pour peu que vous vous promeniez un soir de pleine lune sur la place de Sainte-Marie des Fleurs, à l’endroit où le Dante aimait à se reposer, et que vous regardiez les jeux de la lumière parmi tous ces dômes entassés et ce gracieux campanile de Giotto, semblable à une tour de porcelaine, Florence aura bientôt gagné votre amitié. Pour peu que vous preniez l’habitude de visiter tous les matins le palais Pitti ou le musée de Médicis, de fumer un cigare sous les galeries, au pied de la statue de Persée, ou sur les quais de l’Arno, d’aller aux Cascine respirer le frais ; pour peu que la fleu-

versité, on y entendrait voler les mouches. Du haut de la tour penchée, Galilée a découvert le secret qui l’a mené au chevalet de l’inquisition. Urbain VIII récompensait le génie en lui octroyant des hernies inguinales. Depuis le xiv° siècle jusqu’à nos jours, la tour de Pise a fourni une énigme sur laquelle une foule de savants se sont exercés. Soufflot est le dernier qui ait attribué l’inclinaison à l’abaissement du terrain ; mais on montre actuellement au baptistère le travail d’un architecte anglais qui prouve clairement que la tour a été bâtie exprès telle qu’on la voit. Les fondations ont leur aplomb ; seulement les colonnes du sud sont

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de quatorze pouces moins longues que celles du nord à chaque rangée, ce qui produit sur la hauteur totale une inclinaison de quinze pieds. La même différence se retrouve dans la coupe des pierres à l’intérieur, et elle est sensible jusque dans les marches de l’escalier tournant. Wilhem, l’architecte de la tour, a voulu qu’elle fût penchée, et sans doute il s’est appliqué à la rendre plus solide et plus

lance africaine, qui animait nos entretiens ; mais Florence n’en demeurait pas moins charmante, et d’ailleurs nous y avions déjà des amis. M. \ ... ne voulait pas entendre parler de départ. Afin de l’arracher à ses habitudes sans trop de secousses, j’employai l’expédient de Bougainville , qui entraîna son meilleur ami au bout du monde en lui proposant d’abord une simple promenade à Versailles. Nous ne pouvions pas quitter la Toscane sans voir Pise, où les voiturins vous mènent en sept heures. Une excursion de quatre jours n’effraya pas mon compagnon, et un matin je le déterminai à monter dans un carrosse de louage.

En arrivant à Pise , on s’aperçoit tout de suite que les Français y viennent souvent, car le meilleur hôtel a pour enseigne un hussard de l’empire, avec cette inscription qui révèle le grand usage qu’on a de notre langue : A I Hussard. Pise est la ville la plus complètement morte de toute l’Italie. L’herbe pousse sur la grand 'place, et sans les jeunes gens de Puni-

— -na ■*-

Aussitôt un des étudiants nous aborda d’un air tout à fait ouvert et cordial; après quelques mots de civilité, il nous apprit qu’il était d’Arezzo, et qu’il suivait à Pise le cours du célèbre professeur Pilla.

Nous demandâmes de là limonade à la neige, etlejeuneArétin s’ empressa de nous Contenter en nous faisant dans sa langue le récit que nous désirions entendre, et auquel je tâcherai de ne rien changer en le traduisant.

durable que les tours les plus droites ; c’est une facétie gigantesque dont on peut nier le mérite et qui choque tout à fait le goût. 11 devrait être défendu à un habile homme de faire de l’esprit avec des pierres de taille. Quant au Gampo-Santo, on a écrit à son sujet les plus belles choses du monde ; je confesse qu’il m’a laissé dans une indifférence absolue, dont je suis prêt à dire mon mea culpa, si on l’exige.

Les habitants de Pise sont hospitaliers, trèspolis pour les étrangers, mais de cette bonne politesse italienne qui entre franchement en conversation et passe par-dessus les façons et l’étiquette. Un soir, nous prenions des glaces en plein air devant un petit café situé près du pont de marbre. Des étudiants parlaient entre eux d’une jeune fille qui devait prendre le voile dans peu de temps par suite d’un grand chagrin.

— Je voudrais bien, disais-je à M. Y..., connaître ces messieurs, et leur faire conter l’histoire de cette jeune fille malheureuse.

aussi, ne saurait avoir la même prétention.

