CHAPITRE XV
(v®-vii® siècles).
IES ordres et directions qu'avait donnés le pape Sirice, en 385 et 386, s'infiltrèrent lentement -^ dans l'Église latine. Ils étaient d'exécution difRcile. Sirice avait défendu aux clercs des ordres majeurs l'usage de leur mariage, mais il n'avait pas supprimé la cohabitation avec leurs femmes et cette cohabitation était dangereuse. D'autre part, la position sociale des évêques prit une importance de plus en plus considérable, au fur et à mesure que la société civile s'effondrait, dans la décadencedel'empireetsous l'invasion des barbares. Les diocèses choisissaient parfois pour évêques des laïques distingués, riches, entendus aux affaires, capables de contribuer à la défense et à la bonne administration de la cité. Ils étaient mariés et pères de famille. Ils pouvaient n'avoir ni le désir ni la force de renoncer à leur mariage, tout en étant heureux d'accepter un service social
important et honoré. On appelait les évêques « papes » et « béatitudes ».
Vers 471, S. Sidoine Apollinaire, ancien préfet de Rome et patrice, fut élu évêque, quoiqu'il ne fût que laïque et qu'il eût une femme et quatre enfants. A peine était-il sur le siège de Clermont qu'il fit placer sur celui de Bourges Simplice, laïque, marié et père de deux enfants. On donne pour excuse à cette double violation des canons la licence des clercs, qui les rendait tous indignes de l'épiscopat. Peut-être cette indignité était-elle le plus clair résultat de l'interdiction du mariage. On comprend que deux bons pères de famille aient paru plus aptes aux fonctions épiscopales que des prêtres célibataires mais débauchés. Tout donne à penser qu'ils gardèrent, sans choquer les populations, l'un sa Papianille et l'autre sa Palladie.
On leur baisait les mains. Les prêtres et les diacres, eux aussi, administraient de grands biens. Les femmes des clercs participaient à ces avantages sociaux. On disait une évêquesse, une prêtresse, une diaconesse, une sous-diaconesse. Quand le mari, montant en grade, recevait une nouvelle ordination, sa femme recevait une bénédiction spéciale. Il était donc naturel que les femmes ne voulussent perdre ni les avantages affectueux, ni les avantages sociaux de leur mariage.
Le meilleur tableau des mesures, qui furent prises pour obtenir la continence des clercs entrés dans les ordres majeurs, est donné par les canons du concile de Tours, tenu en 567. Voici les principaux canons de cet important document :
10, Aucun évêque, prêtre, diacre ou sous-diacre ne doit
avoir chez lui, pour conduire sa maison, d'autre femme que sa mère, sa sœur ou sa fille ^, il ne doit pas avoir de religieuse, ni de veuve, ni de servante.
12. L'évêque doit traiter sa femme comme sa sœur. En quelque endroit qu'il se trouve, il doit être entouré de clercs; son habitation doit être séparée de celle de sa femme, de telle sorte que les clercs qui servent l'évêque ne se trouvent pas en contact avec les servantes de la femme de l'évêque.
13. Un évêque qui n'a pas d'évêquesse ne doit pas avoir de femme dans sa suite, et les clercs qui le servent ont le droit de chasser les femmes de la maison de l'évêque.
14. Aucun prêtre ou moine ne doit dormir avec un autre dans le même lit, afin de couper court à tout soupçon; les moines ne doivent pas non plus habiter seuls, ou bien à deux dans des cellules séparées, mais ils doivent dormir tous en commun dans un seul dortoir, sous la surveillance de l'abbé ou du prévôt. Pour cela deux ou trois, à tour de rôle, doivent veiller et lire, tandis que les autres reposent.
