TÉMOIGNAGE DE GIRAUD DE CAMBRIE
Giraud de Gambrie (Giraldus Cambrensis, appelé aussi Barry) d'origine anglaise, fut, en 1198, élu à l'évêché de Saint-David qu'il ne put occuper. Il mourut vers 1223, Dans sa Gemma ecclesiastica, II, 6 (Brewer, II, 187), après avoir longuement exhorté les prêtres à la chasteté, il rapporte que le pape Alexandre III voulait abolir le célibat ecclésiastique et que l'église romaine était de cet avis, à l'exception du chancelier, qui, à lui seul, empêcha le pape de donner suite à son projet. Giraud ajoute mélancolique-
COUaTE HISTOIBE DU CÉLIBAT ECCLÉSIASTIQUE 10
ment : « Nos péchés ont fait que l'opposition d'un seul homme empêcha ce père si grand et si pondéré de mettre son utile projet à exécution. » Un peu plus loin (11,7, p. 195), il supplie les prêtres concubinaires de garder la continence, pendant trois jours et trois nuits avant de monter à l'autel. « Car, ajoute- t-il, les règlements des Pères prescrivent aux laïcs mariés de ne se présenter à la communion qu'après trois jours de continence.» Suit l'histoire édifiante du chapelain d'un empereur allemand, qui, s'étant rendu coupable de fornication la veille d'une fête, refusa, malgré l'ordre formel de l'empereur, de chanter l'évangile à la messe du lendemain. — Dans le Spéculum Ecclesiae, III, 8 (Brewer, IV, 170), il dit d'un prêtre que « conformément à la pratique de presque tous les prêtres paroissiaux d'Angleterre, more sacerdotum parochialium Angliae fere cunctorumï), il avait publiquement avec lui une compagne, qui, le jour, lui servait de cuisinière et, la nuit, de concubine.
Ces textes, écrits au début du xm^ siècle, prouvent que, à cette date, la campagne de Grégoire VII en faveur du célibat n'avait obtenu aucun résultat en Angleterre. Le suivant suppose que, au moins dans le pays de Galles, les prêtres continuaient de se marier publiquement. Il se trouve dans le De jure et statu menevensis ecclesiae, 1 (Brewer, III, 128) :
Les chanoines de l'église de Menevia sont presque tous des fornicateurs, des concubinaires. A l'ombre de leur église et^ pour ainsi dire, dans son sein, ils montrent leurs compagnes assistées par des sages-femmes, des nourrices... Ils ont été engendrés ainsi par leurs pères; à leur tour ils se donnent une postérité qui héritera de leurs vices et de leurs bénéfices. Quand leurs flls sont arrivés à l'âge de la puberté, ils leurs procurent les filles des chanoines leurs collègues, et ils les unissent par un lien pour ainsi dire marital.
3. AUTRES TÉMOIGNAGES Le concile d'Avignon de 1209 dit dans le canon XVIII :
Les clercs, tant réguliers que séculiers, ne montrent leur profession ni par leur habit, ni par leur vie. Nous sommes obligés de l'avouer, ils sont tellement dissolus et souillés de vices, qu'il n'y a pas de diiîérence entre un prêtre et un laïque. Au contraire, les laïques sont corrompus par leurs exemples.
En 1296, Boniface VIII reproche au clergé d'Utrecht d'être publiquement marié (Digard, Registres de Bonifaee VIII, l, 348).