— Ce que je vois de plus clair, répondis-je, c’est que chacun, en Italie, élève sa ville natale bien au-dessus des autres. Mais poursuivez, je vous en prie.

— L’an passé, reprit l’étudiant, il y avait ici deux jeunes gens qui suivaient les cours de l’Université ; l’un était Arétin, et l’autre des environs de Pise. C’étaient de véritables Étrusques de corps et d’esprit ; tous deux de stature colossale, doués d’une force physique presque fabuleuse, et beaux comme des gladiateurs, si ce n’est que l’un avait les jambes un peu longues et l’autre les épaules trop carrées. Andronico lePisan soulevait un banc de pierre sur son dos , et l’emportait, comme Samson la porte de sa prison ; Matteo l’ Arétin brisait un écu pisi^ entre ses doigts comme une coquille de noix. Vos seigneuries me croiront si elles veulent : voici mon ami Giuseppe Bimbo qui leur dira si je suis un menteur. Il a vu aussi bien que moi le terrible Andronic renverser un buffle en le prenant par les cornes,

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HISTOIRE RE LA BEUX riORALISE.

Vos seigneuries, nous dit l’étudiant, ont sans doute observé qu’il existe encore dans ces contrées quelques descendants de la race guerrière qui résista aux armes de Sylla lui-même. Si la conquête de l’Étrurie était à refaire, les Romains d’aujourd’hui n’en viendraient pas à bout. Arezzo devrait être la capitale de l’Italie, à cause de sa position au centre du pays, et de la supériorité incontestable de ses habitants en mériteeten courage. Pise, quoique étrusque

marquer par son adresse dans ces expéditions dangereuses. Le père de Matteo n’est pas plus riche que celui d’Àndronic, et possède un clos de vignes dans les environs d’Arezzo. Malgré le soin que les deux jeunes gens mettaient, à s’éviter, il existait au fond une espèce de rivalité entre eux, et on s’attendait à les voir quelque jour aux prises ensemble. Il ne leur manquait qu’une occasion et un sujet de se passionner. L’occasion vint bientôt, et la passion futla plus funeste de toutes, celle qui changerait les moutons en serpents ou en lions, la jalousie en un mot.

Si vos seigneuries sont à Pise depuis seulement un jôur, elles ont dû certainement admirer la jolie petite église de Santa-Maria délia Spina, cette miniature gothique dont les flèches s’élèvent à peine jusqu’aux toits des maisons qui bordent l’Arno. Nous appelons cette église le Tempietto, et les Pisans ont une grand vénération pour elle, à cause de l’épine provenant de la sainte couronne du Christ qu’on y a conservée pendant plusieurs siècles. Le curé

et le redoutable Matteo arrêter par derrière une charrette attelée d’un fort cheval, qui était à la vérité très-chargé ; je suis trop sincère pour vouloir dissimuler la chose.

Andronic et Matteo étaient les meilleurs garçons du monde, et cependant très-hardis; car ils allaient à la cave sans chandelle, et se promenaient la nuit au milieu des bois comme dans leur chambre. Ils ne buvaient de vin que le dimanche, et n’avaient de querelles avec personne. Comme ils tiraient vanité de leurs forces , et qu’ils n’auraient pas aimé à compromettre leur réputation, ils évitaient les occasions de se rencontrer, n’allaient pas chez les mêmes professeurs, et fréquentaient des

cafés différents. Le père d’ Andronic, don Basile possède une mauvaise petite ferme dans la Pianura, située entre Pise et le bord de la mer. C’est un terrain d’où la Méditerranée s’est retirée peu à peu. On voit dans cette Pianura des troupeaux sauvages trop nombreux pour être domptés, et auxquels on se borne à enlever leur progéniture. Andronic se fit re-

veille des grandes fêtés. Un dimanche, tandis que son oncle Officiait, elle aperçut Androïde Oppuyé contre le mur, et qui la regardait avec tant de plaisir qu’elle se sentit toute joyeuse ; d’un autre côté se trouvait Matteo qui la contemplait avec tant de ravissement qu’elle en fut tout à fait flattée. Elle comprit qu’elle avait deux amoureux de plus, et les deux jeunes gens virent bien qu’ils étaient rivaux.

