Cf. FaqTr
;!f.2 COUTUMES DES ARvVRES.
les hal)itants de Ma'ân connurent sou approche, ils se laissèrent envahir par la crainte, mais le cheikh llalïb ordonna le fcdou' en s'écriant : «Faites le fedoii à la face d'Allah. « Chaque famille se choisit une victime pour ce sacrifice^, l'immola, la prépara sur place et la distribua aux pauvres, après en avoir mangé elle-même. Chacun prit du sang- du sacrilicc pour en teindre le devant de sa porte. D'ailleurs le choléra ne vint pas à Ma'ân.
Les HaNveitât se voyant décimés par le fléau recoururent au fedon pour le faire cesser. Le cheikh se levant au milieu du campement sécria à haute voix : « Rachetez-vous, ô gens, rachetez-vous'. » A cet ordre chaque famille j^rend une brebis qui doit servir de fedou\ l'immole, la divise en deux parties qu'elle suspend sous la tente ou devantla porte à deux piquets de bois [rïkàh, v^"^)- l'ous les membres de la famille passent entre ces deux morceaux de la victime ainsi exposée; les petits enfants incapables de marcher sont portés par les parents. Souvent on passe plusieurs fois entre ces deux morceaux de chair saignante, parce qu'ils auraient la vertu de chasser le mal ou le (jin qui veut nuire à la tribu.
Chez les Béni Saher, on a recours au fedou dans des cas inoins graves que celui de l'invasion du choléra; par exemple, lorsqu'il y a un certain nombre de malades, ils choisissent une brebis blanche, l'immolent et la suspendent ensuite à deux piquets, suivant ce que nous venons de rapporter.
Le fedou' est encore usité dans la circonsfance suivante. Un Arabe a vu en songe qu'une telle personne de ses amis ou de ses proches devait mourir bientôt; à son réveil"^ il fait un fedou' « à la face d'Allah », pour écarter un pareil malheur.
Le même sacrifice est employé, lorsqu'un nomade a vu en songe le Prophète ou bien Fâtmeh. A son réveil il dispose un /e^o?(!' pour se racheter, car cette apparition présage ordinairement un malheur pour les hommes ou pour les troupeaux.
Le même fedou' est usité contre les épidémies qui ravagent le bétail; la victime immolée spontanément à la face d'Allah doit constituer le rachat des autres.
En temps de sécheresse, lorsque le ciel dans son implacable sérénité refuse la pluie nécessaire aux pâturages et aux sources, les xVrabes, pour calmer la colère d'Allah ou écarter l'influence néfaste d'un mau-
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2. ij-^l /r»*-^' 'j ijJJl. La quatrième forme est employée comme la deuxième.
3. De même, lorsqu'un Arabe rêve qu'il devait faire un sacrifice, il le fait en se levant.
vais esprit, offrent un fedou à la face d' Allah en disant : « Ceci est notre rançon, pour nous et pour nos troupeaux' ».
Le fedou' peut être offert pour une seule personne, pour un seul malade par exemple; il ne semble pas que les nomades aient la moindre répugnance pour cette pratique. Ils considèrent cependant le fedou comme un acte religieux se rapportant à toute la tribu, comme le yezûr, qui est toujours offert au nom du clan. Ils m'ont expliqué de la façon suivante leur conception du fedou . Aussitôt accompli, le sacrifice se précipite contre le mal qu'on veut combattre-. (\e dernier s'avance comme le vent qui se répand sur la plaine pour la balayer en entier. Mais sur sa route, il rencontre le sacrifice plus fort que lui; il est battu et obligé de reculer. De là cette phrase : « Le sacrifice frappe le mal et le chasse'^ ». Dans cette conception, le sacrifice et le mal sont représentés comme deux personnes qui se livrent bataille; la victoire reste à la plus forte '.
§ 46. Circoncision.
Chez les bédouins, la circoncision est regardée comme indispensable pour le petit garçon qui vient de naître ; elle est donc fidèlement observée. Aucun âge n'est spécialement fixé pour la recevoir. Chez les Sehour, on attend que l'enfant soit dans sa quatrième ou cinquième année; un usage analogue règne à Ma an; chez les Belqâwleh, on la confère dès Tâge d'un an; les Sarârfit, qui sont pauvres, attendent l'occasion d'avoir un mouton afin de pouvoir célébrer cette fête. Au Négeb, il semble que l'enfant doive avoir deux ans. En effet, l'opération est faite par un spécialiste de Gaza qu'on appelle à peu près tous les deux ans, lorsqu'il y a un nombre suffisant d'enfants à circoncire; la raison de cet arrangement tient à l'économie; plusieurs familles se réunissent pour payer les frais. Chez les Arabes de Moab, chaque tribu possède un ou plusieurs hommes capables de faire cette opération; il en est de même chez les Gahalîn. La circoncision a lieu sous la tente. A propos de l'Immolation , on a vu quelques détails sur la manière dont elle est pratiquée chez les Fâ ïz, avec le sacrifice
.Ubi^ ^c^ lis jj.a .1 2. Lorsque le sang a coulé, les Arabes disent : « le sang a répandu son parfum, le mal est chassé » (\dj| J; J^ ^jJ! ^j:^-.2vU).
