‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 103 sur 159 · Cf. p. 42 ss · texte numérisé non relu

Cf. p. 42 ss

premier possesseur, runique habitant? Non! Un gin, un esprit est le maître de ce lieu; il en est, de par Allah, le possesseur souverain. Empiéter sur son domaine sans l'avoir apaisé ou mis dans l'impossibilité de nuire, c'est évidemment s'exposer à un danger imminent, ou à une mort certaine. Que fait l'Arabe? Après avoir dans un repas copieux largement récompensé lessecoureurs [à^^j^), c'est-à-dire ceux qui, au dernier moment, sont venus prêter leur concours, suivant l'usage oriental, ceux de la tiibu, les ouvriers, les voisins, le propriétaire entouré de sa famille et de sa parenté apporte une fjahlheh — mouton, brebis ou chèvre, — la place sur le seuil, et l'iminole ; souvent le sang coule dans l'intérieur de la demeure ; d'autres fois il se répand à l'extérieur, dans la cour; toujours il coule en face de la porte. En lui plongeant le couteau dans le cou, le propriétaire dit à haute voix :

Permission, maître de ce lieu'!

formule que j'ai déjà signalée en parlant de l'inauguration de la tente; en même temps, il prend dans sa main le sang de la victime, et en asperge la porte ; quelques Arabes en répandent aussi à l'intérieur, sur les murs; ce dernier usage n'est pas général. La victime égorgée est immédiatement préparée; c'est dans l'intérieur de la maison qu'elle est mangée. Le (lin doit être satisfait, l'habitation sera paisible, la famille prospérera.

Il peut se rencontrer qu'au moment où la maison est achevée, le propriétaire n'ait pas sous la main la victime indispensablement exigée par la coutume. Le cas est embarrassant, car !'« esprit » est à redouter; maintes fois j'ai constaté la frayeur extrême qu'ont les Arabes de sa colère. Que faire? Voici la solution. Entouré de sa famille, le propriétaire s'approche de la demeure, prend une pierre, frappe le seuil ou le linteau de la porte en disant :

O maître de ce lieu, prends patience, nous te paierons-!

A la première occasion, il s'empresse d'immoler la victime requise. Cet usage est invaiiablement observé par les habitants de Moab ; c'est à peine si les Latins de Mâdabâ consentent à y renoncer.

Parmi les Arabes, nous venons de le voir, pas de construction de

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Au Négeb, on fait un repas, appelé fCil (JU), composé de riz; on le mange avant d'entrer sous la tente ou dans la maison; il sullit à écarter le malheur en apaisant le (l'in; à la première occasion, la victime habituelle est immolée.

maison ou de tente sans l'immolation de quelque victime; mais l'effusion du sang- joue un rôle non moins important dans la constitution formelle de la famille et dans ses rapports avec les autres membres de la tribu, voire même avec les étrangers; l'exposé des faits mettra ceci en pleine lumière.

A propos du mariage, on trouvera quelques notes sur les coutumes des Arabes touchant ses préparatifs et les conditions requises par la tradition; je veux simplement considérer ici la cérémonie au point de vue spécial qui nous occupe : l'immolation de la victime.

Chez les Arabes, on distingue trois immolations ayant lieu depuis les premières négociations jusqu'à la conclusion et la consommation du mariage : la dablhet es-Sefàh, la <Jablhet el-IJenneh, et la dablhet cl-Hullleh.

Sacrifice de la rémission ou du contrat

J-fiX."

