‹ Courses dans les Pyrénées; la montagne et les eauxChapitre 32 sur 40 · UNE GARNISON D'INVALIDES · texte numérisé non relu

UNE GARNISON D'INVALIDES

On arrive à Barèges par la route de Luz, à grand renfort de bœufs. A mesure que le chemin monte, le Bastan qu'on côtoie est plus sauvage et plus brutal ; son lit de gravier est sans végétation ; il rouir dans les roches nues qu'il a brisées à la fonte des neiges. Le paysage devient gris, la désolation est partout: les premières maisons du village se dessinent.

Quel séjour! J'ai vu des malades qui en revenaient en disant : « Nous avons fait notre purga-

toire. » — Je le crois bien. La nature s'y montre sous son jour le plus sévère; les traces de sa colère y sont marquées à chaque pas. — Allez, vous tous qui connaissez les contrées fertiles et qui jouissez en insouciants de leurs grâces et de leurs bienfaits, venez ici pour apprendre à apprécier votre bonheur, et sachez en remercier la Providence. L'hiver, en vos demeures, vous écoutez gémir le vent, la pluie fouetter les vitres, ou la grêle résonner sur le toit, et, les pieds au foyer, vous y trouvez un charme de plus ; vous vous dites : « Le blé est en terre, vienne le printemps, mes champs seront verts, l'été je moissonnerai, l'automne je vendangerai pour passer gaîment décembre et janvier prochains; les saisons sont belles, et la plus mauvaise encore n'est pas dépourvue de jouissances. »

Octobre, ici n'est pas commencé, que la neige s'amoncèle et que la tempête à toute heure promène, par les airs, la ruine et la mort. Au bruit de l'avalanche, l'homme se réveille et s'écrie : « Seigneur, où tombera-t-elle? » L'été, l'habitant relève ses granges et n'a pas de moissons à espérer; il est heureux s'il retrouve les pâturages pour ses troupeaux. — Comparez donc votre sort au sien !

L'avalanche, c'est un quartier de montagne pénétré par les eaux ■ infiltrées entre deux couches

i L'avalanche a lieu souvent dans d'autres conditions. La neige, amoncelée sui de? terrains de sable on de gravier, est mise en mouvement par le mouvement même

BARÈGSS.

superposées de sa masse; la glace le soulève; au

premier dégel il glisse, il roule sur sa pente, se précipite à travers l'espace et s'écrase contre le mont

qui lui fait obstacle au passage. Que faire devant cette force et cette violence? 11 n'y a pas d'industrie

contre ces grands accidents, il faut attendre et se résigner.

On n'habite guère Barc-o que trois mois de l'année; le reste du temps, l'établissement et les hôtels les plus importants sont abandonnés à la garde de quelques personnes. Au retour delà saison, il arrive souvent qu'un propriétaire cherche sa maison disparue. C'était bien à cette place, pourtant, qu'elle était bâtie: elle n'y est plus: où peut-elle être? On m'a conté que l'an passé, après avoir cherché partout la sienne, un de ces malheureux dépossédés accourut en grande hâte :

— Mes amis, je l'ai retrouvée, elle n'est pas trèsloin : il est vrai qu'elle est enfouie sous des terres éboulées, mais je l'ai reconnue à sa cheminée qui passe. Peut-être est-elle encore entière, venez m'aider à la déterrer!

On y alla, mais avant d'agir avec la pioche, on eut l'idée de sonder le trou de la cheminée. Hélas, la sonde atteignit à peine trois pieds. La maison n'était

du sol détrempé et sans consistance nu lequel elle repose ; elle glisse *\ec lui ei

bit boule de nei^e en roulant sur les pente.- ; sa inas.-e devient parfui-, énorme, elle tombe et ^'ai/une avec fracs . • ' i '••-< alors que l'a\alanclie prend le nom de I

pas là, ou si elle y était, elle devait être pulvérisée : cet état probable rendait inutile la recherche de ses morceaux.

