‹ Cousin Jouffroy, DamironChapitre 59 sur 68 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Jouffroy et Damiron sont tous les deux nés au village. Tous deux en ont gardé des traces profondes et fortement empreintes dans des imaginations de trempe bien différente : amour de la nature, esprit de contemplation, ici calme et sereine, là orageuse et mélancolique, mais partant du plus profond de l'àme et transpirant dans toutes les heures de leur vie ; gaietés vives etcharmantes, ici un peu tapinoises et légères, là échappées en fantaisies humoristiques, et parfois en finesses

narquoises, en tapage de montagnard qui se rit de la plaine; — tous deux, pleins de l'amour de la simplicité, retrouvant Taise avec l'air des champs.

L'imagination de Jouffroy était à la fois rêveuse, mélancolique, curieuse de méditations al (-traites et d'émotions vives ; ardente à mille lectures de romans et d'histoire, amoureuse du théâtre et de la comédie en particulier, qui même avait excité sa première adolescence à quelques essais ; errante de caprice en caprice dans les souvenirs de ses montagnes et les beautés de cette nature grandiose et sauvage. Un peu dédaigneux, difficile à donner sa confiance, des quelle était donnée, il s'épanchait en confidences sans réserve, décrivant avec passion eten pleine liberté tout ce qu'il éprouvait ; il donnait avec son ami-

.IOUFFROY 107

tié tout son esprit, comme tout son cœur. Tel nous le vîmes apparaître à l'école en 1814, tel il se dessina de plus en plusjusqu'en 1817, moment de sa sortie et de son application à l'enseignement de la philosophie dans Fécole même en qualité de répétiteur des élèves de première année ; c'était le titre donné alors à des élèves d'élite, que l'on conservait dans chaque promotion pour être les premiers initiateurs de leurs nouveaux camarades ; véritables maîtres de conférences pourtant, les plus féconds, les plus puissants peut-être au milieu de toute cette jeunesse en fermentation de curiosité, d'études et d'audacieuse liberté de penser... Ah ! nos petites, étroites, indigentes salles à peine blanchies, et de jour avare, dans ces combles du lycée Louis-le-Grand, où avait avant nous, sans

108 LA PHILOSOPHIE SPIRITTALISTE AU XIXe SIÈCLE

doute, comme Gresset dont le souvenir vivait encore fermenté et bouillonné l'esprit des jeunes novices des jésuites, qui pourrait exprimé la fécondité de vos efforts, serres chaudes de la pensée I Voyez pressés l'un contre l'autre autour de longues tables où la poussière de craie échappée des tableaux de mathématiques occupés, l'instant d'avant par nos camarades de science faisait nappe, voyez, dis-je, se presser vingt à vingt-cinq adolescents de dix-sept à vingt ans, et, au bout, le maître de vingt ans, lui-même, tout entier à l'œuvre commune, se livrant à l'inspiration de sa verve, ému par les regards, les interrogations, les contradictions de la ruche fervente bourdonnant quelquefois tout entière ensemble, et lui, faisant face à tout ce feu de questions subtiles, argutieuses, sou-

vent d'éclair profond, et enlevé lui-même par le souffle commun, planantdans les libres régions de l'intelligence affranchie de toute autre pensée que celle de la vérité ; — à tout hasard, allez-vous dire ; il se peut, mais soyez en sûr sans danger, c'est le privilège que Dieu fait à ces actes de foi et de candeur pieuse à la quête du vrai sous son aile et sous son regard : là, en effet, tout était désintéressé ; je l'ai vu, senti, au plus profond de mon esprit et de mon cœur, dans les plus légers comme dans les plus graves; et nous sortions toujours de là aiguisés, ici pour les exquises délicatesses delà pénétration critique et l'intime descente au fond des chefs-d'œuvre de nos grands écrivains ; là, pour les inquiètes recherches de la liberté philosophique et le maniement des redoutables problèmes de nos

consciences. Je défie qu'on nie le bien qui jaillit de là, l'élan imprévu d'une philosophie vraiment religieuse, reconnaissant Dieu et lame au milieu des aridités désespérées et matérialistes du dernier siècle, la spiritualité pure en contradiction des sensualités grossières. C'est là ce qui a saisi et frappé Jouiïroy. C'est là qu'il a été fait philosophe.

