‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 114 sur 159 · Les chrétiens récitent un psaume de David · texte numérisé non relu

Les chrétiens récitent un psaume de David

quatre pieds, jeté supplie par celui qui a bariolé le ciel, ne tue pas, ne tue pas ^ ! »

Les chrétiens peuvent dire cette prière. Mais la suivante est à l'usage exclusif des musulmans; elle est composée de différents textes da Qoran, reproduits avec quelques variantes. Je donne cette prière telle qu'elle a été écrite sous la dictée de trois ou quatre bédouins qui n'en comprenaient pas le sens.

« Quand le soleil perdra le milieu de son disque et quand les étoiles seront comptées, quand les montagnes voyageront et quand les bêtes féroces seront rassemblées : n'as-tu pas vu comment ton Seigneur a traité les maîtres des éléphants? Ne les a-t-il pas égarés dans leurs ruses et n'a-t-il pas envoyé contre eux l'oiseau Abâbïl qui les frappe avec des pierres prises à la réserve.^ Puissé-je les rendre semblables à une caravane serrée^! »

Cette prière est appelée *^ .

Lorsqu'un Arabe est enrhumé jusqu'à extinction de voix, on prétend qu'il est enloiivé (>,j^^); il a bu, d'après l'estimation populaire, dans un vase qui a servi à un loup. Voici comment on procède à sa g'uérison.

On appelle un homme qui a déjà tué un loup. Il vient, pénètre chez le malade, lui passe sous le cou un sabre nu, faisant semblant de lui couper la gorge, et il dit :

1. Je ne donne pas le texte arabe, qui ne contient rien de remarquable.

2. Dans la prière finale on demande à Allah de retenir les bêtes féroces comme une caravane serrée, c'est-à-dire comme une caravane dont aucun membre n'ose s'écarter du droit chemin à cause des dangers de la route. Les premières lignes rapportent des choses impossibles; car on ne saurait compter les étoiles et le soleil ne peut être dépouillé de son disque; c'est la signification du mot quwirara; on dit : quicwarat ballih, une pastèque ouverte par le sommet.

D'après les Arabes de Moab, les « maîtres des éléphants « seraient les rois des Indes qui, malgré leurs nombreux éléphants, ne purent vaincre Alexandre. Mais on doit reconnaître ici les vestiges d'une ancienne légende, un écho de l'invasion d'Abraha et des Abyssins contre la Mecque, invasion arrêtée par des nuées d'oiseaux, nommés Abûb'il, qui lançaient des petites pierres contre les envahisseurs, invasion qui donna lieu à une ère nouvelle, l'an de l'Éléphant; cf. Caussin de Perceval, I, p. 268 ss. de l'Essai sur l'histoire des Arabes, Paris, 1902. V. Qoran, lxxxi et cv.

380 COUTUiMES DES ARABES.

« Au nom d'Allah.

Au nom du loup et du Ijatib, par le souvenir de Mohammed toujours présent. »

Le mal est arrêté; il ne tardera pas à disparaître.

Recouvrement des objets volés.

Ce qui suit m'a été raconté par Giriès, enfant de douze ans, devant cinq bédouins, qui le connaissent et ont môme été témoins des faits qu'il rapporte.

