DES MOIS
Musulmans.
Chrétiens.
Bédouins.
Miiharram
^j^'' Kânoun et-tâny
tjjo Kânoun
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Safar
js.^ Sebât
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Rebr el-âher Gemad el-awwal
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Gemàd el-aher
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L'ordre et le nom des mois musulmans et chrétiens sont empruntés à Waiirmund, Handwôrlerbuch der arab. Sprache, II Band, pag. 311, deutsch-arab. Teil. Le nom et l'ordre des mois bédouins m'ont été donnés par les nomades à Mâdabâ. Ibrahim Nos, des Gabarât, me les a nommés, à Jaffa, dans le môme ordre, mais en intercalant Tamouz entre le premier et le troisième Qeiz. Ce dernier bédouin m'a donné une sorte d'explication sur chaque mois : Kânoun amène la pluie; en Sebât, toute semence dort; en Adâr, toute semence lève; el-HamIs, c'est le premier printemps (rebr)] en Gemâdah, l'herbe commence à se dessécher; pendant les trois mois suivants de Qeiz', on fait la moisson et on sème le doura; aux mois de Safar, on sème le blé ; en Agrad, la pluie survient mais elle est réputée mauvaise. Ces renseignements sont insigniûants ; mon interlocuteur me vante la science des 'Atâwneh sur le comput du temps, mais il m'affirme n'en pas connaître davantage, lorsqu'il se ravise et m'explique el-HamIs. « Ce mois, lui disais-je, est placé entre Adâr et Gemâdah; par conséquent il se trouve être le quatrième ; pourquoi lui donnes-tu le nom d'el-
1. Qeiz [■^) signifie l'été. On pourrait peut-être se demander si c'est un nom de mois plutôt qu'une appellation de saison. Mais il se présente au même titre que Safar, et de plus, il rappelle le nom de mois sabéen Qeiz. L'appellation actuelle serait elle un vestige de l'ancienne tradition?
llamïs qui signifie le cinquième? » Le bédouin, pour rac répondre, entreprit une longue explication. « Les Arabes comptent d'après les étoiles et ils observent les difTérentes positions de la lune par rapport à Teraïâ •. Au mois de Kânoun, le onzième jour du mois, le soir, au coucher du soleil, la lune, à l'horizon, est sur la môme ligne que Teraïâ. Au mois de Sebât, c'est le neuvième jour que se remarque cet accord; au mois de Adâr, c'est le septième jour; et au mois de Hamîs, c'est le cinquième jour (hamîs) que s'aperçoit cette coïncidence ; de là le nom de /j amis donné au mois'-. Au mois de Gemâdah, c'est le troisième jour que la lune est sur le même plan que Teraïâ. On n'aperçoit plus l'étoile jusqu'au dix-septième jour du tâlet Qeiz, et les Arabes n'y attachent pas d'importance avant le retour du mois de Kânoun. Mais alors se passe un fait d'une grande importance; Teraïâ est attaquée par l'étoile Se/ieil'^ (J^V^)- ^i Teraïâ échappe à cette attaque et parvient à s'enfuir, l'année sera pluvieuse et apportera l'abondance; mais si Teraïâ est blessée par les coups de Seheil, l'année sera mauvaise. »
i; 50. Superstitions.
Dans ce paragraphe, je réunis l'exposé de quelques pratiques superstitieuses et le récit de plusieurs légendes qui se rapportent au même sujet.
Mauvais œil.
Je demandais un jour à un jeune Arabe la raison des balafres qui le défiguraient; il me dit : « Quand j'étais petit, ma mère me trouvait très joli, car Allah m'avait donné la beauté ; les voisins m'admiraient et faisaient compliment à ma mère. Celle-ci craignit la jalousie de quelque mécréant ; et pour que personne ne portât sur moi un 7nauvais œil, elle me taillada les joues avec un rasoir. » Le récit me parut surprenant : j'ai eu depuis lors maintes occasions d'en constater la sincérité. On peut dire qu'une des choses les plus redoutées par les Arabes, c'est le mauvais œil. « Il s'élance comme une balle de l'esprit de l'homme méchant, et frappe à mort son adversaire. >•> Il
1. Groupe de dix à quinze étoiles, selon le comput des bédouins, les Pléiades.
2. L'explication de ce terme a été cherchée, par les Belqâwîeh, dans l!usage de célébrer la fête et le pèlerinage de Néby Mousa : c'est le jeudi, lôm el-hanûs, que commence la solennité et, après avoir duré toute une semaine, elle se termine également le jeudi. Comme cette fête tombe souvent après le mois de Adâr, elle donnerait son nom au mois d'el-IJamïs.
