‹ Courte histoire du célibat ecclésiastique [microform]Chapitre 12 sur 94 · Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, I · texte numérisé non relu

Duchesne, Histoire ancienne de l'Église, I

2. Duchesne, ibid., p. 185. Au v^ siècle, l'évêque de Tyr, Théodoret, trouvait à convertir dans son seul diocèse, jusqu'à dix mille marcionites. Duchesne, III, 394.

INFLUENCES MARCIONITE ET MONTANISTE 33

En face du mouvement marcionite, l'Église maintint la licéité du mariage. L'éditeur catholique des lettres marciônites publiées sous le faux nom d' Ignace, évêque prétendu d' Antioche, donne l'enseignement orthodoxe :

Fuis les métiers déshonnêtes, ou plutôt prêche contre eux. Dis à mes sœurs d'aimer le Seigneur et de rester fidèles à leurs époux de corps et d'esprit. Recommande également à mes frères, au.nom de Jésus-Christ, « d'aimer leurs épouses comme le Seigneur aime l'Eglise». Si un fidèle, pour honorer la chair du Seigneur, peut garder la continence, qu'il la garde, mais sans orgueil; s'il en conçoit de la vanité, il est perdu; et s'il se croit plus que son évêque, c'en est fait de lui. Il serait bon aussi que ceux qui se marient, tant hommes . que femmes, ne contractassent leur union qu'avec l'approbation de l'évêque : car c'est la pensée de Dieu qui doit présider aux mariages, et non la passion. Tout pour la, gloire de Dieu ^!

Peu de temps après Marcion, un autre mystique, Montan, annonça avec insistance le retour du Christ. « Dans l'attente fiévreuse du dernier jour, il ne pouvait plus être question de patrie, de famille, de commodités terrestres. Les mariages furent rompus; on pratiqua la communauté de biens et l'ascétisme le plus rigoureux 2». Les montanistes prétendaient que les sacrements administrés par un prêtre marié étaient nuls.

Pour accréditer leurs doctrines, les montanistes/ comme les marciônites .ne craignirent pas de fabriquer

1. Traduction de l'abbé Lelong, collection « Textes • et documents Hemmer et Lejay », p. 103. Voir Delafosse, Lelires d'Ignace d' Antioche, p. 146.

2, Duohesne, ibid,, I, 271.

COURTE HISTOIHH DU CELIBAT ECCLÉSIASTIQUE 3

des écrits prétendus apostoliques et de falsifier les écrits authentiques. Comme la critique n'a jamais été une vertu chrétienne, l'Église catholique fut la dupe de ces supercheries littéraires. L'actuel chapitre VII de la Première épître aux Corinthiens est considéré comme donnant les principes fondamentaux de saint Paul sur la question sexuelle : or, ce chapitre ne contient pas un seul mot de saint Paul. Il est plein d'idées marcionites et montanistes que les novateurs ont mises sous le nom de l'apôtre :

Il est bon pour l'homme de ne point toucher une femme... 7. Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi; mais chacun tient de Dieu son don, l'un d'une manière, l'autre d'une autre. 8. Je dis à ceux qui ne sont pas meriés et aux veuves qu'il est bon pour eux de rester comme moi. 29. Je dis ceci, frères : le temps est court. Donc que ceux qui ont une femme soient comme n'en ayant pas.

30. Que ceux qui pleurent soient comme ne pleurant pas; ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas; ceux qui achètent comme ne possédant pas; 31. ceux qui usent du monde comme n'en usant pas, car la figure de ce monde passe.

32. Je veux que vous soyez sans préoccupation. Celui qui n'est pas marié se préoccupe des choses du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur. Mais celui qui est marié se préoccupe des choses du monde, des moyens de plaire à sa femme.

