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une chaise à porteur, • pour aller à la messe *, ajoute le notaire.
Naturellement, il était encore plus strictement interdit aux courtisanes de monter dans les carrosses de leurs galajits. Cela n'empÊcha pas le trop fameux cardinal Monti de promener dans son carrosse, durant tout ie carnaval, Camilla di Pitiliano, et de se gaudir très ostensiblement en sa compagnie ; pendant le carnaval de i588, le gouverneur du Borgo lui-même en fit autant". La police n'en eut cure, mais elle arrêta un honnête gentilhomme romain qui se promenait en voiture avec sa femme, et tous deux durent passer la nuit en prison". On le voit, les « erreurs > de la police ne datent pas d'hier.
Ainsi se formait le réseau des prescriptions qui allait envelopper les courtisanes de mailles de plus en plus serrées, et ne plus leur laisser d'autre liberté que celle de s'adonner au vice vulgairement.
Tout ceci n'était encore que vexatoire. Mais voici qu'on renouvela, à leur intention, une
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Icoutume des vieux â^es, ou qu'à tout le I moins on en aggrava la rigueur : un droit de I patente assez élevé leur fut imposé. La chose ^assurément n'était pas nouvelle. Le sage rSolon, en l'an 5q4 avant notre ère, avait, à ce Pqu'on dit, institué cet impôt. Son exemple fut I suivi en Grèce comme à Rome, et, plus tard, a moyen Sge, la taxe exigée des courtisanes < était, dans maint pajs, une des ressources normales du fisc, et non la moindre. Baluze nous apprend que les papes eux-mêmes ne la négligeaient pas; au moment de l'élection de I Xir (1334), Giovanni di Tolosa, majchal-g'arde du conclave, « percevait, dit-il, a tribut sur les femmes de mauvaises mœurs ■liEt sur leurs protecteurs complaisants '" >. On ■voit qu'il avait perfectionné le système. Il pBemble pourtant que le clergé ait senti ce que cette manière de se procurer de l'argent avait de mesaéant, car, au concile de Vienne, un prélat français, Guillaume Durand, évêque de- Mende, fit une motion en vue d'obtenir l'abolition de la taxe". Ses louables scrupules ne trouvèrent guère d'écho, et la papauté n'en continua pas moins, à l'instar des autres gouvernements, à se faire sa part dans les profits
8o LES COURTISANES A ROME.
de la prostitution. Sous le pontificat de Sixte IV, l'impôt rapportait, suivant Cornélius Agrippa, plus de vingt mille ducats par an*». Si la source était méprisable, la somme, on le voit, ne l'était pas, et c'est ce qui explique pourquoi, en ces temps de disette pécuniaire, le Saint-Siège ne pouvait, quoi qu'il en eût, se résigner à y renoncer. Le droit était alors de un giulio par semaine.
Léon X continua les mêmes errements; la taxe servit, sous son pontificat, à ouvrir une voie nouvelle*^. Peut-être tomba-t-elle ensuite en désuétude, car il n'en est plus question jusqu'au jour où, quelque trente ans plus tard, le Conseil communal, ayant besoin d'argent pour faire reconstruire le pont Santa-Maria, songea à prélever les fonds nécessaires sur les économies des courtisanes (1549). Quelque affligeant que fût pour elles ce procédé, il y avait, dans l'affectation de la taxe, une délicate attention. Le pont en question reliait, en effet, le quartier où elles vivaient pour la plupart avec celui du Borgo et du Vatican, où se trouvaient un grand nombre d'églises qu'elles se plaisaient à fréquenter, et aussi tout un peuple de célibataires.
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Le droit de patente devint cette fois proportionnel et fut fixé au dixième du loyer annuel de chaque courtisane. Dans ces conditions, l'iropôt rapportait plus de mille écus par an. Comme ii y avait alors à Rome environ quatre cents filles exerçant publiquement et enregistrées, chacune était donc taxée en moyenne à raison d'un peu plus de deux écus".
Afin d'établir la taxe, on dressa une liste de toutes les patentables dans laquelle se trouvent inscrits, outre leurs noms, leur domicile et le montant de leur loyer. Cette liste fournit d'utiles indications touchant leur fortune, leur habitat et même leurs mœurs, car on y apprend que beaucoup s'étaient groupées par deux et par trois, ou bien vivaient en compagnie de leur mère ou de quelque parente,
Maisrirapôt,para1t-i!, rentrait malaisément; on dut en modifier encore l'assiette et l'on revint au droit fixe ; il fut d'abord de dix carlins, soit un peu moins de dix francs, puis de dix giuli, soit un peu plus de dix francs I (i56o-l589). Cependant la règle ne devait pas I Être absolu, car pous savons que Porzia, I cette malheureuse femme que Paul IV châtia
si rudement pour s'être laissé conter des fleurettes par le cardinal Carafa, payait au gfouvernement pontifical deux cents écus par an! A ce prix, elle aurait mérité et elle se flattait de pouvoir exercer en paix sa profession.
