Chapitre x
LE MONACHISME {iii^ et iv® siècles)
I' 'ascétisme n'est pas une spécialité du christianisme; on le rencontre avant lui et en dehors de -^ lui, en certaines sectes religieuses ou philosophiques; l'Église ne l'a jamais accepté comme une forme essentielle et obligatoire de la vie chrétienne; elle s'est montrée défiante à son égard toutes les fois qu'elle a pu soupçonner les observances austères de se rattacher à des doctrines incorrectes. Cependant, loin de condamner ces observances en elles-mêmes, elle les a considérées comme méritoires, édifiantes et honorables. Au iii^ siècle, il y avait beaucoup d'ascètes des deux sexes, vivant dans leurs familles, ou tout au moins dans la société commune, n'ayant pas l'idée de s'en ségréger pour mener une existence à part. Çà et là ils se groupaient, soit pour leurs exercices, soit même pour vivre en commun.
Tel est le résumé historique par lequel Mgr Duchesne prélude à son récit des « folies sacrées » ^ des moines
1, Histoire ancienne de l'Église, I, 517.
d'Orient. Il semble nécessaire de le rappeler pour apprécier équitablement le mouvement monastique, qui, depuis le iv^ siècle jusqu'à nos jours, exerça une influence si considérable sur le développement du catholicisme.
Ce fut à la fin du iii^ siècle, d'abord en Egypte, puis en Palestine, en Syrie, en Asie Mineure, que de saintes gens commencèrent à quitter le monde pour se sanctifier davantage et plus aisément. Leur genre de vie fut introduit en Occident par un Pannonien, saint Martin, qui devint évêque de Tours en 373.
Les premiers solitaires et moines se distinguaient généralement par l'exaltation de leur foi et de leur morale. De même qu'ils menaient une effroyable vie d'austérités, ils vivaient dans la mythologie la plus outrée. Mais s'ils restèrent généralement des rocs d'orthodoxie, il semble bien que de bonne heure, ils connurent les faiblesses de la chair.
Au moine Draconce,qui refused'accepterl'épiscopat, parce qu'il y redoute une occasion de pécher, l'évêque d'Alexandrie, saint Athanase, démontre gentiment, vers 355, qu'il y a du bon et du mauvais chez les moines ainsi que chez les évêques :
Vous pouvez, lui dit-il, étant évêque, avoir faim et soif comme Paul, et vous abstenir de vin comme Timothée. Nous connaissons des évêques qui jeûnent, et des moines qui mangent; des évêques qui se privent de vin et des moines qui en boivent; des évêques qui font des miracles et des moines qui n'en font pas. Plusieurs évêques n'ont jamais été mariés et plusieurs moines ont eu des enfants; de même nous voyons des évêques pères de famille et des moines sans postérité.