Quelqu'un a été volé, ou bien a simplement perdu un objet; il va trouver les Sunna', grande famille chrétienne orthodoxe de Kérak. Le petit Giriès est appelé. Son oncle lui met sur le front un papier écrit dont la signification lui est inconnue; ensuite il trace sur l'ongle du pouce quelques mots également incompréhensibles; il répand un peu d'huile sur Tongle et pendant tout le temps de l'opération il tient à la main un morceau d'encens allumé. Les incantations commencent. Bientôt l'enfant, à travers son ongle, aperçoit sept rois qui se présentent dans une grande salle; un domestique les accompagne; il les fait asseoir, leur prépare un diner. L'enfant leur fait les salutations ordinaires, suivant le cérémonial de la politesse orientale, et les invite à manger. Us se réjouissent au festin et quand ils ont fini, l'enfant les remercie en leur disant : « Vous nous avez honorés. » Les sept rois se retirent alors, mais leur domestique reste debout, dans la salle. Une conversation s'engage entre lui et l'enfant : « Où sont les voleurs? lui dit ce dernier. Comment s'appellent-ils? Où ont-ils déposé l'objet? » Le domestique répond avec clarté et précision à chacune des questions posées. Lorsque l'enfant juge que les renseignements sont suffisants, il congédie son interlocuteur. Il se rend ensuite à l'endroit indiqué et trouve les voleurs avec les objets volés. Il n'y a pas encore un an, un habitant de Kérak s'aperçut un matin qu'on lui avait dérobé une forte somme, soixante napoléons. Il a immédiatement recours à Giriès Sunna'. Celui-ci, après les cérémonies et rites dont nous venons de parler, cite les noms du voleur, indique son pays et décrit l'endroit de sa maison où il a caché l'argent dérobé. Il part de Kérak avec le volé et se rend à Tafîleh, où il met la main sur le magot.

Au lieu d'employer son ongle comme moyen de vision, notre Giriès utilise parfois un plat rempli d'eau dans lequel il voit les sept rois et leur domestique, comme nous venons de le rapporter.

Amidettes.

Ce sont généralement des maugrebins qui font métier d'écrire des formules cabalistiques sur des morceaux de papier qu'on porte avec

soin. C'est le higclb {, )^f^), mot qui signifie « voile » et u amulettes ».

Les femmes surtout sont friandes à l'excès du higâb pour avoir beaucoup d'enfants, pour captiver l'amour du mari, pour obtenir la guérison d'un fils, pour se rendre invulnérables au mal. Les hommes ne dédaignent pas de recourir à ces moyens, dans un but analogue ; les guerriers l'emportent sur eux dans les expéditions lointaines pour se mettre à Tabri des balles, et, lorsque l'écriture est bien faite, on est protégé contre tout danger. Mais la main du maugrebin doit être habile à tracer les signes.

Ces mêmes maugrebhis donnent aussi des remèdes contre les morsures de serpent. Ils prennent un morceau de sucre sur lequel ils soufflent en tenant un serpent autour du cou. Celui qui mange ce sucre ne ressentira plus le poison du serpent. Mahmoud el-Kâteb, l'ancien drogman de l'infortuné Huber, fait à xMa'ân des higâb pour les pauvres gens, et guérit les insensés.

Maladies.

Pour couper la fièvre qui mine le pauvre bédouin abandonné à ses seules ressources médicales, on a recours au faqJr qui écrit un grimoire^.

Si les paroles ont un sens, — ce qui n'est pas toujours le cas pour les écritures de ce genre, — on pourrait les traduire de la manière suivante :

« La fièvre vient à'el-Homi (?) et son origine la rattache à Fenfer. Elle cesse au nom d'Allah très miséricordieux-. « Le papier qui porte ces mots est brûlé devant le malade qui fait passer la fumée sur son visage; par ce rite, il compte recouvrer la santé.

Voici un moyen singulier de guérir non seulement de la fièvre, mais de toute autre maladie qui lui ressemble. Si au moment d'un

1. A l'hôpital de Jaffa, un Arabe fort malade me demande un higâb, affirmant qu'il a plus de confiance en ce talisman que dans toutes les médecines qu'on pourra lui donner.

tremblement do terre quelqu'un se touche l'œil en disant : « Au nom d'Allah », il jouit du privilège merveilleux de chasser toute fièvre. Le patient va trouver ce personnage, lui demande un poil de sa barbe, et le fait brûler; aussitôt après, il doit recouvrer la santé.

Le nomme Hoiiéty, chez les Ijamâîdch, possède cette merveilleuse puissance.

Pour éloigner la maladie et écarter la douleur, on met sur la tête du patient un cercle de cuivre. Si la douleur se fait sentir aux bras ou aux jambes, on a recours aux mêmes pratiques.

