Cf. l'explication dans
auxcrétions ot los ramoner par le glaive ». C'était exiger Timpossible; ils répondirent : « Mange ou ne mange pas, ù ton gré; quant à déclarer la guerre aux chrétiens, nous ne le pouvons pas; entre eux et nous, il y a ben- 'ameh ». Irrité de ce nouvel échec, Mohammed laisse intact le mouton rôti et repart à cheval avec les siens.
La guerre était déclarée entre K(''rak et Mâdabâ, entre la puissante cité, de Moab, aux nombreuses tribus, et cette poignée de braves à peine installés dans leur nouvelle patrie.
La disproportion des forces devait amener la destruction de la communauté chrétienne; mais nous avons vu à l'œuvre l'habileté de ses chefs qui, avant même de dresser leurs tentes à Mâdabâ, avaient su ménager de nombreuses alliances. C'est avec tous ces alliés que maintenant les Mogally devraient se mesurer. Âuraient-ils cette audace? Les 'Azeizât ne le crurent pas. Du reste, ils ne laissèrent pas aux Mogally le temps de nouer des intrigues. Un triple motif les portait à une prompte détermination : c'est Kérak qui avait déclaré la guerre; le souvenir du crime de Mahmoud le ravisseur était encore vivant, on ne pouvait le laisser impuni; et enfin c'était le meilleur moyen de sauver Mâdabâ que de tomber à l'improviste sur l'ennemi. Au nombre de quatorze cavaliers seulement, les 'Azeizât s'élancent vers Kérak, mais arrivent cependant trop tard pour surprendre leurs adversaires. Avertis par un espion, les .Sarâïreh' se dérobent parla fuite aux coups de ces terribles guerriers dont ils connaissent l'audace et redoutent la bravoure. Ne pouvant les atteindre eux-mêmes, les 'Azeizàt déchargent leur fureur sur leurs jardins, leurs maisons, leurs troupeaux; ils sèment partout la destruction, coupent les arbres, renversent les moulins : a Ils nous ont déclaré la guerre, après avoir outragé nos femmes ; ils connaîtront les effets de notre colère. » Ainsi s'exprimaient ces robustes nomades qui ne savaient pas ce que c'est que la crainte. Je ne puis rapporter ici tous les traits de sauvage audace qui caractérisèrent cette lutte contre Kérak; j'en ai réuni un grand nombre dans la vie d'Ibrahim at-TouàV^; du reste, ils n'intéressent pas la tribu tout entière, malgré la solidarité qui unit, par des liens très étroits, les divers membres du même clan. Je mentionnerai seulement deux autres événements qui menacèrent d'anéantir l'œuvre déjà fort avancée de l'installation de la communauté chrétienne à Mâdabâ : la guerre des Hamâ'ideh et une attaque impétueuse des Béni Salier.
Les Hamâ'ideh avaient été les protecteurs et presque les sauveurs des 'Azeizât; nous l'avons vu clairement au cours de ce récit. Un incident qui n'aurait eu qu'une faible importance, si le calme et un peu de bienveillance avaient animé les esprits, devint, à cause de la violence de ces hommes rudes et emportés, la cause d'une immense perturbation. Un chrétien de
1. Au lieu de diriger leur attaque contre les Mogally trop nombreux, les 'Azeizât fondent sur leurs alliés, les Sarâîreh, auxquels appartenait du reste Mahmoud.