Les gardiens des prisons étaient chargées de percevoir l'impôt, parce que, j'imagine, en raison de leurs rapports très fréquents avec les femmes galantes, ils devaient, mieux que personne, connaître leur domicile et leurs ressources. Ils s'acquittaient de leur mission avec tant de zèle, qu'on dut leur interdire, sous peine de la bastonnade et des galères, d'instrumenter dans la rue et d'y arrêter les débitrices morosives pour se faire donner des gages.
Sous le successeur de Paul IV, l'affable et bienveillant Pie IV, se place un incident qui eut pour cause ou pour prétexte les courtisanes et qui peint au vif la cour romaine à cette époque.
Le gouverneur de Rome, instigué par le
I. cardinal Borromèc, auquel s'étaient joints le [ cardinal Sirleto et le cardinal Alessandrino, titous les chefs du parti rigroriste enfin, publia, ■^sans même consulter le pape, une ordonnance l'défendant aux femmes de mauvaise vie d'ha- , biter près des églises et aux filles âgées de moins de sept ans, de vendre, dans la rue, de ia chicorée. (Il paraît que la chicorée remplaçait à Rome en ce temps-là !e bouquet de s actuel ; comme entrée en matière, c'était blus économique assurément, mais furieusement moins poétique.) Lorsque Pie IV apprit jette mesure, il entradans une violente colère, ^anda aussitôt le gouverneur et, devant toute a cour, le réprimanda de la plus verte façon, ■le traitant, dit la chronique, d'imbécile et de mcagol, et l'accusant de n'avoir agi ainsi que l.Jwur se faire attribuer le chapeau. (On avouera •que le moyen était, au moins, détourné, et la •irisée lointaine.) Le gouverneur, pour se disleulper, parla de Vintervention des cardinaux, c'était précisément ce qu'il n'aurait pas Ulu dire. Saint Charles Borromée prétendait taercer, dans les conseils du Saint-Siège, Uifluence à laquelle lui donnaient droit l'ascétstne de sa vie et l'autorité de son génie.
Mais Pic IV, quoiqu'il eût lui-même appelé son neveu à Rome et qu'il l'eût revêtu, à vingt sis ans, de la pourpre cardinalice, supportait malaisémentcet empiétement, car il était aussi porté à la modération que saint Charles l'était peu, et, en toutes choses, leurs vues se trouvaient en absolue contradiction, La défaite du gouverneur était donc bien faite pour augmenter son irritation ; illui ordonna de retirer surle-champ la malencontreuse ordonnance et s'écria, à plusieurs reprises, qu'il n'y avait à Rome d'autre maître que lui et qu'il saurait bien le faire voir.
Il y avait un dessous dans cette affaire : ( quelques jours auparavant, ledit g'ouverneur avait fait arrêter une bande d'escrocs qui travaillaient sous les auspices et pour le compte des Serbelloni, neveux du pape. Ceux-ci avaient bien pu, en manière de représailles, profiter de cette occasion pour pousser le pape à faire au gouverneur l'algarade qu'on a dite.
Sous quel aspect inattendu ce petit fait divers ne nous montre-t-il pas les hôtes du palais pontifical!
Il ne faudrait point conchire de ce qui pré-
cède que Pie IV se montrait, en g-ènéral, favorable aux courtisanes. Sa tolérance n'allait pas jusque-là. Lorsque le souci de défendre sa prééminence ne le poussait pas à les couvrir de sa protection, comme dans le cas que noiis venons de citer, il les traitait, au contraire, assez durement. En voici la preuve.
Un édit fut publié sous son règne, afin de réfréner le luxe excessif des femmes. C'était peut-être le vingtième de ce genre promulgué depuis le commencement du siècle, mais le Saint-Siège montrait autant de persistance à rappeler aux femmes les règles de la modestie quc celles-ci â les oublier. Ce dernier édit ne fui pas plus tôt promulgué que les réclamations affluèrent. Ne pouvait-on pas, au moins, laisser aux élégantes le temps d'user leurs beaux atours commandés en toute innocence et attendre la fin de la saison, l'été, pour leur imposer l'uniforme de l'humilité? Le pape se laissa fîéchir et remit à plus lard l'exécution de son ordonnance ; mais, en ce qui concernait les courtisanes, i! se montra impitoyable. L'une d'elles, coupable d'avoir enfreint la pragmatique, c'est ainsi qu'on appelait à Rome les ordonnances somp-
tuaires, se vit confisquer une superbe robe d'armoisin".