19. Comme un très grand nombre d'archiprêtres habitant la campagne, de même que des diacres et des sousdiacres, sont accusés de continuer à vivre avec leurs femmes, l'archiprêtre doit, quand il est dans la ville ou quand il va à la campagne, avoir avec lui un clerc qui le suive partout et qui ait son lit dans la même chambre que lui. Sept sous-diacres, ou lecteurs ou laïques, peuvent alterner pour exercer cette surveillance; ils se relayeront par semaine; celui qui s'y soustraira sera fustigé. Si le prêtre
1. Ceci suppose donc que l'évêque avait été marié et père de famille avant de recevoir un ordre majeur. Peut-être le texte est-il altéré et s'agit-il de la nièce. Le concile de Mâcon, 583, outre la mère et la sœur, autorise la grand'mère et la nièce. Le concile de "Tolède, 633, autorise la tante.
met de la négligence à ce que cette pratique s'exécute, il sera privé de la communion pendant trente jours jusqu'à ce qu'ayant fait pénitence il rentre en grâce. Les autres prêtres, diacres et sous-diacres, habitant la campagne, doivent avoir soin que leurs esclaves (femmes) habitent constamment là où sont leurs propres femmes; quant à eux, ils doivent demeurer seuls dans leur cellule et y prier. Lorsqu'un prêtre vit avec sa prêtresse, un diacre avec sa diaconesse, un sous-diacre avec sa sous-diaconesse, il sera excommunié pendant un an, et dépouillé à tout jamais de ses fonctions ecclésiastiques; il rentrera dans la vie laïque. Il ne pourra chanter que parmi les lecteurs. Les archiprêtres, qui ne veillent pas sur les jeunes clercs qui leur sont confiés et ne prennent pas des mesures à ce sujet, devront être enfermés en cellule dans la ville oùils résident, y vivre pendant un mois au pain et à l'eau et faire pénitence pour les clercs qui leur sont confiés. Le peuple ne doit pas vénérer, mais bien mépriser le prêtre qui vit avec sa femme : car, au lieu d'être un docteur de pénitence, il est docteur de libertinage.
Ces ordonnances supposent un régime de contrainte, de surveillance et même d'espionnage. Nous ne sommes pas renseignés sur la manière dont les choses se passaient effectivement. Le saint évêque Grégoire de Tours (-{- 594) nous raconte deux histoires sans doute destinées à montrer aux fidèles de son temps qu'ils avaient tort de soupçonner la vertu de leurs évêques ^.
1. De gloria confessorum, 78 et 76. Grégoire raconte d'autres histoires, qui montrent des prêtres débauchés et cruels. Il raconte aussi que la femme d'Urbicus, évêque de Clermont, alla trouver son mari la nuit et se fit faire un enfant {Hist. franc., I, XXXIX). Je doute que le héros de cette histoire £Ùt été Urbicus, qui paraît avoir été évêque avant les ordonnances de Sirice.
A Nantes, la femme d'un évêqiie supportait difficilement le régime du lit séparé. Elle s'imagina que son mari devait lui préférer quelque rivale. Pour s'en assurer, elle alla le surprendre dans son sommeil, un après-midi. S'approohant de son lit, elle vit qu'un agneau, resplendissant de lumière, reposait sur sa poitrine. Alors elle reconnut qu'avec les serviteurs de Dieu s'accomplit manifestement ce que le Seigneur lui-même a promis à ses fidèles lorsqu'il a dit : « Voici, je demeure avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles. »
A Autun, le peuple élut évêque Simplicius, de race noble, fort riche des trésors de ce monde et marié à une très noble épouse. Sa femme exigea, comme auparavant, de partager le lit de son miari. Un jour de Noël, les paroissiens se soulèvent, et vont trouver l'évêquesse.
Il n'est pas croyable qu'une femme étant jointe à son mari ne soit pas souillée, ni que le mari, enlacé dans les bras de sa femme, puisse s'abstenir de s'unir avec elle. C'est ainsi que disent les Proverbes de Salomon : « Celui qui touche à la poix ne peut jamais être propre». Et, en effet, qui peut, ayant le feu dans le sein, n'être pas brûlé? Nous vous voyons coucher dans un même lit; nous ne pouvons pas penser autrement que de vous croire vous mêlant l'un à l'autre.
Irritée de ces paroles, l'évêquesse va trouver le pontife; puis, après avoir répété devant le monde les discours qu'elle avait entendus, elle appelle une servante qui tenait en ce moment un brasier plein de
charbons, comme on a coutume d'en avoir à cause de la rigueur de l'hiver, ouvre sa robe pour recevoir les charbons ardents, et, après les avoir gardés l'espace d'une heure, elle interpella l'évêque, en lui disant :
Prends ce feu plus clément que d'habitude et qui ne détériorera nullement tes habits, afin que ses flammes démontrent qu'en nous sont éteintes les flammes de la luxure.
