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LES SOURCES

Cauterets, sans contredit, est le lieu des Pyrénées le plus riche en sources thermales. Il en possède au moins dix, qui contiennent généralement du sulfate de soude, du gaz hydrogène sulfuré, une substance bitumineuse et plusieurs sels dans des proportions différentes. Toutes sont désagréables au goût, mais propres à guérir quantité de maux.

Le médecin inspecteur qui connaît la vertu efficace de chacune d'elles, examine les malades envoyés près de lui, de toutes les parties de la France, et, assez semblable au juge suprême, fait, à sa manière,

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son petit juge meut dernier. Il sépare les poitrinaires d'avec les catarrheux, les lymphatiques d'avec les tempéraments nerveux, — et suivant la nature ou la gravité de leurs affections, les envoie bouillir dans des chaudières de 48°, ou se rafraîchir dans des eaux plus tempérées. Il a pour les répartir dix établissements thermaux, qui sont :

La Raillière, dont on fait usage dans les maladies des voies respiratoires, les catarrhes chroniques, les affections du larynx, la phthisie pulmonaire. Sa température est de 39° centigrade.

César. Les eaux de cette source sont administrées en bains et en douches contre les rhumatismes chroniques et certaines affections de la peau, etc.. Elles donnent du ton aux tempéraments mous et lymphatiques, et reconstituent les forces. (45°.)

Les Espagnols. Ces eaux servent aux mêmes usages que les précédentes, mais elles sont plus actives peut-être, et leur emploi, par conséquent, demande à être surveillé davantage. Leur température est de 45° 50.

Cesar-Vieux est employé dans l'emphysème pulmonaire, l'asthme humide. Il peut être utile égaler ment dans certaines affections de la peau. ^49°)

Pauze-Yieux et Pauze-Neuf se recommandent pour les affections cutanées, les douleurs ostéocopes (douleurs aiguës dans les os) et divers autres accidents. (44°. »

Bruzaud (la source de) est employée dans certains engorgements et dans quelques affections du ventre. — Les douches ascendantes de cet établissement rendent les plus grands services. (37°.)

Petit-Saint-Sauveur (Eaux du). Elles sont préconisées dans les maladies essentiellement nerveuses, telles que vapeurs, et chorée, ou danse de Saint-Guy. (33°.)

Mahourat. L'eau de cette source est très-renommée. Elle agit avec efficacité dans un grand nombre de maladies des voies digestives. Elle sert en outre à faire digérer parfaitement les eaux de la Raillière qui laissent souvent un poids fort lourd à l'estomac. (31°.)

La Source du Pré présente les mêmes indications que celle des Espagnols. On y prend des fumigations. (45° 50.)

La Source du Bois, enfin, est utile dans certains cas de rhumatismes nerveux, et contre des accidents de diverses natures. Son action est moins vive que celle des Espagnols ou du Pré. (43°.)

Telle est la nomenclature des sources de Cauterets ; pour la rendre complète, nous devons y ajouter la Source des Œufs, qui n'est pas encore exploitée. Elle émerge au milieu des rochers qui bordent la rive droite du gave, au-dessus de Mahourat. 11 faudra détourner le cours du torrent pour bâtir un établissement à cet endroit, mais ce n'est pas là

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une affaire pour les mines et les ponts-et-chaus-

sées. L'eau «le celte source est abondante, sa température est la plus haut'- de toutes celles des environs mi >; elle l'ait durcir les œufs, ee qui lui a valu son nom. Elle est appelée, dit-on, à rendre d'immenses services. Elle ajoutera, s'il est possible, à l'importance de Cauterets comme établissement thermal, et contribuera à augmenter encore sa clientèle.

