‹ Courte histoire du célibat ecclésiastique [microform]Chapitre 68 sur 94 · Session XXIV, canons 9 et · texte numérisé non relu

Session XXIV, canons 9 et

cœurs les plus purs et les plus enthousiastes, les volontés les plus ardentes et les plus énergiques, les intelligences les plus éprises d'idéal, pour les condamner à la stérilité, et laisser à la masse le soin de propager l'espèce, c'était tenter une expérience qui pouvait devenir, à la longue, désastreuse. Les familles des prêtres protestants, au contraire, n'ont cessé de produire des élites et des élites dévouées à leurs idées mêmes. C'est là une des causes de leur puissance. Le clergé catholique, lui, à mesure que son prestige baissait, se trouva obligé de se recruter de plus en plus parmi les moins intelligents et les plus ignorants, creusant ainsi l'abîme entre la vie sacerdotale et la vie commune, entre les « survivances » du moyenâge et la « civilisation moderne, recenti cwilitate^ ».

Aux réquisitoires de ce genre, les catholiques n'ont jamais manqué de répondre en exaltant la fécondité spirituelle de la virginité et du célibat. Un de leurs apologistes s'exprime ainsi :

« Généreux, hardis, désintéressés, les grands mystiques ont la longueur du courage, la constance et la persévérance, qui seules font les entreprises efficaces. Et confiants, non en leurs propres forces, mais dans le Dieu intérieur qu'ils ressentent, ou qu'ils réalisent, ils accomplissent des œuvres qui eussent découragé les plus audacieux génies. Et leurs œuvres durent! Napoléon n'a pas duré vingt années, le matin d'une vie humaine, sans voir couler son empire de broyeurs d'hommes; et les pétrisseurs d'âmes que sont les mystiques en moulent encore d'autres à leur effigie. Ils

1. A. Fouillée, La France au point de me moral, p. 54. Voir aussi Vacher de Lapouge, Race et milieu social, p. 78.

ont gardé le célibat qui afflige quelques imbéciles d'esprit — comme s'ils stérilisaient par là l'humanité qui la gaspille si bien et les époux qui ont peur des familles nombreuses, voire de toute progéniture, tellement la jouissance égoïste leur prêche l'infécondité — et la physiologie n'y gagne guère, je crois. — Mais tout psychologue de bonne foi, s'il est averti, dira que les grands mystiques ont fondé des familles d'âmes, qui reproduisent leur esprit et propagent dans le monde le zèle qui les animait pour la vie noble, grande, forte, épanouie en Dieu, son principe et sa fin. Le mystique saint Benoît, les mystiques saint François d'Assise et saint Dominique, le mystique Ignace de Loyola, aussi bien que la mystique Catherine de Gênes et la mystique Catherine de Sienne, et la mystique Thérèse d'Avila, ont tracé des sillons d^humanité féconde ^. »

1, Jules Pacheu, L'expérience mystique et l'actirité subconsciente, p. 198- 199. — Cet apologiste a gardé le célibat, mais n'a pas pratiqué la chasteté.

DOCUMENTS I. — Les papes.

BoNiFACE VÏII. — Clément V, qui avait promis à Philippe le Bel de faire le procès deBoniface VIII, nomma, en 1310, deux commissions chargées d'entendre tous les témoins qui se présenteraient pour accuser ou défendre la mémoire de ce pontife (Dupuy, Histoire du différend du pape Boniface VIIÎ avec Philippe le Bel, p. 526-575). Les accusations recueillies avaient pour objectif principal là doctrine de Boniface, dont on rapportait des propos hérétiques. Pourtant plusieurs d'entre elles inculpaient ses mœurs. Divers témoins déclarèrent avoir entendu fréquemment le défunt pape tenir ce propos : « Il n'y a pas de péché à connaître charnellement une femme quelle qu'elle soit} c'est, au contraire, une action conforme à la nature.» D'autres l'accusaient d'avoir pratiqué la fornication, la sodomie, la pédérastie. On avait même entendu des employés de la curie se jeter à la tête le reproche suivant : « Tu sers de prostituée au pape Boniface — C'est toi qui as cet emploi. — Tu l'as eu avant moi; car lorsqu'il était cardinal je t'ai surpris dans sa chambre accomplissant l'acte de sodomie. — Si je lui ai servi de prostituée par le passé, tu exerces maintenant cette charge...,» Héfélé- Leclercq, VI, 580-581, estime que l'on ne peut rejeter toutes

ces accusations, dont plusieurs émanent de moines, de prieurs et même de cardinaux. C'est aussi la conclusion à laquelle arrive, après beaucoup d'hésitations, Finke, Aus den Tagen Bonifaz VIII, p. 245-247.

