‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 150 sur 159 · Voyage de Jérusalem à Kérak et à Hôbak, p · texte numérisé non relu

Voyage de Jérusalem à Kérak et à Hôbak, p

Le géographe arabe Yaqoul , après avoir rapporté une double tradition sur l'ortho^-raphe de ï^y, avec ou sans ha7nza, ajoute : k A 12 milles do

Adroh (~)-^') se trouve un village, connu sous le nom de Môteh. C'est là qu'est enseveli (ia'far, tils d"Abou 'ralcb. En la huitième année (de l'IIé- "•ire), le Prophète envoya une armée, sous les ordres de Zaïd ben Hârisah, son esclave, et il dit : « Si Zaïd est tué, TiaTar fils d'Abou Tâleb prendra le commandement; si < Ia'far est tué, 'Abd-Allah fils de Rawâhât prendra h) commandement. » Ils partirent, voyageant jusqu'à ce qu'ils eussent atteint les limites du Belqâ. L'armée d'Héraclius et celle des Arabes les rencontrèrent à un endroit nommé iMasâref; ensuite l'ennemi s'approcha et les musulmans arrivèrent jusqu'au village appelé Môteh. C'est auprès de lui qu'eut lieu la bataille. Les Romains assaillirent avec une armée considérable. Zaïd combattit énergiquement jusqu'à la mort; Ga'far saisit l'étendard et combattit jusqu'à la mort; l'étendard passa aux mains d"Abd- Allah fils de Rawâhât qui eut le même sort. Les musulmans se rallièrent à Hâlid fils de Walld qui s'enfuit avec eux et les ramena à Médine, et les enfants de cette ville se mirent à leur jeter de la terre, en leur disant : M 0 fuyards ! vous avez fui dans le sentier d'Allah » ; mais le Prophète dit : u Ce ne sont pas des fwjants, mais des revenants^. »

11 annonçait ainsi, par un jeu de mot, l'intention de reprendre l'attaque.

C'est ce qui eut lieu l'année suivante, d'après la tradition.

L'armée musulmane, plus nombreuse et surtout plus aguerrie, sortit du vaste désert par le derb el-Hag et vint camper devant Môteh, oii elle avait laissé tant de braves capitaines, l'année précédente, La ville ne fut pas secourue. Elle opposa cependant une vigoureuse résistance, et peut-être les troupes ennemies, dépourvues de tout le matériel requis pour un siège en rèo-le, auraient elles attendu longtemps, si la trahison ne leur avait livré les clefs de la ville. Pendant qu'elles étaient campées sous les murs de Môteh, le gardien des portes lia connaissance avec une musulmane qui suivait les guerriers arabes. De la part des chefs musulmans, elle lui promit la vie sauve, à lui et à toute sa parenté, s'il consentait à ouvrir les portes à l'ennemi. Le gardien trahit ses compatriotes, qui furent tous passés au fil de l'épée. Pour le récompenser du service qu'il venait de rendre à l'armée musulmane, le prophète le déclara Wzlz, c'est-à-dire u illustre, noble 1», et lança une malédiction contre quiconque opprimerait, ne fût-ce que d'un quart d'obole, 'Aziz et toute sa descendance. Telle est l'origine du nom des 'Azeizat'-.

Après la destruction de Môteh, 'Azîz et les siens se retirèrent à Kérak où le christianisme se maintint, refleurit après la conquête des Croisés et, depuis Saladin, résista aux influences de l'islam jusqu'à notre époque.

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2, Les 'Azeizût se glorifient encore de leur origine; les Arabes la respectent. Quand une

Personne, du reste, ne s'occupait de ces pauvres chrétiens délaissés qui, malgré tout, se sentaient pénétrés par l'air ambiant des tribus musulmanes et voyaient peu à peu disparaître le sens religieux. Ils avaient cependant réclamé plusieurs fois, au patriarcat grec de Jérusalem, un ministre de Dieu qui voulût bien venir partager leur existence et les soutenir en les éclairant. Les difficultés de l'heure actuelle avaient suspendu l'envoi d'un missionnaire., et pourtant Kérak comptait quinze cents chrétiens, divisés en sept ou huit tribus! C'est alors que les 'Azeizât se réunissent en cour plénière ' : « Si le patriarche n'a point de curé à nous envoyer, disentils, nous allons choisir quelqu'un parmi nous, qui sera notre curé. » Et se tournant vers le cheikh Sâleh, qui jouit de l'estime de tous : « Toi, Sâleh, s'écrient-ils, tu seras notre curé : tu es juste, tu rempliras bien cette charge. » Le cheikh a beau se défendre, la résolution est prise; le départ pour Jérusalem a lieu sur l'heure. Quelques cavaliers 'Azeizât conduisent le nouvel élu au patriarche pour le faire ordonner; ils croyaient qu'en huit jours toutes les formalités seraient remplies; mais trois mois de préparation immédiate sont imposés à Sâleh, qui est installé dans une cellule. Les cavaliers, frustrés dans leur attente, reprennent la route de Kérak, promettant bien de revenir au terme fixé. Les trois mois écoulés, ils étaient à la porte du patriarcat, réclamant leur curé; on leur fait comprendre que la préparation n'était pas suffisante et qu'avant huit ou neuf mois l'ordination ne pouvait avoir lieu. Étonnés de ce retard, mais contraints de se résigner, ils reprennent une seconde fois le chemin de Moab. A la date indiquée, ils reviennent à Jérusalem plus nombreux; ils se rendent directement au couvent grec, dans lequel ils pénètrent en tumulte et en poussant des cris. Je transcris les paroles et le récit de ces bédouins : « Sâleh, es-tu prêtre? » D'une petite fenêtre, celui-ci avance la tête et dit : « Je ne suis pas prêtre. — Que fais-tu donc là-haut? Descends. » Le bédouin en cellule arrive dans la cour. « Je ne suis pas prêtre, dit-il, et je ne suis pas content du patriarche. » Sur cette déclaration, nos bédouins s'écrient : «Dans ce cas, allons chez le patriarche latin ou chez les Protestants. » Sur-le-champ ils se précipitent, comme des forcenés, au patriarcat latin qui était plus proche. L'aspect farouche, l'allure martiale de. ces bédouins armés de sabres et de lances, épouvantent portiers et qaïuàs qui, croyant à une invasion de massacreurs, se hâtent de fermer les portes. Ils n'en ont pas le temps; les 'Azeizât sont dans la cour intérieure demandant à tue-tête le balrak. M^'^ Bracco, entendant ce tumulte, envoie son dro"-man : « Tu n'es pas le patriarche, toi, lui disent les nomades, nous voulons le patriarche. >> On les décide à choisir trois délégués, qui, admis en audience, exposent leur désir et reçoivent la promesse formelle d'être secourus. Les nomades, après un bon repas, se déclarent satisfaits; ils rega-