Dans ce temps-là, il y avait hors des murs

une pauvre famille dont la maison venait dé

brûler. On fit des souscriptions en faveur des incendiés, et le curé de Santa Maria délia Spina voulut que sa niècè quêtât dans son église. Fioralise mit sa plus belle robe et se para de flettrs. On accourut enfouie au Tempieito pour iüi apporter de l’argent. Pas un étudiant ne donna moins d’un paolo, c’est-à-dire douze sous de France; et moi qui vous parle, j’offris bel et bien un demi-écu. Andronic glissa queb ques mots à l’oreille de Fioralise, qui lui répondit par un sourire charmant, et Matteo reçut en échange de ses compliments une ré-

avait une sœur, veuve d’un tapissier de Florence, et cette sœur avait une belle fille de seize ans, mais belle comme les astres, une Vénus enfin. Cela est si vrai qu’aussitôt arrivée ici, elle reçut le sobriquet de Venere del Tempietto, et pourtant elle n’a passé que deux mois a Pise, chez son oncle le curé. Lorsqu’elle se promenait sur le quai, coilTée d’un voile à l’ancienne mode, les bras nus, maniant l’éventail avec grâce, les gens du peuple s’arrêtaient en extase pour la regarder; on entendait pleuvoir sur elle ces bénédictions quelabeauté provoque toujours dans ce pays où l’on a pour elle une antique adoration. Malheureusement Fioralise était encore plus coquette que belle. Samère F avait envoyée ici pour F arracher à une demi-douzaine d’amoureux qui commençaient à la poursuivre de trop près. Elle vivait dans la maison du curé, ne voyait que son oncle et une servante de soixante ans, et n’avait d’autre divertissement que de tirer des horoscopes avec un jeu de cartes, de raccommoder des surplis, et de préparer des vases de fleurs la

—Monsieur le curé, luiditMatteo, je ne suis pas riche, mais je vous apporte un paolo de plus en faveur des incendiés.

—C’est bien, mon ami, répondit le bonhomme ; voici ma nièce qui va joindre cet argent au produit de sa quête.

H me semble que vous m’avez déjà donné

tout à l’heure à l’église, dit la jeune fille d un air malin.

— En effet, reprit l’étudiant; mais j’ai oublié cette pièce au fond de ma poche, et je ne veux pas qu’elle soit perdue pour la charité. C’est aussi une occasion de voir une jolie giovineltaqvâ a des yeux admirables, et decauseï ' avec monsieur le curé, s il veut bien le pei -

mettre. , .

— Causons, mon ami, cela ne fait de mal à personne. Souffrez seulement que je continue à bêcher ma plate-bande, et asseyez-vous sur ce banc.

Matteo, enchanté de ce bon accueil, s’assit sur le banc de bois, mais si lourdement qu il le brisa par le milieu et tomba sur le dos. Fio

vérence gracieuse qui signifiait que i’amour ne faisait pas peur à la quêteuse. Une heure après, on ferma l’église : la foule se dispersa, et sur le quai de l’Arno il ne resta plus qu’Andronic et Matteo à dix pas l’un de l’autre. Le curé arriva bientôt; les deux jeunes gens le suivirent jusque chez lui, non sans être remarqués de la belle nièce, qui partageait ses œil-, lades entre les deux galants avec une justice scrupuleuse. Andronic et Matteo se rencontrèrent devant la porte de curé, et se parlée rent pour la première fois.

Il paraît, dit Matteo, que le même motif nous amène. Si nous entrons ensemble, nous nous ferons tort réciproquement: jouons à qui passera le premier.

—J’y consens, répondit Andronic; le sort en décidera. 'i

Ils jouèrent à la murra, et Matteo, ayant gagné la partie, entra dans la maison, tandis que l’autre attendait dans la rue. Le curé était au jardin et travaillait à bêcher une platebande,

ondle. On causa ainsi pendant une heure, sans que le bonhomme se doutât de rien. L’étudiant se retira ensuite, et comme la belle nièce le reconduisit jusqu’à la porte, il ôta de sa cravate une superbe épingle en argent doré, qui valait un écu.