Clément V. — Villani, après avoir rapporté la mort de ce pape {Istorie florentine, IX, 58), fait son oraison funèbre dans les termes suivants :

Il fut un homme attaché à l'argent et simoniaque. Il vendait à sa cour tous les bénéfices à ceux qui y mettaient le prix. Il pratiqua publiquement la luxure;,et eut pour amie la comtesse de Périgord, très be.Ue femme, qui était fille du comte de Foix.

Ajoutons que cette comtesse s'appelait Brunissende. Saint Antonin {Chronica, XXI, 3, 3) accepte le témoignage de Villani et accuse, lui aussi, Clément V de n'avoir pas vécu conformément à la législation ecclésiastique.

Jean XXII. — Ce pape n'était pas concubinaire, mais il battait monnaie sur les prêtres concubinaires. Nous tenons ce renseignement de son confesseur lui-même, Alvarez Pelayo, qui nous dit [De planctu Ecclesiae, p. 102) que Jean XXII autorisait, contre argent comptant, les prêtres espagnols à garder leurs femmes. Déjà au début du xii^ siècle le roi anglais Henri Beauclerc (ci-dessus, p. 143) avait fait du concubinat des prêtres une source de revenus. Jean XXII a adopté cette mesure financière qui, après lui, , devint courante.

Clément VI, — Notre principale source d'information, sur les mœurs de ce pape et de son entourage, est Pétrarque, qui a quitté, pour la dernière fois, Avignon en mai 1353 c'est-à-dire quelques mois après la mort de Clément VI et

qui, par conséquent, quand il parle du concile ecclésiastique d'Avignon, a en vue la cour de ce pape. Pétrarque est intarissable sur « la Babylone de l'Occident » et sur sa corruption (voir surtout les Epistolae sine titulo V, VII, X, XII-XIX).

Voici quelques extraits de la lettre XIX :

Dans le royaume de l'avarice, il n'y a que l'argent à avoir de l'importance. La vie future est un conte, l'enfer est un conte, la croyance à la résurrection de la chair, à la fin du monde, au jugement est une niaiserie. On tient la vérité pour une folie..., on a honte de pratiquer la pudeur et la licence des mœurs est l'indice d'un esprit éclairé. On se fait gloire de mener une vie souillée; les crimes donnent droit à l'admiration... Pour connaître la beauté de Dieu, vous n'avez qu'à voir combien sont hideux ses ennemis. Vous n'avez pas à les chercher au loin, ils habitent à Babylone. Ah! Babylone, toi l'ennemie des bons, l'asile des méchants, le refuge des gens les plus tarés, tu es, par voie de contraste, une maîtresse de vertus... Comment ne pas éprouver de l'indignation et du mépris quand on voit ces vieillards... qui font mentir l'axiome virgilien aux termes duquel la concupiscence n'existe plus chez les vieillards?... Je passe sous silence les viols, les incestes, les adultères qui sont les récréations de la luxure pontificale, ponliftcalis lasciviœ ludi sunt. Je passe sous silence ces maris dont on enlève les femmes, que l'on envoie hors du pays pour les empêcher de murmurer, à qui on rend leurs femmes quand elles sont enceintes, et à qui, le temps des couches passé, on les réclame pour de nouveaux plaisirs : toutes choses que je ne suis pas seul à connaître, mais qui sont connues du public, quae omnia non unus ego sed vulgus novil. (Ici histoire d'une jeune fille, qu'un rabatteur a racolée en lui laissant croire qu'elle allait avoir affaire à un beau prélat. Elle se trouve en présence d'un vieillard édenté et repoussant. Immédiatement elle s'échappe avec un cri d'effroi des bras dubonhomme, qui déjà la caressait). Mais celui-ci mettant alors sur sa tête chauve le bonnet rouge, insigne de sa dignité, lui crie :«Je suis cardinal, je suis cardinal, ne crains pas petite fille ». Ayant gagné sa petite maîtresse par le tableau de sa dignité présente et par les perspectives d'avenir qu'il fit miroiter devant elle, il l'introduisit dans la

chambre nuptiale... Si je te disais le nom de cet homme, tu en serais très amusé. Mais il y en a mille comme lui.

