‹ Courte histoire du célibat ecclésiastique [microform]Chapitre 29 sur 94 · LE MONACHISME · texte numérisé non relu

LE MONACHISME

Les moines ne pouvaient manquer de renforcer grandement le parti célibataire. On le vit bientôt par la propagande que mena en sa faveur le moine Eustathe.

Fils de l'évêque de Sébaste (chef-lieu de l'Arménie mineure), Eustathe fit, dans sa jeunesse, un séjour à Alexandrie et y fut initié à l'ascétisme. Quand il revint dans son pays, son père, mécontent de le voir afficher un costume extraordinaire, le repoussa de son église. Eustathe se réfugia chez des évêques voisins etles indisposa par l'outrance de ses idées. Il réprouvait le mariage et défendait soit de prier dans les maisons des personnes mariées, soit de recevoir la bénédiction et la communion de prêtres mariés. On finit par réunir un concile contre lui. Les évêques de la région furent convoqués à Gangres, vers 340.

On retrouve dans ce concile tout l'esprit des canons apostoliques. Anathème contre les vierges ou les continents, qui ne s'écartent du mariage que parce qu'ils l'estiment abominable (canon 9). Anathème même à ceux qui restent vierges pour le Seigneur, s'ils insultent à ceux qui ont pris femme (canon 10). Anathème contre la femme qui quitte son mari par horreur du mariage (canon 14). — Ces canons font mieux comprendre le quatrième qui est ainsi conçu :

Si quelqu'un prétend qu'il ne faut pas participer à l'oblation du prêtre marié, lorsqu'il célèbre les saints mystères, qu'il soit anathème.

On vient nous dire ici encore qu'il s'agit d'un mariage antérieur à l'ordination, mais dont le commerce a été rompu par elle. Malheureusement pour cette interpré-

jtation fantaisiste, Socrate, témoin de la discipline ecclésiastique de son temps, explique ainsi la doctrine réprouvée par ce canon 4 :

Eustathe avait soutenu qu'il fallait éviter, comme une profanation et un sacrilège, la bénédiction et la communion d'un prêtre qui vivait avec une femn^e, avec laquelle il avait contracté un mariage légitime lorsqu'il n'était que laïque. {Hist., II, 43).

Les Pères de Gangres approuvaient donc pleinement la vie conjugale de ce prêtre, et défendaient aux fidèles de faire aucune différence entre lui et le prêtre continent.

Eustathe renonça sans doute à ce que ses idées avaient d'excessif, puisqu'il fut, vers 356, élu évêque de Sébaste. Il vécut longtemps encore et devint grand ami de saint Basile, qui passe pour le législateur des moines d'Orient. Mais les outrances de sa jeunesse devaient réapparaître à bien des époques et chez bien des gens dans une certaine manière. Au clergé séculier, vivant sous les règles modérées, on préférera souvent le clergé régulier faisant une profession particulière de chasteté, de pauvreté et d'obéissance.

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