‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 106 sur 159 · Cf. Bohary, édit. du Caire, vol. Ilf, p · texte numérisé non relu

Cf. Bohary, édit. du Caire, vol. Ilf, p

/laé {^^=s^'- dans le style vulgaire. On connaît les histoires plaisantes au\(inelles a donné lieu le rôle ignoble du mufiahhas. Tel grand seigneur avait, dans un mouvement d'irritation, répudié son épouse. Quinze jours ne se passent pas qu'il ne soit saisi de remords; il veut la reprendre; l'usage s'y oppose; il faut d'abord qu'elle contracte mariag-e avec un nouveau mari et qu'elle soit répudiée. Le puissant seigneur se met en quèle d'un mu(jahhas;\[ en trouve un qui consent à épouser la riche princesse, mais qui, après le mariage, refuse de la répudier.

Les nomades ont une moralité plus noble. Quand un cas semblable se présente, — ce qui n'est pas rare, — le mari qui s'aperçoit de l'imprudence qu'il a faite en répudiant sa femme va trouver le père ou le frère de cette dernière pour la réclamer. « Tu l'as répudiée », lui est-il répondu. — « C'est vrai; mais qu'elle demande le droit de la répudiation, et qu'elle revienne sous ma tente. » La femme, si elle consent, pose alors ses conditions; elle exige des ornements, des bracelets, un chameau; elle demande une situation meilleure. Le mari promet tout, la ramène à sa demeure et, en arrivant, égorge pour elle « la victime de la répudiation » (;^^^! 'Lsr:r.^)\ quelques Arabes l'aspergent de sang et disent les paroles que nous avons rapportées à propos du mariage. Après quoi, la femme redevient, une seconde fois, épouse légitime. C'est ce que les bédouins appellent « reprise de la femme » (^-j V^) dans les conditions que nous venons de relater. Cet usage est courant, hormis le cas d'adultère, chez les Sehour et les Sarârât; tandis que les Hamâ'ïdeh et les Belqâwîeh n'acceptent pas la Uj ^-^', suivant le proverbe :

Quiconque l'a répudiée, ne se préoccupe plus de la blancheur de sa jambe '•

La rjablhet et-Talàq joue à peu près le même rôle que la dab'thct el-Hullleh; grâce à l'immolation d'une victime, une chose qui était interdite devient autorisée, ou mieux, pour me servir d'une phrase arabe, ce qui était haràm, devient halûl.

L'immolation pour Vhote (^j^.-^.'' 'is^::.:^).

Un voyageur, étranger ou arabe, se présente à la tente d'un cheikh ou d'un bédouin important; il est reçu toujours avec politesse et prévenance. Le fait est bien connu, et nous avons déjà décrit la gé-

.UL. ^.L, ^:, U Uli ^ .1

Ce proverbe est usité pour marquer l'inulililé du repentir dans certains cas.

néreuse hospitalité du nomade; je n'insiste pas sur ce point; mais il est un fait qui, me semble-t-il, n'a pas été assez justement observé : c'est l'irainolation du fameux mouton de l'hospitalité! Et d'abord, il serait inexact de penser que tout Arabe se croit obligé de tuer un agneau ou un chevreau chaque fois qu'uu étranger se présente sous sa tente. Beaucoup de pauvres bédouins ne sont pas en état de le faire, et, le pourraient-ils, c'est une marque d'honneur et de libérahté qu'ils ne veulent pas toujours accorder. Bien souvent le voyageur doit se contenter d'un peu de beurre ou d'un morceau de pain, d'un plat de riz ou d'un autre mets de ce genre. « Je donne ce que j'ai ! » nous disait un jour 'Assâf des Hamâ'îdeh, en présentant un plat de lentilles mal assaisonnées, qui plut médiocrement à mes compagnons de voyage ; il fallut bien s'en contenter, non sans une certaine indignation cependant; car l'Arabe, s'il éprouve une légitime satisfaction à déguster un morceau de mouton rôti, ne dédaigne pas non plus de se voir flatté et honoré, et, dans l'immolation d'un agneau ou d'une chèvre, il attache très souvent une importance plus grande à l'honneur qui rejaillit sur sa personne qu'au mets qui lui est servi. On en jugera par les faits suivants.

