‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 16 sur 159 · Cf. l · texte numérisé non relu

Cf. l

2. Kitûb eî-Aff., 19, 59. Wellhausex, Reste arab. Eeid., p. 175.

3. Je cite sans me décider à les traduire deux vers arabes où elle est décrite, Kit. el-Ay., 19, 59, lig. 11, 12.

OU croit fortement à son eflicacité ; on l'appelle hiyâb. Les chrétiens ne sont pas indemnes de ces superstitions. Le missionnaire latin de Kérak aperçoit un jour un de ces billets sur la poitrine d'une de ses paroissiennes; il le réclame et le déchire du consentement de la ieinmc. Mais le soir son mari vient réclamer le talisman, qu'il a « payé fort cher », dit-il. Pour calmer sa fureur, le curé lui donna le prix de ce billet, à condition qu'il ne s'en procurât pas un second. Parfois ce billet est déposé dans un vase plein d'eau. La femme absorbe le liquide, comptant y trouver la vertu qu'elle désire. Les visites aux sanctuaires et aux wélys ne sont pas négligées, comme moyen d'acquérir cette « bienheureuse fécondité ». Je ne connais point de sanctuaire spécialement honoré par les femmes bédouines comme possédant une etficacité presque infaillible en la matière; peut-être en existe-t-il ' ; mais tout wély, disent-elles, « est puissant auprès d'Allah » ; il peut gagner son bon plaisir, et Allah produira l'effet attendu. A Kérak, on fait brûler des lampes à néby Nouh; à Gaïar on offre une victime, une brebis ou un chevreau-; à d'autres sanctuaires, on fait une simple visite, relevée d'une offrande, et on laisse un souvenir en attachant à l'arbre sacré qui ombrage la cour, ou aux barreaux des fenêtres de la qubbeh quelques morceaux d'étoffe.

Un pèlerinage plus curieux est celui qui se fait chez la faqlreh 'Aleïah au village de Mengâ. Cette personne, vieille sorcière, reçoit les visiteuses avec bonté, les fait étendre par terre devant elle, se livre à toute une série d'actes grotesques; leur souffle au visage, leur passe sur le corps, les frappe et les renvoie, chasune persuadée qu'elle se réjouira bientôt auprès d'un berceau.

Au lieu d'entreprendre tout de suite un pèlerinage, les femmes stériles font le vœu de se rendre à tel wély avec une offrande, si leur désir est exaucé.

Il ne suffit pas à l'épouse d'avoir des enfants; il faut que ceux-ci soient robustes et vaillants. Quand une jument de race a bu dans un bassin ou dans une auge, la femme absorbe ce qui reste, dans la persuasion qu'elle aura des enfants plus forts.

Pour avoir du lait en plus grande abondance, elle met dans un sac quelques poignées de froment, le présente à une jument de race, puis le retire avant que le sac soit vide, pour le prendre comme nourriture après l'avoir fait griller.

Dans le cas où une femme a avorté, on sait empêcher le retour d'un

1. A Kérak, le cheikh Geraivy est spécialement visité à cette intention.

2. Au Buhiâ, les femmes stériles s'oignent le corps avec le sang d'une victime.

semblable malheur. On apporte un fil de soie verte, d'une longueur égale à la hauteur de la femme; un petit caillou est attaché à une extrémité et le tout est donné à la patiente, qui doit Tavaler. On prend ensuite quatre morceaux de bois qu'on fiche en terre à l'endroit où s'est produit Taccident. Le mal est ainsi conjuré pour l'avenir.

Pour empêcher la conception, la femme recueille de la sueur de jument et la boit dans de l'eau. Elle mange aussi un fruit du désert, dont on ne m'a point précisé la nature.