i. Il n'y a pas longtemps que le fedou' n'est plus usité chez les chrétiens de Kérak. Peut-être même quelques-uns se livrent-ils encore à cette pratique en secret.
qu'elle réclame. Chez les Terâbîn, le sacrifice aussi est obligatoire; on immole (( <\ la face d'Allah ». La circoncision est toujours l'objet d'une fête : un repas solennel réunit les parents et les amis; des jeux ont lieu devant la tente; les chants, commencés par un groupe d'hommes, sont continués par les femmes, pour être repris par les hommes ; ils se poursuivent, ainsi alternés, bien avant dans la nuit. La circoncision est a^\je\ée pw/ficatio?i {j^L et ïj^^); \e mot haten {^^^) n'est pas compris de la plupart des bédouins. La circoncision des filles et des femmes est en usage à ftla'ân, à Kérak, chez les Hamâ'ïdeh et au Négeb ; on la désigne sous le nom de Sirr (jy) ^
^ 47. Semât (J^Uo).
J'ai peut-être tort de traduire le mot semât par « offrande des prémices ». Mais il faut bien essayer une traduction, au moins descriptive, sinon littérale. Du reste je vais expliquer le mot.
Les Arabes connaissent tous le mot semât; ils le prononcent et l'écrivent par un sâd (isU-^). Mais cette racine (ks.^) n'est donnée par aucun des quatre ou cinq dictionnaires arabes que j'ai sous la main. En revanche, la racine avec sin (k.—) est largement expliquée, surtout dans le Lisân. D'où on pourrait bien conclure que le mot bédouin avec sâd répond à un mot analogue - avec sin dans la langue littéraire. L'emphatique finale a influencé la prononciation de la sifflante initiale, et lui a donné ég-alement un son emphatique 3.
Fixés sur la prononciation, voyons l'usag^e actuel des Arabes avant d'essayer de donner une signification adéquate.
Lorsque, en hiver et surtout au printemps, les Arabes commencent à traire le bétail, brebis et chèvres, personne n'oserait boire le premier lait : ce serait un crime. On le recueille dans un grand plat, (^js:-^) ou dans une outre (liL.) pour le mettre ensuite dans le mibrad [^jf). Les femmes travaillent à faire le beurre frais (iy^.j) et le conservent dans le mizbad (->j v-»), grande outre de cuir ou grand vase en
terre. La même loi, qui interdisait l'usage du lait, défend aux Arabes de goûter au beurre frais. Us en réunissent une certaine quantité, de soixante à soixante-dix kilogrammes, disent-ils, le jettent dans une
1. V. § 2, et cf. NiEBLHR, Description de l'Arabie, 1, p. 113.
2. Parmi les nombreuses significations de la racine i=-i--, le Lisân note la suivante : Le leben est dit samata, lorsque, sans avoir changé son goût, il a perdu la douceur du lait. Samt se dit aussi d'un objet intact auquel rien n'a été ajouté. Samata, := Halafa : jurer.
3. Pour un cas analogue, voir dans le Lisân ^^-o et -^j»-^ ad verb. ia»-o, — et chez les bédouins, Saffâm prononcé Saltâm.
grande marmite avec une poignée de blé concassé au fond, pour le purifier lorsqu'il entrera en ébullition. Ils obtiennent ainsi le beurre fondu semneh (ï^w), qui est conservé dans des outres appelées madahin ( ^!j^)1 ou zurouf {^^j-^). Jusqu'à ce moment, aucun membre de la famille n'a goûté ni lait ni beurre. Les étrangers eux-mêmes, fussent-ils des hôtes de distinction, ne seraient point autorisés à enfreindre la règle absolue. Personne ne leur donnerait de plein gré de la nouvelle récolte ; et si quelqu'un en demandait, il s'exposerait à l'affront d'un refus. Un fait significatif s'est passé, il n'y a pas longtemps. Pendant la construction du chemin de fer de l'Hedjâz, des soldats affamés pénétrèrent dans un campement et demandèrent du lait; on leur refusa, malgré leur insistance. Un seul bédouin eut le courage ou l'audace de dire : « Ces gens-là sont venus comme des mendiants, Allah ne punit pas ceux qui font l'aumône » ; et il donna du lait. Ses voisins ne l'imitèrent pas : « Sur le lait et sur le beurre il y a semât {i^}^ ^Ivo), dirent-ils; nous ne pouvons pas les donner. » Dans leur esprit, le semât était donc considéré comme une sorte d'interdiction de toucher à ces produits.
Mais au moment où le beurre [semneh) est mis dans les zurouf, on prélève une part qui est mise de côté dans un vase, et est destinée à être offerte à un wély; on place également un peu de beurre dans une petite lampe qui brûlera toute la nuit en l'honneur du même loély. Cette offrande à un wély, au Hader ou bien à Allah, est appelée semât- ou plutôt, d'après d'autres Arabes, par cette offrande le semât est levé 3.
Aussitôt après on prépare le qeranîeh (^^) *. C'est un repas so-