Dans le caractère de Jouiïroy. il y avait, sous la gravité sévère et mélancolique, un entrain singulier de gaieté narquoise et gausseuse, comme on disait dans notre vieille langue. C'était un trait du Comtois dont on retrouvait quelque veine aussi dans Cuvier, et dans un de nos amis de Besançon, l'érudit WYiss, qui était bien le conteur le plus jovial et le plus amusant que j'aie connu.

A lÉcole dans le groupe des philosophes

ou plutôt de la troisième année, il régnait par la plaisanterie. Ce groupe qu'on appelait le groupe des penseurs, poseurs et vivants, comprenail Jouffroy. Damiron, Trognon, Perreau, Nancy, Yernadé, Fourteau, Guichemerre, Navières, Maréchal, Dumas, Varney, Bloquel, Vernhagen et autres. Il n'y avait là de philosophes sérieux que Jouffroy et Damiron. Tout gravitait autour d'eux, et c'était une foule de bons enfants, de rêveurs, de joueurs déterminés, par moments de conteurs ; au milieu du groupe, Jouffroy tenait, suivant son expression, le rôle de la craque. Il tirait de loin ses histoires, les narrait avec un sérieux qui agissait sur les crédules, les servant, d'ailleurs, toujours au souhait de leur tournure d'esprit et d'imagination, et les saisissant juste au moment où ils pouvaient

112 LA PHILOSOPHIE SPIR1TLAL1STE AU XIXe SIÈCLE

le mieux donner dans Je piège. Ces Loubètises, comme il disait, faisaient fortune.

Quand la petite société se fut dispersée, et que les correspondances d'abord fiévreuses d'activité entre ces jeunes cœurs qui avaient vécu d'intimité s'ouvrirent, JouHïoy, resté à Paris et à l'Ecole était comme le centre auquel tout venait aboutir, et il recevait des paquets de tout le monde, répondant, quand il pouvait, à chacun, selon le quart d'heure et les idées qui lui passaient par la tête. C'était comme une distraction qu'il se donnait, une détente des durs travaux qui pesaient sur lui.

Les lettres échangées entre Damiron et lui sont un véritable tableau à nu de deux âmes qui se confessent comme à Dieu, ne cachant rien, ne déguisant rien ; allant, avec la saga-

cité d'une conscience qui se cherche de toutes ses forces au fin fond des choses, et disant tout, et peignant tout, la vie, le bien, le mal, les idées vraies, fausses ou folles, à mesure qu'elles paraissent sur le fond de l'àme, laquelle se regarde faire, constate et décrit, avec la plus scrupuleuse fidélité, on peut même dire quelquefois, sans vouloir ni dessein prémédité. Joufîroy surtout ne tarit pas de ces épanchemenls de sa vie intellectuelle et morale. Damiron est plus sommaire, plus sobre, moins net, parce que le talent de peindre au microscope n'est pas le sien. D'ailleurs il n'aime pas à se laisser aller trop longtemps à ce qui lui semble une faiblesse. Comme il a peur de ce fond de tendresse et d'amour qui souvent le met en trouble sur lui-même et sur son âme, il a peur aussi de ce laisser-aller