La victime doit être immolée en l'honneur de l'hôte qui se présente ; c'est pour lui que le sang est répandu ; et c'est par l'eflusion du sang que sa dignité est exaltée. Si après une première immolation, alors que la viande est déjà sur le feu pour être apprêtée, se présente un hôte nouveau, plus important que le premier ou de la même condition, le maître de la tente se croit obligé d'égorger une nouvelle victime, de faire couler le sang d'une nouvelle brebis; la première suffisait pour le repas; n'importe; l'arrivée de l'hôte doit être honorée par cette effusion de sang; c'est la dabîhet ed-J)eif qui honore et qui « attache » aussi, disent les Arabes : car, avant l'immolation de la victime, l'hôte peut se retirer de la tente sous laquelle il est descendu; lorsque le mouton a été tué il ne saurait le faire; il est lié. Au mois de mai 1905, le qaîmaqfim de Sait se rendait à Mâdabâ pour régler une question de sang. Près de Kefeïr, il rencontre les 'Ageilât et descend chez eux pour y passer la nuit. Immédiatement, on tue la dah'iheh. Peu de temps après surviennent six cavaliers 'Azeizcït; aussitôt, un second mouton est immolé, bien que le premier fût plus que suffisant; mais il fallait, me dirent mes interlocuteurs, « les honorer et les lier » ; c'est, d'après eux, l'usage constant des Arabes.

La dabîheh est tout entière pour l'hôte, fùt-il tout seul ou accompagné d'une seule personne. On dépose devant lui la brebis ou la chèvre, sur un grand plat de cuivre porté par des serviteurs. La pho-

350 COUTUMES DES AHAHES.

tosi'apliie fig. 7 représente deux serviteurs d'Abou Tâ'ïeli nous apportant, à mon guide et à nioi, la victime parfaitement bien rùtie et disposée sur un grand bassin.

Une autre observation digne d'être retenue, c'est que la <]ahlhch de midi ne peut servir pour le soir. Sous la tente, on ne conserve pas la viande ; après que riiùte a été rassasié, le plat doit être abandonné aux pauvres, toujours nombreux dans les campements. Il n'est pas permis, non plus, de servir à ses hôtes de la viande qui, par hasard, aurait été mise en réserve : il faut immoler; il faut la dablhch. L'hiver dernier, des bédouins de Mâdabâ, en- revenant de Hammam ez-Zcrqfi, rencontrèrent sur leur roule, non loin de Ma'ïn, d'autres Arabes de la même tribu. Aussitôt ils furent invités à descendre pour jouir des douceurs de l'hospitalité. Le maître de la tente avait, ce matin-là même, tué une brebis avant l'arrivée des voyageurs; il la prépare et la sert à ses hôtes. Ces derniers, à la fin du repas, apprennent le fait, constatent que la (Jablheh n'a pas été faite en leur honneur, que le sang n'a pas coulé pour eux. Irrités, ils reviennent à Mâdabâ proclamant bien haut qu'un tel avait manqué à toutes les lois de la (Jlclfeh, et que jamais ils n'auraient consenti à manger chez lui le pain de l'hospitalité, s'ils avaient été informés de sa conduite. On le voit, la dablhet, cd-Deïf est revêtue de certaines circonstances qui la sortent de l'acte vulgaire d'assommer un mouton.

Quand un hôte de distinction, reçu au campement, se dispose à partir, le cheikh en personne lui amène sa monture et lui tient l'étrier qu'il a eu soin parfois de teindre du sang de la victime i.

Il serait tout à fait inconvenant de demander à emporter pour la route quoi que ce soit de la victime immolée. Mon guide 'Awdeh s'est pourtant permis une fois cette infraction à l'usage, alléguant son titre d'ami et prétextant du dénuement dans lequel nous étions pour achever notre route le lendemain. Il aurait pu dire aussi que ce jourlà même, après nous être mis en marche à quatre heures du matin, nous n'avions rencontré à déjeuner qu'à huit heures du soir !

Ce que j'ai dit par rapport à la dahiheh qui doit être immolée pour l'hôte, s'applique, proportion gardée, à la présentation du café. Tout le monde sait qu'au désert, sous la tente, présenter une tasse de bon café noir est le premier acte de l'hospitalité. Il peut se faire que la cafetière soit quasi pleine; mais quand arrive l'hôte, l'usage exige qu'on fasse à nouveau du café.

1. On leint de sang le cou et la cuisse du cLameau des voyageurs. Cf. Eoting, Tagbuch eiaer Reise in inner-Arabicn, p. 62, 65.

RELIGION. 3oi

Sacrifice de la circoncision (y^^ Isrr:^^).