— Adorable Fioralise, dit- il, je voudrais que mon cœur fût de l’or pur pour vous rendre riche en vous le donnant. Voici toujours une épingle que je serais fier de vous faire accepter, en échange de cette rose que vous avez dans vos cheveux.

-^Une épingle vaut plus qu’une rose , répondit Fioralise rouge de plaisir. Je serais bien sotte de refuser une fleur à un signo'r aussi généreux que vous.

Matteo sortit en bondissant de joie, et passa devant Andronic en lui montrant d’un air railleur la rose que la quêteuse portait à l’église. Andronic furieux tira aussitôt le cordon de la sonnette, mais avec tant de brusquerie qu’il le brisa, et que le manche de fer lui resta dans lamain. La servante, enlui ouvrant, ne manqua

ralise éclata de rire, et le curé se mit dans une colère épouvantable.

— Ne vous fâchez pas, mon oncle, dit la jeune fille;, il est fort heureux que cette planche se soit rompue aujourd’hui, car demain vous auriez pu la rompre vous-même et vous blesser en tombant.

La servante apporta des chaises ; Matteo, tout confus de sa maladresse, ne savait plus que dire. Il s’embrouillait dans ses phrases et regardait Fioralise avec des yeux suppliants. Pendant ce temps-là, le curé, toujours grondant, s’évertuait à déraciner un petit oranger mort ; il creusaitla terre et secouait l’arbre sans pouvoir seulement le fairepencher.Matteo arracha l’oranger comme si c’eût été une asperge, et le bon vieillard, content d’épargner une demi-

journée de travail, oublia sa planche brisée. On parla de choses indilférentes; mais le curé, occupé à son jardinage, ne voyait pas la pantomime de Matteo, qui exprimait tout ce que sa bouche n’osait dire. Fioralise riait et se moquait tantôt de l’amoureux et tantôt de son

bien aise de regarder votre aimable nièce, qui est la plus belle personne de Pise et à laquelle nous avons donné le surnom de Vénus du Tempielto. Mais si vous me trouvez indiscret, je vais me retirer, monsieur le curé.

— Sainte Marie ! s’écria Fioralise en éclatant de rire, c’est absolument ce que nous a dit l’autre signor qui était ici tout à l’heure.

— Mon ami, reprit le curé , regardez ma jolie nièce, je vous le permets, et puisque vous êtes si robuste, aidez-moi un peu en emplissant mes arrosoirs, tandis que je donnerai à boire à mes œillets.

Andronic fit compliment au curé sur le bel état de son jardin , et se mit à causer comme Matteo, adressant ses paroles à l’oncle et ses signes à la nièce, qui riait de tout son cœur de ce manège. Il glissa dans la main de la jeune fille un petit billet où sa passion était exprimée par une douzaine de vers très-fleuris, et puis il priteongé en saluant poliment le curé. Fioralise le reconduisit jusqu’à la rue, et avant d’ouvrir la porte, Andronic tira de sa

pas de crier comme un aigle après ce signor qui venait de rompre la campmella. Sans écouter les excuses et les supplications d’ Andronic, elle annonça au curé qu’un étranger qui avait rompu la campanella demandait à lui parler, çt le bonhomme reçut de fort mauvaise humeur ce diable d’homme qui lui avait rompu sa campanella. L’amoureux déçontenancé.balbutia quelques mots inintelligibles et devint muet comme un poisson. Heureusement Fio^ r alise vint à son secours. Elle assura que le dégât n’était pas grand, et réussit à calmer un

peu son oncle. Le bonhomme tirait de l’eau d’une citerne, et se fatiguait à emplir un tonneau ; Andronic prit la corde et puisa quinze seaux d’eau en un moment, ce qui répara la faute de la sonnette rompue.

— A présent, mon ami, lui dit le curé, voyons le sujet qui vous amène, si toutefois votre mère n’a pas oublié de vous faire une langue.