Les malades, au reste, sont déjà si nombreux à Cauterets, que le docteur officiel aurait fort affaire s'il devait répondre à tous. Plusieurs médecins qui s'établissent ici, pendant la saison des Eaux, lui viennent en aide. C'est à l'obligeance de l'un de ces messieurs, du docteur Balencie, que je dois les détails du chapitre qu'on va lire. J'aime à consigner, dans ces lignes, l'expression de ma reconnaissance. M. Balencie est un homme de talent et d'esprit, au regard doux et profond, qui tout d'abord inspire la sympathie. Lorsqu'on apprend qu'il est médecin, on songe aussitôt : « si j'étais malade, j'aimerais à recevoir ses soins. »

Nous dînions à la même table ; je lui avais été présenté par un ami commun. — « J'ai, nous dit-il, à vérifier les différents degrés de thermalité de nos sources, voulez-vous profiter de l'occasion? » Et il se mit à notre disposition pour nous faire visiter les établissements de Cauterets.

Nous commençâmes le lendemain par les bains de l'Est, qui sont ceux de Pauze et de César.

Les établissements thermaux de Cauterets appartiennent pour la plus grande partie à la vallée, les autres à des particuliers; ils sont tenus par des fermiers, et, sans vouloir se montrer malveillant, on peut dire qu'ils ne sont pas tenus avec le soin désirable. Nous avons entendu, là-dessus, l'aire certaines plaintes que nous n'avons pas à répeter: si nous les constatons, c'est pour avoir à dire qu'elles deviennent chaque année plus rares, et qu'elles le deviendront plus encore par la suite. Chaque saison apporte ses améliorations; des bâtiments entièrement réédifiés remplacent déjà d'anciens et inconfortables établissements. Les nouveaux présentent une architecture élégante, un intérieur mieux approprié, et un luxe de marbre blanc qui ferait la négligence des gens de service trop visible pour ne pas la rendre impossible, Pauz&-Neùfesi ainsi. Pau%e-Vienx el Césœr- Yirux, qui se trouvent tout près, forment un contraste frappant ; ce sont des masures à côté d'un p;ilais.

Le chemin qui conduit à ces bains esl un sentier en lacet, frayé sur la montagne aride, el fort dur à grimper. On monte d'abord en tournant le dos a Cauterets, puis le lacet fait un brusque coude et l'on voit le village à sa gauche ; arrivé aux établissements, on le domine entièrement : ses rues ei ses

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places se dessinent comme sur un plan en relief. l.r spectacle, à vol d'oiseau, «lu mouvement des gens qui vont, qui viennent et se croisent à 4 ou 500 pieds sous vos yeux, est assez amusant, mais il ne laisse pas que d'être indiscret. L'oiil plonge si bien au plus profond des maisons, que rien n'empêche de voir, dans la cuisine de L'hôtel de France le marmiton tremper le doigt dans les sauces.

Sur ce chemin de Pauze, les chaises à porteurs. encore aujourd'hui, régnent sans partage, mais non pas sans appréhensions depuis qu'on médite de conduire jusque-là les rampes d'une route carrossable qui s'embranchera sur celle de la Raillière.

Dans ces établissements comme dans ceux du même genre que nous avons déjà décrits, tout se passe d'une laçon à peu près semblable. Nous n'y reviendrons pas. Les malades en traitement boivent l'eau thermale, ou se baignent, ou reçoivent des douches, lorsqu'ils ne cumulent point l'emploi de toutes ces bonnes choses. En conséquence, les établissements de Cauterets offrent tous une buvette, des baignoires, des cabinets de bains de vapeur et des douches à l'avenant.

Les sources seules, qu'on devait nous montrer à leur point d'émergence, avaient pour nous l'attrait île la nouveauté.

Comment on découvre une source? Mais a peu près comme on découvre tout autre chose. — par