Aussi Rome n'était-elle plus la gaie cité d'autrefois, que célébraient à l'envi les voyageurs; « elle semble un petit monastère, dit Vorateur vénitien ; ceux qui veulent pécher le font le plus secrètement possible ; on ne voit plus de cardinaux courir les rues en masques et se prélasser dans des carrosses à côté des filles les plus débauchées de la ville ; il n'y a plus ni bals, ni chasses, ni spectacles, et tous les prêtres portent le costume ecclésiastique". >
Ce n'était rien encore. Jusqu'ici les courtisanes n'avaient eu affaire qu'à des ascètes, elles vont maintenant se trouver en face d'un saint !
Dès son avènement au trône pontifical, Pie V avait été choqué du relâchement des mœurs qui régnait encore à Rome. Ce pape qui, au nom de la morale, défendait aux hommes mariés d'aller prendre leurs repas dans les auberges*', et aux nonnes d'avoir
des chiens du sexe masculin dans leurs couvents", ne pouvait souffrir que sa capitale fût ■ une seconde Babjlone >. Il fit rédiger un rapport sur les moyens de mettre fin à ce scandale ; la conclusion en était, conformément, on est en droit de le supposer, aux intentions secrètes du souverain pontife, qu'il fallait reléguer dans un quartier spécial, sinon toutes les courtisanes, du moins celles qui faisaient ostensiblement profession de l'être, afin d'éviter aux honnêtes femmes leur contact et de pouvoir les soumettre à une plus exacte discipline. Les exemples d'un pareil traitement ne manquaient pas, tant en Italie que dans les autres pays d'Europe*',
Le pape, qui n'aspirait qu'à se faire le purificateur de sa capitale, approuva, bien entendu, le projet. Restait à le mettre â exécution. Ce ne fut pas chose facile, et PieV allait avoir, sur ce point, maille à partir avec son Conseil municipal, tout comme nos gouvernants modernes.
Le pape, si puissant au dehors, avait soavent grand'peine à se faire obéir de ses sujets les plus immédiats. En matière d'édilité surtout, de dépenses communales, il ne pouvait
agir que de concert avec un Conseil, élu par le peuple et qui siégeait au Capitole. C'était le Conseil des buonuomini, des bons hommes, ou mieux des prud'hommes. Or, ce Conseil s'inspirait des sentiments des Romains, et il est certain que, pour lors, ceux-ci n'étaient rien moins que disposés à suivre le pape dans la voie de réformation où il voulait s'engager. Il n'échappait à personne, en effet, que le premier résultat des mesures projetées serait de provoquer l'exode subit des plus riches d'entre les courtisanes, qui ne consentiraient jamais à se plier au joug qu'on méditait de leur imposer, et les boutiquiers, les commerçants, n'envisageaient pas sans regret cette éventualité qui les priverait de clientes, non pas assurément fort exactes à les payer, mais si libérales et si peu regardantes ! Pour d'autres raisons, plus d'un Romain partageait ce sentiment.
Aussi, lorsqu'on annonça aux conseillers, réunis extraordinairement le 20 mai i566, que le pape les avait assemblés pour leur demander de désigner une région de la ville où seraient internées les courtisanes, leur embarras fut-il extrême *6. Ils n'osaient trop se
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mettre, sunout sur ce terrain, en opposition avec un pape aussi entêtÉ de ses idées que rèlail Pie V; mais, d'autre part, ils connaissaient les dispositions des Romains et ils hésitaient à engager la ville dans la dépense qu'occasionnerait l'affectation au logement des femmes galantes de tout un quartier, dont il faudrait nécessairement indemniser les habitants. Pour se tirer d'aifaire, les conseillers déclarèrent qu'une pareille détermination ne pouvait être prise sans mûre délibération, en séance extraordinaire, et ils se séparèrent aussitôt. On les convoqua donc de nouveau, en leur donnant, cette fois, dis jours pour se recueillir. Mais, dans cette deuxième séance, les conseillers ne se montrèrent pas plus enclins qu'auparavant à seconder le pape et alléguèrent qu'ils avaient besoin de reconsidérer îa chose parce qu'elle leur paraissait aliquanluium di/ficiiis, quelque peu difficile; ce qui était, ce semble, une façon discrète de laisser voir qu'ils îa considéraient comme tout à fait irréalisable.
