VIII INTRODUCTION
nait sans cesse, et il y travaillait encore presque à la veille de sa mort. Certaines parties en étaient assez avancées. Ce sont ces ébauches que, malgré leur imperfection, nous croyons pouvoir détacher et publier aujourd'hui.
11 nous reste à faire connaître brièvement comment M. Dubois avait été amené à écrire ces pages.
Cousin, Jouffroy, Damiron, trois noms inséparables dans l'histoire de la philosophie spiritualiste au xixe siècle! Cousin en a été le métaphysicien; Jouflïoy, le psychologue; Damiron, le moraliste et l'historien. Dubois les a connus tous les trois. Il a eu le premier pour maître, les deux autres pour camarades et pour amis. Ses lettres vont nous les peindre mieux encore peut-être que ses souvenirs.
Ce fut à l'École Normale, en 1812, qu'il reçut les leçons de Cousin, dans celle conférence littéraire restée célèbre que le jeune professeur, à peine plus âgé que ses élèves, dirigeait alors avec tant d'éclat, avant de se consacrer définitivement à l'étude delà philosophie. Dubois en a laissé un tableau vivant : & L'initiative fiévreuse de M. Cousin se portait en tous sens; élevait pour le moindre précepte dégoût une théorie nouvelle qui, mépri-
LNTRUDl'CTION
saut les vieux préceptes de rhétorique, les reprenait, comme il disait, par la base, et en faisait la philosophie. Chaque lecture d'auteurs français était pour lui l'occasion d'une échappée dans les profondeurs de l'art d'écrire et de l'établissement de préceptes souverains que. le lendemain, il renversait les uns sur les autres... Ce que des têtes de dix-huit à vingt ans, enfiévrées de la lecture des grands écrivains du xvii6 et du xvnr siècle, contractaient là de mouvement et de verve, on peut le deviner'. » M. Cousin vivait d'ailleurs, dans l'Ecole, au milieu de tous, dans sa cellule d'élève, se promenait dans les cours, causait dans les escaliers et jusqu'au réfectoire, « pensant, travaillant et prêchant toujours ». « Pendant qu'il vécut ainsi, on peut dire qu'il anima l'École entière des ardeurs de son intelligence, balançant à lui seul l'autorité et l'influence de tous les autres maîtres, rayonnant jusque dans les esprits les plus antipathiques à cette domination qu'il exerçait