—Je vous apporte un paolo pour votre quête, répondit Andronic, et en même temps je . suis

avec son oncle, et les deux galants abordèrent le curé l’un après l’autre. Comme la jeune fille admirait beaucoup les tasses de porcelaine, les jouets d’enfants et les fleurs artificielles, Matteo aurait bien voulu lui offrir un cadeau ; mais en fouillant toutes ses poches, il n’y trouva pas un denier, en sorte qu’il fût obligé de mettre un frein à sa générosité. Andronic brûlait d’envie de présenter à sa belle une boîte en carton qu’elle avait paru souhaiter; mais il eut beau retourner sa bourse dans tous les sens, il n’y découvrit pas un baïoc , c’est pourquoi il renonça par nécessité à faire le magnifique.

Nos deux amoureux continuèrent ainsi pendant un mois à suivre partout leur maîtresse et à se présenter chez elle avec la discrétion nécessaire pour ne point donner d’ombrage au curé, qui était la simplicité môme. Ils avançaient tous deux insensiblement dans les bonnes grâces de la belle Fioralise, l’un d’eux n’obtenant pas une faveur sans que l’autre reçût un équivalent, si bien qu’un licencié

poche une bague ornée d’un morceau d’agate.

— Si la belle Fior alise, dit-il, voulait porter cette bague en souvenir d’un pauvret qui se meurt d’amour pour elle, je lui demanderais en échange ce morceau de ruban noir qu’elle a sur l’oreille.

— Jésus! s’écria la jeune fdle, que les garçons de Pise sont galants! L’autre signor m’a donné une épingle, et vous m’offrez un anneau! Je n’ai garde de vous refuser ce bout de ruban ; je vous le dois, puisque j’ai accordé à l’autre une rose.

Matteo avait attendu son rival dans la rue. Il vit passer Andronic léger comme un oiseau et tenant à sa main le ruban noir que la quêteuse avait sur l’oreille à l’église. Le soir, vers dix heures, Matteo amena trois violons et une flûte sous les fenêtres de sa belle et lui donna une sérénade. A minuit, Andronic vint aussi accompagné de deux guitares et d’un chanteur. Le lendemain, il y avait une feria sur la place du Dôme; des marchands forains étalaient leurs boutiques volantes. Fioralise y passa

n’a pas le sens commun . Commencez par écrire à vos parents. — Fioralise, qui écoutait à la porte, parut aussitôt dans la sacristie.

— Mon oncle, dit-elle, il me semble, au contraire, que le signor Matteo agit en homme de sens. Il vient d’abord s’assurer que vous l’accepterez volontiers pour votre neveu : est-ce qu’il ne faut pas aussi qu’il me demande si je veux de lui pour mon mari ?

— Tu as raison, reprit le curé. Dis donc tout de suite ce que tu penses de don Matteo.

— Je pense, dit Fioralise, qu’il est d’une condition supérieure à la mienne, qu’il me fait beaucoup d’honneur en jetant les yeux sur moi, et que je sais accommoder la polenta comme le doit une fille bonne à marier.

— C’est la vérité, dit l’oncle ; tu fais la polenta comme une archiduchesse ; ainsi , mes enfants , je vous marierai dès que le courrier d’Arezzo m’en apportera la permission.

Après la , messe, Andronic vint à son tour chercher le curé dans la sacristie, et lui adressa la même demande que Matteo.

ès sciences n’aurait pas su dire lequel avait la préférence. Cependant les voisines jasaient entre elles de l’imprudence du curé. Une dévote vint avertir le bonhomme des propos qui

se tenaient sur sa nièce, et un matin les deux amoureux trouvèrent la porte fermée et la servante inflexible comme un cerbère. Sans s’en douter , le vieil oncle employait le plus sûr moyen d’exaspérer la passion des deux jeunes gens, car vos seigneuries n’ignorent pas que l’amour ressemble à ces torrents dont les écluses ni les murailles ne peuvent arrêter le cours. Andronic et Matteo ne songèrent plus qu’à faire ouvrir cette porte close, et le même expédient leur vint à l’esprit à tous deux en même temps. Le dimanche suivant, Matteo entra dans la sacristie au moment où le curé mettait son surplis, et lui demanda la main de sa nièce.

— Avez-vous l’approbation de votre famille? lui dit l’oncle.

— Pas encore, répondit Matteo.

— Eh bien! mon garçon, votre démarche

que don Matteo reçoive des nouvelles de son pays.