Le moine Burton {Chronique de Melsa, III, 89) rapporte la réponse suivante de Clément VI aux censeurs qui lui reprochaient son inconduite notoire :

Quand nous étions Jeune, nous nous comportions ainsi, et ce que nous faisons maintenant, nous le faisons d'après le conseil des médecins, quod facimus modo, facimus ex consilio medicorum.

Le susdit moine ajoute que Clément apporta divers exemples, d'après lesquels les papes incontinents avaient été supérieurs aux papes continents dans le gouvernement de l'Eglise,

Le moine Matthias de Neuenbourg dit, dans sa Chronique {Fontes rerutn german., IV, 227), que Clément VI était avide de femmes, d'honneurs et de pouvoir, tnulierum, honoris et potentiae cupidus.

Dans les Révélations de sainte Brigitte (VI, 63), le Christ dit au pape Clément VI :

Rappelle-toiles temps passés, où tu as provoqué ma colère et où ,je me suis tu, où tu as fait ce que tu ne devais pas faire... Je n'oublierai pas non plus les réformes que tu aurais pu faire et que ton amour de la chair t'a empêché d'accomplir, sed lu amalor carnis noluisU.

Innocent VL — La chronique de Melsa (III, 154) lui attribue des faiblesses avant son élection au souverain pontificat : ante papatum lubricus fuit. Mais elle ajoute que, devenu pape, il mena une vie irréprochable.

Urbain V. — La chronique de Melsa, ÏII, 154, raconte ainsi son élection :

Gomme il passait pour être un bon compagnon, qu'il aimait beaucoup le vin et les femmes, vinumque el mulieres praecipué

diligebd, et que soa libertinage lui avait enlevé l'estime des honnêtes gens, on l'élut, pensant que l'on ferait de lui ce qu'on voudrait...

Au dire de la même chronique, Urbain V avait d'uiae concubine une fille, qu'il maria et laissa dans une condition modeste. De son ancienne concubine il fit sa cuisinière.

Jean XXIïI. — Balthasar Cossa, né à Naples vers 1360, exerça d'abord le métier de pirate, c'est-à-dire de bandit, dans la mer de Sicile. Quand ce genre de vie cessa d'être lucratif, il renonça à la mer et se mit au service du pape Boniface IX qui, comme lui, était d'origine napolitaine. Boniface remarqua dans son compatriote une rare énergie qu'il utilisa. Après l'avoir fait cardinal (1402), il le chargea de ramener à l'obéissance les populations de l'état pontifical, qui, pendant le séjour des papes à Avignon, s'étaient émancipées. Le cardinal Balthasar Cossa justifia les espérances que le pape avait fondées sur lui. Il fit la conquête de Bologne, la gouverna par la terreur et y séduisit deux cents femmes. Sur ses instances, le pape Alexandre Y, qui venait d'être élu par le concile de Pise, s'installa à Bologne, où, après un séjour de quelques mois, il mourut subitement. Balthasar Cossa fut accusé, par la rumeur publique, d'avoir causé cette mort au moyen du poison. Il fut néanmoins élu comme successeur d'Alexandre V et prit le nom de Jean XXIII (1410). Le concile de Constance, après avoir proclamé sa supériorité sur le pape, décida de juger Jean XXIII. Une commission fut nommée pour recueillir les plaintes contre la vie du pontife. Les témoignages affluèrent, témoignages accablants, et dont les auteurs étaient des cardinaux, des évêques, des employés de la cour pontificale, Parmi les soixante -quatorze chefs

Avffl

d'accusation qui furent articulés, je me tome à relever la suivante : « 9. Il s'est rendu coupable de fornication avec la femme de son frère, avec des religieuses, des jeunes filles, des femmes mariées, et il a commis d'autres crimes contre la chasteté.» Jean XXîII, qui fut déposé en même temps que ses deux concurrents par égard pour l'intérêt général, était considéré par le concile de Constance comme vrai pape. D'ailleurs la GerarcJ^iacaf/ioZica, qui est l'organe officiel du Vatican, le tient pour pape authentique; et elle ne peut faire autrement, puisqu'elle inscrit, sur la liste des papes authentiques, Alexandre V,dont Jean XXIII est le successeur. Voir Héfélé-Leclercq, Histoire des conciles, 227-239.