Un autre fruit est destiné à exciter l'amour; la femme le donne à manger à son mari. Ce procédé est connu de tout le désert, tandis que le suivant est surtout en vigueur à Ma'ân et au Belqâ. Je tiens le récit d'un certain Sâleh, qui s'exprima ainsi : « Une femme nommée Fodclah me dit un jour : Prends ce quart de megïdy et viens m'aider à fendre la tête d'un âne fils d'un âne, et elle me conduisit auprès d'un âne crevé, jeté à la voirie. Suivant son désir, je fendis la tête à l'animal qui gisait devant nous. Cette femme ramassa la cerv^elle, la plia avec soin dans la longue manche de sa robe et l'emporta à .sa maison. Elle devait la pétrir avec de la farine, en faire un pain, le donner à son mari afin de l'attirer vers elle et de gagner son amour ». Et le narrateur d'ajouter : « Cet usage est fort répandu parmi nous. » Un mari, en effet, qui n'a point d'affection pour sa femme, ne tarde pas à la répudier, s'il a sous la main les moyens de s'en procurer une autre. Et dans les familles où il y a plusieurs femmes, chacune s'efforce par les moyens dont nous venons de parler de plaire au maître ; sinon, elle ne tardera pas à être reléguée à l'écart. Elle ne pourra guère se soustraire à ces arrêts forcés, car si la moralité n'est pas très élevée et parait à nos yeux souvent lésée parla facilité de la répudiation, la polygamie, et l'achat de la femme, elle a d'uu autre coté des lois intangibles, quelque peu sévères'. Si une femme mariée se laisse séduire, elle est immédiatement mise à mort par son mari ou par un membre de sa famille. Le séducteur subit le même sort. S'il est pris sur le fait, non seulement il tombe frappé de coups, mais sa tente ou sa maison est aussitôt saccagée, ses récoltes sont livrées aux flammes, ses troupeaux de brebis, de chèvres ou de chameaux ont les nerfs des

1. Il existe toute une législation, appelée le droit de la pudeur :sy»}] '°t^)i 1^' trouve ici son application. Au Négeb, pour calculer la gravité de la faute de la femme, on tient compte du moment de la journée où elle a été commise. Le matin, le crime est moins grand, parce qu'alors la femme est obligée de sortir de sa tente pour aller au travail ; mais le soir, son crime est plus hideux, parce qu'elle doit rester sous sa tente; si elle commet une mauvaise action, elle la voulue de propos délibéré : elle a fixé un rendez- vous; par conséquent elle est plus coupable.

jarrets coupés; tout son avoir eu un mot est frappe de destrnctioû. Trois jours durant, il est permis de vouer ainsi à cette sorte (Vmiat/irmclcs biens du criminel. C'est le haràh (w^'j-^). Il n'est point permis de se réserver un objet (juelconque appartenant au coupable; sa jument elle-même, si précieuse pour un Arabe, ne saurait être gardée par le vengeur du crime; s'il la prend, il doit la tuer. Lorsque le troisième jour depuis le crime a cessé de luire, le droit de vengeance ne peut s'exercer que sur les personnes; si les biens sont alors détruits, il faut plus tard compenser le dommage; mais la famille du coupable reste toujours exposée aux coups du vengeur.

Si une femme mariée souffre violence, elle doit aussitôt avertir son mari ou ses proches, qui poursuivront le coupable et toute sa parenté.

Si la femme qui a été séduite s'enfuit avec son amant et cherche refuge dans une autre tribu, on se met à la poursuite des deux fuyards. Si la tribu qui les reçoit n'est pas assez forte, ils courent le risque d'être tués; mais les deux intéressés ne tardent pas à chercher une protection plus sûre. Quelquefois cependant la femme est livrée à la parenté, ou à la tribu, comme le fait s'est produit pour la chrétienne de Sait, dont nous avons déjà conté l'aventure, et pour la sœur d'Ibrahim at-Touâl '.

Au campement d''Abd el-Gany, j'ai trouvé un Arabe nommé Sfileli, .qui, une dizaine d'années auparavant, avait enlevé une femme dans sa tribu et s'était réfugié à Tafîleh. Il ne put vivre indéfiniment en dehors de sa parenté, et demanda à faire la paix avec la famille outragée. On lui posa les conditions suivantes : 1" il donnerait sa fille au père de sa femme; 2" il lui abandonnerait toutes ses terres et tout son avoir, et 3° enfin, s'engagerait encore à lui payer quatre cents megïdys. Le pauvre Sâleh fut contraint d'accepter ces dures conditions; maintenant il mendie un peu de blé pour vivre, en attendant que son travail lui permette de payer ses dettes.

Si c'est une fille qui se laisse séduire, elle est aussitôt poignardée par son père ou un de ses proches. La propre sœur de Tâlal, cheikh des Béni Saher, manqua à son devoir avec un druse, qui était hôte sous la tente de son père. Le druse, profitant des obscurités de la nuit, parvint à s'enfuir; mais la fille coupable fut poignardée le matin même '^.

Chez les Gahâlïn, une femme ou une fille qui a failli à son devoir

Page 1