3. Mon interlocuteur m'avait d'abord dit que c'était l'étoile Gedy qui se précipitait sur Teraïâ, mais il se rétracta et affirma que c'était Seheil. Cf. P. C\s\nova, dans Bulletin de l'Institut fr. d'Arch. Orient., t. Il, fasc. 1, pag. 2 ss.
s'attaque à tout : à l'homme, à la femme, aux animaux, jusqu'à la nature inanimée. Lorscpi'un cavalier, sur une jument de prix, traverse une localité ou arrive dans un campement, il doit se mettre en garde contre le mauvais œil. Un Arabe chez les Sarârât voit un jour arriver à la tente du cheikh un bédouin superbement monté ; la jalousie s'empare de son cœur, il s'écrie : « 0 Allah ! quelle magnifique jument! » A l'instant, la monture s'aifaisse et le cavalier tombe. Certains bédouins sont renommés pour leur diabolique puissance de nuire avec le regard; ils sont réputés comme tels. Un certain DubbcTn chez les Béni Saher jouit de cette réputation. L'année dernière, le faze"^ se fit entendre au campement des Fâ'ïz. Aussitôt, les cavaliers sont prêts; on s'élance dans la plaine ; TaLïl devançait tous les guerriers. Dubbân l'aperçut : « Par Dieu, s'écria- t-il, cette jument qui dépasse toutes les autres I » Soudain, la bête trébuche et se brise une patte; cet incident a valu à Dubbân sa renommée.
A Mâdabâ, Sâlem el-Geïsân, par un mauvais coup d'œil, fit périr quatre brebis de 'Awdeh eben Srdeh.
Dans une de nos caravanes, un mulet de charge, très vigoureux, excita la convoitise d'un bédouin qui le regarda fixement ; quelques instants après, le mulet se cassait la jambe. Le propriétaire en reconnut la cause dans le mauvais coup d'œil du bédouin.
La crainte du mauvais œil est un puissant motif pour beaucoup de femmes musulmanes de se cacher avec soin.
Le mauvais œil peut agir avec une efficacité extrême ; qu'on en juge par le fait suivant. Un certain Rassâd, à l'ouest de Ma an, fendit une grosse pierre par la seule force de son mauvais regard!
Le mauvais œil est capable de détériorer un objet matériel, par exemple, un fusil. Dans ce cas. l'arme n'atteindra jamais le but. Pour combattre la néfaste influence du mauvais œil, on frotte cet objet le long des bras et du dos d'une jeune fille non mariée : ainsi disparait le mal.
Pour se mettre à couvert dun ennemi aussi redoutable, les Arabes ont recours à diverses pratiques. A l'approche d'un homme qui a la réputation de se servir de cette puissance criminelle, on jette devant lui sept petites pierres noires ; cela suffit pour « couper son pouvoir ». Pour garantir les animaux du mauvais œil, on leur attache au cou sept petits anneaux de fer armés dune pointe, ou bien un petit os de panthère ou une dent de chameau. Mais ces préservatifs ne sont pas toujours efficaces et très fréquemment les maladies et les accidents
1. Dans les campements, sonner l'alarme à l'approche d'un ennemi s'appelle faire le faze'.
fdcheux sont attribués au mauvais œil. Si une jeune femme, récemment mariée, tombe malade; si un petit enfant, touché par une femme autre que sa mère, commence i\ dépérir, le soupçon s'élève aussitôt contre telle personne peu sympathique. Alors, pour conjurer la maladie, on a recours à l'expédient suivant : on appelle une vieille femme, une sorcière, qui est mise au courant de ratlairc. Klle va secrètement couper un bout du vêtement de la personne soupçonnée, et le brûle avec un morceau d'alun. La fumée passe sur le malade pendant que la sorcière dit : u 0 œil! ô toi qui frappes de Tœil I 6 renégat, ù maudit! Si tu es dans la tcte, qu'Élie te rejette; si tu es dans le dos, que le lladerte fasse sortir; si tu es dans le pied, que Hasan et Hesein te jettent dehors. » Elle passe ensuite à des phrases brèves : « Dans l'œil du cavalier (se trouve) zui clou de bois,' dans l'œil de l'homme, des chiques, et dans l'œil de l'enfant, un prophète, ?îebi/ (pour lui enlever la vue). Dans lœil du voisin, se trouve un clou; dans l'œil de l'envieux, une poutre. »
Après cela, elle jette au feu un peu de farine et dit : « C'est pour écarter de mon œil et de lœil de mon ami le coup du mauvais œil. » Elle examine ensuite le grain d'alun à moitié brûlé et cherche à y reconnaître la figure de la personne qui a jeté le sort.
Elle broie l'alun dans le mortier, le mélange avec de la pâte et le jette aux chiens. D'autres fois, il est mélangé avec du lait de la mère de l'enfant et on en fait goûter un peu au petit malade.
Si le mauvais œil tombe sur un troupeau qui dépérit rapidement, le propriétaire du bétail coupe le bord du vêtement de celui qu'il soupçonne et va le brûler au milieu de ses brebis ou de ses chameaux; le mal est ainsi conjuré.
Lorsqu'une brebis ou une chèvre s'est égarée, le berger ou le propriétaire va la chercher jusqu'au soir. Quand il est contraint de regagner sa demeure sans la ramener, une pensée occupe son esprit : la pauvre égarée tombera bientôt sous la dent du loup. C'est pour conjurer cette attaque du loup qu'on a recours à la pratique suivante. On prend un couteau qu'on laisse tomber par terre; puis on l'ouvre pendant qu'on récite la prière qu'on va lire'. La prière terminée, on le ferme et on n'y touche plus avant que la bête perdue ne soit retrouvée. Le loup sera ainsi rendu immobile. On lie également le loup en jetant une aiguille dans une outre remplie d'eau. On ferme l'outre; de cette façon le loup ne pourra pas manger la brebis. — Première prière : « 0 loup qui cours famélique! 0 bête à