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LES BOTANISTES

On rencontre dans plusieurs endroits des Pyrénées des montagnards qui en savent, souvent, aussi long que beaucoup de savants, sur la botanique et la minéralogie. A voir, sous le berret et la veste de bure, ces gens modestes qui ne sont jamais sortis de leurs vallées, on se demande comment la science leur est arrivée.

Comment? — Il a suffi, pour cela, qu'un botanislr penché sur une fleur se soit présenté devant eux. lorsqu'ils atteignaient leurs dix ans. A rct âge, toul

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éveille la curiosité des enfants. — Les artistes qui

travaillent d'après nature savent cela par expérience. Un bambin les aperçoit en passant, il s'arrête à distance, il fait signe à un second; la troupe augmente, et forte du nombre, laissant sa timidité de côté, pas à pas elle approche. On s'enhardit jusqu'à pencher la tète par-dessus l'épaule du travailleur qui, lorsqu'il relève les veux, se trouve presque nez à nez avec avec une figure en contemplation. À son mouvement, le gros de la bande part comme une volée de moineaux effrayés. Le plus intelligent reste: — « Bonjour, M'sieu ! c'est bien le pays que vous mettez sur le papier; mais comment faites-vous ea? » — Celui-là, c'est peut-être un peintre en herbe, à qui l'art fait sa première révélation. — C'eut été aussi bien un naturaliste, s'il avait rencontré- la science sur son chemin.

— C'est des fleurs comme celles-ci que vous cherchez, aurait dit le petit montagnard au botaniste. Je sais où il y en a; si vous voulez, je vous y conduirai. — Est-ce loin, demande le savant? — Non, d'ici étant, répond l'enfant dans son langage pyrénéen, c'est à un quart d'heure.

On y va, et comme l'intimité s'est établie dans le trajet, le savant ne tarde pas à utiliser son petit officieux : — « Grimpe sur cette roche où je ne puis atteindre, lui dit-il, tu cueilleras la plante qui pousse dans la fente, là. ;i droite. » Pour recompen-

ser sa peine, il lui en dit les noms, le nom vulgaire et le nom scientifique, il lui apprend qu'elle appartient à une famille dont il lui donne le signalement, afin qu'il puisse la reconnaître à l'occasion. — Et voilà le garçon tout émerveillé, qui demande à porter la boite de fer blanc et qui marche en se donnant des airs de botaniste. Le lendemain et les jours suivants, il ne manque pas de se trouver sur le chemin du maître qui lui laisse un petit livre en partant. C'est la semence qui va germer dans un bon terrain, et faire du petit pâtre un botaniste.

Le botaniste de Barèges se nomme Charlet. Je Lus conduit chez lui par le capitaine dont j'ai rapporté l'entrevue avec un ours. Il le connaissait, car ils se connaissent tous, d'un bout du monde à l'autre, les botanistes et les minéralogistes. C'est une vraie franc-maçonnerie. Elle est cimentée par deséchanges de plantes sèches, et des correspondances qu'on s'adresse sans s'être jamais vu. 11 me souvient qu'étant un jour avec un jeune botaniste à la recherche de Vanthyllis barba jocis, aux environs de Perpignan, il fit un gros bouquet de ces fleurs en me disant que chacune avait sa destination; celle-ci était pour un Monsieur de Stockholm, et celle-là pour un .Monsieur de Dresde, qui, en retour, lui enverraient des échantillons de leur pays. — Aussi quand , en voyage, on vient frapper à la porte de ces confrères inconnus, quel accueil! et quelles bonnes heures

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passées à feuilleter les trésors «l'un herbier! — Je regretterai toujours de n'être ni botaniste, ni minéralogiste.

Charlet, pour rire un dos plus modestes parmi ces botanistes à qui j'ai parlé, n'en est à coup sûr pas le moins savant. Il a eu l'honneur d'envoyer plus d'une fois des plantes et des minéraux précieux au Jardin des Plantes de Paris. 11 a reçu des lettres signées des plus beaux noms de la science. On lui a fait des demandes; il a fait des envois, qu'on a payés de retour par des échanges dont s'est enrichie sa collection particulière.

Son industrie de botaniste consiste ù composer des herbiers de la Flore des Pyrénées, qu'il vend au\ amateurs. 11 a des minéraux, des stalactites et des oiseaux indigènes empaillés, pour ceux qui veulent emporter quelque souvenir de Barèges. Mais cela ne constitue pas un gros commerce, et comme il faut subvenir aux besoins de la famille , cet honnête homme, ce savant, sans croire déroger, joint à ses ressources scientifiques la profession de baigneur. Au milieu d'une conversation intéressante, je l'ai vu tirer sa montre, s'interrompre tout d'un coup; c'était l'heure du bain, il devait se rendre à l'établissement, et il partait sans montrer d'impatience ou d'ennui.

Après la saison de Barèges, il descend à Luz. où, si je ne me trompe, il est menuisier de son état.

C'est alors , quand la journée est faite quand la veillée d'hiver aux longues heures commence, que Charlet prend ses livres. L'étude après le devoir accompli. Je ne sache pas d'existence plus touchante, et si j'en parle ici, c'est que le spectacle de tant de simplicité unie à un mérite réel m'a vivement frappé.

Charlet a deux fils qui marchent sur ses traces, et qui seront, un jour, aussi savants que lui. Ils travaillent comme leur père pour augmenter l'aisance de la famille : ils sont guides pendant la saison.

Mon capitaine, un érudit, et un des plus hommes de bien avec qui je me sois jamais trouvé, avait eu le bonheur, dans un premier voyage, de rendre un onéreux service à ces braves gens. Lorsqu'il parla du dessein qu'il avait fait avec moi de se rendre à Higorre par le Tourmalet.

— « Ah! par exemple, M. Salces, — c'est le nom du capitaine, — vous n'aurez pas d'autre guide que moi, dit l'aîné des fils de Charlet. » — Et nous acceptâmes de grand cœur.

Seulement, le soir, après que tout tut convenu, il vint nous demander s'il nous était égal de changer notre itinéraire, et de faire la traversée de Barèges à Bagnères de Bigorre par le pic du midi; qu'il se présentait, pour l'ascension , un ecclésiastique qu'il conduirait avec nous, par la mémo occasion.

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Nous ne pouvions pas avoir d'objections a faire.

Nous acceptâmes encore avec plaisir la nouvelle compagnie et l'impromptu.

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