Le pontife les prit, et les voiles qui l'enveloppaient . ne furent point endommagés par le feu. A ce miracle, le peuple, tout à l'heure incrédule, crut à Dieu, et en sept jours plus de mille hommes se firent baptiser. L'Église les accueillit et, joyeuse, les enrôla comme soldats pour le royaume céleste.
Au vii^ siècle, les miracles cessèrent sans doute de se produire et la grâce divine n'assista plus les clercs. Non seulement ceux qui étaient mariés ne renonçaient pas à leurs droits conjugaux, mais encore des clercs ne craignaient pas de se marier après leur ordination, ou même de forniquer en dehors de toute union. Les conciles sont obligés de porter des ordonnances plus rigoureuses ^.
Un concile de Tolède, en 633, décrète (canon 43) que les femmes qui ont des rapports avec les clercs, dont elles ne sont pas les parentes seront vendues. Un autre concile de Tolède, en 655, prescrit (canon 10) :
Lorsqu'un clerc, depuis l'évêque jusqu'au sous-diacre,
1. Des règlements relatifs au célibat sont portés aux conciles de Tolède (633), de Châlons-sur-Saône (entre 644-656), de Tolède (653), de Bordeaux (662), de Saint-Jean-de-Losne (entre 670-673), de Tolède et de Braga (675).
aura eu des enfants, soit d'une esclave, soit d'une femme libre, le père et la mère seront punis de la manière prescrite par les canons, et les enfants ne pourront pas hériter de leurs parents, mais seront à tout Jamais esclaves de l'église que desservait leur père ■•:,
1, Les églises avaient leurs esclaves indépendamment de ceux que possédaient personnellement les papes, les évoques, les autres clercs et même les moines. Gela est prouvé par nombre de documents à partir de Constantin (lettres de 316 et de 321). Il faut ignorer profondément l'histoire de l'esclavage pour faire honneur à l'Église de son abolition. Le concile de Tolède de 655 se montre particulièrement dur pour les esclaves affranchis (canon 12) : « Lorsque l'évêque affranchit les esclaves de l'Église, cet affranchissement prend effet, à compter de la mort de l'évêque et non du jour où a été rédigé l'acte écrit (canon 13). Les esclaves de l'Église, qui ont été affranchis, ne doivent, ni eux, ni leurs descendants, se marier avec des Romains ou des Goths de naissance libre. »
DOCUMENTS I. — La discipline du célibat a kome
Elle est attestée par les papes saint Léon et saint Grégoire.
Vers 459, l'évêque de Narboane, Rusticus, pose à saint Léon diverses questions dont l'une a trait à l'extension de la loi du célibat. Le pape lui répond {Ep. 167) qu'elle s'étend aux ministres de l'autel aussi bien qu'aux évêques et aux prêtres. Puis il explique la loi. Les ministres de Dieu, à partir du jour où ils servent à l'autel, doivent s'interdire l'acte conjugal. Non pas qu'ils soient tenus d'écarter leurs femmes et de les répudier. Ils doivent les garder dans leur maison, mais non les connaître charnellement. Entre eux la communauté du toit est permise; c'est la communauté du lit qui est défendue.
Le pape Grégoire dit {Ep. I, 52) que les seules femmes autorisées à vivre chez le prêtre sont la mère, la sœur et l'épouse. Et il ajoute : quae caste regenda est. En d'autres termes :1a femme du prêtre reste chez lui, mais les rapports conjugaux sont suspendus.
Dans la lettre IX, 60, écrite aux défenseurs du patrimoine ecclésiastique chargés de faire la police dans l'étendue de
ce patrimoine, Grégoire leur enjoint de ne tolérer chez les évêques d'autres femmes que la mère, la tante, la sœur et « d'autres du même genre». Les évêques doivent, de leur côté, surveiller leurs prêtres lesquels, « conformément à la loi canonique, peuvent garder leurs femmes à la condition de vivre chastement avec elles ».
