‹ Courses dans les Pyrénées; la montagne et les eauxChapitre 30 sur 40 · SAINT-SAUVE1 R-LBS-BAINS · texte numérisé non relu

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u Olivier, monté sur un grand pin, regarde à droite parmi levai herbu. — Combien j'ai vu, dit-il, de Sarrazins ! Jamais nul homme n'en vit plus ! Camarade Roland, sonnez donc votre cor ; Charlemagne à l'ouïr retournera son ost... Une bataille vient comme il n'en tut. jamais ! Camarade Roland, sonnez votre olifant ! — Ne plaise à Dieu, ce lui répond Roland, que nul ici bas puisse dire que j'ai corné pour des païens. — J'ai vu là-bas, reprend Olivier, les Sarrazins d'Espagne, si drus que les vaux, les montagnes, aussi les landes et les plaines, en sont toutes revestus. Grande est l'armée de ceste gent estrange, et nous avons moult faible compagnie ! » — Roland respond : » Mon ardeur s'en accroist !

Puis quand il voit l'attaque inévitable : — « Frappe donc de ta lance, et moi de durandal; et si je meurs, qui l'aura pourra dire : ce fut l'arme d'un bon soldat! » Il part.

» Le preux Roland parmi le camp chevauche. Durandal à la main, qui si bien tranche et taille les Sarrazins , leur fait grand dommage. — Vous l'eussiez vu jeter l'un mort sur l'autre, le sang tout clair espandu sur la place, dont son haubert, ses bras sont tout vermeils et de son bon cheval le col et Irsespaules ! »

Et toute cette belle jeunesse qui l'accompagne, pleine d'esprit autant que de courage, s'en va che-

vauchant à toute vigueur, à chaque coup lançant un bon mot. L'un crie à l'ennemi pourfendu : « vous n'avez pas la chance ! » Un autre : « le mal est sans remède î » — Ah ! ça va bien la bataille ! dit Olivier. — Et Roland animant les soldats : « Frappez, Français, c'est à nous le droit, à ces gloutons le tort; frappez, car très-bien les vaincrons! »

« Cependant la bataille est devenue affreuse. Français et Sarrazins merveilleux coups y rendent : les uns frappent, les autres se défendent. Ah ! combien de bonnes lances rompues et ensanglantées! Ah ! combien de gonfanons, combien d'enseignes en lambeaux ! Ah ! que de bons Français y laissent leur jeunesse! ne reverront jamais leurs mères, ni leurs femmes, ni leurs amis qui sont au porta les attendre!... »

» En France en est moult merveilleux tourment... Vers le midi sont de grandes ténèbres, et n'y fait clair que quand le ciel se fend. — Nul ne le voit qui moult s'épouvante ; dissent plusieurs : c'est le définiment, c'est la fin du siècle présent. Ils ne le savent et se trompent : c'est le grand deuil pour la mort de Roland ! »

En effet, ce fatal moment approche, les morts gisent par milliers. — « Ah! quel deschet des nôtres! » — Le preux Roland entend ce cri désespéré.

« Turpin dit : Sonner du cor ne nous peul plus

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servir; nonobstant il sera beaucoup mieux que l<roi vienne; ils enlèveront nos cercueils à dos de sommiers, et s'en iront avec larmes de deuil et »!<• compassion ensepulturer nos reliques aux cimetières bénis dos monstiers, à l'abri de la dent des loups, sangliers et chiens. — Roland respond : c'est moult bien parlé sire! »

» Donc Roland approcha l'olifant de ses lèvres, L'embouche bien et sonne d'un puissant effort, mais avec tel effort, alian et douleur immense que le sang vermeil jaillit de sa bouche, et que la tempe de son Iront en esclata. La voix du cor aussi porta bien loin! Charlemagne l'entend du bout des défilés. — << Nùgneurs, nos affaires vent mal et très-mal. »

On entend résonner les hautbois de l'armée ; mais pour Roland c'est trop tard.

« Les payens se disent : l'empereur revient sur ses pas, Dieu quel désastre ! Si Roland vit, la guerre recommence, et nostre cher pays d'Espagne est a jamais perdu pour nous! »

Là dessus, environ 400 payens se rassemblent et tondent sur Roland. Alors la mêlée recommence. L'ennemi fuit. Mais Olivier est touché, Turpin est frappé à mort, et lui Roland

« Sent que la mort lui est proche. — Haut sont les puvs et moult haut sont les arbres ! Quatre perrons sont là de marbre reluisant. Le preux Roland pâme sur l'herbe verte. Un Sarrazin veut lui dérober

durandal. 11 se relève et le tue. Mais il s'aperçoit qu'il n'y voit plus. Devant lui se dressait une roche brune ; de grand despit et fascherie il y détache dix coups. L'acier grince, mais sans rompre ni s'ébrécher.

« Hélas, ma durandal ! que tu es claire et blanche, comme tu luis au soleil et reflamboies !