Au lieu de suivre ce conseil raisonnable, Anclronic sortit furieux d’avoir été prévenu; il trembla que son rival ne réussît le premier, et à force de se monter la tête il conçut le projet de forcer Matteo à lui céder la place. De son côté, l’Arétin fut transporté de colère en apprenant qu’Andronic voulait le supplanter. Il jura devant témoins qu’il saurait bien se débarrasser de son concurrent. Le bruit se répandit aussitôt dans la ville que ces deux ennemis se cherchaient, et on s’attendit à une catastrophe. En effet, ils se rencontrèrent dans ce café même, à l’heure de Y Angélus. Matteo s’assit à cette place où je suis, et Andronic se mit en face de lui, à cette table que vous voyez. Il se regardèrent un moment sans parler, et je vous assure que les assistants étaient pâles d’effroi.

Ici le narrateur s’interrompit et fixa sur nous ses yeux d’une vivacité singulière pour recueillir sur les visages de l’auditoire quelques

—Vous arrivez trop tard, lui dit le bonhomme; ma nièce est accordée....

— Un momentino! interrompit la jeune fille, nous ne tenons pas encore l’autre signor. Don Matteo m’a honorée, mais don Andronico me fait plaisir. Le premier est un aimable cavalier; le second serait un excellent mari. Sans lui ' dire non, il suffit de l’avertir que je suis accordée. Si la permission que nous attendons est refusée, comme j’ai tout lieu de le craindre, je serai trop heureuse de recevoir les consolations du signor Andronic. On a des amoureux tant qu’on en veut, mais un mari cela est rare, et bien sotte est la fille qui lâche d’une main sans être sûre de tenir ferme de l’autre,

— Cristo ! s’écria Je curé, quelle petite commère! voilà ce qui s’appelle entendre ses intérêts ! Si tu ne te maries point, ce ne sera pas faute d’esprit et de malice. Mon cher Andronic, puisque cette fillette en sait plus long que nous , rapportons-nous-en à sa sagesse. Parlez à votre père, et attendez paisiblement

de bonne composition ; mais je vous avertis que cela ne peut plus durer.

— Don Matteo, répondit l’autre, cela ne durera pas , car vous allez renoncer à celle que vous appelez votre maîtresse, et qui est la mienne.

— C’est vous qui renoncerez à Fioralise, je vous le jure par tous les saints du paradis.

— Il faut que cela finisse, reprit Matteo ; je vous donne jusqu’à demain pour réfléchir. Si à pareille heure vous ne déclarez pas que vous abandonnez vos prétentions, vous aurez affaire à moi.

— Et que ferez-vous, si je ne vous cède pas la place?

— Pardieu! chien de Pisan, je t’écraserai sous mes pieds comme un insecte.

— C’est-à-dire, misérable Arétin, que je t’assommerai comme un bœuf à la boucherie.

— Non, non. Je te prendrai par les jambes et je te lancerai dans le fleuve.

— Quel fleuve (1)? C’est moi qui te saisirai

(1) Cette répétition interrogative équivaut en italien à une négation.

signes d’émotion. Mon compagnon, M. Y..., n’avait compris le récit qu’à moitié; quand je l’eus mis au fait de la situation, il se tourna vers l’homme aux yeux perçants et lui dit avec sang-froid:

— Eh bien : après ?

— Si vos seigneuries, reprit le narrateur, ont séjourné à AreZzo, elles ont pu remarquer qu’on n’y ment jamais, tandis que le reste de l’Italie est plein d’imposteurs. Mon ami Joseph Bimbo vous dira que j’aime trop passionnément la vérité pour ajouter à cette histoire un seul mot de mon invention. Les gens que le hasard ou la curiosité avaient amenés dans le café devinèrent tout de suite, aux regards des deux rivaux, que la querelle irait loin, et les plus braves auraient bien donné quelques paoli pour être transportés subitement chez eux. Ils restèrent immobiles attendant l’événement. Matteo rompit bientôt cet horrible silence.