Chez les Bédouins, c'est généralement le père du jeune homme qui fait les premières démarches auprès des parents de la jeune fille qu'il désire donner à son fils. Lorsque, après de longues négociations, auxquelles prennent part les membres les plus influents de la tribu, comme à une affaire qui regarde le bien général, les conditions àprement discutées sont acceptées de part et d'autre, le père de la fille tue un mouton et prépare un repas à tous ceux qui ont pris une part, si minime soit-elle, dans les débats qui ont abouti à la hatheh ou promesse de mariage. Bien qu'une victime soit immolée en cette occurrence, elle ne porte pas le nom de dablhet el-ijatbeh ou victime des fiançailles; la dénomination de dablheh est réservée à une autre circonstance tout à fait particulière, qui est de nature à mettre en relief son véritable caractère. Il arrive parfois que le père du jeune homme, après avoir obtenu la jeune lille demandée, n'a pas une confiance illimitée dans la promesse qui lui a été faite ; il redoute un concurrent, appréhende un manque de parole, craint de voir les relations se rompre pour se renouer avec un autre parti. Afin d'assurer la stabilité des engagements contractés, il a recours à l'immolation d'une victime dans les circonstances suivantes. Il fait choix d'une brebis ou d'une chèvre, prend avec lui tout ce qui est nécessaire pour la préparer, depuis le bois et les instruments de cuisine jusqu'au riz et au beurre, et, ainsi muni, se rend à la maison du père de la fiancée. A peine arrivé, il sacrifie la victime « pour la fiancée » (^jj*^' ^^ '•

1. Aux environs de Gaza, on fait une onclion de sano sur la fiancée.

Tous se réunissent pour le repas préparé par le visiteur; vers la fin,

le demandeur se lève, lie dans un mouchoir de soie une pièce de

monnaie et remet le tout à la fiancée, lui faisant ainsi comprendre que

désormais elle est absolument liée par le sacrifice qui vient d'avoir

lieu, et qui porte le nom de « sacrifice du contrat » (Ji*-M Lsr^^).

L'usage est encore en vigueur, même chez les chrétiens, à fortiori

est-il fréquent chez les musulmans. Parmi les Béni Saher, lorsqu'un

Arabe, par affection ou par intérêt, désire donner à son fils une fille qui

n'est pas encore en âge de se marier, il se rend à sa tente et immole

devant elle une victime; c'est ce que les Arabes appellent ^-^r^ ^"■>.

Dès lors elle est comme liée dans sa liberté, non pas seulement elle,

mais toute sa parenté. Impossible de l'accorder à un autre. Le fait s'est passé, en 1905, chez les Fâ'iz. Mohammed ed-Diâb, sous la tente duquel j'ai reçu la plus généreuse hospitalité, s'est ainsi assuré une épouse pour son fils Zâher, âgé de treize ans. Son frère Iléza' a une fille de huit ans. Mohammed, sans faire part de son projet à personne, prend un jour une brebis, se dirige vers la tente de Héza', égorge la victime pour la fille, sur laquelle il jette un peu de sang; cet acte arrêtait définitivement les fiançailles.

Il n'est cependant pas toujours requis, pour fixer une promesse donnée, d'avoir recours à un sacrifice; la pratique du désert admet certaines formules dont l'efficacité ne fait de doute pour personne. Nemer eben Kena'an se fiança d'une manière irrévocable à la fille de Sattâm, en récitant une formule dont mes interlocuteurs ne purent me donner ni les paroles ni le sens. Après avoir prononcé cette sorte de prière, les deux représentants des deux futurs époux prennent dans leurs mains chacun sept grains de froment, et disent à haute voix ; «. Une telle a été donnée à un tel » ; le contrat est irrévocable.

Le seul désir d'assurer d'une manière positive le mariage de leur fils n'est pas l'unique motif de ces pratiques dont le caractère religieux ne saurait être complètement nié; un but plus utilitaire encore pousse parfois à ces mesures. On connaît assez les exigences du père qui donne ainsi — nous pourrions dire qui vend ainsi — sa fille, pour comprendre que presque toujours ses prétentions sont exagérées ^ Quand le pacte a revêtu, par la dabîheh, ce caractère presque sacré auquel nous avons fait allusion, et qu'il se trouve assuré contre toute infraction, il est encore possible de renouveler des instances pour obtenir une diminution du mahar et il est rare d'essuyer un refus absolu.

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