femme est menacée d'être répudiée par son mari, elle est ennoblie, et par suite devient intangible, si un 'Azeizy élend sur elle son manteau, ou lui passe sur le corps. 1. Les détails qui suivent sont tirés mot à mot du récit de mes interlocuteurs.

gnent leurs maisons à K6rak. La mission de Moab était fondée. C'était bion vraiment au milieu des loups qu'allait vivre le missionnaire latin; il lui faudrait une inaltérable patience et une indomptable énergie pour réunir son troupeau « et le fixer au milieu de son pâturage ». Le récit des événements témoignera de son zèle et de sa prudence.

Vers 1874, les nombreuses tribus de Kérak, musulmanes et chrétiennes, reconnaissaient Tautorité de Mohammed Abou Sâleh, des Mogally, qui exerçait sa suprématie depuis le Môgib jusqu'à l'ouâdy el-IIesâ. Au sud de cette dernière vallée, commandait à Tafileh, à Sôbak, sur tout le Gébâl et le Sera, le puissant 'Abd er-Rahmân, ïennemi de la paix. Depuis longtemps il cherchait noise à Kérak. De nouvelles vexations, razzias et assassinats firent éclater la guerre. Le cheikh Mogally fit appel aux llamâ'ideh, aux Sehour et à 'Iraq, tandis que 'Abd er-Rahmân réunissait autour de lui les Hawcïlât et les Arabes du sud. C'est dans la Buqeï'ah, au-dessus de l'ouâdy Mousâ, qu'eut lieu la rencontre. La lutte fut très vive; Kérak fut battu; trente cavaliers restèrent sur le champ de bataille, parmi lesquels Mosleh, frère de Mohammed '.

Ce dernier, honteux de son échec, voulut prendre aussitôt la revanche; mais les gens de Kérak, mécontents de son administration, refusèrent de le suivre, prétextant que l'époque des semailles était arrivée et qu'ils devaient avant tout pourvoir à leur subsistance. Irrité de ce refus, Mohammed décharge son courroux sur la tribu chrétienne des 'Azeizât dont il fait saisir les bœufs et les charrues en grand nombre et leur énerve huit brebis; il décime aussi les troupeaux des 'Alâmât, qui paissaient à l'ouâdy Béni Hammâd. Craignant de nouvelles vexations et désireux en même temps de maintenir la concorde, les chrétiens cédèrent aux sollicitations des Mogally et firent, à leur suite, une rapide incursion contre les Arabes du Gébâl; elle fut sans résultat. Mais pendant iju'ils portaient leurs armes au delà de Tafileh, les Arabes du Gôr, les Izâideh et les Hanâdeh envahissent Kérak, et emmènent les troupeaux des 'Azeizât avec ceux des Mogally. On demande à Mohammed el-Mogally d'user de son autorité pour contraindre les mécréants à rendre le bétail razzié. Il refuse d'intervenir, s'emporte violemment contre le curé latin qui prend en main les intérêts de ses ouailles. Ce dernier ne recule devant aucun effort pour soutenir le droit de ses chrétiens opprimés. Mais sa tâche est dure; c'est une lutte continuelle. Il saisit chez ses chrétiens les premiers désirs de laisser leur patrie pour se soustraire aux vexations musulmanes. C'est alors que, pour la première fois, il entrevoit la possibilité d'un exode. Accompagné de deux cavaliers, il prend le chemin de Sait et se rend ensuite à Naplouse, pour conférer de son projet avec le Gouvernement, ou tout au moins pour obtenir justice.

Mais à peine est-il parti, qu'un nouvel incident vient surexciter les esprits à Kérak. Voici en quelle circonstance. Dibeh al-Touâl, qui jouit en-

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