— Don Àndronico, dit-il , je vous ai laissé jusqu’à présent faire la cour à ma maîtresse sans vous gêner, et vous avez dû me trouver

que le grand orgue du Dôme vous eût semblé un hautbois en comparaison. Qu’on juge donc de l’épouvante que répandaient ces paroles, accompagnées de gestes si violents! Quand les deux rivaux se séparèrent, tout le monde se sentit soulagé comme si un tigre et un lion eussent passé par miracle dans ce café sans faire de mal à personne. Mais je m’aperçois que vos seigneuries sont elles-mêmes saisies d’effroi ; laissons-leur le temps de se remettre un peu de leur émotion.

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— Continuez, dit M. V . ; nous attendons

avec impatience le dénouement.

—Je m’arrête à dessein, reprit le narrateur, pour vous rappeler que je vous avais annoncé deux personnages de l’antique Étrurie et un exemple frappant des fureurs de la jalousie.

De grâce, interrompis-je, achevez d’abord le récit de ce combat.

— Les héros d’Homère, dit l’étudiant, tiennent un langage que nous regardons aujourd’hui comme exagéré, et cependant....

à la gorge et te jetterai par-dessus la tour de la Faim.

— Moi, je te rendrai la mort plus dure, car je prétends te briser les quatre membres l’un après l’autre.

— Dis plutôt que je t’arracherai les deux yeux, afin qu’ils ne puissent voir l’état déplorable dans lequel je te mettrai ensuite.

— Tu ne sais pas qui je suis; je vais te le montrer. Figure-toi que cette table soit ton dos : voici comment je frapperai dessus.

Matteo donna sur la table un coup de poing qui enfonça les planches ; mais aussitôt An- * dronic prit une chaise et la pressa si fort entre ses bras qu’elle se rompit en plusieurs morceaux.

— Voilà, dit-il, comment je ferai craquer tes os.

Il y eut un mouvement d’horreur dans l’assemblée. L’Arétin appuyait son discours d’une foule de jurements effroyables par lesquels on voyait bien qu’il ne se connaissait plus ; le Pisan, de son côté, criait d’une voix si terrible

- Comme je vous l’ai dit : ils se sont séparés, laissant la foule glacée d’horreur et d’épouvante.

— Quoi ! ils ne se sont pas assommés ?

— Non, par la grâce de Dieu.

— Alors permettez-moi de trouver quelque différence entre votre histoire et celle de la guerre de Troie, car le fils de Pélée a tué celui de Priam.

M. Y... partit d’un éclat de rire homérique, au grand scandale de la compagnie.

A présent, dis-je, racontez-nous en deux

mots ce qu’est devenue Fioralise.

Le père de Matteo, qui s’appelait Lena,

reprit enfin le narrateur, s’imaginait descendre du consul Popilius Lœnas, et pour cette raison il ne lui parut pas convenable de marier son fils avec une tapissière de Florence. Non-seulement il refusa son consentement en termes fort durs, mais il écrivit encore au marquis*** pour le prier de faire en sorte que Fioralise lut renvoyée dans sa famille.

Par pitié, remettons les réflexions à un autre moment.

Il ne manquait a Andronic que les armes

du fils de Pélée, à Mattep ‘que le bouclier d’Hector...

— Le combat, le combat!

— Et si au lieu de vous dire les choses tout simplement, j’avais mis cette histoire en vers pompeux, vous auriez vu qu’ Andronic aux longues jambes...

— Le combat, le combat, le combat !

Et Matteo 1 invincible ne l’eussent cédé en rien...

De par tous les diables ! le combat. Nous ferons après des comparaisons et des parallèles.

Que demandent vos seigneuries? dit le narrateur d’un air étonné.

— Nous demandons le récit du combat, le dénouement de la tragédie.

— Ne vous ai-je pas raconté cette scène terrible?

— Pas en entier. Lequel des deux héros a tué l’autre ? Comment a fini la bataille ?

— Hélas ! disait Fioralise en pleurant, vous voyez bien que je n’avais pas tort d’accepter deux amoureux à la fois, puisqu’il ne me reste pas seulement de quoi faire un mari.