Pie II. — Aeneas Sylvius, né à Sienne, en 1405, n'entra dans les ordres qu'en 1445. Deux ans avant cette date, il écrivait à son père la lettre suivante (20 septembre 1443, lettre 78 de l'édition de Vienne) :

Père, vous ne savez, dites-vous, si vous devez vous réjouir où vous attrister de ce que le Seigneur m'a donné un enfant. Moi, je vois dans cet événement un motif de joie, mais non de douleur. Qu'y a-t-il,en effet, de plus doux pour un homme que d'engendrer son semblable?... Mais peut-être vous attristez-vous du péché qui m'a rendu père. Je ne sais quelle idée vous vous êtes fait de moi. Certes le fils, à qui vous avez donné le jour, ne pouvait être ni de pierre, ni de fer, puisque vous étiez vous-même de chair. Vous étiez, vous le savez, un fameux coq. Moi non plus je ne suis pas châtré.,. J'avoue franchement mon erreur... Mais ce péché est bien vieux et je ne sais qui en est exempt. Le mal est répandu, si c'est un mal d'obéir à la nature. Mais je ne vois pas qu'il y ait lieu de tant s'emporter contre le coït, puisque la nature, qui né fait rien en vain, pousse tous les êtres vivants à le désirer... Je ne me reconnais aucun mérite. Je ne mets ma confiance que dans la bonté divine, à qui nous devons d'être fragiles et portés à la luxure et qui ne nous fermera pas la source du pardon ouverte à tous.

Puis il explique comment, au cours d'un voyage, il rencontra, dans une auberge d'Italie, une Bretonne nommée Elisabeth qu'il rendit mère, après s'être introduit la nuit subrepticement dans sa chambre. N'ayant pas le moyen de nourrir l'enfant, il le confia à son père. L'année suivante (19 novembre 1444), Aeneas Sylvius écrivit à son père qu'il comptait faire un jour honneur à sa famille et il ajouta :

Je ne sais si le fils d'Elisabeth est mort, comme est mort un autre de mes fils qui est né en Ecosse.

La même année (3 juillet 1444) il écrivait à un ami, en lui envoyant un conte de sa façon :

Quel est l'homme de trente ans à qui l'amour n'a fait commettre quelque fredaine? Je juge des autres par moi-même, que l'amour a jeté dans mille dangers. Je rends grâces aux dieux d'avoir échappé aux mille et une embûches qui m'étaient tendues.

Le conte qui accompagnait cette lettre a pour objet les aventures d'Euriale et de Lucrèce. L'auteur nous montre celui-là réussissant, malgré des obstacles sans nombre, à s'introduire auprès de celle-ci, et il décrit l'entrevue dans le style du Cantique des cantiques : \

Lucrèce n'avait qu'un léger voile, qui s'adaptait à ses formes et ne dissimulait ni son sein ni ses dunes. Toutes les parties de son corps apparaissaient ...Euriale ne put maîtriser son ardeur...

La licence du conte d'Euriale et de Lucrèce est surpassée par la comédie de Chrisis qui parut un peu auparavant.

Elevé en 1455 sur la chaire de saint Pierre, Aeneas Sylvius, en souvenir de Pius Aeneas chanté par Virgile, prit le nom de Pie. Le zèle et l'énergie qu'il déploya alors lui

assignent le premier rang parmi les papes de la Renaissance. On n'a à mentionner ici que sa bulle Romanum decet pontifi' cem. Au xv® siècle, plusieurs prélats de Rome étaient tenanciers de maisons de jeux et de prostitution. Par la susdite bulle le chaste Pie II leur interdit cette industrie fort lucrative. On va voir, d'ailleurs, que son injonction resta lettre morte.

Paul IL — La chronique du temps dit de ce pape qu'il « remplit le palais pontifical de concubines, ex conçubina domum replent (il faut lire « ex concubinis», Baluze, Miscellanea, éd. Mansi, lY, 519), et qu'il fit du siège de Pierre un cloaque.»

