‹ Courses dans les Pyrénées; la montagne et les eauxChapitre 29 sur 40 · I> Y TREMBLER DÉSORMAIS · texte numérisé non relu

I> Y TREMBLER DÉSORMAIS

Brisée en 1793, cette pierre a été restituée en 1852 aux frais de quelques habitants de Luz, partisans de la conservation des monuments historiques, à quelque ordre d'idées qu'ils appartiennent.

Jusqu'au Potit-de-Sia, la route se poursuit au milieu de ce grand paysage montagnard dont nous commençons à avoir l'habitude; sanscessela plainte du gave accompagne les pas du touriste pour rendre sa rêverie plus mélancolique. Mais le Pont-de-Sia, dans son bas-fond, surprend par l'imprévu, ("n premierpont fut, sans doute, autrefois, jugé insuffisant; sur l'arche dégradée et toute couverte de lierre, de l'ancien, un second pont <i été jeté. On y descend par une pente rapide qui se relève aussitôt

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de l'autre côté. Sia esl un trou. Les quelques maisons qui composent le village sontjuchéesl'unesur l'autre, bordées de haies vives et reliées, par elles, aux arbres de Ifllo façon qu'elles semblent s'y retenir par des liens de verdure. Ainsi fait une troupe joyeuse de petits montagnards accrochés d'une main aux branches des arbustes, et qui, le corps penché sur la route, regardent au-dessous d'eux, le voyageur qui passe. — Le gave, à quelques pas de Sia, s'élance d'une seule nappe comme une cataracte, écume et bouillonne, et tout ému encore, passe en se resserrant sous le pont que nous venons de traverser.

De temps en temps maintenant, nous apercevons, au bord du torrent, une seierie, sur le chemin, un enfant qui conduit des chèvres avec une longue baguette, et dans le ba'ssin de Pragnères, quelques moulins épars; — mais rien de plus ne viendra nous distraire des souvenirs héroïques qui, dans ces lieux, nous assaillent en foule.

Au sortir de ce bassin, nous voici cheminant, comme un imperceptible ciron, entre des masses si hautes et si pressées que le ciel sur nos tètes n'a plus d'horizon; l'œil en suivant son rayon devant soi, ne l'aperçoit plus. Mais vous savez que par-delà ces monts, d'autres monts plus hauts s'étagent encore et que là-bas. tout là-bas, c'est le Marboré, c'est la brèche de Roland que nous allons voir apparaître.

Mais la lumière s'obscurcit, tout devient lugubre,

le vent souffle à travers ces gorges. — Yentendezvous point comme un bruit de pas? un choc de bataillons, un cliquetis d'armes, un murmure confus de cris humains et de chevaux qui hennissent ? — La terre est ébranlée ; et, je ne m'y trompe point, ce son qui déchire les airs, et qui lamentablement pousse sa plainte, comme un glas, à tous les vents du ciel,

— c'est le son du cor ! — Ce sont les derniers échos de Roncevaux! — C'est le dernier soupir de Roland !

— Charlemagne avec son armée a déjà dépassé ces défilés, il marche dans la plaine de France, — mais Charlemagne l'entend et son grand cœur tressaille...

Ah ! vous ne l'ignorez pas, c'est notre vrai poëme national que cette histoire de Charlemagne, de ses douze pairs et du paladin Roland dont la fable s'est emparée. A leur seul nom notre fibre s'émeut. — C'est l'honneur de la France que ces héros de grande taille qui prennent un jour le monde pour l'élever à la hauteur de leur génie. Leur bras fait la conquête, leur bouche dicte la loi, et les générations futures vivent de leur souffle. — A dix siècles de distance, notre mère patrie a porté dans son liane cette force el cette sagesse, ce même soleil conquérant et régénérateur. C'est notre fierté, c'est notre orgueil! C'est leur esprit qui nous l'ait grands par dessus les peuples de l'univers !

Comment rester froid dans 08S lieux épiques où ces preux ont marqué leurs pas el qui virent. —

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préparé parla trahison , car c'est toujours la même histoire, — leur désastre immense plus éclatant encore que leur gloire î

Or, l'empereur Charlemagne avait le roi Marsileà sa merci. 11 envoie Gannelon à la cour du Sarrazin pou,r l'aire connaître ses conditions. Mais le traître conseille l'ennemi. « Laissez dit-il :

» Laissez la témérité folle, tenez-vous-en à l'industrie : à l'empereur donnez tant de richesses que tout Français en soit émerveillé... Le roi s'en retournant en France, lairra après soi l'arrière-garde ; son neveu le comte Roland s'y trouvera j'espère ; Olivier avec lui, le preux, le courtois; si l'on veut m 'écouter, je les garantis morts! Charles verra soudain tout son orgueil à terre, et de vous guerroyer oncques n'aura l'envie...

» Marsile dit : « 11 n'est bon conseiller dont on n'est asseuré ; jurez-moi, s'il y est que vous le trahirez? » — a De tout mon cœur! » répond Gannes. Sur les reliques de son épée murgleis il jura la trahison et consomme son forfait détestable ! »

Gannelon, de retour au camp français, accomplit sa lâche félonie. Charlemagne, trompé, commande le départ.

« Mille clairons sonnent parmi l'armée. Le soldat desménage, on charge les sommiers, vers la douce France on se met en chemin. »

La première journée se passe, et la nuit tombe.

ol2 COURSES DANS LES PYRÉNÉES.

« Le preux Roland, au front d'une montagne, plante son estendart, qui flotte sur le ciel. Les Fra lirais respandus par toute la contrée se gistenl au moins mal qu'ils peuvent.

» Cependant au profond de ces longues vallées, les Sarrazins vont chevauchant, hauberts vestus, enseignes déployées, heaumes lacés, l'épée au flanc, l'escu au col et les lances adoubées ; en un bois tout là-haut s'embuschèrent. Quatre cent mille hommes attendent là le retour de l'aurore. Dieu! quel malheur que les Français n'en savent rien î...

« L'ombre s'enfuit, apparaît la claire aube. Charlemagne chevauche moult fièrement, l'œil attaché sur son armée : « Seigneurs barons, dit l'empereur, voici les ports, les estroits défilés; or décidez, qui mènera l'arrière-garde. » Gannes répond : — <( Lui, mon beau fils Roland, vous n'avez nul baron de si rare vaillance. »

Proposer une mission périlleuse au paladin, c'est la voir acceptée. Le roi veut lui laisser la moitié de son ost — « Non, dit Roland, je n'en ferai rien, .le retiens avec moi 20,000 Français; et puis passez les ports en toute seurté, et moi vivant, ne redoute/ personne. »

0 grand courage, mais imprudente vaillance aussi ! Voici que l'armée est passée et que lorsque son grand bruil s'est éteint, on entend une rumeur immense.

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