APPEiNDICE C. 43 1
Kérak, de la tribu des Hegâzîin, vint à Mâdabâ accuser les Mogally d'avoir outragé une 'Azizeh, la fille de Giriès. Aussitôt une députation se met en route pour connaître la vérité de cette accusation. Les Moyally, par serment, affirmèrent leur innocence, et l'odieuse calomnie de l'infâme Hegazïin fut découverte. Les 'Azeizât, à l'allure franche et loyale, furent indignés et témoignèrent leur mauvaise humeur à une caravane de Kérakiens, qui passaient par leur village; on se prend de querelle; on s'injurie, on se frappe; un coup de poignard est donné à un mulet. Son propriétaire, un Arabe de la tribu des Halasà, réclame le droit; on discute en vain ; impossible de s'entendre. La nuit venue, le Halasy vole un mulet et s'enfuit à Kérak. « C'est bien, disent les 'Azeizât, l'affaire est terminée. » — « Non, reprend le voleur, mon mulet était meilleur; je ne suis pas satisfait. » On lui envoie alors la plus belle bête de Mâdabâ ; le voleur accepte, mais refuse de rendre le mulet qu'il avait volé. Les habitants de Mâdabâ se compensèrent en s'em^ parant de plusieurs sacs de froment, lors du passage d'une caravane. Les Halasâ implorent la protection des Ilamâ'ideh en se réfugiant sous leurs tentes. Abou Breiz va-t-il, oublieux de ses premières relations, accepter la demande qui lui est faite? C'est assez naturel. Car, au désert, un cheikh puissant croit se déshonorer s'il refuse protection à un opprimé qui implore le secours desonépée. Peut-être même voyait-il, en cet incident, une excellente occasion de piller les chrétiens. Quoi qu'il en soit, sa détermination fut bientôt prise. Dès le lendemain, avec quatre-vingt-quinze cavaliers, il se portait sur Mâdabâ. Le village n'avait à ce moment que dix cavaliers à lui opposer. Cependant aucune hésitation ne se manifeste au cœur de ces braves, qui engagent aussitôt un combat acharné. Deux cavaliers sont tués du côté des chrétiens, un seul parmi les Hama'ideh, mais huit de leurs chevaux sont mis hors de combat. Les Hamâ'ïdeh prennent la fuite. La guerre était déclarée par une tribu forte, courageuse, pleine de ressources; cet état constituait un perpétuel danger pour les 'Azeizât. Ce ne fut pas le seul. Tandis qu'ils guerroyaient vers le sud, un ouragan effroyable se déchaîna du côté de l'est; peu s'en fallut qu'il ne renversât l'œuvre déjà commencée. Voici, en peu de mots, les circonstances de cet étrange événement.
Un Arabe de Mâdabâ, nommé Sâlem, abreuvait, un soir, sa jument et son bétail à un puits situé à une demi-heure à l'est du village. Survient un cavalier de l'ouâdy Sirhân, fanlb des Seliour, qui d'un ton arrogant et impérieux demande à Sâlem de donner tout de suite de l'eau à sa jument. Le chrétien le prie d'attendre un instant; le cavalier arabe s'emporte en invectives contre lui, tire son glaive, et lève le bras pour le frapper. Le digne fils des 'Azeizât, peu habitué à être insulté, saisit sa carabine; la balle atteint en pleine poitrine le musulman qui s'effondre sous sa monture.^ Le bruit de ce meurtre se répand dans le désert, aux campements de tous les Béni Salier, qui dès l'aube poussent le cri de guerre, et comme une nuée de sauterelles envahissent la grande plaine, à l'est de Mâdabâ. « Je jure par Allah de détruire aujourd'hui cette localité ! » avait dit le cheikh
des Seliour, plein de rage. Son intention n'était pas douteuse, mais les 'Azeizât n'avaient pas attendu le lever du soleil pour se préparer au combat. En bon ordre, ils se rangent derrière les premières maisons, et attendent avec fermeté leurs adversaires. Sur leurs juments rapides, les Arabes essayent de forcer le passage : inutiles efforts; toujours ils sont repoussés. La lutte dura la journée entière. A la nuit, les combattants se séparèrent avec la perspective d'une nouvelle joute pour le lendemain; mais sur la demande du curé latin, le Gouvernement envoya de Sait cinquante cavaliers pour protéger les chrétiens et rétablir la paix.
Quelque temps après, elle fut conclue, cette paix qui devait permettre aux chrétiens de se développer. Sous la sage conduite d'un excellent missionnaire, le Père Biever, connu chez les Arabes sous le nom d'Abouna Dâwd, les ruines de l'antique cité se relevèrent peu à peu; chaque famille construisit sa maison, demeure modeste, il est vrai, mais suffisant à des besoins primitifs que la civilisation n'a pas encore surchargés. Les terres furent ensemencées. Elles étaient, à l'origine, possédées par la tribu par indivis ; chaque année, un partage équitable assignait à chaque famille la part qu'elle devait cultiver et ensemencer. Peu à peu, ce communisme, source féconde et sans cesse renaissante de violentes et profondes discordes entre les membres de la tribu, disparut de Mâdabâ sous l'influence d'un autre missionnaire, dom Manfredi, qui se dévoua corps et âme au bien de cette intéressante population et qui vient de mourir, victime de son zèle. Le bédouin qui le premier m'apporta la nouvelle de cette mort ne put retenir ses larmes en me racontant comment leur pasteur avait succombé à la tâche. Ce cœur ému d'un homme énergique, d'un bédouin de cette famille audacieuse et intrépide dont nous venons de retracer l'histoire, résume admirablement le caractère du nomade loyal et droit : il est sauvage, si on veut ; il est violent, il est emporté; mais le catholicisme adoucit ces natures ardentes et presque farouches, et opérera peu à peu une transformation plus complète.
Ibraluiri al -Touàl.
Planche I.
FiG. 1. — Tissage du nul. (I'. 3J
FiG. 3. — l'"iaiicL'c dans sa parure de imccs. I'. T).'!.