34. Même différence entre la femme et la vierge. Celle qui n'est pas mariée se préoccupe des choses du Seigneur afin d'être sainte de corps et d'esprit. Mais celle qui est mariée se préoccupe des choses du monde, des moyens de plaire

INFLUENCES MARCIONITE ET MONTANISTE 35

à son mari. 35. Je dis ceci dans votre intérêt, non pour vous tendre un piège, mais pour vous porter, à ce qui est bienséant et propre à vous attacher au Seigneur sans distraction \

L'Eglise condamna le montanisme comme elle avait condamné le marcionisme, mais sans pouvoir le supprimer immédiatement : il dura jusqu'au iv^ siècle. Elle fut plus ou moins contaminée par quelques-unes de leurs idées.

Les montanistes condamnaient les secondes noces. On trouve leur marque, sur ce point, dans l'apologie qu'adressa, vers 177, à l'empereur Marc-Aurèle, le philosophe chrétien Athénagore :

Chacun de nous prenant une femme, selon nos lois, ne se propose dans le mariage que d'avoir des enfants... Il y en a même parmi nous plusieurs, de l'un et de l'autre sexe, qui vieillissent dans le célibat et espèrent y vivre plus unis à Dieu. Enfin, ou nous demeurons vierges jusqu'à la mort, ou nous ne nous marions qu'une fois, car les secondes noces sont regardées parmi nous comme un honnête adultère ^.

Le témoignage d' Athénagore semble très important. Si cet auteur, qui parle des chrétiens en général, ne dit rien de spécial pour les clercs, c'est que ceux-ci n'étaient pas encore obligés à une pratique plus stricte de la continence. Rien ne l'eût empêché d'en parler. Marc-Au-

1. Cf. H. Delafosse, La première êpîire aux Corinthiens, p, 149.

2. Ce texte d' Athénagore ne s'accorde pas facilement avec, celui de / Tim,, 5, 14, qui veut que les jeunes veuves se remarient, ni avec Le Pasteur d'Hermas qui autorise les secondes noces. Il y avait manifestement dans l'Eglise des tendances diverses.

rèle, comme tout le monde, devait savoir que les chrétiens avaient un clergé. Loin de heurter les idées romaines, la virginité et la continence des prêtres eussent été ce qu'Athénagore aurait pu produire de plus frappant, dans un passage destiné à faire ressortir, contre l'accusation mensongère d'inceste, la pureté de mœurs des chrétiens. Son silence suffirait donc pour prouver qu'en 177, si des clercs, aussi bien que d'autres, gardaient la continence, aucune loi ne les y obligeait, et que, si le mariage était déjà regardé comme incompatible avec leurs fonctions, c'était seulement en cas de réitération.

Des doctrines montanistes, une seule a triomphé dans r Église : celle qui oblige les fidèles à sustenter le clergé.

Les apôtres et le clergé primitif vivaient d'un métier. Le prédicateur Montan mit à la charge des populations sa subsistance, celle de ses collaborateurs et celle des prophétesses qui les accompagnaient. Pour légitimer cette prétention, les montanistes introduisirent dans la Première épître aux Corinthiens le passage suivant-"- :

IX, 4. N'avons-nous pas le droit de manger et de boire? 5. N'avons-nous pas le droit de mener avec nous une sœur pour être notre femme comme font les autres apôtres et les

1. Traduction Delafosse, Voir cet auteur (p. 57) pour la démonstration de l'interpolation.

Si nous savons quelque chose de certain sur Paul, c'est qu'il prêcha l'é-vangile gratuitement et ne fut à charge à personne {II Cor., XI, 7-9, XII, 14; passages qui semblent authentiques).

L'allusion aux apôtres et frères du Seigneur mariés conserve sans doute d'anciennes traditions. De « frères du Seigneur » mariés nous n'en connaissons nommément qu'un, Jude, si le témoignage d'Hégésippe est recevable. Cet auteur dit que deux petits-fils de Jude furent martyrs (Eusèbe, Histoire ecclésiastique, S, 20).

INFLUENCES MARCIONITE ET MONTANISTE 37

frères du Seigneur et Céphas? 6. Ou bien sommes- no us seuls, moi et Barnabe, à ne pas avoir le droit de ne pas travailler? 7. -Qui jamais fait campagne à ses frais? Qui est-ce qui plante une vigne sans en manger les fruits? Qui est-ce qui fait paître un troupeau sans se nourrir du lait du troupeau?

Page 1