CLÉMENT D'ALEXANDRIE ET TERTULLIEN DE CARTHAGE
(fin du II® siècle).
ES théologiens, qui veulent faire croire que le célibat est d'institution évangélique et apostolique,
-* allèguent ordinairement deux grands écrivains ecclésiastiques, témoins, disent-ils, de l'Église d'Orient et de l'Église d'Occident : Clément d'Alexandrie (vers 150-217) et TertuUien de Cartilage (vers 155-240). Mais les textes de ces auteurs n'ont pas le sens qui leur est prêté par les apologistes catholiques.
Clément dépose en faveur de la liberté sacerdotale. Commentant les textes de saint Paul (I Cor., VIÏ, 32; / Tim., V, 14), qu'il prend également comme authentiques, il dit :
L'Eglise admet fort bien l'homme d'une seule femme, qu'il soit prêtre, diacre ou laïque; s'il use irréprochablement du mariage, il sera sauvé en engendrant des enfants. {Strom,, III, 12} P. a,JIII, 1189).
42 HISTOIRE DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTigUE
D'autre part, voulant défendre le mariage contre des hérétiques, les Nicolaïtes, qui le condamnaient, il écrit :
Seront- ce les Apôtres qui le blâmeront? Pierre et Philippe ont eu des enfants en légitime mariage, et Philippe a marié ses filles ^ Enfin saint Paul, dans une de ses épîtres, ne craint pas de saluer sa femme ^•, toutefois il ne s'erifaisait pas suivre dans ses courses apostoliques, afin de se mouvoir plus rapidement ^.
Tout en témoignant de l'ancienne discipline, tout en rappelant les vieilles traditions sur le mariage de Pierre, Paul, Philippe et autres premiers prédicateurs de l'évangile. Clément n'en croyait pas moins la continence supérieure à la condition conjugale. Il estimait le célibataire plus libre que l'homme marié; il croyait que la paternité cause de l'embarras, peut-être une certaine honte. Sa conviction provenait moins peut-être des textes qui couraient sous le nom de saint Paul (particulièrement / Cor., IX, 5) que de l'enseignement donné dans sa ville par les philosophes néo-platoniciens *.
1. Les défenseurs de la loi de continence, vexés par l'exemple de ce Philippe marié et père de famille, ont prétendu que c'était Philippe l'un des sept diacres primitifs et non Philippe l'apôtre. Le texte de Clément ne permet aucun doute. Il ne parle que des apôtres, et c'est comme apôtre qu'il cite Philippe, aussi bien que Pierre. Mais Clément aurait-il confondu à tort le diacre et l'apôtre?
2. Clément fait allusion à Pkilipp., 4, 3, où Paul s'adresse à une personne qu'il appelle Sunzugé. Les commentateurs, même indépendants, estiment que ce terme désigne un compagnon; Clément qui connaissait mieux que nous le grec y voit une épouse. (Note de l'édit.)