‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 108 sur 159 · Voir ci-après p · texte numérisé non relu

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« parce que le sang et les morceaux tie chair au milieu desquels défile toute la famille, chassent le mal ou le <ji?i qui voudrait nuire à la tribu ». Les Ilaweïtât ont eu recours à ce moyen de protection, il y a trois ans, lors du choléra qui les a décimés.

Sacrifice de la satisfaction (^^^ iocr.:i).

Lorsque, dans une tribu, le cheikh a fait vœu, à la suite de quelque grande calamité, d'immoler chaque année une victime, sa postérité se croit engagée tout entière et pour toujours. Si c'est l'ancêtre commun qui a fait une semblable promesse, toute la tribu est tenue de se conformer à cet engagement, sinon les plus grands malheurs sont à redouter. Le cheikh Musallem à 'Iraq n'omet jamais, chaque année, d'immoler plusieurs moutons au tombeau du cheikh la'qoub, à cause d'un vœu fait par un de ses ancêtres; c'est ce qu'on appelle « sacrifice de la satisfaction ».

Brebis de la tente (^3^^ ^iU.).

Dans l'esprit de l'Arabe, la tribu est sortie d'un seul ancêtre, par voie de descendance rigoureuse. Cependant, au désert, une autre porte d'entrée juridique est admise, permettant à un étranger de s'enrôler dans une tribu, de devenir un de ses membres. Voici les conditions de cette affiliation. L'étranger fait une première démarche auprès du cheikh. Celui-ci consulte les principaux de la tribu, et rarement la demande est repoussée. L'étranger égorge alors une brebis, et invite les principaux Arabes du campement. Après le repas, il jure d'être « l'ennemi des ennemis de la tribu; de poursuivre ceux qu'elle poursuit, de prendre le nom de la tribu, de laisser son héritage dans la tribu, de se marier dans la tribu »; en un mot, il devient Arabe de la tribu « de sang et de nom » {^y^ et vj^"^)- L'immolation de la « brebis de la tente » (^Jj/S sU,) est la consécration de cet acte d'affiliation. Ilannab Farah de Mâdabâ est entré de cette façon dans la tribu des Azeizât.

Sacrifice d'une brebis à un mazcir [jj^^ ^ *^' 'i^s^.:^).

Quand une épidémie s'abat sur un troupeau, le berger ou le propriétaire le dirige vers le tombeau d'un wély et lui en fait faire le tour ; la brebis ou la chèvre qui, la première, s'approche tout près de la tombe ou qui monte dessus, est prise et immolée; car, au dire des Arabes, c'est le icély qui l'a choisie en l'attirant vers lui; séance te-

nante on lui coupe les deux oreilles, pour répandre le sang sur le tombeau ; mais si le campement est éloigné, on la ramène sous la tente pour l'immoler, en disant : « Ceci est ta dablheJi, 6 un tel. » Il y a un an, un Latin de Mâdabâ voyait son troupeau dépérir; il l'amène auprès de l'église, le conduit autour du sanctuaire, et le fait passer auprès du tombeau de Dom Manfredi décédé depuis peu; il ne manqua pas, tout à côté du tombeau, de couper les oreilles à une brebis, qu'il immola aussitôt rentré chez lui.

Sacrifice à Sîhân.

Avant de terminer, je mentionnerai un dernier sacrifice qui, pour n'être pas d'un usage très répandu, n'en possède pas moins un intérêt spécial.