Sixte IV. — Ce pape, mort en 1484, est responsable de l'élection d'Alexandre VI, qui eut lieu huit ans plus tard; car, sur les vingt- trois cardinaux qui prirent part au conclave de 1492, quatorze avaient été nommés par lui : cela suffit à le condamner. Pastor reconnaît que les promotions de cardinaux faites par ce pape furent toutes déplorables, et qu'elles rendirent la réforme de l'Eglise impossible pendant cinquante ans. Devant ces aveux nous ne pouvons considérer que comme une mauvaise plaisanterie les prétendues tentatives faites par Sixte IV pour remédier à la corruption de la curie romaine.

Innocent VIII. — Burchard, qui fut maître des cérémonies de ce pape ainsi que de sonsuccesseur, Alexandre VI, et qui a consigné dans son journal les menus événements dont il fut le témoin sous ces deux pontifes, arrivé à l'année 1488, écrit ceci {Diarium, Thuasne, I, 320) :

Le dimanche, 16 du mois de novembre, avant l'heure du dîner, à Rome dans le palais apostolique près Saint-Pierre, dans la salle

LES XïV®, XV® 'm XVI^ SlÊCtÊg 161

qui domine la vigne, immédiatement après la salle des pontifes, a contracté mariage, par contrat défmitif,la flllede la dame Théodô» rina, laquelle est fille de Sa Sainteté notre Seigneur Innocent Vliï... La bague de mariage lui a été remisé, en présence de Sa Sainteté ledit pape et des Révérendissimes cardinaux. ..Après quoi Sa Sainteté -est sortie de cette salle et s'est rendue avec toute l'assistance à la salle des pontifes où étaient dressées trois tables pour le festin. Sa Sainteté s'est assise à la première table... A la troisième qui. était transversale, a pris place d'abord François, qui est fils bâtard du pape, tout comme Théodorlna la mère delà mariée; ensuite la mariée, le marié, puis Théodorina là mère dé la mariée... et plusieurs autres... La chose n'a pas été tenue secrète; toute la Ville en a eu connaissance. Je n'y ai pas assisté, mais J'ai été renseigné par le frère du camérier secret Guillaume, .qui y était. Cela s'est fait contre les règles de nos cérémonies, qui interdisent la présence des femmes dans les repas auxquels assiste le pontife.

De ce témoignage de Burchard, confirmé d'ailleurs par Raphaël Volterranj par Stella et par Garimberti,il résulte que le pape Innocent VIII a eu au moins deux enfants issus d'une liaison irrégulière. Mais il en a eu d'autres que But* chard ne mentionne pas, parce qu'ils n'assistaient pas à la ïête du 16 novembre 1488. Le représentant de Florence, Vespucci, rendant compte à ses maîtres de l'élection d'Innocent, dit que le nouveau pape a, en 1484, des filles mariées. Et Infessura lui attribue sept enfants. Innocent ayant été élevé à l'épiscopat par Paul II, donc avant 1471, a pu difficilement avoir tous ces enfanta avant d'entrer dans les ordres. (Je ne tiens pas compte de l'épigramme qui circula alors à Rome : Ooto noc&ns pueros genuit, tôtidemque puellas. Nunc merito poterit dicêre Roma patrerri. )

En 1488, Innocent VIII renouvela contre les prélats,

tenanciers de maisons de prostitution, la bulle de Pie ÏL

. Mais, deux ans plus tard, le vicaire de Rome, ayant voulu

interdire aux ecclésiastiques le concubinage, fut sévèrement

réprimandé par le pape qui, dit Infessura ;

COURTE HISTOIRE DU CÉtIBAT ECCLÉSIASTIQUE 11

affirma que cela n'était pas défendu, attendu que la vie des prêtres et des employés de la curie était telle qu'on aurait eu de la peine à en trouver un seul qui n'eiit chez lui une concubine ou ne fréquentât les prostituées, propîer quod talis effeeia est vita sacerdolum et canalium ul vix reperialur qui concubinam non retineî vel saltem merelricem.