hasard. Quelques gouttes d'eau filtrent à travers les terrains et les rochers de la montagne ; on y mouille son doigt, on le porte à sa bouche, et l'on s'aperçoit que cette eau est chaude, qu'elle a un goût particulier d'œufs pourris ; il n'en faut pas davantage, la source est découverte. Les chimistes arrivent qui disent : elle contient ceci et cela. Les médecins surviennent qui s'écrient : mais ceci et cela, ça doit être très-bon pour telle et telle maladie. Là-dessus on gratte la terre, on perce le roc, en suivant le cours de l'infiltration. Après plus ou moins de peine, on arrive au point d'émergence de la source, c'està-dire au griffon, pour parler la langue des mineurs. L'ouvrier forme alors à cet endroit un très-petit réservoir d'où part une rigole de deux doigts de large sur trois ou quatre de hauteur, pour donner un cours régulier à l'eau et la conduire au lieu de son exploitation. La galerie, nécessairement, afin que l'eau ne perde pas sa chaleur dans le trajet, doit être fort étroite ; par surcroit de précaution, le petit canal est soigneusement recouvert ; malgré cela, le refroidissement a lieu ; il n'est pas grand, mais il est appréciable, et c'était là ce que notre docteur voulait constater à l'échelle de son thermomètre.

11 fit appeler le gardien des sources. Cel homme vint avec plusieurs lampes fumeuses, nous en remit deux, en garda une pour lui, et nous conduisit devant une petite porte qu'il ouvrit, puis passant le

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premier, il nous invita à le suivre dans un couloir

noir. Il Taisait là-dedans une chaleur suffocante à laquelle il fallait s'habituer. La température était au même degré que celle de la source. Le premier moment fut pénible. Un monsieur, qui nous avail demandé la permission de nous accompagner, n'y put tenir; il se retira en toute hâte. Nous marchions positivement dans la montagne: le sol était humide : à certains endroits, les planches posées en travers, Taisaient flic, flac, sous nos pieds et nous éclaboussaient ; il tombait de larges gouttes de la voûte et des parois ruisselantes. J'ai dit ailleurs mon peu de penchant pour les voies souterraines; je puis donc avouer sans nouvelle honte que j'avais hâte de sortir de là.

Le docteur trempa son thermomètre au griffon, j'écrivis au crayon le chiffre qu'il annonça, et l'on sortit. 11 répéta la même expérience dehors, au robinet du réservoir, puis au robinet des baignoires et de la douche ; après quoi nous recommençâmes la même cérémonie dans une autre galerie. Il y avait à peu près un degré de différence entre la température au griffon et celle de l'eau versée dans les baignoires. Néanmoins cette dernière est encore fort honnête. Généralement les sources de Cauterets ont une température qui varie entre 35 et 49 degrés. La source du PetitSaint-Sauveur, seule est de 25°, mais celle des Œufs atteint 60°.

César, pris au griffon, est de 50°. Cette température élevée a permis de faire descendre jusque dans le village l'eau de cette source, qui émerge à 400 pieds du seuil des maisons de Cauterets. Un aqueduc rampant le long de la pente escarpée de Perraute. où se trouve Pauze, la conduit dans rétablissement en forme de temple antique que nous avons entrevu plus haut. Dans ce même établissement se trouve le bain des Espagnols. César emprunte son nom au vainqueur des Gaules qui, dit-on, aurait reconnu sa vertu et l'aurait fait couvrir par une construction dont il reste encore aujourd'hui des traces. Quant aux Espagnols, le nom de cette source consacre le souvenir de la guérison qu'y obtint Abarca 1er. roi d'Arragon. Ce sont là des titres qui valent des quartiers de noblesse; inclinons-nous avec respect devant le blason de ces vieilles guérisseuses des générations disparues, et tournons nos pas du côté de la iUiill\h-t'.

La llaillière esi à droite et au midi de Cauterets. Pour s'y rendre, on prolonge la rue qui porte le nom de cette source; on passe devant le poste des douaniers, et l'on se trouve sur la route dont nous avons parlé. Elle est sans trottoirs, ce qui est un tort : quand plusieurs omnibus se croisent, les piétons ne savent où se ranger; elle est exposée au grand soleil et fort poudreuse; il ne serait cependant pas forl pénible de trouver de l'eau pour l'arroser, la

