‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 2 sur 159 · I. Page · texte numérisé non relu

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PUEFACE. V

licatesse d'un descendant des croisés n'est pas plus chatouilleuse sur le point d'honneur que l'intransigeance théorique du pauvre bédouin qui soutient le droit du visage; pourtant on ne peut être toujours en guerre. A défaut du pouvoir central, l'esprit subtil des Arabes a combiné tout un réseau d'institutions qui ménageront à la fois l'orgueil blessé — et la bourse.

Il faudra donc faire la part de certaines exagérations qui sont de style, mais l'ensemble du tableau est sûrement exact. Le narrateur est incapable de poursuivre longtemps une feinte; lui aussi dit ce qu'il a entendu dire ou qu'il a vu faire.

Aussi bien le P. Jaussen a eu soin de tout contrôler dans la mesure du possible. Il a fait discuter les Arabes devant lui sur certaines de leurs pratiques. Le mélange des religions ne lui a pas été inutile sous ce rapport; les chrétiens ont pu lui parler plus librement des usages musulmans '.

On se demandera certainement comment on a pu comprendre dans un même tableau des musulmans, des chrétiens grecs orthodoxes, et des catholiques romains. Le fait est là cependant, il faut le reconnaître : un cheikh catholique sortant d'entendre une messe en latin a le même droit qu'un musulman à invoquer les usages des nomades.

N'est-ce pas la meilleure preuve que l'ouvrage du P. Jaussen, étude consciencieuse et précise d'un état actuel très intéressant par lui-même, est en même temps une mine précieuse de renseignements sur le passé?

Si tous nos Bédouins peuvent fraterniser dans le même droit, sinon dans la même religion, c'est que ce droit est bien le droit traditionnel antique. Quant à la religion, l'auteur n'avait naturellement à décrire ni les doctrines chrétiennes, ni la foi de l'Islam, mais il a pu constater que les chrétiens partageaient encore bien des superstitions qui tiennent au vieux fond des religions sémitiques ou simplement naturelles.

1. Dans certains cas on aimerait à connaître la religion du rapporteur. L'histoire du cheikh IJanzir (p. 301) n'est-elle pas une satire inventée par des chrétiens pour tourner en dérision les wélys musulmans? il serait important de savoir si les mahoiqétans euxmêmes assignent cette origine au wély (cf. p. 301).

M IMŒFAŒ.

Assurément ces religions nouvelles prouvent bien que le désert n'est pas impénétrable à l'iniluence des pays civilisés. Mais cela même est un trait ancien qui a sa valeur. Si aujourd'hui les Bédouins savent se servir de fusils et môme de jumelles, il y a tout lieu de croire que leurs ancêtres empruntaient aux pays voisins leurs armes perfectionnées; et si l'Islam s'est implanté en Moab, les anciens Arabes avaient emprunté à Babylone le culte de Sin et de Nabou.

Néanmoins il reste un fond indestructible. On l'a déjà souvent sondé, et récemment M. Curtiss esquissait la religion sémitique primitive d'après les pratiques des Syriens. Il est assurément plus prudent de faire d'abord le tableau de ces pratiques, sans aucune préoccupation du raccord érudit. La comparaison se fera spontanément dans l'esprit de ceux qui connaissent les anciens cultes. Le P. Jaussen se réserve sans doute de la préciser un jour. Il ne serait pas délicat d'empiéter sur son terrain. Je ne puis cependant m'empêcher de signaler nombre de faits qui ressortissent au folk-lore universel : cette roche contre laquelle viennent se frotter les femmes stériles, — comme en Bretagne, — cette superstition du fer à cheval, cette dernière gerbe enterrée aux cris de « le vieux est mort! » Si le culte des pierres est manifestement en décadence et n'a laissé que de légères traces, le culte des arbres est plus vivant qu'on ne l'admettait jusqu'ici. La suspension des chitTons et des cheveux aux branches est un usage que tout touriste a pu constater en Palestine. Mais on n'avait pas dit encore à quel point l'arbre est regardé comme vivant, témoin ce chasseur, poursuivant une gazelle réfugiée sous un arbre, et qui est tué par la balle qui se retourne contre lui ', ou ces sacrifices offerts aux arbres et ces morceaux de viande immolée attachés à leurs rameaux"; autant de traits qui montrent que le cas du palmier de Nedjr'an n'est pas isolé. Et que dire de ces « filles de la source », antiques naïades transformées bien malgré elles en une sainte musulmane ou wélyeh^? Le syncrétisme a ici fait son œuvre; il y en a beaucoup d'autres traits, et je ne sache pas qu'on

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