Mais Pie 'V n'était pas homme à se laisser éconduire de la sorte. Il ordonna que le Conseil fût de nouveau assemblé, et son représen-
tant vint le presser de prendru enfin les décisions nécessaires pour permeltre la réalisation des projets du pape (ig juin). Les conseillers, de plus en plus perplexes, nèrent, comme moyen dilatoire, de décider qu'une ambassade serait envoyée au souverain pontife avec mission de lui remontrer les difficultés d'une pareille entreprise et d'insister, s'il persistait dans sa résolution, pour qu'il désignât lui-même le lieu de relégati des courtisanes et indiquât les voies et moyens qu'il désirait employer pour arriver à son but. De cette façon, les conseillers rejetaient très habilement sur le pape, ne pouvant faire plus, la responsabilité d'une décision qu'ils savaient d'avance devoir être fort impopulaire. On convint d'une audience.
Entre temps, le pape, pressé de donner ua commencement d'exécution à ses desseins, prit quelques mesures préparatoires mirent en émoi la population et fort en peinft les honnêtes conseillers. Ordre fut donné tout
d'abord aux sbires de chasser du Borgo, c'està-dire du quartier qui avoisine le Vatican, et où se trouvaient le plus d'églises et le plus d'ecclésiastiques, toutes les courtisanes qui y habitaient ; mais il fallait les log^r ailleurs ; on chargea de ce soin les conseillers, à leur grand déplaisir, paraît-il. Peu après, vingtquatre courtisanes, parmi les plus huppées, furent mises en demeure de quitter la ville ou bien de se marier immédiatement. Elles partirent toutes. Quelques jours plus tard, trentesept autres courtisanes reçurent la môme intimation et prirent, sans liésiter, le même parti. Les départs se faisaient de plus en plus nombreux, et les boutiquiers, ainsi que les propriétaires de maisons habitées par les femmes galantes, commeaçaieni à se plaindre.
Sur ces entrefaites, arriva le jour fi."ié pour l'audience pontificale (3 août i566). Rome était dans l'agitation; la cloche du Capitole sonnait sans relûche, pour convoquer le peuple en assemblée, en parlemenl, comme aux jours de péril, et !a foule accourait. Les huit délégués, spécialement désignés pour aller en ambassadeurs auprès du souverain pontife, et les trois conservateurs qui devaient
se joindre à eux se rendirent au Vatican après avoir pris Tavis de leurs mandants et exposèrent au pape les obstacles de toute nature qui s'opposaient à la réalisation de son dessein.
Le pape, qui était fort entier (l'Église l'a surtout canonisé à cause de son inébranlable fermeté à l'égard des hérétiques), reçut fort mal leurs observations. « Eh quoi ! se serait-il écrié, c'est pour en arriver à cette belle conclusion que vous avez carillonné toute la matinée? Vous voulez donc favoriser le vice et la débauche que votre devoir est de réprimer? N'est-il pas honteux que cette cité, sanctifiée parle sang des martyrs et qui devrait servir de modèle à toute la chrétienté, soit souillée par la présence de ces femmes ! » Pie V conclut en proposant de reléguer toutes les courtisanes au Transtévère, quartier malfamé qui gardait encore la mauvaise renommée que lui avait léguée l'antiquité. A ces mots, un gentilhomme transtévérin se leva et déclara que ses amis et lui mettraient plutôt le feu à leurs maisons que d'y voir installer des courtisanes. Sa protestation avait d'autant plus de poids que, quelques jours auparavant, quatre
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cents habitaDts du Transtévère, émus des intentions qu'on prêtait au pape, avaient fait une démarclie auprès du cardinal Morone, qui avait son palais dans ce quartier, afin d'obtenir, le cas échéant, son intervention en leur faveur'^. La discussion s'envenima; plusieurs propositions, qui entraînaient une dépense pour la ville, furent successivement rejetècs ; le pape, exaspéré, s'emporta en invectives, qualifia Rome de ■ sentine de tous les vices > , vieille épithète renouvelée de Pétrarque et de saint Bernard et qu'on oe manquait jamais d'appliquer à la métropole du christianiame toutes les fois qu'elle faisait mine de se rebeller contre la volonté pontificale; il finit même par dire que la situation ne pouvait se prolonger et que, si les courtisanes ne quittaient pas la ville, ce serait lui qui s'en irait.
Pour accommoder la querelle, le vicaire Pracencio proposa un moyen terme : on expulserait de la ville les courtisanes les plus compromises et on laisserait les autres habiter où bon leur semblerait. Sa proposition fut acceptée de part et d'autre.
