Sur la manière dont Mosieh fut déclaré uély, v. p
Dans l'appendice précédent, j'ai rapporté quelques-unes des vexations subies par les 'Azeizât au milieu des tribus musulmanes. Notre héros ne fut pas épargné par ces persécutions communes; mais rien ne l'avait encore mis en évidence lorsque survint le fâcheux événement dont nous allons parler.
Ibrahim a vingt et un ans. Sa sœur Negmeh avait été donnée en mariage à Geriès al-Touâl, son parent. Ce dernier avait, comme domestique, un certain Mahmoud, de la tribu musulmane des Sarâïreh. Un soir, Negmeh descend au ruisseau de Megeïsel, pour abreuver le bétail. Mahmoud la rencontre, l'enlève et s'enfuit avec elle à Kafrabbah, localité située à deux heures et demie à l'ouest-sud de Kérak. Dès le matin, la nouvelle du forfait se répand au campement. A bride abattue les 'Azeizât furieux, exaspérés, pénètrent dans la ville. En un clin d'œil, toutes les tribus chrétiennes ont saisi leurs armes et sont montées à cheval ; les Mogally font cause commune avec les chrétiens. Avant midi, un corps considérable de cavalerie se trouve en face de Kafrabbah. « Ou Negmeh, la femme enlevée, sera immédiatement rendue, ou c'est la destruction radicale de toute la tribu ennemie. » Au premier rang, Ibrahim, l'œil rouge de colère, est à peine retenu par le cheikh Sâleh ; il cherche les deux coupables : « Qu'aurais-tu fait? » lui demandais-je. « A défaut d'armes, répondit-il, je leur aurais coupé le cou avec mes dents. » Devant cette attitude, le cheikh des Sarâïreh promet tout. Negmeh fut, sur-le-champ, livrée au cheikh Sâleh et au missionnaire latin, qui le soir même quitta Kérak en cachette et conduisit en personne la malheureuse femme à Jérusalem et, delà, à Naplouse, pour la soustraire à la mort. Ibrahim, ou tout autre membre de sa famille, n'aurait pas hésité à la poignarder s'il l'avait rencontrée. En semblable occurrence, et aujourd'hui même, le nomade de Moab, latin, grec ou musulman, ne tiendrait pas une autre ligne de conduite '.
Ibrahim at-Touâl ne peut atteindre sa sœur; ne connaissant pas le lieu où elle s'était réfugiée, il remit à plus tard de laver dans son sang l'honneur de la famille ; à l'heure présente il concentra sa rage contre l'auteur principal du forfait, contre Mahmoud le Sarîry.
La tribu entière des Sarâïreh quitta Kafrabbah la nuit suivante, et chercha un refuge dans les gorges profondes du ouâdy el-Hesâ. La prudence leur disait de fuir, l'orage ne tarderait pas à éclater. Ibrahim avait nettement posé la condition qui seule pouvait rétablir la paix : « Je veux Mahmoud le ravisseur, je veux l'égorger moi-même; ma main répandra son sang. » Dès le premier jour, le cheikh des Sarâïreh lui fait offrir une compensation : cent mille piastres, plusieurs chameaux, une jument. At-Touâl répondit : « Moi, accepter de l'argent pour une pareille abomination; jamais! Ce n'est pas de l'or, que je veux; c'est du sang^! » Son exigence parut légitime à sa tribu entière ; mais tout en étant con-