‹ Course en voiturinChapitre 12 sur 19 · ÔS · texte numérisé non relu

ÔS

nitieiine.il n'y ajamais de querelle dans le ménage, point de tracasseries ni de paroles aigres ou sévères; seulement Anzelina est dévorée de chagrin. Le mari, craignant qu'elle ne meure , essaye de l'arracher à sa mélancolie en lui donnant des fêtes, en ne lui refusant aucun des plaisirs qui amusent une femme. Tous les soirs il lui fait entendre des concerts, organise pour elle des parties d'eau, des joutes ou des sérénades ; rien ne peut la dérider. Les douceurs du luxe ne la touchent point, quoiqu'elle les ait aimées autrefois jusqu'à l'extravagance. Son palais est éclairé au gaz, enti'etenu avec autant de soin que possible ; un pont magnifique, construit à grands frais pour faciliter l'abord de cette résidence, va être achevé bientôt; d'autres travaux considérables sont commencés. Zanze regarde tout cela d'un œil distrait. On la trouve encore belle, et les étrangers qui la voient ne cessent de répéter qu'il n'y a pas de plus charmante personne sur la terre. Cependant il est certain qu'elle s'en va mourant. Souvent, dans les bals, au milieu

des lumières, de la musique et des rires, elle se met dans un coin de son appartement à regarder par la fenêtre le Rio sombre ou les quais déserts. Elle suit des yeux ces pau\Tes pêcheurs qui se promènent comme des ombres sur la Rica des Esclavons, trop fiers pour demander l'aumône et accablés par la misère. Elle voudrait leur jeter ses diamants, mais elle songe que ses colliers ne lui appartiennent plus, et que les folies de fille capricieuse ne conviennent plus à une femme mariée ; alors elle prend sa tête dans ses mains, et chante d'une voix lamentable quelque vieille chanson de barcarol.

Une seule chose la réveille encore de son assoupissement; c'est la Régate. Quand nos gondoles minces fendent l'eau de la Giudecûa comme des poissons, se poursuivant et se dépassant les unes les autres ; quand le ISkolotto jette des regards furieux au Casiellano qyxi veut l'atteindre et le serre de près ; quand les fanfares célèbrent la victoire, et que les mariniers portent le vainqueur sur leurs épaules, alors

les yeux d'Anzelina brillent comme des étoiles; elle agite son mouchoir en l'air, et suit la joyeuse procession en poussant des cris de plaisir ; mais en abordant à la colonne du lion ailéy lorsqu'elle aperçoit les fenêtres fermées du palais ducal et les canons braqués sur la Piazzetta, elle détourne la tête, elle verse des larmes amères, et, en rentrant le soir à son palais, elle retombe dans un silence désespérant, .f»

— Telle est l'histoire delà belle Vénitienne, ajouta le vieux facchino. Le mal est sans remède. Ni la bonté ni les soins d'un mari indulgent ne peuvent sauver celle que Dieu a marquée d'un signe fatal. L'Adriatique aperdu sa fille, et nous autres, pauvres gens, qui nous rappelons le temps passé, nous répétons tristement : Zanze è estinta ! Anzela est morte !

CBARIrES GOZZI.

Il est impossible de passer à Venise sans songer à Charles Gozzi. — Lorsqu'un poëte aimé de son vivant tombe après sa mort dans un oubli profond, il est rare que cet oubli soit injuste. On a d'ailleurs tant de plaisir à redresser les torts du public, qu'il se trouve toujours des critiques disposés à s'en charger ; on pousse même souvent le zèle jusqu'à vouloir réhabiliter de vieux noms sur lesquels l'oubli s'était légitimement assis, et que la

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