‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 20 sur 159 · On emploie aussi le mot qaiâd f>>'^) « lien, contrat · texte numérisé non relu

On emploie aussi le mot qaiâd f>>'^) « lien, contrat

4. Dans Sartouny {diction), siûq est traduit par sadâq ; or sadâq ou sadqah est un autre terme employé pour signifier mahar. R. Smith [Kinship..., p. 93 ss.) fait de sadâq un terme tout à fait important pour le mariage primitif chez les Arabes. La sadâq était le prix donné, non aux parents de la femme, mais à la femme elle-même, qui s'appelait sadlqah et alors le mari portait nom sadlq. Il obtient ainsi un mariage de domination, et lui donne le nom de Sadlqah-marriage, dans lequel la femme, sans sortir de sa parenté, recevait son ou ses maris chez elle, les renvoyait à sa guise, et les enfants appartenaient au clan maternel. L'argumentation serait peut-être acceptable, si le fondement était prouvé, à savoir que .vad'iqah désigne une femme dans les conditions sus-indiquées. Mais le terme sadlqah veut dire aimée, bien-aimée, par suite, fréquentée par un sad'iq. S'il y a relations, elles sont en dehors du mariage. De plus, au point de vue grammatical, sadâq et sadïq ne peuvent dériver l'un de l'autre, mais, par un procédé différent, d'une racine commune sadaq, suffisante pour expliquer les deux significations; c'', Z.D.M.G., 40, p. 154.

5. Ils prétendent que c'est honteux d'exiger le mahar entre parent-s; on donne pourtant un chameau à la mère de la fille.

r.0LTL'«ES DES AIUBFS. 4

r,0 COUTUMES DES ARABES.

Chez les Ka'.ïbneh (ceux de Kérak, non la division fixée auprès d' 'Aïn Gedy), la slâqah est de cent brebis, cinquante megîdys et un fusil; souvent, on rabaisse à vingt ou trente le nombre des brebis,

A Kérak, la somme la plus forte est de six cents megîdys ; souvent clic n'atteint pas ce chiiïre. Cependant Mohammed eben Qetâwneh donna trois cents megîdys et ses deux filles pour avoir la femme qu'il aimait.

A Ma'ân, le mahar était jadis de deux mille piastres : aujourd'hui, il s'élève à quatre mille.

Chez les Sarârât le mahar est ordinairement minime : un chameau ou cinq brebis. Une seule brebis servit six fois de mahar pour six femmes qu'un Sarâry épousa successivement. Un autre Sarâry, nommé llnnnouf, se maria deux fois pour un megîdy; sa deuxième femme s'appelle 'Aserïeh ; elle est maintenant à Mâdabâ.

Toutes ces évaluations ne peuvent être qu'approximatives; chaque demande de mariage fait surgir de nouvelles exigences.

A Mâdabâ, l'usage a prévalu de payer toujours le mahar en argent, et pas moins de cent livres (deux mille francs). C'est le prix payé par les quatre frères Sawâlheh; chacun a fourni deux mille francs pour sa femme et même le dernier a dû en dépenser deux mille six cents pour son épouse qu'il est allé chercher au Sait. Chez les nomades, le prix de la fille, nous venons de le constater, n'est pas nécessairement fourni en espèces sonnantes; on stipule une jument, plusieurs chameaux, des brebis, une ânesse, un sabre, un fusil, ou telle étendue de terrain. Sâlcm Abou Dahouk, parent du cheikh des Gahâlln, m'a dit avoir acquis sa première femme pour une jument et sa troisième pour trois chameaux.

Naturellement le mahar exigé peut être remis, en une seule fois, entre les mains du père de la jeune fille; le mariage est alors célébré immédiatement. D'autres fois, le fiancé donne le prix en plusieurs acomptes. Si le père accepte une partie du prix convenu, de quelque nature qu'il soit, il ne peut rompre les négociations, mais bien souvent l'avarice le porte à exiger une somme plus forte, ou un cadeau de grand prix. Si la fille meurt sur les entrefaites, le futur, eût-il déjà payé la plus grande partie du maliar, en est pour ses frais.

Le mahar d'une femme répudiée est la moitié de celui demandé pour une vierge.

Le mahar est quelquefois remplacé par le hedel (J-V)» c^e badal, « changer ». Cela se réduit, en pratique, à cette proposition faite par un nomade à un autre membre de la tribu : « Donne-moi ia fille et prends ma fille. » Les arrangements basés sur ce principe

YTE DE FAMILLE. ui

ne sont pas rares à Kérak. Quelques tribus ne l'admettent pas cependant, parce qu'il gêne la liberté de la répudiation. Les Hagâîâ et les Wuld Soleimân veulent garder toute leur indépendance sous ce rapport; « or, me disait un nomade, si c[uelqu"un, après avoir ainsi fait l'échange, veut renvoyer sa femme, il faudra aussi que sa fille soit répudiée par son propre mari, à elle; mais peut-être ne voudra-t-il pas le faire, à cause de son amour pour elle. Il y aura alors une espèce d'inégalité, une injustice; on ne saurait l'admettre ». Inutile de prouver à un nomade que s'il a renvoyé sa femme, c'est par sa volonté, qu'il n'y a plus droit; qu'après avoir donné sa fdle en mariage, il ne saurait la reprendre : « l'échange a été fait, répondra-t-il ; si l'une est renvoyée, l'autre aussi doit regagner sa demeure ». Dans la pratique, de nombreuses disputes surgissent du bedel.

