L'AVENIR
Maintenant que nous savons où en était hier le clergé catholique à l'égard de la loi du célibat, cherchons, non pas où il en est aujourd'hui — sujet difficile à traiter ^ — mais où il en sera demain.
Il importe en commençant de dissiper une illusion. D'aucuns s'imaginent que l'Église romaine va, un de ces jours, supprimer la loi du célibat, ou tout au moins l'adoucir en admettant les prêtres mariés à la communion laïque et, par conséquent, en autorisant ses ministres à sortir de l'état ecclésiastique pour se marier. Prendre des désirs pour des réalités est une méthode décevante et qui n'aboutit qu'aux chimères. Celui qui veut faire une enquête sérieuse doit imposer silence à ses préférences personnelles et s'établir au cœur de la réalité.
L'histoire a un mot à dire ici : consultons-la.
Quand éclate la révolte des protestants, les princes demandent ou même réclament impérieusement l'abo-
1, Voir cependant : Houtin, Évêqueset diocèses, Un prêtre marié, Autour d'un prêtre marié, Mon expérience, I et II, Le Père Hyacinthe, 3 vol;; Houtin et P. L. Gouchoud, Du sacerdoce au mariage, 2 vol.
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lition du célibat qu'ils rendent responsable de la corruption du clergé. Pour toute réponse le concile de Trente, en même temps qu'il promulgue à nouveau la loi du célibat, institue les séminaires où les futurs prêtres s'exerceront loin du monde à la pratique de la chasteté. Pendant longtemps l'institution des séminaires reste à l'état de lettre morte, car l'établissement du Collège germanique à Rome et de deux ou trois autres maisons analogues n'a rien à faire ici. Enfin, au bout d'un siècle, Olier réunit à Saint-Sulpice des jeunes gens qui se destinent au sacerdoce;il les isole du monde, il les exerce à la lutte contre les sens. Ce qui a été fait par Olier à Saint-Sulpice est fait par d'autres ailleurs. A la veille de la Révolution, la France a un séminaire dans chacun de ses diocèses. Elle est d'abord seule à posséder ces saintes maisons. Puis quelques autres pays ont peu à peu imité son exemple. A la fin du siècle dernier le bruit se répandit que Rome allait étendre au clergé des républiques de l'Amériques du Sud le privilège du clergé catholique de l'Orient. Rome prit, en effet, une mesure nouvelle. Mais son innovation consista à charger une ou deux congrégations françaises du soin d'ériger des séminaires dans quelques-uns des. susdits pays. Vers le même temps elle envoya des lazaristes en Sicile pour y exécuter le même programme.
Après les séminaires sont venues les retraites ecclésiastiques. Chaque année les prêtres s'enferment pendant quelques jours soit au séminaire soit dans une maison religieuse, reçoivent des instructions destinées à leur rappeler les devoirs de leur état et pratiquent les exercices qu'ils pratiquaient à leur entrée dans la cléricature. D'origine française comme les séminaires, les
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retraites eëcîésiàstiqiies èiaiêtit, jusqu'à ces dethiéfè temps, iilconnuës îidrs de Frànde. Vêts 1906, Pie X déëidà tjiie le clergé dé Rotne ferait lirië retraité tbus lés trois ans. Les évèques d'Italie et d'Espagiie ont vraiâettiblàblémétit emboîté lé pas.
Depuis quelques iânnéës aux retraitéb annuelles he So.iit çà et là ajoutées les rfetraitës niensuellés. Chàqiié ttitiis les ptêtres se rassemblent un bout dé jdiit dàtis uiié maison religieuse et y méditent en comiliun sur léiirs obligations. L'institutioh ne fait (Jue de liaitré et elle n'existe encore qu'à l'état sporadique, Miais elle n'a pas dit soi! dërniei' mot. Et d'ailleurs elle-ihêine li'ëst pas là dernière.
Vbilà quelques -Unes des constatations en fàcë desijuellës l'histoire iioUs met. Et je n'ai parlé ni du port de la soutane qui s'est introduit en France au xvii^ siècle, îii dé la vie Comtnune à laquelle lé clergé est soumis dàiis pïëscjtle toutes les villes et iiiême dans Certaines Campagnes. Depuis quatre siècles l'institution du célibat n'a cessé de se développer, de se consolider, d'énsèrirfef toujours davantage le prêtre dàiis lés mailles de son JËlet. Caprice de la papauté, dira-t-on, qui a voulu faite parade de son autorité, mais qui devra céder à la poussée de l'Église! — - Eh biôii, non. La papauté ti'ëst pour rien dans ces acquisitions doîit le célibat s'est enrichi au cours de ces quatre derniers sièclëé. Tout s'est passé en dehors d'elle, car oii peut négliger la demi-doilÉâine dé Séminaires qu'elle a fondés dans ces detniers temps. On peut riiême dire que tout s'est passé malgré elle, puisque ï^ie ÎV fut arrêté par le roi d'Espagne au riioinent où iî se préparait à autoriser le matiagé dés prêttes. Aujourd'hui le pàpë serait arrêté par lès fidèles (|Ui, au iïiôiiis
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en France, croient encore à la vertu dii clergé, et qui disent des défections ou des scandalies dopt ils sont témoins, ce que Bossuet dans sa méditation sur la mort dit des plaisirs de la vie :
C'est comme des clous attachés à une longue mt^aille dans quelques distances; vous diriez que cela occupe bien de la place : amassez-les, il n'y en a pas pour emplir la main.