Alexandre VI. — Né en 1431, le cardinal Rodrigue Borgia avait soixante et un ans quand, en 1492, il fut élu pape sous le nona d'Alexandre VI. Créé cardinal en 1456 par Calixte Ilï dont il était le neveu, il donna en 1460 une fête champêtre tellement scandaleuse que le pape Pie II le rappela à l'ordre avec menaces. Pendant son cardinalat, il eut, de deux femmes, six enfants, dontles deux plus célèbres sont César Borgia, d'abord cardinal puis duc de Valentinois, et Lucrèce Borgia. Devenu pape il eut, en 1497, un septième enfant, qui fut le fruit de ses relations avec Julia Farnèse . Le, frère de cette femme, le futur Paul III, fut élevé au cardinalat en 1493. On l'appelait le cardinal du jupon, délia gonella (voir De L'Epinois, Revue des questions historiques, 1881, avril). En 1501, Alexandre VI légitima ce dernier enfant, en le faisant passer pour le fils de César. Mais, dans une seconde bulle secrète, il le reconnut comme son propre fils (voir Pastor, Histoire des papes depuis la fin du moyen âge, VI, 98, qui déclare avoir vu cette seconde bulle dans les archives secrètes des papes). D'ailleurs la véritable origine de cet enfant était connue dans l'entourage du pape, car le maître des cérémonies, Burchard, dit dans son Diarium (Thuasne, III, 170) : « Il donna le duché de Népi à Jean Borgia qu'il eut d'une Romaine étant dans le souverain pontificat. » En juillet 1501, le pape partant en voyage :

confia sa chambre, tout le palais et le soin des affaires à sa fille Lucrèce, qui, pendant l'absence de son père, logea dans la cham-

bre du pape, fut chargée d'ouvrir les lettres adressées à Sa Sainteté et, au cas où des affaires difficiles surgiraient, de consulter les cardinaux (Burchard, III, 154).

Dans les derniers jours de cette même année, Alexandre, qui avait déjà annulé deux mariages de Lucrèce, annula le troisième, et donna sa fille à l'héritier du duché de Ferrare. Parmi les fêtes destinées à rehausser l'éclat de ce quatrième mariage, nous remarquons « une course de nombreuses filles publiques, cucurrerunt etiam quant plurimae tneretrices», dont le point d'arrivée était la place Saint- Pierre (Burchard, III, 180). Il y eut aussi « dans la chambre du pape, des comédies avec bals mauresques et autres danses » {ibid, p. 182). Ces fêtes furent inaugurées, au mois dé septembre, par une procession grandiose à laquelle prirent part quatre évêques à cheval, Lucrèce également à cheval, ses dames de cour à pied, trois cents cavaliers. Elles donnèrent lieu aussi à un festin, qui fut célébré au Vatican dans la nuit du 31 octobre au l^r novembre et dont Burchard nous donne la description suivante (III, 167) :

Le soir, le duc de Valentinois (César Borgia) donna dans le palais apostolique un repas, auquel prirent part cinquante femmes de joie {merelrices) étrangères à la lie du peuple et appartenant à la classe des courtisanes {corteggiane). Après le repas, elles dansèrent avec les serviteurs et les autres assistants. Elles étaient d'abord vêtues, puis elles se mirent toutes nues, primo in veslibus suis, deinde nude. Ensuite les chandeliers allumés, qui étaient sur la table, furent déposés à terre et l'on Jeta des châtaignes, que les courtisanes recueillirent en marchant sur leurs pieds et sur leurg mains entre les chandeliers. Le pape, le duc et Lucrèce sa sœur assistaient et regardaient. Enfin eut lieu une exposition de manteaux de soie, de chaussures et d'autres cadeaux, que l'on promit à ceux qui donneraient à ces courtisanes les marques les plus nombreuses de virilité, qui pluries didas merelrices carnaliter agnoscerenl. Ces marques leur furent administrées publiquement dans.

164 HiSTôiftÈ btr CÉLiiâÀt jèGcléSîasïîOue

lé pàlâiSj et ceux qui furôût reconnus vainqueurs reçurent les réo&mpènseSi

Pastor (VI, 101), appuyé sur diverses relations florentines qu'il cit8v éroit que des danses scandaleuses Ont eu lieu, mais il juge invraiseûiblable le récit dé Burchaïd. Pastor ignore que la bête humaine, quand elle est débridée^ va. rapidement à touteâ les extrémités : son jugement manqué de psychologie. Voir dans Thuasne^ III, 167, la lettre d'Agostinô VespuGci (juillet 1501 )>où nous lisons que, à cette dâtej tous les soirs, à partir de VAf>e Maf-iuif vingt^'cinq femmes OU davantage, étaient portées au Vatican.