Dans IX, 106, Grégoire, qui déplore les abus en vigueur dans les Gaules, rappelle que les clercs, une fois entrés dans les ordres sacrés, ne doivent pas avoir de femmes chez eux, « sauf celles que les saints canons autorisent à rester». Il ne dit pas ici quelles sont les femmes autorisées à rester près des prêtres; mais il nous l'a dit dans I, 52 et IX, 60.
Dans XIII, 35 et 36, nous lisons ceci en substance : Il y a dans le diocèse de Spolète des prêtres qui vivent avec des femmes « étrangères» (extraneis). Le défenseur doit empêcher cela et l'évêque doit aider le défenseur.
D'après III, 45, 46, l'évêque de Tarente, André, avait une concubine avant son ordination. On le soupçonne de l'avoir gardée. Grégoire remet André à sa conscience et lui fait un devoir d'abdiquer si le fait est vrai.
Les Dialogues ÏII, 11, signalent à notre admiration le prêtre de Nursie, Etienne, qui, à partir de son ordination, n'a pas laissé sa femme approcher de lui et n'a même pas voulu être servi par elle. Les canons l'autorisaient à garder sa femme à ses côtés; mais il n'a pas usé de cette permission, il a poussé le sacrifice plus loin que les canons ne le demandaient. En revanche les mêmes Dialogues, III, 7, racontent l'histoire de l'évêque de Fondi qui tapota un jour familièrement sur le derrière de sa femme, in terga ejusdetn.,. blandiens alapam daret, et que Dieu hum^ia : preuve ,de la nécessité 4e la vigilance,
Conclusion. Le clergé, en face duquel ces textes nous mettent, se compose d'hommes qui, avant d'entrer dans les ordres, sont légitimement mariés ou vivent dans le concubinage. Après l'entrée dans les ordres la concubine doit être écartée, l'épouse légitime reste sous le même toit que son époux, mais ne partage plus son lit. Voilà la loi, c'est-à-dire l'idéal. Grégoire qui est propriétaire d'immenses domaines dans l'Italie centrale et méridionale, dans la Sicile, dans la Corse, dans le midi de la Gaule, se sert du droit de propriété tel qu'on le comprenait alors, et il chargé ses gérants de faire la police du clergé dans toute l'étendue de ses domaines, de manière à mettre la réalité d'accord avec la loi. Cette police, cela va sans dire, n'est capable d'atteindre que les infractions notoires à la loi du célibat \ Mais, quand le prêtre vit exclusivement avec sa femme, les seules infractions notoires à la loi du célibat sont les cas où des enfants surviennent. La police de Grégoire est donc nécessairement rudimentaire. Ajoutons que, née avec ce pape, elle disparaît avec lui. Avant Grégoire, après lui, les évêques et les prêtres du domaine pontifical sont, comme ailleurs, abandonnés à leurs consciences, c'est-à-dire à leurs passions,
IL — Le pape Symmaque.
La discipline romaine du célibat, qui est attestée dans les v^ et vi^ siècles par saint Léon et saint Grégoire, a aussi dans le pape Symmaque un témoin, sur lequel il convient de s'arrêter.
Après la mort d'Anastase II (fin de 498), les électeurs
1. Elle peut frapper le prêtre veuf, qui convole en secondes noces, et le prêtre débauché, qui garde à ses côtés une ou plusieurs femmes en plus de son épouse légitime,
ne parvinrent pas à s'entendre. Les uns nommèrent le diacre Symmaque, les autres le prêtre Laurent. Les deux concurrents recoururent à l'arbitrage du roi goth Théodoric qui se prononça pour Symmaque. Moins de deux ans plus tard, ce pape fut accusé de dilapider les biens de l'Église et de mener une vie scandaleuse. Après avoir essayé de tenir tête à l'orage, il fut obligé une seconde fois d'aller trouver Théodoric, qui, à cette époque, résidait à Rimini, et d'implorer son secours. Le roi arien l'accueillit honorablement, écouta son plaidoyer et parut s'intéresser à cette affaire. Sûr de la faveur royale, Symmaque ne doutait pas du succès quand, un jour, se promenant sur le bord de la mer, il aperçut dans le lointain un convoi de femmes que l'on conduisait vers le palais de Théodoric et qui ne lui étaient pas inconnues. C'étaient ses maîtresses, celles, nous dit un document contemporain, avec lesquelles il était accusé de pécher, cum quibus accusabatur in scelere \ Il eut vite fait de reconstituer les événements et aussi de les interpréter. Il comprit que ces dames ne venaient pas de leur plein gré à la cour royale, qu'elles y étaient amenées d'office et que Théodoric allait procéder à une confrontation. Symmaque, qui ne tenait pas à subir cette opération, déguerpit immédiatement, se rendit à Rome et se barricada dans Saint- Pierre.