1J4 LA PHILOSOPHIE SPIRITUALITE Ai: XIX SIECLE

d'imagination et de dissection sentimentale et il s'en détourne aussi vite qu'il peut pour se rejeter dans l'action, dans le devoir à étudier et à accomplir. L'inspiration de ses lettres est vive, animée, mais courte ; les nerfs ne la prolongent pas, la volonté la domine ; il en sent la faiblesse, et, encore une fois, il en a peur. Ajoutons qu'il se sent un exemple, un appui pour ceux qu'il aime, et il veut le rester à tout prix. Sans doute l'organisation, le tour d'esprit et de nature ont leur très grande part en cela ; mais il y a aussi, j'en ai eu les preuves, il y a surtout parti pris, et volonté successivement aguerrie. Le fond de Jouffrov est une mélancolie profonde, mais qui a ses gaietés, ses enfances, sous lesquelles pourtant le fond se révèle toujours. 11 écrivait, presque tous les quinze

jours, de longues, très longues lettres, véritable journal de pensées arrivant naïvement et impétueusement sous sa plume : de Ja philosophie, des questions ou des réponses, des dissertations sur les points où Damiron l'interrogeait ; ensuite des nouvelles de l'Ecole, de la politique, des camarades expédiés en province; des plaisanteries souvent, des facéties prolongées à la façon narquoise des Comtois; les bourdes métaphysiques qu'il aimait à donner à digérer aux niais du régiment ; enfin des rêves, des imaginations de tout genre, des souvenirs et des peintures de son pays.

11 y avait en lui un fond de fantaisie inépuisable, des caprices errants ; il jouissait en écrivant ; il saisissait au passage les inspirations de tout genre qui lui tombaient, les sui-

116 LA PHILOSOPHIE SP1RITUALISTE AU XIXe SIECLE

vait, et, la verve fournissant, il écrivait avec feu des pages admirables dont il sentait le prix en les relisant, et, alors, il en prenait ou note ou copie comme d'un moment de sa vie d'àme et d'intelligence. Ainsi il se retrouvait au besoin ; il se regardait penser, sentir, rêver; il avait là l'expérience arrêtée et prise sur le vif.

Au reste, nous étions presque tous ainsi, chacun avec nos traits distinctifs de nature et de caractère. Xotre génération avait été frappée de cette passion du retour perpétuel sur soi-même dont René, Adolphe, Oberman, qui sais-je? avaient connu la fébrilité maladive et la satisfaction un peu orgueilleuse; véritable onanisme de la pensée chez les faibles; source d'études profondes et d'inspiration poétique, chez les forts. De là le besoin

JOUFFKOY 11

d'écrire, de se peindre, de se confesser sans cesse à ceux qu'on aimait, en qui on avait foi.

Les lettres de Jôuffroy sont d'un entrain, d'une gaité vive, d'un naturel charmant, qui va et vient de \& gausse d'écolier à la finesse d'une saillie pleine d'originalité ; puis arrivent ou plutôt tombent tout-à-coup de cette imagination élevée et gracieuse à la fois des descriptions de la nature courant au trait, ou des mélancolies profondes, éruption de cette âme, toujours inquiète et troublée du problème de la destinée humaine.

Damiron répondait de même, mais c'était tout intérieur. 11 ne vivait que de lui-même et de sa pensée. Indépendamment de la différence des deux esprits, la situation, les sujets d'observation sont d'une diversité profonde.

118 LA PHILOSOPHIE SPIRITUALISTE AU XIXe SIÈCLE

Damiron est en province dans de petites villes, solitaire, occupé de ses élèves surtout, des soins qu'il donne à son jeune frère. Après quelques peintures des lieux et des hommes à l'arrivée il se renferme en lui, pousse ses travaux philosophiques, expose quelques théories, rêve parfois aux concours académiques, envoie des questions ou des travaux à examiner. Ses tendresses de famille remplissent le reste du cadre.