Elle retourna chez sa mère. Un jour une vieille comtesse vint par hasard marchander un meuble chez la tapissière, et conçut de l’amitié pour ces bonnes gens. La beauté, les manières aimables de la jeune fille lui plurent, et elle la prit pour demoiselle de compagnie, en promettant de lui donner une pension. Fioralise ne savait que lire et écrire; mais comme la comtesse n’en savait pas davantage, on pensa que c’était assez d’instruction. Le sort de cette pauvre fille paraissait assuré, lorsqu’un malheur imprévu vint encore l’accabler. Soit que les valets aient voulu perdre la demoiselle de compagnie, soit que le démon ait profité de l’éblouissement du luxe pour la séduire, elle fut menacée d’un procès criminel. La comtesse perdit des boucles d’oreilles en diamants; on fit une perquisition dans les chambres des domestiques, et les diamants se re-

Andronic n’eu t pas plus de bonheur. Son père, homme faible et stupide, avait épousé en secondes noces une femme méchante qui détestait cet enfant du premier lit. Comme la marâtre eût souhaité de voir ce fils mort, à plus fort raison ne voulait-elle pas qu’il se mariât. Quand le père lui demanda son avis, elle se mit à crier, en disant que ce scélérat d’Andronic la ferait mourir de chagrin, qu’il ruinait le ménage par son appétit vorace, que la voisine Tommasina l’avait vu passer devant la madone sans ôter son chapeau, que les assiettes cassées, les chutes des enfants, les mauvaises récoltes et tous les malheurs de la famille venaient de cet être maudit. Elle termina sa harangue par un ruisseau de larmes, en assurant que si Andronic se mariait, elle en tomberait malade. Le père accabla son fils de reproches et le menaça de sa malédiction, puis il courut chez l’évêque qui le protégeait. L’évêque eut une conférence avec le marquis *** , et un matin le curé reçut l’ordre de renvoyer sa nièce à Florence.

qu’il est dans les honneurs et les richesses, il oublie et méprise ses anciens amis.

Après avoir obtenu, non sans peine, que le narrateur achevât son récit, nous prêtâmes des oreilles complaisantes à ses belles dissertations sur les enfants de l’antique Étrurie et sur l’admiration qu’on leur doit, au mépris du reste de l’Italie et du monde entier ; toutes choses aussi incontestables qu’amusantes, mais dont le lecteur ne se soucie pas et dont on peut lui faire grâce.

trouvèrent parmi les effets de Fioralise. L’intendant de la maison montrait une animosité suspecte; la rumeur publique l’accusa d’avoir employé une ruse abominable pour écarter une favorite dont il était jaloux. Fioralise nia sa faute ; mais les Toscanes savent si bien colorer le mensonge qu’à Florence on se défie même du cri de l’innocence. La comtesse ne voulut pas de procès ; elle chassa seulement la demoiselle de compagnie, et Fioralise déshonorée, peut-être injustement, offrit ses chagrins à Dieu. Elle s’est retirée dans un couvent, où elle prendra le voile après son année de noviciat.

Andronic continue à dompter des veaux sauvages dans la Pianura, et sa belle-mère espère toujours qu’un de ces matins on le rapportera sur un brancard à la maison. Quant àMatteo, son père Fa envoyé à Rome chez des protecteurs puissants. Il est secrétaire du cardinal A..., qui lui donne quatre-vingt-dix écus romains d’appointements, c’est-à-dire près de cinq cents francs de France par an ; et depuis

comme le soleil ne se couche pas deux jours de suite au même instant, il en résulte une confusion dont on ne triomphe que par une habitude prise dès l’enfance. Si vous oubliez de regarder à votre montre lorsque Y Angélus annonce le passage d’un jour à l’autre, vous perdez la clef du calcul, et vous ne savez plus quel nom donner aux heures. Pour moi, je confesse qu’au bout d’un an de séjour en Italie, je commençais à peine à me reconnaître dans cet imbroglio. Cependant minuit et midi, qui ne varient pas, forment dessalons au moyen desquels on se guide approximativement. Il vous faudrait du papier, une plume et cinq minutes de travail, pour trouver que neuf heures du matin font quatorze heures et demie, ou quelque chose d’aussi simple, tandis que vous vous tirez d’affaire en disant trois heures avant midi. On se sert encore avec avantage du tocco, ainsi appelé parce que l’horloge ne frappe qu’un coup. Deux et trois heures de France, qui seraient peut-être en Italie dix-neuf et vingt heures, plus une frac-

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