Cet usage est aussi pratiqué à Caiffa
3. Chez quelques bédouins cliréliens, le fiaacé prend dans sa maison le sang tout chaud et oint le linteau et les montants de la porte de la maison. Pour rendre cette onction plus complète, la victime est parfois égorgée sur la terrasse, de manière à ce que le sang coule le long de la porte. Il y a cinq ans 'Awâd ei-Bulqah, habitant de Kérak, tua son veau, en cette occasion, sur la terrasse de sa maison-, le sang coula le long de la porte. Sous la tente, le sang de la victime est répandu devant l'entrée.
Chez les Sarârât, le soir, pendant les réjouissances de tout le clan, lorsque l'époux au milieu des jeunes gens de son âg-e prend part au festin ou aux danses, l'épouse profite d'un moment propice pour se dérober et s'enfuir. Le fiancé, ne la trouvant pas sous la tente, malgré une bonne garde, est obligé de la chercher une partie de la nuit. Pendant mon séjour à Mâdabâ, le fait s'est passé et la jeune fille a si bien réussi à se cacher qu'elle n'a été retrouvée que Je lendemain vers dix heures du matin. Son époux l'a conduite alors sous sa tente, mais le soir la jeune femme a réussi encore à lui échapper et s'est enfuie la nuit entière. Elle recommence ainsi sept jours de suite. Les Sarârât ont des termes particuliers pour exprimer cette action : ils disent : « elle s'est cufuie » (^::..^lsJl), « elle est partie » (C-vi^l). S'il arrive par faiblesse ou par honte qu'elle ne s'échappe pas, elle est blâmée et on l'appelle raboug (ç-jrrj)? ^^ cpi aime la vie agréable )>.
Chez les Béni Saher, la femme s'enfuit aussi le premier soir du mariage. La pratique existe également chez les Arabes du Sinaï. Mais à Kérak et à 'Iraq l'usage ne s'est point établi.
Il semble difficile d'expliquer cette fuite par un sentiment d'antipathie pour le mariage ; la femme ne conçoit guère d'autre vocation que celle-là. La veuve elle-même qui ne se remarie pas n'est pas bien notée ; pour faire une bonne mort, en efi'et, il faut avoir un époux et expirer sur le /?mx el-halâl (J-^^. tf^^ ^•^) « sur une couche légitime ».
Les jours de réjouissance à propos du mariage sont bien vite passés; la jeune épouse attend avec impatience le jour où elle pourra être mère. Lorsque le moment de l'enfantement est arrivé, la femme bédouine est quelquefois assise sur un sac quelconque destiné à être jeté ensuite; la sage-femme (^'--^î) saisit la patiente par les épaules et lui vient ainsi en aide en ce moment difficile. Même s'asseoir est considéré comme de la mollesse; c'est debout, qu'une bédouine on une fellâhat met au monde son enfant. Le bédouin n'assiste pas à la naissance de son fils; ce serait pour lui une honte. A Jérusalem, chez les musulmans, la mère est assise sur une chaise en bois spéciale, échancrée en demi-lune et apportée par la sage-femme. Le nouveauné est reçu dans un bassin de bois, lavé à l'eau chaude, oint d'huile et de sel et souvent frotté avec de la myrrhe [y^) ^ Les bédouins ne
1. A Jérusalem, lorsque la sage-femme a couché le bébé dans son berceau, elle prend un mortier, frappe dessus en disant : « des filles, des garçons, ce sont des mensonges de sages-femmes » (,j:^ljj Jl ^— -Ç.J/; C^'-^j (vT^O-
iiC. COimiMES DES ARABES.
connaissent pas loulcs ces délicatesses. Pris sur le sac ou le tapis, l'enfant est lave dans l'urine de chameau ou de brebis « pour que ses nionibros deviennent plus forts » M Ce luxe ne lui est pas toujours ollcrt. Dans les voyages, les lemnies bédouines, les Sarcïrât surtout, s'arrêtent le temps strictement nécessaire, et plaçant leur enfant dans un petit sac derrière le dos, continuent bientôt leur route. « Les glaneuses que tu vois là-bas, me disait un jour mon guide, s'arrêteront deux heures seulement j^our leurs couches, et reprendront le travail aussitôt après '^ »
Les nouvelles mères, chez les Ijamâ'ldeh et les Béni Sahcr, après la naissance de leur enfant, restent quarante jours sans se laver, parce que l'eau du pays est maskouneh « habitée par un esprit ^), et pourrait leur nuire. Elles ont cependant la faculté d'en boire sans encourir aucune disgrâce. A Jérusalem, la mère et l'enfant sont conduits au bain le quarantième jour après la naissance.
Il a déjà été question de l'éducation donnée par la bédouine à ses enfants, de sa position dans la famille, de son autorité et de son influence, de la part qu'elle prend à la constitution du foyer. La question de la polygamie a été aussi effleurée ailleurs. De nombreux exemples ont même été apportés. Un point encore est à noter cependant : entretenir plusieurs femmes suppose une petite fortune; tous les bédouins ne sont pas en état de s'oflrir ce luxe. Voilà le motif vrai de la monogamie. Le nomade un peu aisé, le cheikh, ses parents, prennent deux et parfois quatre femmes; les Gahàlm ne dépassent pas ce nombre. Les bédouins de Moab se reconnaissent le droit d'avoir quatre épouses à la fois; si le nombre s'accroît encore, à la suite d'un cadeau ou d'un désir nouveau, ils en répudient une ou bien la laissent de côté. Le bédouin n'a pas d'épouses de second rang, pas de concubines; ses femmes ont toutes les mêmes droits, et les enfants seront sur le pied d'égalité.
Pour maintenir la paix entre ses femmes, le chef leur arrange des appartements séparés sous la grande tente. Ainsi fait Talâl. D'autres l'ois, il dresse des tentes spéciales, où elles vivent tout à fait isolées ; il les visite de temps en temps.
Quelques chefs entretiennent même des femmes en plusieurs en-
1. Les femmes arabes emploient pour elles et pour leurs enfants, l'urine de chameau ou de brebis. Chez les 'Atawneh, j'ai vu les mères de famille faire lever le matin les chameaux accroupis autour de la tente, et recueillir l'urine avec laquelle, séance tenante, elles lavaient leurs enfants. Cet usage pourrait s'expliquer parla pénurie de l'eau. Mais chez les 'Adwân, campés près d'une source, j'ai été témoin du même spectacle. Les filles bédouines se lavent la tête avec le même liquide pour donner à leur chevelure la teinte rousse si recherchée.