Jouffroy, au contraire, est à Paris dans la fièvre ardente du premier mouvement de pensée du siècle, touchant à tous les hommes célèbres du parti libéral ; il est en même temps avec l'élite de la jeunesse; il lit tout, écoute tout; son ironique fantaisie passe vite à la mélancolie. Damiron a la fixité du jeune cénobite. Jouffroy est mobile comme le nuage

de la montagne. Je trouve dans une des lettres de Jouflroy un exemple des crises fréquentes auxquelles il était sujet. La description qu'il y fait d'une foule de réflexions qui le saisissent, un certain soir orageux et triste de juin, a plus d'un trait, mais le trait le plus délié et le moins accusé de la grande et terrible nuit décrite aux Nouveaux Mélanges. Et si, par hasard, c'était la même scène, reproduite à l'heure même et à vingt ans de distance, on pourrait voir ce que l'imagination remise en jeu par la mémoire et la mémoire elle-même se fouillant sous l'empire d'une réflexion profonde ajoutent de force et même de vérité aux impressions. C'est là le secret immortel de l'art : il est plus vivant que la réalité même, à l'instant où elle se produit. Nous n'en sentons pas toutes les

nuances au moment où elles passent sur lame. C'est comme le blanc de la première épreuve que la lumière donne au photographe; il faut que l'empreinte s'enfonce pour qu'elle puisse sortir plus nette, plus accusée et plus vraie.

Mil huit cent dix-sept et mil huit cent dixhuit furent les années mères de la Restauration : mil huit cent dix-sept a été vraiment Tannée de semence, de remuement de la terre à fond. A quelle rude discipline Jouflroy fut mis pendant cette période!

Il était clos dans le séminaire ardent de l'École, ses amitiés les plus chères absentes, avec cet orgueilleux sans repos de Cousin, luimême en fièvre et la tète pesante, chaque jour, d'un nouveau projet. Tout n'allait pas de soi et librement à l'École. L'esprit janséniste de

JOLFFROY 121

M. Gueneau était inquiet, ombrageux; les audaces de Cousin le déconcertaient. Il suivait à la piste tous ces élans vers un monde fermé à son étroite pensée, il enregistrait un mot, le creusait, y voyait des abîmes; allait, quoique avec discrétion et réserve, inquiéter son frère, M. Rendu, et celui-ci montait jusqu'à M. Royer-Collard qui avait alors des tempêtes majestueuses, faisait venir Jouffoy un jour, par exemple, et se vantait ensuite de l'avoir fait pleurer comme un enfant de noble cœur, à la vue de quelque périlleuse conséquence d'une de ses leçons sur l'intention et la moralité de l'agent dans les actes de la vie.

A la tin de décembre 1818, il eut une première atteinte de cette hémoptysie, qui, deux ans plus tard, devaitemportersonpèreetqui, après plusieurs attaques répétées, a fini par l'enlever

122 LA PHILOSOPHIE SPIRITUALISTE AL' XIXe SIÈCLE

lui-même; maladie héréditaire à sa source sans doute, mais dont l'invasion futprovoquée par l'excès de travail de ces deux terribles années de conférences à l'École et d'enseignement à Bourbon (1817 et 1818); double tâche rendue plus accablante encore par le premier élan de zèle, l'irritabilité de recherche passionnée qui dévorait sa jeune imagination.

Après sa maladie à la lin de 1818, et au commencement de 1819, à bout d'idées et de >\ sternes, las de son enseignement et n'y prenant plus d'intérêt que celui commandé par le devoir, son esprit se joue de sa science et de lui-même. L'histoire, les romans le saisissent ; il passe de longues heures au coin de son feu, ou dans de nonchalantes promenades, rêvant, poétisant et jetant à Damiron toutes ces rêveries, toutes ces poésies d'une

imagination de vingt-deux ans; ne se refusant rien de ce qui lui passe par la tête ou par le cœur. Ces pages sont charmantes de naïveté, bien qu'on y sente l'étude du peintre qui jette des croquis, et quoique en courant tache que les traits aient le plus de fini possible. C'est avec cette pensée toujours présente qu'il faut lire cette correspondance, pour en saisir le véritable sens ; autrement, on se ferait de l'homme l'idée la plus fausse et la plus injuste. Cependant, je l'ai déjà dit plusieurs fois, il y a un fond de raillerie de la réalité, du monde et de soi qui domine dans cette profonde et belle intelligence et elle laisse échapper souvent ces secrets soupirs de sa nature à la fois mélancolique, tendre et moqueuse.