Les 'x\geilrit sont des chrétiens grecs de Mâdabcâ. Comme tous les habitants de cette localité, ils vivaient jadis à Kérak et faisaient paitre leurs troupeaux sur les pentes du gébel Slhân. Lorsque le bétail avait prospéré, et qu'à la fin de la saison aucune brebis ne manquait à l'appel, les 'Ageilât se croyant redevables de ce bienfait à la protection de Sïhân choisissaient une Jjelle victime, et l'immolaient en son honneur. Les chrétiens et les musulmans de Kérak ont conservé le souvenir de cette pratique. Ce qui est peut-être encore plus caractéristique, c^est la persistance de cet usage chez ces nomades maintenant fixés à Mâdabâ : chaque année, ils vont faire un sacrifice à Sihân qui garde leurs troupeaux. « Mais Sîhân est une montagne, » répliquaisje à mes interlocuteurs, qui m'affirmaient ce fait avec une certaine insistance. — « Tu as raison, répondirent-ils, \Rdiis, peut-être la montagne sert-elle d'habitation à un wély qui est honoré par les 'Ageilât. » D'aucuns prétendent que Sihân est le nom d'un saint qui ne mangeait que la plante du désert appelée sih ; c'est de là que lui serait venu son nom. En fait, au sommet de la montagne se trouve un ivély.

Sacrifice du bain (^Usi^t is-:^J5).

Les bains chauds du Zerqâ au sud de Mâdabâ sont fréquentés, en avril et en mai, par une foule d'Arabes qui s'installent sous des huttes fabriquées avec les roseaux du torrent. Les baigneurs se plongent dans l'eau chaude ou bien se placent en des endroits déterminés, sur la source principale ou au-dessus d'une crevasse du rocher, pour recevoir sur le corps tout entier ou le membre fatigué la vapeur sulfureuse qui jaillit avec force des entrailles de la terre. Avant de jouir des avan-

tages de ces bains merveilleux, et pour se rendre propice le génie de la source, le wély du Hanimâm, les visiteurs chrétiens et musulmans immolent une brebis ou une chèvre à la source même et font couler dans ses eaux le sang de la victime. Afin de bien le mélanger ils le prennent dans la main et en aspergent le bassin^; ils se disposent ensuite à profiter de ces bains, appelés par eux « Bains de Soleïm.ïn ». La légende a essayé d'en expliquer l'origine, voici comment.

Le sage Soleïmân établit ici ses bains et, afin de maintenir l'eau dans une température toujours élevée, il condamna les yins qu'il avait domptés à entretenir nuit et jour le feu destiné à chauffer l'eau. Ces gins exécutent encore l'ordre reçu; quelquefois cependant ils se relâchent dans ce travail; on s'en aperçoit lorsque l'eau est moins abondante et la vapeur moins forte. Les baigneurs disent alors: « 0 Soleïmân, du bois vert, du bois sec, apporte- », et l'eau recommence à bouillonner. Les malades sont alors contents ; ils racontent au « irély du Hammam » la cause de leurs maladies, lui en indiquent la place précise : le dos, la tête, les jambes, et s'écrient aussitôt que la chaleur diminue : « Il est froid ton bain, ô cheikh, il est froid ton bain ! » et la vapeur de sourdre à jets plus forts. Mais lorsqu'une accalmie un peu prolongée se produit, les Arabes s'écrient : « Il est en pèlerinage le cheikh : il est au haij^. » Et ils l'appellent à haute voix pour hâter^ son retour.

Ce n'est pas seulement pour obtenir la santé, c'est encore pour acquérir la fécondité, que les musulmanes fréquentent ces bains et d'autres bains similaires situés près de Kérak. On me cite l'exemple d'une musulmane de cette dernière localité, qui, affligée de stérilité, résolut de s'adresser au u'êly du bain pour avoir des enfants. En entrant elle dit : « 0 cheikh Soleïmân, je ne suis pas vieille encore; donne-moi des enfants '". »

Sacrifice à un faqlr (V^' 'i^^.:'^)

Le guerrier Sâiel eben Belilt, des Béni Saher, fit une razzia contre les Kualah, mais sans aucun succès; tout honteux, il revint les mains vides à son campement, repassant en son esprit les causes de sa malchance. Il l'attribua à un faglr nommé Sâlem ed-Dein des Gehour;

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