Les fiançailles constituent chez les Arabes le droit au mariage au moment déterminé, mais ne donnent pas aux deux intéressés la faculté de se comporter dès lors maritalement, chez les musulmans nomades comme chez les chrétiens. A Mâdabâ, à Kérak, dans les campements, les fiancés peuvent se voir et se parler. En certaines localités, à Feheïs par exemple, et à Remeïmîn, les deux jeunes gens n'ont même pas la faculté de se voir.

S'ils étaient surpris l'un et l'autre se livrant à des actes jugés encore illicites, ils seraient sévèrement châtiés; d'aucuns disent même qu'ils pourraient être mis à mort; d'autres sont plus tolérants, et un l'ait récent confirme cette opinion. Chez les Béni Sa lier un certain bédouin nommé D... S..., fiancé à une jeune fille, la sollicita en secret, et vainquit sa première répugnance par son affection et ses caresses. Au bout de quelques mois, l'affaire se manifesta; les parents de la jeune fille voulurent connaître la cause de sa grossesse. Au lieu de poursuivre par le glaive son séducteur, ils le contraignirent à contracter mariage aussitôt. D... avait changé d'avis, mais on le força de prendre sa jeune femme, qu'il répudia, du reste, quelque temps après ; il lui naquit une fille qui fut tuée en cachette par la mère infortunée. D... ne réclama pas, et personne ne reprocha à l'infanticide la mort de son enfant,

A propos de Fi ?mnolat{o?i seront rapportés plusieurs usages relatifs au mariage et intimement liés avec le sacrifice. Il suffira ici de mentionner quelques autres détails intéressants. La fiancée, avant d'être conduite à son époux, est parée dans sa demeure ou dans sa tente; on la revêt des ornements suivants ^

1. Quand les Arabes sont trop pauvres, ils empruntent des vêtements et des ornements à leurs voisins, pour la cérémonie du mariage.

r.OUTr.MKS DF.S ARAHKS.

1 ^^^' ^-y grand vûtenieut de dessons, en soie;

2 ~>r^'' -^ vêtement ample et long, en drap;

3 jr-^'' grand voile en soie rouge, couvrant les épaules; k iLs-'' le voile, couvrant la tête et le visage;

5 L^y^"^î la ceinture faite avec de la laine de brebis, à

deux couleurs, rouge et noir ;

6 •^-^' ^"^"S^ l'ensemble des bijoux comprenant :

a) ,*^"1p^ ■ les anneaux ou bagues, en nombre indéterminé ;

b) yi^jr^^ les bracelets d'argent, deux à chaque bras;

c) ^y^^ les bracelets en verre ;

d) jjpU:-"-'! les colliers de perles précieuses ou en verre;

7 Jb , ; J' 'ii^\ deux rangées de pièces de monnaie dites iva-

zary, pendantes le long des joues, attachées à une coiffe (sl^t!). Deux séries de perles [jj^^) sont également suspendues à cette coiffe ornée par devant d'une rangée de monnaies

d'or (i^j^)

Pendant que la fiancée se prépare chez elle, l'époux revêt de son coté ses plus beaux habits :

io! vêtement long et ample, en soie;

-'' '•'- vêtement en drap, serré à la taille par la cein-

à^Ov

ture (^JOl); .loJl r 'abâ', ou grand manteau;

• i;»^! 1 le kefieh^, sur lequel se place le voile (ïli^'t) qui ne couvre pas le visage comme pour la fiancée, mais retombe en avant, des deux côtés de la poitrine. Il est retenu autour de la tête par un gros cordon (p.y)- De belles bottes rouges (c-^'-'J^') complètent l'habillement, dont le prix monte à 7 ou 8 livres.

1. Al-Aqaddah, pluriel de qedâdah, est le terme employé pour désigner le kef'ieh aux belles couleurs et artislement arrangé sur la tête du nouveau marié. Les Arabes de Bagdad lui donnent le nom de gezieh Cii 'ySs.).