Pie V profita sans retard de la latitude qui lui était donnée et il en profita largement. Pour un peu, il n'eût pas laissé une seule courtisane dans la ville. ■ Chaque jour, écrit Camillo Luzzara au duc de Mantoue, à la date du 10 août, on annonce de nouvelles évictions de courtisanes. Les plus fameuses et même celles de second ordre sont c parties; il ne reste plus que les filles de bas étage dont la présence est indispensable. On a voulu obliger ces dernières à aller habiter au Transtévère {on voit que le pape n'avait pas renoncé à son idée), mais les habitants de ce quartier leur refusent tout logement, e sorte qu'elles ne savent que devenir. » Lt plus hautes interventions ne pouvaient les soustraire à la rigueur des autorités. Peu s'en fallut que le cardinal Comaro ne s'attirât une très mauvaise affaire pour avoir intercédé en faveur d'une certaine Doralice'".
A la date du 17 août, Luzzara écrivait encore : • Le nombre des courtisanes a grandement diminué; beaucoup se cachent; on prétend que plusieurs d'entre elles ont été tuées par leurs créanciers qui craignaient qu'elles ne s'enfuissent avec tout ce qu'elles
possédaient. Le pape, pour donner satisfaction au peuple, souffre que quelques courtisanes demeurent à Rome, à la condition qu'elles aillent se loger dans des ruelles écartées du quartier Campo Marzo. » Cette solution s'était, en effet, présentée d'ellemême. Voici comment :
Si les habitants du Transtévère continuaient à se montrer récalcitrants, ceux du Campo Marzo avaient fait preuve de plus de tolérance et ils étaient venus spontanément offrir au Conseil communal d'aménager certaines vieilles masures des bords du Tibre pour y loger les quelques filles dont le souverain pontife voulait bien tolérer la présence dans sa capitale. Cette combinaison qui, à rencontre des précédentes, n'occasionnait aucuns débours pour !a ville, fut, cela va sans dire, ratifiée tout aussitôt (a6 août) ; le pape y donna, à son tour, son adhésion, et l'on s'occupa immédiatement de transporter dans leur nouvel habitat les courtisanes qui s'étaient installées déjà, en grand nombre, non loin de là, au pied de la colline du Pincio.
tLa région que l'on venait ainsi de leur nsacrer avait en de tout temps la plus
détestable réputation ; l'hospitalité temporaire de certaines maisons y étaient légendaires*® et les habitants ne pouvaient que gagner au change. Cependant, il y eut encore des réclamations. Les Esclavons avaient érigé précisément en ce lieu une maison de retraite pour les femmes honnêtes de leur nation; ils trouvèrent fort mauvais le voisinage qu'on leur imposait 8®. On passa outre. Ces ruelles étroites, sombres et malsaines'* qui descendent du Corso au fleuve, entre le mausolée dit d'Auguste et le vicolo del Merangolo, devinrent et restèrent durant longtemps le quartier général de la basse galanterie".
Jusqu'au commencement de ce siècle, l'église San Lorenzo in Lucina, qui se trouvait dans le voisinage, compta, parmi ses paroissiennes, plus de filles de joie que toutes les autres églises de la ville ensemble.
Défense était faite aux recluses de sortir de ce qu'on appela dès lors d'un terme pittoresque leur « sérail », serraglio, excepté à certains jours et à certaines heures. Le châtiment réservé à celles qui auraient transgressé cette prescription n'était rien moins que la fustigation. Et ce n'était pas là une vaine
menace, comme sous les pontificats précédents lorsqu'il s'agissait d'empéclier tel ou tel excès! Plusieurs femmes, surprises dans les rues de la ville à des heures indues, en firent la cuisante expérience.
Telle était d'ailleurs, comme on a vu, l'habituelle punition infligée pour tous leurs méfaits aux femmes galantes et aussi, dans certains cas spéciaux, a celles que leur situation sociale, à défaut de leurs mœurs, faisait qualifier d'honnêtes, La chose se passait, en général, sous la custode, ou bien devant les autres prisonnières et même devant les prisonniers, dans la cour de la geôle. Il arrivait parfois, quand le délit avait eu un certain retentissement, qu'on châtiât la coupable en public, et comme on ne manquait pas, dans cette circonstance, d'annoncer l'exécution d'avance, elle attirait toujours un grand concours de peuple. Trois mille personnes, rapporte le chroniqueur, entouraient Nina quand on la conduisit au pont Saint-Ange