Pour exprimer toute ma pensée j'incline même a croire que ceux qui, dans les journaux ou dans les cabarets, déblatèrent le plus contreles débauches des prêtres, ne sont fréquemment pas convaincus de ce qu'ils avancent. Anatole France dit dans le Mannequin d'osier, p. 147-148:
La servante de M. Guitrel... n'était point telle qu'on la figurait par la ville dans des qontes libertins... Son visage démentait les joviales calomnies qui couraient du café du Commerce jusqu'à la boutique de M. Paillot et de la pharmacie radicale de M. Mandar... M. l'abbé Lantaigne, don-; nait trop de crédit à ces fa|)les erotiques de Guitrpl et de sa servante que tout le mppde répétait et auxquelles ipep sonne ne croyait, pas même M. Mandar pharmacien.
Le pape ne supprimera pas la loi du célibat. « Qu'à cela ne tienne, dira-t-on. Les prêtres feront eux-mêmes la réforme dont le pape n'osera se charger. Ils secoueront eux-mêmes le joug que la discipline romaine leur a imposé ». C'est à cette solution que Hyacinthe Loyson
conviait le clergé dans une lettre adressée en juillet 1908 à un groupe de prêtres italiens. Il y disait :
Le clergé catholique n'est pas un troupeau d'eunuques; il doit être la tribu des véritables hiérophantes. Pour être pleinement prêtre, il faut être pleinement homme, avec quelque chose, non pas en moins mais en plus... Il faut que l'évêque soit le mari d'une seule femme... Pour moi j'ai pensé, voici bien des années, que le mariage des prêtres était une de ces libertés dont on a dit qu'il ne faut pas les demander mais les prendre. Il constitue un droit inaliénable de l'homme et du chrétien contre lequel ne sauraient prévaloir des interdictions abusives. Demeuré prêtre en devenant époux et père, j'ai été béni de Dieu et des hommes, de ceux, du moins, à l'estime desquels je tiens...
Cet appel ne fut pas entendu. Et il ne pouvait l'être. Expliquons pourquoi.
Quand le P. Hyacinthe contracta le mariage publie qui le séparait de l'Église romaine, il prof essait, comme la plupart des prêtres français de sa génération, le gallicanisme, c'est-à-dire un système théologique qui, considéré dans ses principes essentiels et en dehors du concordat de 1516, ne diffère pas de l'anglicanisme. Il pouvait donc se laisser excommunier par Rome sans violer la foi qu'il conserva intacte jusqu'en 1894.
Les prêtres des deux dernières générations sont dans une situation différente. Eux ils ont été élevés dans la croyance à la juridiction absolue du pape sur l'Église du Christ. Tant qu'ils gardent cette foi, se séparer du pape c'est se séparer du Christ lui-même, c'est-à-dire se vouer irrémédiablement à la damnation. Autant dire
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que le mariage est, aux yeux des prêtres attachés à là doctrine du concile du Vatican, une aberration, une extravagance. Et, sans doute, l'entraînement des sens qui conduit à toutes les folies, a pu conduire à celle-là et il pourra y conduire encore. Mais ce phénomène, qui ne s'est rencontré jusqu'ici qu'exceptionnellement, gardera toujours son caractère d'exception.
Restent les prêtres à qui l'étude a montré la vanité de la foi. Ils tiennent la papauté pour une école de mensonge, ils savent que ses prétentions reposent sur l'ambition etl'imposture. Ils ontledroit de sortir de l'Église, de rentrer dans la vie laïque. Chaque année nous voyons un ou deux ecclésiastiques dontles yeux se sont ouverts à la lumière, user de ce droit. Et aucun homme sensé ne songe à blâmer leur conduite. L'oracle de l'évangile qui attribue à la vérité une vertulibératriceseréaliseen eux. On ne peut que les en féliciter. Mais combien sont-ils ceux dont la vie selaisse organiser avec cette simplicité? La plupart des prêtres ont à leurs côtés un père, une mère, des bienfaiteurs insignes. A l'Église romaine qui les a trompés ils ne doivent que le mépris ; mais ils doivent tout aux personnes chères qui ont veillé sur leurs premières années et pour qui leur sortie de l'Église serait un coup de poignard au cœur. Ils préfèrent souffrir plutôt que de faire souffrir. Quel est le pharisien qui oserait les condamner? D'ailleurs qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, c'est ainsi que les choses se passent et c'est ainsi qu'elles se passeront. Pour un qui brise les chaînes auxquelles la fatalité l'a rivé, dix les gardent et continueront de les garder. Ils diront à la vérité ce que Naaman disait jadis à lahvé : « Pardonne à ton serviteur quand je me prosternerai dans le temple
4e jRiimmpn! )) Et 1^ vérité leur répondra à la suite (Ju prpphète Elisée : « Va en paix ».
JjCS prêtres, lïiême libérés du joug de la foi, ne peu? vent donc généralement pas sortir de la n9.sse dans laquelle ils ont été pris. Leur expérience ne servira pas è} éplairer ceux qui viennent après eux.