Gîtlaygal {Sf^) signifierait un bouton, un furoncle; celui qui en est affligé prend de la pâte, l'applique sur le mal et place des grains d'orge tout autour. Il passe ensuite dans les habitations, demandant quelque chose, soit du /eben, soit de la farine, soit du blé; si quelqu'un lui refuse, — et c'est ce qu'il désire, — il prend un grain d'orge collé à la pâte qui recouvre son furoncle, et le jette dans la maison, contre la personne inhospitalière : son mal disparaîtra. Si dans une maison ou sous une tente un enfant est malade, il est de mauvais augure et très néfaste pour ce petit être de donner l'hospitalité à un étranger qui serait lui-même fatigué; son indisposition s'ajouterait à la maladie déjà existante et l'aggraverait. Si un membre de la famille va soigner un autre malade dans une maison voisine, il ne reviendra pas directement à sa demeure ; il aggraverait le sort de l'enfant malade.

Quand un enfant est en danger de mort, la mère ou une parente prend une tête de vipère, sept aiguilles brisées, sept grains d'orge, de froment ou de kersanneh, un peu de terre du tombeau d'un parent défunt : le tout est renfermé dans un petit sachet qui est mis sur la tête du malade pour l'empêcher de mourir.

A Kérak, les enfants suspendent devant leurs yeux malades une perle rouge qui doit éloigner la maladie.

J'ai vu un vieillard qui se soumettait à la même pratique, fort répandue en Moab.

On s'attache au pied un ruban rouge^pour ne pas se heurter contre les pierres du chemin.

Les enfants portent aussi un os de hyène ou de panthère suspendu au cou pour écarter les maladies.

Pour lier.

Lorsqu'un Arabe veut empêcher un adversaire de pénétrer dans une maison où il pourrait lui susciter des embarras, ou bien dans une

grotte, ou sur un terraiu, il est persuadé pouvoir le lier et l'arrêter en disant : Telle maison ou telle terre est interdite à un tel.

Bonne aventure.

Pour deviner la bonne aventure, une sorcière Sarârîeh met dans un vase une dizaine de petites pierres qu'elle répand ensuite devant elle sur le sol; la disposition et Fassemblage de ces petits cailloux permettent de connaître le passé et l'avenir. Ces sorcières jouissent d'une grande influence.

Traditions par rapport aux oiseaux^.

L'oiseau appelé ^ôoi^ Sa'ad e's.i sacré aux yeux des Arabes qui s'abstiennent de le chasser. Leur respect prendrait son origine dans l'intime persuasion où ils se trouvent de l'utilité de cet oiseau qui dévore les sauterelles ~.

Le hibou [boumeli) est un oiseau sacré, auquel on n'oserait toucher. Quand on en demande la raison, on entend l'histoire suivante. Ver.s midi, le hibou quitte sa cachette, se perche sur une pierre, se tourne vers le sud et commence ses inclinations à Allah. Après sa prière, il attend sa nourriture qui ne tarde pas à se présenter. Le hibou la prend, disparait dans son trou pour la manger et attend jusqu'au soir,. où il recommence la même cérémonie.

Au Négeb, je me préparais à faire tirer sur un aigle : « C'est défendu, » me dit aussitôt un Arabe. Je l'interroge sur le motif de cette interdiction. Il se met alors à conter une longue histoire qui pourrait prendre place à côté des récits des Mille et une nuits. En deux mots, la voici. Le sage Soleïmân réunit- un jour tous les êtres de la création pour les interroger sur la véritable situation de la « ville de cuivre » [Medînet en-Nuhâs). Toutes les indications furent trop vagues; Soleïmân ne fut pas satisfait. Mais il s'aperçut bientôt que l'aigle, froissé de sa conduite, n'assistait pas à la réunion générale. Il envoie message sur message pour décider le roi des oiseaux à se présenter; l'aigle refuse toujours. Il cède enfin; mais pour mieux afficher son profond

1. Dans le 2 2, on trouvera la croyance relative à Giddet el-'ayiâl,

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