Cf. Funérailles, p. 95 ss
336 COLTUMES DES ARABES.
auprès du chemin. Il se persuade que ce ruyiim voulait le tuer; la terreur Ten valut, il se prend à trembler de tous ses membres : « Par la vie d'Allah, s'écrie-t-il en le conjurant, ne me tue pas, ne me fais pas de mal! )> A peine eut-il dépassé le mgnm, qu'il s'enfuit rapidement pour se mettre ;\ l'abri de ses coups.
On connaît l'usage d'élever un tas de pierres à l'endroit où un bédouin, disons plus génériquement un homme, a été tué. Personne ne voyagera au désert sans être frappé de cette habitude de désigner ainsi au passant, par un amoncellement de cailloux, l'endroit précis où est tombé un malheureux. Peu importe la raison pour laquelle il a succombé : que ce soit traîtreusement, sous les coups imprévus d'un ennemi qui le guettait, ou bien vaillamment, dans une guerre ou une rencontre malheureuse, toujours à la place où il a répandu son sang et a expiré sera conservé, grâce au ru(ium, le souvenir de ce trépas. S'il n'y a eu qu'un mort, on n'élèvera (ju'un seul témoignage; mais si un combat meurtrier a fait de nombreuses victimes, les survivants des deux camps auront à cœur de réunir autant de rugiun qu il y a eu de guerriers fauchés par le destin. On le voit à Makouin, dans le ouâdy Fahdy, en allant à Nahel'; on le remarque en descendant les pentes escarpées du Môgib par le chemin de 'Arâ'er où se livra naguère une sanglante bataille entre les Hamâ'ïdeh et les Béni Saher.
Le bédouin passe assez indifférent devant ces « témoins » dunemort tragique-, réfléchissant peut-être en lui-même sur les moyens d'échapper à un pareil malheur. Parfois, cependant, il s'anime au souvenir de quelque méfait ancien. Tels les Arabes du Négeb lorsqu'ils se trouvent en face du rugum qui marquerait le tombeau du cheikh 'Amîry^; au milieu de tous les autres signes de la plus profonde indignation et du mépris le plus absolu, ils ne manquent pas de jeter quelques pierres sur le tas déjà considérable de ce singulier riigum'^. Mais cet acte d'amonceler des pierres sur une tombe, même dans la tradition actuelle, est loin de comporter toujours une marque de mépris. Les exemples cités plus haut sont une preuve du contraire.
Vers la fin du ouâdy Gerâfeh les TLâhâ ont attiré mon attention sur un rocher énorme détaché de la montagne, sur lequel ils n'omettent jamais de jeter quelques petites pierres en passant 5.