VIII. Textes de saint Pierre Damien
Au chapitre 111 de l'opuscule XVII, Pierre Damien dit ceci :
Le père qui commet l'inceste avec sa fille est chassé de l'Église... Tous les fils de ton Église sont tes fils... Donc, quand tu as commis l'inceste avec ta fille spirituelle, de quel front oses-tu célébrer le mystère du corps du Seigneur? Diras-tu que tu n'avais pas encore reçu l'épiscopat quand elle est née, ou qu'elle n'a pas été baptisée dans le baptistère épiscopal mais à la campagne?. ..La main qui fait descendre le Saint-Esprit, tu lui fais attoucher les organes des prostituées, lu eam adhibes genitalibus mereiricuml
Dans la lettre à l'évêque de Turin [Op. XVIII), Pierre Damien débute par cette observation :
Vénérable Père, parmi quelques fleurs de vertus qui ornent ta sainteté, il y a une chose qui, je l'avoue, m'a beaucoup déplu, qui m'a fait m'emporter violemment contre toi et qui m'oblige maintenant à prendre la plume. Tu permets, en effet, aux clercs de ton église, quel que soit leur ordre, de s'unir à des femmes par les liens du mariage.
Plus loin (Vil), s'adressant aux femmes des prêtres, il leur dit :
Ne vous imaginez pas que vous êtes engagées par la bague, je ne dis pas d'alliance mais de perfidie, que vous avez reçue, ou par le contrat soi-disant matrimonial, que le notaire a rédigé; ne tenez aucun compte du serment réciproque qui a eu lieu pour sceller votre prétendu mariage. Tout cela constitue le mariage pour les laïques; mais, pour vous, tout cela est inutile.
On voit par ce texte, qu'un contrat civil, avec prestation de serinent et anneau nuptial, intervenait dans les mariages de prêtres.
La lettre à A-délaïde (ièid)commenterhistoiredeBarach, qui ne voulut marcher au combat ^que sous la conduite de Déborali. Déborah, c'est Adélaïde qui règne sur l'Italie du Nord et sur la Bourgogne, Barach, ce sont les évêques de ces deux pays, qui ne désirent pas faire la guerre, mais qui seront obligés de marcher si Déborah leur pousse l'épée dans les reins. L'ennemi, c'est Sisara, c'est-à-dire la luxure qui tient sous son joug les malheureux prêtres \
IX. Opposition a l'entreprise de Grégoire VIï 1. LE CONCILE DE PARIS DE 1074
Nous sommes renseignés sur ce concile par la biographie anonyme de Gautier, abbé de Pontoise, publiée dans les Acta Sanctorum, avril I, 760. On y lit {traduction de Delarc, Saint-Grégoire, VII, 3, 86) :
Dans un concile tenu à Paris au sujet des décrets du seigneur pape Hildebrand de sainte mémoire touchant le célibat ecclésiastique et la défense d'entendre la messe d'un prêtre concubinaire, évêques, abbés et clercs présents à l'assemblée furent presque tous d'accord à dire que les ordres du pape étaient absurdes et que l'on ne pouvait ni ne devait en tenir compte Gautier, abbé de Pontoise, qui peu auparavant était allé à, Rome et s'était entretenu avec Hildebrand, se leva alors et protesta énergiquement contre la décision de l'assemblée. Il prouva par saint Grégoire que l'on devait se soumettre à l'ordre du supérieur, même lorsqu'on
1. Le Liber gomorrhianus est l'image de toutes les turpitudes. Pierre Damien y parle de la sodomie comme d'un péché répandu dans le clergé, et il entre dans les détails les plus grossiers. — Dans le Liber ^ratissimus, 18, nous apprenons que l'évèque de Fiésoles avait une femme légitime et plusieurs concubines.
n'en voyait pas le bien-fondé. Les paroles de Gautier soulevèrent dans le concile un épouvantable tumulte. On se jeta sur lui, on le frappa, on lui cracha au visage, et on le jeta dans les prisons du roi Quelques-uns de ses amis étant parvenus à l'en faire sortir, il rentra dans son abbaye de Pontoise.