III. — La discipline des églises celtiques
Saint Patrice commence sa Confession par ces mots (Dottin, Les livres de saint Patrice, p. 25) :
Moi, Patrice le pécheur... j'ai eu pour père le diacre Calpurnius, un des fils du prêtre Potitus qui fut au village de Bannavem Taberniae.
Parmi les canons de saint Patrice (voir Héfélé-Leclercq, II, 888), on lit le suivant {Pair, lot., LUI, 823) :
Le clerc, depuis le portier jusqu'au prêtre, qui va sans tunique
en sorte qu'il ne cache pas ce qui est indécent... et celui dont la îemme rie sort pas avec un voile sur la tête, el uxor ejus, si non velalo capile ambulaverii, doivent être méprisés par les laïcs et rejetés de l'église.
Dans la collection irlandaise, on trouve ce canon I, 11,- Wasserschleben, Dieirische Kanonensammlung, p. 8 :
Celui qui aura été consacré dès son enfance aux fonctions ecclésiastiques, sera lecteur ou exorciste jusqu'à vingt ans, portier et sous-diacre à vingt-quatre ans, diacre à vingt-cinq ans, prêtre à trente ans, évoque à quarante ou à trente ans... Celui qui, jusqu'à trente ans, aura été marié à une seule femme vierge au moment de son mariage, sera quatre ans sous-diacre, cinq ans diacre, prêtre à quarante ans et évêque à cinquante.
Ces textes prouvent que, dans l'église irlandaise du v® au VII® siècle, les clercs étaient souvent mariés avant l'ordination. Le texte des canons de saint Patrice prouve de plus que ces clercs gardaient près d'eux leurs femmes, même après le sacerdoce. Comment vivaient ces prêtres mariés? Il est impossible de prouver qu'ils exerçaient leurs droits conjugaux, tout comme il est impossible aux apologistes de prouver le contraire. Mais on ne risque guère de se tromper en conjecturant que beaucoup obéissaient à'ia nature. Sans doute d'autres gardaient la continence. Les laïques euxmêmes l'observent quand arrive la vieillesse.
Quittons l'Irlande et allons dans la Grande-Bretagne. Le moine Gildas nous renseigne sur le clergé de ce pays dans son livre De excidio Britanniae. Voici quelques extraits -de sa déposition {Pat. lat, LXIX, 367) :
La Bretagne a des prêtres; mais ils sont insensés... Ses pasteurs sont des loups qui ne songent qu'à dévorer les âmes.... Ils enseignent les peuples, mais en leur mettant sous les yeux les pires
exemples, en leur apprenant à pratiquer les vices et l'immoralité... Ils ne pleuvant corriger les péchés du peuple, car ils commettent ces péchés. Ils méprisent les préceptes du Christ et ne songent qu'à satisfaire leurs passions... Ils écartent de leurs maisons leurs mères et leurs sœurs, mais ils ont d'autres femmes qu'ils font servir à un ministère intime...
COURTE IIISTOIItE DU CELID.^Ï ECCLESIASTIQUE