Lé maître des cérémonies qu'est Burchârd est heuteux de nous montrer Alexandre VI recourant à ses lumières pour le diriger dans le labyrinthe des rubriques. Cela prouve évidemment que, même alors, Dieu veillait slir son Église. Mais, si la Providence avait tenu compte de nos goûts, elle eût attaché un peu moins d'importance à là pureté de la liturgie et Un peU plus à la pureté de§ m«3èurs. C'est approximativement l'observation de Bossùèt dans la Defensio deelar adonis, X, 36.

JuivEs IL — Pastot, V, 357 dit de ee pape i « Pas pluâ que nombre de Ses collègues, le cardinal Julien de la RôVèrè né îut fidèle .à l'observation du célibat. » Le même auteur ajoute (p. 358) qu'il avait trois filles et qu'il souffrait de la syphilis.

Léon X. '^ Ce pape, qui avait une passion violente pouï là chaâSe, èù avait une non moins forte pour le théâtre, et l'on jouait devant lui des pièces immorales (Pastor, ÎV, 420 de l'édition allemande). Atteint d'une fistule, il semble avoir été contraint par l'état de sa santé à la pratique du célibat. En tout eas dn ne lui connaît aucune liaison.

j.j , ,jt ^. .— ,. „-„ — — .,■■■ - ■ ' — ...1 • .■■■■■. ■. .i w .

ApRiEN Vï. '— Ce pape a mis les apologistes dans un . profond embarras 5 non par sa vie qui était très digne, mais par la franchise de ses aveux, Quand il monta sur le trône pontifical, l'Allemagne soulevée par Luther était en effervescence. L'honnête Adrien VI crut que le meilleur moyen de calmer les esprits était de s'humilier : il s'humilia. En envoyant le nonce Chieregatî à la diète de Nuremberg (1522), il lui donna les instructions suivantes (Raynaldi, Annales, ib22, m) :

Vous direz ceci : Nous avouons franchement que la persécution dont l'Eglise souffre a été permise par Dieu à cause des péchés des hommes, surtout à cause des péchés des prêtres et des prélats de l'Église... Nous savons que, sur ce Saint-Siège, beaucoup de choses abominables ont été commises naguère, qu'il y a eu des abus dans l'administration des choses spirituelles, des excès d'autorité et enfin que tout a été perverti. Et l'on ne peut s'étonner que le mal soit descendu de la tête dans les membres, des souverains pontifes aux prélats inférieurs. Tous, tant que nous sommes, prélats et ecclésiastiques, nous avons été des dévoyés; et depuis longtemps il n'y en a pas eu un seul parmi nous à. faire le bien, nec fuil jam cliu qui facerel bonum, non fuil usque ad unum. C'est pourquoi il est nécessaire que nous rendions gloire à Dieu et que nous nous humilions... En ce qui nous concerne, vous promettrez que nous apporterons tous nos soins à la réforme de cette curie d'où provient peùt'être tout le mal, unde forU Qmne hoc malum processil.

Paul III, frère de Julia Farnèse, maîtresse d'Alexandre VI, fut élevé au cardinalat par ce pape en 1493. Il avait alors vingt-cinq ans. L'histoire connaît quatre de ses bâtards. Voir Pastor (édit ail., VI, 16).

Jules III. — Ce pape qui, de l'avis de bien des historiens, était un jouisseur, a été accusé par ses contemporains de pratiquer la sodomie. L'^ccusatioii a été rootivéè ^9X

l'affection scandaleuse que Jules III témoigna à un jeune homme dont il fit un cardinal. Pallavicini lui-même (XIIÏ, 10,8) reconnaît que ce « sujet ne mérita ses bienfaits ni avant, ni après les avoir reçus. » La seule manière d'expliquer honnêtement cette attache étrange est de dire que le susdit jeune homme, connu dans l'histoire sous le nom d'Innocent del Monte, était un bâtard du pape.

Grégoire XIII eut un fils naturel avant d'entrer dans les ordres. Devenu pape, il le fit gouverneur du château Saint-Ange.

Page 1