Cette verve de correspondance tarit peu à

124 LA PHILOSOPHIE SPIR1TCAL1STE AU XIXe SIÈCLE

peu. La vie et ses devoirs, les événements politiques nous saisirent; une fièvre d'action s'empara de nous tous (de 1819 à 1823) jusqu'aujour où nous nous jetâmes dans la mêlée de la presse.

Jouffroy entra comme moi en 1821 au Courrier français par Ary Scheiïer, Corcelle et Augustin Thierry. — 11 donna quelques articles de politique extérieure dans le Globe de 1828 à 1830. — 11 fut élu député en 1831.

A notre entrée, lui et moi défendions la Convention sur certains bancs du centre. Il passa presque immédiatement au parti de la résistance et bien que parfois en angoisse, lui demeura fidèle jusqu'au moment de la coalition, en 1839. Si, comme plusieurs malveillants le disaient on avait pu douter qu'il eût suivi Guizot dans cette évolution, j'ai entre les mains une lettre datée du moment même

de son départ de Paris pour les élections où il remet à Damiron une note à faire publier dans le cas de nécessité extrême si un article d'un de ses électeurs du Doubs inséré dans ['Impartial de Besançon et répété par le Moniteur Parisien, où on déclarait qu'il n'était pas de la coalition, venait, contre son plus vif désir, à èlre répété et à faire bruit. Il donne à Damiron carte blanche.

11 a peu parlé à la Chambre quoique très écouté, parce qu'il était aimé et respecté. Sa voix trop faible n'allait pas au-delà du troisième ou quatrième banc. Son plus grand succès fut son attaque à Guizot, lors de ma destitution en 1839; puis il marqua aussi dans deux ou trois questions de politique extérieure.

Il fut très ministériel, ainsi que moi, sous le Cabinet du 12 mai. En 1840, sous le

ministère du 1er mars, nommé par Cousin, conseiller chargé de la philosophie, et soumis à la réélection, il réserva ainsi que moi sa liberté politique. 11 était donc libre de se rallier à son ancien chef Guizot, en 1841. Mais il fit la faute d'accepter d'être le rapporteur de l'adresse, et, par conséquent, d'être le censeur trop éclatant de la politique de Thiers, qu'il avait appuyée de son vote, d'où une vive irritation contre lui. Il fut abandonné cruellement par Guizot qui l'avait lancé et qui le lâcha dans un moment de vote périlleux sur l'un des paragraphes du projet d'adresse. 11 en éprouva une amertume et un découragement qu'il a conservés jusqu'à sa mort.

If

Un premier trait du caractère philosophique de Jouffroy, c'est la sincérité. Il cherche sans timidité, sans aucune réserve même de ses plus chères croyances. Dans ses lettres de jeunesse, on le voit à nu, confessant toutes les crises à travers lesquelles passe sa pensée, tantôt plein d'ardeur, de foi, d'espérance ; tantôt découragé, chancelant, presque désespéré; et, dans ces phases diverses, l'œil toujours ouvert sur le fond de son âme, suivant avec un âpre amour du vrai, les moindres nuances de sa pensée, et les confessant à son ami. On devine déjà à vingt ans sa puissance d'analyse.

JOLJKFROY 129

Je relis avec une attention profonde la seconde partie du mémoire sur Y Organisation des Sciences philosophiques, d'où éclata, comme un coup de foudre sur la libre pensée et l'Ecole Normale, cette page lyrique de lamentations sur les ruines que faisait de la religion et de la foi d'une àme sincère le travail loyal et insensible de l'intelligence sur elle-même. Je relis cette page avec la même admiration pour son accent de sincérité, et le même contre-épreuve sur mes propres souvenirs. Je suis loin de penser, comme un célèbre critique1 le disait avant-hier, que cette page ait été surfaite; mais je m'étonne comment les passions de la polémique ont été assez aveugles ou assez perverses pour ne voir que cette page dans cette confession bien

Page 1