Sur les ordres de Théodoric, qui, sans user de violence, voulait que le dernier mot restât à la justice, de nombreux conciles se réunirent à Rome au cours de l'année 501 et des années suivantes. Mais Symmaque n'avait pas perdu son temps. En compagnie d'amis dévoués et entreprenants, il avait fabriqué de toutes pièces l'histoire du pape Marcel-
1. Vita Symmacki découverte par Bianchini et imprimée dans les éditions récentes du Liber Pontificalis.
lin, qui sacrifia aux idoles et que les évêques rassemblés en concile à Sinuesse n'osèrent juger parce que le premier siège ne peut être jugé par personne; l'histoire du pape Sixte III qui, inculpé d'immoralité, se lava de cette accusation par un serment; d'autres histoires encore. Puis, appuyé sur ce dossier, il se présenta devant les conciles, non sans avoir posé préalablement ses conditions. Ses travaux historiques, aidés sans doute par l'argent, qui — Cassiodore nous l'apprend {Varia, IX, 15, 16) — intervenait dans toutes les tractations, eurent plein succès. Les évêques déclarèrent que la conduite des successeurs de Pierre relevait de Dieu mais non des hommes, qu'ils n'avaient pas qualité pour juger Symmaque, que ce pape était donc purgé devant les hommes de toutes les accusations portées contre lui et que tous ceux qui avaient quitté son obédience devaient y rentrer. Impressionné par les décisions des conciles, Théodoric reconnut Symmaque pour pape et le prit sous sa protection. Le schisme était fini. Entre temps le théologien Ennodius, l'un des plus chauds partisans de Symmaque, avait démontré qu'il y a une providence spéciale pour les papes et que Dieu ne saurait permettre à un indigne de monter sur le siège de Pierre.
Deux mots avant de terminer : 1° La Vita Syrutnachi, qui mentionne les maîtresses de Symmaque et leur comparution devant Théodoric, est l'œuvre d'un ennemi de Symmaque; mais son récit est confirmé par l'attitude étrange des conciles romains, qui refusent de juger le pape sous prétexte que le premier siège n'est jugé par personne. Cette échappatoire à elle seule est un aveu. Soyons sûrs que, s'il n'y avait pas eu de preuves matérielles de culpabilité, les partisans de Symmaque auraient solennellement proclamé son innocence et confondu les accusateurs. Nous sommes
d'ailleurs conduits à la même conclusion par le contenu des « Faux symmachiens », qui nous présentent un pape Marcellin coupable d'idolâtrie et un pape Sixte III en butte à une. accusation d'immoralité, dont il ne se lave que par le serment. 2° Depuis Doellinger on est d'accord pour admettre que la chute de Marcellin, avec le concile de Sinuesse qui la couronne, l'accusation portée contre Sixte III, etc., sont des « Faux symmachiens», c'est-à-dire des impostures écrites à l'époque de Symmaque et pour le défendre. Reste à savoir quelle a été l'attitude de Symmaque vis-à-vis de ces faux dont il a bénéficié et qui ont dû être composés au cours même de son procès. Comment croire qu'il a pu ignorer ces pièces que tous les évêques présents à Rome étaient invités à lire? Et comment croire que, les ayant connues, il ne les a pas ou rédigées lui-même ou inspirées ou, en tout cas approuvées. L'axiome fecit cui prodest a ici son application évidente. Le pape Symmaque est l'auteur des Faux symmachiens, au moins au même titre que, de nos jours, les souverains pontifes sont les auteurs des encycliques publiées en leur nom.