La naissance d'un fils est toujours la cause d'une joie bien légitime au sein de la famille arabe, et pourtant les signes extérieurs de réjouissance, tels que le repas auquel sont convoqués les parents et les amis, les jeux, l'immolation d'une victime surtout % sont remisa une époque ultérieure; c'est le moment du baptême pour les bédouins chrétiens; les musulmans attendent le jour de la circoncision, acte religieux souverainement important qui ne se conçoit pas sans l'immolation d'une (Jab'iheh. Voici les traits relatifs à cette sorte de sacrifice, d'après 'Awdeli eben Sâleli, qui assista à la circoncision du fils de Mohammed ed-Diâb, chez les Fâ'ïz. L'enfant est entré dans sa quatrième année. Devant la tente un monceau de pierres est accumulé, au milieu duquel on dresse une branche d'arbre verte; on amène la brebis qui sera bientôt immolée. x\vant d'être circoncis, l'enfant, à cheval sur la brebis, fait sept fois le tour du monceau de pierres ; après quoi, le père de l'enfant coupe d'un vigoureux coup de sabre les pattes de la victime ; aussitôt après, lid tournant la tête vers le sud, il lui ouvre le cou en disant : « Au nom d'Allah-... » Le sang est répandu à terre sans être jeté ni sur la tente, ni sur l'enfant. C'est après le repas qu'un homme, connu dans la tribu pour son habileté, fait la circoncision ; et aussitôt éclatent les réjouissances bruyantes familières aux Arabes, parmi lesquelles nous mentionnons la suivante. A une demi-heure du campement on fixe sur une lance une plume d'autruche. Sur un signal donné plusieurs cavaliers s'élancent tous ensemble de la tente; celui qui atteint le premier le but a droit à prendre un morceau de viande, non crue, mais cuite, qu'il •peut emporter chez lui ou partager entre les assistants.

Il faut encore mentionner ici un sacrifice usité chez les Terâbîn, au moment où le nouveau-né reçoit son nom fcf. p. 364).

Sacrifice de la consolation (i^! ïsr^>i).

Une dablheh consacre l'entrée du jeune Arabe dans la société, une dabîheh lui sert comme d'adieu suprême et de consolation dernière

1. A noter un usage contraire chez les Sarûlreh, qui sacrifient une victime à la naissance d'un enfant.

2. Dan^ toute immolation, les musulmans tournent vers le sud la tête de l'animal égorgé, tandis que les chrétiens la dirigent vers l'est. L'usage de faire un sacrifice à l'occasion du baijtôme d'un enfant est très vivace encore chez les chrétiens grecs; les latins laissent peu à peu cette pratique.

3b2 COUTUMES DES ARABES.

lorsque son esprit retourne vers Allah. Si, dans les pratiques usitées parmi les ditlerentes tribus à roccasion d'un mort, on rencontre quelques divergences dans les détails, le fond reste cependant le meme^. Voici ce qui a trait au sacrifice.

Au moment où l'Arabe vient d'expirer, au milieu des cris et des lamentations des femmes surtout réunies à la maison mortuaire, on fait rapidement les derniers préparatifs de l'ensevelissement qui est bientôt terminé. Puis on apporte des provisions sous la tente ; on égorge même des moutons, et cela pendant sept jours au moins-, quelquefois pendant quinze, alors qu'en principe l'année tout entière devrait être consacrée à ces marques de douleur; mais en fait, au bout d'une semaine, le plus proche parent du défunt s'apprête à mettre un terme à ces pleurs; il apporte alors, avec une certaine ostentation, une ou plusieurs brebis, qu il immole dans sa maison ou sous sa tente; il les coupe en morceaux et les distribue aux pleureuses qui mangent et s'en retournent chez elles; c'est ce qu'on appelle au désert la dabihet el-'azû, « la victime de consolation », parce qu'elle met un terme aux lamentations régulières. En dehors des Latins de Mâdabâ, l'usage est constant, même chez les chrétiens, et surtout chez les Belqâwieh et les Sehour^.

Sacrifice du souper '\^\ l^.^).

Chez ces derniers Arabes, le jour même du décès, on immole un mouton (sous la tente du défunt, non à son tombeau)^. Le parent qui égorge la victime dit : « Ceci est le souper de notre mort. » Chacun mang'e et dit ensuite : « Qu'Allah ait pitié de notre mort! » Chez les Hamâ'ïdeh, on conduit jusqu'au tombeau une brebis ou une chèvre qui est immolée sur la tombe ou tout auprès : on la prépare sur place et les assistants la mangent; mais cela ne constitue pas le sacrifice du souper du soir, qui a lieu à la maison du défunt, la nuit même; on ne manque pas de dire : « Ceci est le souper de notre mort »

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