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roule côtoyant pour ainsi dire le torrent : — ce serait une attention à laquelle les baigneurs assurément seraient sensibles. Cette route de la Haillièrea deux kilomètres de parcours : les chaises à porteurs et les personnes à pied diminuent la distance en prenant un sentier de traverse qui fait la corde de l'arc de la nouvelle route, et qui, sans doute, était l'ancien chemin. Pour y descendre, on passe le torrent et on le laisse sur sa gauche, roulant dans un amas de pierres en désordre. Le paysage, à cet endroit , est ce qu'il y a de plus triste ; à droite et à gauche, la montagne est grise et sans végétation ; à l'exception du point de vue vers lequel on marche et qui présente, couronnée par un petit bouquet de bois, la cascade de Lutour; c'est partout un éboulement immense de rochers concassés. A la fonte îles neiges, il doit y avoir là des avalanches de pierres, roulées avec un bruit effroyable.

L'établissement de la Kaillière, le plus célèbre et le plus important de tous ceux de Cauterets . est a mi-côte. In pavillon élevé d'un étage, au milieu, et deux ailes plus basses, qui s'étendent sur une assez grande longueur, forment l'ensemble du bâtiment. On y compte de nombreux cabinets et une buvette qui, à certaines heures, a fort affaire pour remplir tous les verres tendus. Une large terrasse règne !<• Ion- «le la façade. Vue d'en bas. cil»' présente un spectacle singulier, et dont on ne se rend pas trop

compte la première fois qu'on le regarde. Un grand nombre de personnes sont rangées contre le parapet ; elles se renversent en arrière, agitent la tête, et puis, d'un brusque mouvement, la ramènent en avant, en ayant l'air de vous faire un grand salut. Qu'est-ce que c'est que cela ? Sont-ce des gens livrés aux contorsions d'un fou rire ; ont-ils devant les yeux quelque scène réjouissante, ou bien serait-ce un effet des eaux sur la rate des personnes chatouilleuses? — Eh ! non, ce n'est rien de tout cela. Ces gens, qui se rengorgent à la manière des coqs qui chantent, sont des malades du larynx; ils se gargarisent, crachent et portent de nouveau le verre à leurs lèvres, le tout de compagnie, par la raison, sans doute, que les choses accomplies en société acquièrent un charme de plus.

En poursuivant au-delà de la Raillière, et en traversant le petit pont jeté sur le torrent qui descend du val de Jéret, on trouve les trois établissements du Petit-Saint-Sauveur, du Bois et du Pré, qui n'ont évidemment aucune prétention à se poser comme des palais. Mais qu'importe que la maison soit pauvre, si la Naiade qui l'habite est puissante à guérir. pensent les fermiers de ces sources; ils n'ont pas tort, mais ils n'ont pas non plus tout à lait raison : un peu de luxe ne gâte rien.

Après avoir visité les cabinets aux bains «lu Pré, on nous fit monter dans un petit jardin au niveau du

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toit de la maison. Une baratine en planches, au bout d'un carré de choux, nous lut ouverte. Un monsieur s'y trouvait avec un porte-voix dans les jambes, et un livre a la main. Il avait l'air, les lèvres appuyées sur l'embouchure de l'instrument et les yeux sur son volume, de faire la lecture à quelque baigneuse dans un cabinet d'en bas, que les bienséances lui défendaient d'approcher de plus près. Mais en réalité il respirait l'air chargé des vapeurs de la source au-dessus de laquelle nous étions. Ce mode d'application des eaux est employé avec siierès dans les maladies de la gorge. 11 fallut que notre docteur présenta son thermomètre à l'orifice du tube conducteur de l'air chaud. Le monsieur dérangé reçut nos excuses, et nous le laissâmes à son occupation, pour aller porter nos investigations ailleurs.

Nous ne fatiguerons pas davantage le lecteur. Nous lui ferons grâce des autres établissements, qui ne présentent d'ailleurs rien de remarquable ou de particulier. Nous aurons seulement un mot, et ce mot sera le dernier, pour les bains Bruzaud. Les sources qui alimentent le réservoir de ce coquet établissement sont celles-là mêmes que. vers 1520, les comtes de Bigorro cédèrent aux Bénédictins de Saint-Savin, et sur lesquelles les moines érigèrent un petit hospice sous le nom de Cabanes des Pères.

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