EJV ANGLETERRE ET EN IRLANDE
Dans le concile de 1076, Lanfranc, tout en laissant aux prêtres de sa génération la jouissance de leurs femmes, avait pris sur le papier des mesures qui devaient révolutionner le clergé à venir (p. 122-123). Un quart de siècle plus tard,le clergé anglais n'avait rien modifié à sa manière de vivre. Nous sommes renseignés sur ce point par le concile de Londres de 1102, qui prescrivit solennellement à tous les ecclésiastiques de renvoyer leurs femmes, défendit aux
prêtres mariés de dire la messe et, au cas où ces prêtres s'obstineraient à la dire, enjoignit aux laïques de ne pas y assister. Ce concile fut, d'ailleurs, aussi vain que celui de 1076. Les prêtres mariés gardèrent leurs femmes et ceux qui, en 1102, n'étaient pas encore dans les liens du mariage, y entrèrent quand l'occasion favorable se présenta. Six ans plus tard, un second concile de Londres (1108) enregistra la faillite du premier et promulgua de nouveaux décrets. Il va sans dire que ceux-ci restèrent lettre morte. Cependant saint Anselme, qui, à cette époque, occupait le siège primatial de Cantorbéry et qui avait présidé les deux susdits conciles, voulut avoir le dernier mot et enjoignit à ses archidiacres de faire observer la loi. Les résultats qu'il obtint sont consignés dans sa lettre III, 112, Patr. ht., 159, 150, où nous lisons :
Notre archidiacre, Guillaume, m'a écrit que certains prêtres confiés à ses soins ont repris leurs femmes et se sont plongés de nouveau dans l'impudicité, dont des ordres salutaires les avaient éloignés. Ce même archidiacre, ayant voulu corriger ce mal, a vu ses ordres accueillis avec un mépris hautain, jussionem nefanda superbia conîempserunl. Alors, entouré de plusieurs prêtres, religieux et soumis, il a frappé ces rebelles orgueilleux du glaive de l'excommunication. Mais eux, emportés par une folie bestiale, ils méprisent l'excommunication et ne craignent pas de souiller, autant que cela dépend d'eux, leur saint ministère.
Cependant le roi, Henri Beauclerc, se fit, dès le début, l'auxiliaire d'Anselme; et, pour appuyer les décisions du concile de Londres de 1102, il imposa une amende aux prêtres mariés, que cette sévérité jeta d'abord dans la consternation. Mais ils ne tardèrent pas à voir les choses sous un nouveau jour. L'amende était une source de revenus précieuse. Le roi eût été désolé de voir disparaître une coutume
si profitable. Il protégea doncles prêtres mariés, quifaisaient affluer l'or dans sa caisse. Et ceux-ci payèrent volontiers un impôt, qui leur permettait de braver les rigueurs de leur archevêque.
La condition du clergé en Irlande au début du xn^ siècle apparaît dans le Liber de vita S. Malachiae, 19, écrit par saint Bernard. Là, nous lisons que les huit prédécesseurs de Malachie sur le siège d'Armagh étaient mariés. Sans doute Bernard nous apprend que ces évêques n'avaient pas reçu les ordres. Mais il dit ensuite la même chose de tous les évêques d'Irlande. Sa pensée est que le rite romain de l'ordination épiscopale était inconnu à l'Irlande jusqu'au xii^ siècle. Les prédécesseurs de Malachie n'étaient donc pas évêques à la mode romaine; mais ils se considéraient comme évêques, ils accomplissaient les fonctions épiscopales. Et tous ces évêques étaient mariés.
IL — Le clergé au xiii® siècle.