On sait si bien les habitudes de l'avalanche, qu'il y a tout une partie de Barèges bâtie en planches : c'est le milieu de la rue; on enlève les baraques avant de s'en aller, et l'avalanche peut descendre, sans qu'on s'en inquiète. A droite et à gauche, les maisons protégées par un petit bois, se croient assez, en sûreté pour risquer une architecture de pierre et de marbre, tout comme dans une grande ville. On en remarque néanmoins quelques-unes que les éclaboussures de l'avalanche ont dernièrement décoiffées de leur toit ; mais ce n'est rien , cela ; on ne cherche même pasoù les mansardes s'en sont allées, on en est quitte pour remettre des poutres et des tuiles.

Barèges tire sa physionomie particulière de la présence des militaires que le gouvernement y envoie chaque année. Les uniformes de tous les régiments y sont représentés, et il est à croire que de tous ces écloppés qui marchent sur des béquilles ou qui vont le bras en écharpe, on ferait un beau bataillon d'élite, car ce sont pour la plupart des blessures honorables qui ont amené ces braves à Barèges.

Les eaux sulfureuses de Barèges, en effet* ont été de tout temps renommées pour la guérison des blessures causées par les armes à l'eu. La date de leur grande réputation, cependant, ne remonte pas

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très-haut. Mroe de Maintenon étant allée, une année à Bagnères, avec le duc du Maine, menacé d'une paralysie, voulut s'y rendre. Le jeune duc s'en trouva bien; il fut alors parlé de la source de Barèges à la cour, mais il n'en fut que cela. En 1735 seulement on y donna une sérieuse attention, et quelques années après l'ingénieur Polard exécuta la route de Tarbes à Barèges. A la même époque, le fontainier Chei illard s'occupa d'y construire les premiers bains. En 1775,Gensy. fontainier de Rayonne, recueillit la source qui porte son nom, et c'est alors que Barèges acquit une véritable importance. Le premier établissement construit dura peu; l'hiver de 1777 le détruisit. In ingénieur, M. Moisset, fut appelé à le rebâtir; il fit l'établissement actuel sur lequel nous ne nous étendrons pas. Il est massif et solidement voûté, mais il est triste comme un hôpital. On le dit aujourd'hui insuffisant pour le service des bains, et l'on songe à lui ajouter une annexe.

Pendant le fort de la saison, on est obligé de baigner les malades à toute heure de jour et de nuit. Les personnes qui prennent leur bain dans la matinée sont enviées par celles qui doivent se faire réveiller la nuit pour prendre le leur. Aussi ces dernières sont-elles sans cesse à l'affût, et quand on apprend le départ prochain de quelqu'un des favorisés, je vous prie de croire qu'on garde la nouvelle pour soi; on intrigue auprès de son baigneur ou de

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sa baigneuse, afin de changer son heure incommode pour une autre plus à sa convenance. C'est une préoccupation constante qui n'est pas un des moindres intérêts de la vie assez monotone qu'on mène à Barèges.

Les sources sont au nombre de six ou sept dont la thermalité varie entre 30 et 40 degrés centigrades. Leur composition admet de l'hydrogène sulfuré en grande quantité, du sulfure de sodium, du muriate de magnésie, de la silice, et l'on ne sait quoi de bitumineux qui la fait ressemblera de l'huile et produit sur la langue une sensation oléagineuse; elle pétille dans le verre et se montre toujours chargée de flocons blanchâtres. Ces eaux sont très-énergiques, et leur emploi demande les plus grandes précautions.

L'hôpital militaire est placé vis-à-vis de l'établissement. 11 y a sentinelle et portier-consigne à l'entrée. C'est une caserne dont l'officier du plus haut grade parmi ceux qui sont en traitement à Barèges, prend le commandement. La diane sonne le matin, et le soir, tout du long de la rue, les tambours battent la retraite; on fait l'appel et l'inspection dans la journée; les habitudes de la vie militaire s'y reproduisent comme dans une garnison ordinaire.

Les officiers traînent leur désœuvrement forci'-. sur les sentiers à peu près ombragés d'une promenade à mi-cote, appelée le *<>i>lw. du nom donné ù

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