Quand elle a été parée de ses atours, la fiancée est installée sur une jument ou sur une chamelle richement caparaçonnée, pour être conduite auprès de son époux qui l'attend à sa demeure ou à sa tente. Un grand voile l'enveloppe de la tête aux pieds; à la main, elle tient un poignard qu'elle s'applique sur le front pour écarter le mauvais œil. Le cortège s'ébranle. A gauche, à droite, en avant, des groupes se forment, alertes, animés, pleins de vie et d'allégresse. Les femmes poussent des cris de joie [la, lu, lu) ; les hommes exécutent la danse du sabre. Les cavaliers, dans la plaine, se livrent à des courses effrénées sur leurs montures rapides et souples; comme un trait ils partent; soudain, ils s'arrêtent, puis retournent brusquement au galop de leurs coursiers. De nombreux coups de fusils et de revolvers égayent les échos d'alentour. Seule la fiancée, immobile et invisible, parait indifférente à la joie générale'. Cette marche quasi triomphale dure parfois plusieurs heures, parfois une journée entière, surtout lorsque la fiancée est amenée d'une trihu voisine. Dans ce dernier cas, lorsque le cortège approche du camp, il se passe une scène vraiment curieuse. Les femmes du campement se réunissent, poussent des cris, ramassent des pierres, les jettent sur la fiancée, font accroupir son chameau, la trament par terre, se mettent à la frapper; le sang coule ; mais les hommes ne tardent pas à mettre un terme à ce combat féminin. La même scène se renouvelle, parait-il, chaque fois que le cortège doit passer auprès d'un campement, avant d'arriver à celui du fiancé. Les femmes de la tribu ne veulent point recevoir cette étrangère, dont l'arrivée parait être une insulte à leur beauté ou à leurs attraits. Peut-être se cache-t-il sous cet usage un vieux souvenir religieux.

1. D'après le récit que m'a fait un des guides de la caravane de l'École, les Arabes du Sinaï se comportent de la manière suivante dans les derniers préparatifs du mariage et la deductio in domum de la jeune épouse. En règle générale, celle-ci n'est pas informée des projets de mariage agités autour d'elle et à son sujet; elle est donc loin de connaître son futur époux. Cependant ce dernier signe le contrat avec le père de la jeune fille, occupée ordinairement à garder les troupeaux. Le soir, à son retour des champs, elle est saisie auprès de la tente par son mari, qui, secondé d'un ou de deux amis, l'entraîne sous la tente. La jeune (ille comprend son dessein, oppose la plus vive résistance, et blesse parfois son ravisseur. Elle est conduite cependant sous la tente de ses parents; son père ou quelqu'un de sa parenté la couvre aussitôt d'un manteau en disant : « Nul autre qu'un tel ne sera ton époux. » C'est le sceau du contrat La jeune (ille est parée des vêtements neufs apportés et préparés par le mari; malgré ses résistances fictives ou réelles, on l'installe sur un chameau. Ainsi montée, elle fait trois fois le tour de la tente paternelle, comme pour en prendre congé, et est ensuite conduite vers la demeure de son Seigneur, oix elle est

introduite dans la hullah {^'^) bien fermée, toute prête à la recevoir. C'est là que, d'après certains usages, elle devrait passer huit jours, mais chez la plupart des tribus, dès le premier soir, elle s'évade, s'enfuit dans la montagne et oblige son époux à courir à sa recherche.

iii COUTUMES DES ARABES.

Chez les nomades actuels, la liancce n'est point saisie par le toupet, mais on lui coupe les cheveux de devant, à la hauteur des yeux', à Ma'âii, à 'It'a<i et chez les Arabes du Néueb.

A Kérak et à Mâdabâ-, lorsque l'épouse entre pour la première fois dans hi maison do son époux, on écrase une grenade dont on disperse les grains pour figurer les nomijrcux enfants attendus de ce mariage.

Vax d'autres endroits, on apporte dans la maison un nouveau levain emblème de la fécondité.

Dans les villes comme Kérak ou Ma an, la nouvelle épouse est in- (roduitc dans la maison de l'époux où une chambre ou un réduit quelconque lui est réservé. Elle y pénètre, assistée des femmes qui l'ont accompagnée, pendant qu'au dehors les réjouissances se prolongent, en l'honneur de l'époux.

Dans les campements, un endroit spécial dans la tente appelé jiul-

lah (i-U.) est disposé pour la fiancée qui y est introduite au milieu des acclamations; c'est là qu'elle passera huit jours en comptant comme premier le soir de rentrée (à-WjJ! lU); ce terme désigne le moment où pour la première fois l'époux pénètre chez son épouse.

Chez les Gahâlin et d'autres Arabes, on dresse, à l'extrémité du campement, une tente séparée, sous laquelle est introduite la fiancée et où elle attend son époux qui prend part aux divertissements donnés en son honneur.

Lorsque, la nuit étant fort avancée, les assistants commencent à être fatigués, les amis de l'époux lui amènent la victime désignée sous le nom de dablhet liullîeh. Il J'immole lui-même pour sceller définitivement Falliance^. Aux environs de Ma an, non seulement l'épouse mais aussi l'époux sont marqués du sang, tandis que chez d'autres Arabes c'est le fiancé lui-même qui le met au front et à la poitrine de son épouse. A Kérak le sang n'est point jeté sur la fiancée. A Jérusalem, dans le monde musulman, la sage-femme dépouille la fiancée de tous ses ornements et de ses bijoux; le désert ne connaît pas cette pratique; mais à Kérak le jeune homme se retire trois fois d'auprès de son épouse avant de consommer le mariage.

1. Kitâb el-Ag., 16, 37, 1. 28; cf. g 8. CeUe opéralion s'appelle qudleli.

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