I. — La lettre de saint Bonifâce a Zacharie
Dans cette lettre {Patrol. latine de Migne, 89, 745) Boniface parle de diacres qui, la nuit, ont dans leur lit quatre ou cinq concubines ou même davantage, in diaconatu conçubinas quatuor vel quinque vel plures noctu in leçto habentes. Ces diacres reçoivent la prêtrise, offrent les saintes oblations, puis sont élus évêques. Bonifâce demande au pape s'il pourra en conscience fermer les yeux sur de pareilles coutumes. Ce qui l'embarrasse surtout, c'est que plusieurs, parmi ces évêques et prêtres débauchés, se vantent d'être allés à Rome et d'avoir été autorisés parle siège apostolique à continuer leur genre de vie : dicunt sibi rotnanuïn pontificem licentiam dédisse ministerium episcopale in Ecclesia ministrare. Bonifâce leur a répondu que ce n'était pas possible; mais il veut néanmoins avoir la parole du pape.
Dans sa réponse {ibid., 89, 919) Zacharie mentionne, négligemment et pour l'acquit de sa conscience, la loi qui enjoint au prêtre marié de renoncer à l'usage du mariage; mais en réalité il ne s'occupe que des ecclésiastiques débauchés et de ceux qui ont été mariés plusieurs fois :
Si ta sainteté rencontre des évêques, prêtres ou diacres convaincus d'adultère ou de fornication ou mariés plusieurs fois..., qu'elle leur interdise les fonctions sacerdotales... Les laïques eux-mêmes
s'abstiennent de la fornication et des mariages réprouvés. A plus forte raison ces fautes ne doivent pas se trouver chez les prêtres, dont le Seigneur a dit dans le Léuiîique XXI qu'ilsnese marieront qu'une fois, et dont l'apôtre dit que chacun d'eux doit être l'homme d'une seule femme.
A Cette époque la loi du célibat ecclésiastique était tombée en oubli à Rome.
II, — Saint Léon III
Saint Léon ÏII fut élu pape en décembre 795. A cette date le roi des Francs était, de droit, patrice de Rome. Le nouveau pape, se comportant en bon et loyal sujet, envoya à Charlemagne,en même temps que le procès-verbal de son élection, les clefs de la confession de saint Pierre et l'étendard de Rome. Trois ans plus tard, au cours de la procession de la Saint-Marc qu'il présidait, Léon III fut renversé de son cheval à terre par des bandits qui lui arrachèrent les yeux et lui coupèrent la langue. La nouvelle de cet horrible forfait fut immédiatement portée à Charlemagne, qui déjà se préparait à faire élire un successeur, quand il apprit soudain que, par un miracle prodigieux, Léon avait recouvré les yeux et la langue dont il avait été si cruellement privé. En effet, il vit, peu après, arriver à Paderborn où il résidait le pape, qui avait le parfait usage de ses yeux et de sa langue. Le miracle imposant, dont Léon avait été honoré par le ciel, était une preuve manifeste de sa sainteté. Charlemagne fit reconduire à Rome le miraculé, avec une forte escorte ecclésiastique et militaire chargée de punir les auteurs du crime du 25 avril. Sur ces entrefaites un coup de théâtre se produit. Une rumeur fâcheuse circule sur la vie privée du pontife. Les évêques francs envoyés par
Chaïlemagne pour escorter Léon III. se rassemblent en concile et tirent la chose au clair. Le résultat de l'enquête est que le pape s'est rendu coupable d'adultère et qu'on lui a frotté les oreilles le 25 avril 799 pour venger un mari outragé. Devant cette constatation, les uns parlent de déposer Léon III, les autres lui conseillent d'abdiquer spontanément et de se retirer dans un monastère. Ceci se passe à Rome. Mais Alcuin, qui est à Tours et qui bientôt après est informé des événements, est d'un autre avis (voir sa lettre 108 dans Pair. lat.iOQ. — lettre 179 dans les Monumenta Germaniae, Epistolae V). Selon lui, le principe qui domine la question est celui-ci : « Que celui qui est sans péché jette au pape la première pierre », ce qui revient à dire qu'il n'y a point d'évêque quin'ait, une fois ou l'autre, commis l'adultère dans sa vie. D'ailleurs les canons de saint Sylvestre interdisent de déposer un pontife, tant que son crime n'est pas certifié par soixante-douze témoins (qui ont assisté à l'adultère). Enfin il y a un autre canon, d'après lequel le siège apostolique peut juger tout le monde, mais ne peut être jugé par personne. Et ce canon est la justice même, car que deviendra l'Église du Christ si le chef des églises peut être déposé? — Charlemagne qui, en novembre 800, vint à Rome pour régler définitivement cette affaire, suivit l'avis d'Alcuin et maintint Léon III sur la chaire pontificale. Toutefois, pour sauver les apparences, le pape, montant à l'ambon de Saint-Pierre, affirma par serment son innocence. Au cours des débats, il n'avait plus été question des yeux et de la langue arrachés puis remis en place. Mais ce miracle éclatant ne fut pas perdu pour autant. En 1679,1e nom de Léon III fut inscrit au catalogue des saints.