» Roland s'aperçoit que la mort l'entreprend, et du haut du front lui descend sur le cœur. Dessous un pin s'en est allé courant : sur l'herbe verte il se couche, la face en terre, sous lui son espée et son cher olifant, le visage tourné vers la gent sarrazine. Pour ce le fait, qu'il veut absolument, le noble comte, faire dire à Charles et à tout son monde avec lui, qu'il est mort en conquérant! Puis bat sa coulpe, à Dieu recommandant son âme ; pour ses peschés au ciel tendit son dextre gant. — Saint Gabriel de sa propre main le prit. Roland, le chef incliné sur son bras, s'en est allé mains jointes à sa fin. Dieu envoya son ange Chérubin et saint Michel, surnommé du Péril; saint Gabriel avec eux se joignit : l'âme du comte emportent en Paradis l.

Apres avoir marché quelque temps, accompagne par ces grands souvenirs, Gèdres apparaît avec ses maisons basses, son pont élevé sur le gave profond et son hôtel où l'on déjeune. — Gèdres a de va ni soi

I La chanson de Roland, poème de Tbéroulde, traduction pai F. Génin. Pan-. lmp. Nat. t - »0.

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i.i montagne du Coumelie, un peu a droite la vallée de Gavarnie et sur la gauche l'entrée — masquée — du val désolé de Héas. En entrant dansée village, les guides vous montrent les tours du Marboré, la fausse brèche, et la brèche de Roland, qui se dessinent à l'horizon.

Il]

NOTRE-DAME D HEAS.

Héas est un lieu de pèlerinage qui atteste le culte fervent des montagnards pour la Vierge. Deux fois par an, aux fêtes très-rapprochées de l'Assomption et de la Notre-Dame de septembre, ils s'y rendent de tous les points de la chaîne des Pyrénées. — Il faut connaître dans quels lieux sauvages l'église d'Héas est élevée pour comprendre toute la poésie de ce pèlerinage.

Gèdres se divise en deux villages, <jui sont, d'après leur position respective, Gèdres dessous et Gèdres dessus. C'est après avoir dépassé ce dernier hameau.

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couvert de tilleuls, d'ormes el d'érables, qu'on entre

dans la vallée d'Héas. A partir du pont de Cambiel, on dit adieu aux arbres; s'il s'en trouve une douzaine ou deux, autour des granges disséminées d'Héas, ce sont des peupliers maigres et mal acclimatés qui sont venus de Tarbes même.

Au premier abord, on se demande où l'on est. On marche sur un petit sentier de poussière grise que la moindre pluie peut effacer. Le flanc de la montagne en est revêtu. Une roue qui aurait marqué son ornière dans le monceau renversé des cendres d'une lessive, pourrait, aux yeux d'une fourmi, figurer l'aspect et la couleur de la vallée d'Héas. Agrandissez cela, et vous aurez l'idée exacte de cette nature stérile. — La géologie, qui a réponse à tout, vous dira que ces poussières agrégées sont des dépôts formés par les eaux. L'endroit où nous allons était, avant le cataclysme qui dut changer son aspect, un lac dont le trop plein se déversait par le canal que nous traversons à pied sec aujourd'hui. Le courant de cette eau est venu porter son limon, comme fait toute rivière, contre le barrage que la nature lui ;i\;iit opposé. Quand ce lac s'est écoulé, ce sable est resté au flanc du rocher l.

Ce n'est pas tout-à-fait sans danger qu'on traverse

I II se pourrait également que ce fui fui cours d'eau, l'écoulement d'un lac situé -m les hauteurs i'Estaubé, qui eut creusé son lit dan- ce gravier amoncelé, et forme ain-i celle partie de la vallée d'Héas.

ce mauvais pas. Les habitants parlent de pierres qui roulent, et le fait n'est pas rare. 11 se trouve des quartiers de roc, dans ces dépôts inclinés, la pluie les déchausse et les fait glisser, c'est une petite avalanche en miniature. M. Fabas, que j'avais retrouvé à Gèdres, ne voulut pas que je m'y aventurasse seul : il me fit accompagner par un enfant, non point sans doute pour empêcher les pierres de rouler, mais pour qu'au moins quelqu'un put revenir donner de mes nouvelles si j'étais atteint, et renversé dans le torrent.

Tel est donc ce chemin que les pèlerins traversent en longues files, en chantant des cantiques, pour accomplir leur dévotion a la chapelle d'IIéas. Ils s'arrêtent, après une heure de marche, auprès d'un bloc énorme de 30 à 40 pieds de haut, qu'on nomme lc-caillou de VAr aillé. Au milieu des rochers éboulés, dans ces mornes solitudes, c'est une première station. La vierge Marie, dit la légende, est apparue sur cette pierre, à trois pâtres de la montagne, et leura marqué l'endroit où elle désirait qu'une chapelle lui lut élevée. Les pèlerins s'agenouillent devant ce bloc, en cassent quelques parcelles dont ils font de précieuses reliques, et se remettent en route.

Deux prêtres sont envoyés, chaque année, en mission .i Iléus pour desservir la chapelle. Ils arrivent ■i la fin de juin el n'attendent pas que septembre soil achevé pour rentrer à Garai son. Vers cette

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