‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 23 sur 159 · Cf. % 44, Dabihet et-talaq · texte numérisé non relu

Cf. % 44, Dabihet et-talaq

2. Ce mot, écrit peut-être aussi Lj j^ est propre à la langue du désert; on connaît en arabe ,.,^:.^ ou ,..,3^ et ^^l^i?

divers pèlerinages; le cœur de llabsali resta insensible; sans cesse, elle s'enfuyait de la tente de Gafel. Ce dernier, fatigué de tous ses vains ellorts, la laissa tranquille; mais avant de la répudier il exigea du père de son épouse incorrigible la restitution du maliar. Malheureusement tout avait été dépensé; il fut impossible au père de IJabsab de satisfaire ces justes réclamations. Gafel refusa de prononcer la formule de la répudiation. En conséquence, au point de vue juridique bédouin, IJabsali restait son épouse, et ne pouvait contracter une nouvelle alliance sans forniquer, et par suite sans s'exposer aux justes représailles de son mari. Elle demeura ainsi dans la maison paternelle jusqu'au jour où se présenta un prétendant disposé à rendre à (iafel le maliar exigé. Cette charge fut assumée par 'Abd el-Mohsin qui prit sous sa tente IJabsah, du consentement de son père et avec l'assentiment de Gafel qui prononça la formule de répudiation. Mais il se trouva qu' Abd el-Molisin était farbîl. Il fut contraint de la répudier. Au moment où j'écris, Gafel demande de nouveau Habsali en mariage.

De ce récit on peut conclure que la femme n'est pas elle-même en droit de prononcer la formule de répudiation. Il se trouvera des circonstances où elle ne pourra vivre avec son mari : dans les deux cas précités, par exemple, ou bien si elle est maltraitée par son mari, ou par la famille de celui-ci, ou encore à la suite d'une maladie incurable. En tous ces cas, elle quitte la tente du mari et se réfugie chez ses parents; mais elle reste liée jusqu'au moment où le mari prononce les mots : « Je te répudie. » Et il exip;era toujours la restitution du mahar.

L'adultère est toujours puni de la répudiation, même chez les Grecs orthodoxes ; mais bien souvent chez les Arabes la personne coupable de cette faute est mise à mort. Or, se marier de nouveau, avant d'avoir été légalement répudiée, constitue pour la femme un véritable adultère. Chez les Fâîz, Gazy eben Bahït répudia sa femme. Eben Sattam la prit; mais cette femme s'enfuit de sa demeure, refusant absolument d'habiter avec lui. Elle retourna à la maison de son père. Eben Sattam la laissa ainsi pendant quatre ans. Gazy se repentant de son acte inconsidéré, et sachant l'amour de sa femme pour lui, voulut la reprendre. Il pria Eben Sattam de la répudier; mais celui-ci jura par Mahomet que jamais il ne lui donnerait la liberté. Devant cette décision, Gazy comprit l'inutilité de ses démarches; mais voulant satisfaire sa passion il emmena sa femme et sortit de sa tribu pour échapper à la mort.

Lorsque le mari, sous le coup de la colère, répudie sa femme, il

n'a point droit d'exiger le mahar. Cependant il est obligé de renvoyer sa femme, puisqu'il a prononcé la formule consacrée. En cas de résipiscence il redemande sa femme moyennant certaines conditions, et le sacrifice de la répudiation lui permet de remédier à son imprudence.

Chez quelques Arabes, même dans le cas où le mari a répudié sa femme dans un accès de fureur, une partie du mahar, parfois le mahar entier, lui est rendu, lorsque la femme répudiée se remarie.

Au reste, si pour obtenir la répudiation la femme est parfois obligée de recourir à toutes sortes de démarches et d'influences pour déterminer son mari à la renvoyer, la plus grande facilité au contraire est accordée à l'époux qui, pour le moindre motif, à sa guise, rejette sa femme. Celle-ci sort de la tente avec ses habits ordinaires sans avoir l'autorisation d'emporter quoi que ce soit. A Jérusalem, en cas de répudiation, elle s'empare de tous les meubles de son appartement et s'e les approprie.

Le mot talâq est presque toujours sur les lèvres des Arabes ; il est quasi une formule de serment; un Arabe est accusé d'avoir fait un vol, d'avoir commis un crime : « Je répudie ma femme si je suis coupable, » dit-il. Un autre est invité à se mettre à une place supérieure dans une réunion, à prendre quelque chose de particulier; il refuse; on insiste : « Je répudie ma femme si je le fais, » dit-il, et on le laisse en paix. Des voyageurs se présentent dans un campement; on se les dispute : « Ils viendront sous ma tente. — Non, sous la mienne, tout est préparé. — Je répudie ma femme si je ne les emmène pas, » s'exclame un troisième, et il gagne le procès.

La répudiation est pratiquée sur une large échelle.

La femme quitte la tente de son mari en abandonnant tout, même ses enfants à moins, nous l'avons vu, qu'il n'y ait un nouveau-né. Si la séparation lui est parfois dure^, très souvent elle s'en réjouit.

1. Comme exemple de répudiation injuste je rapporte ua fait dont j'ai été témoin, pendant un voyage en 19U3; je transcris mon carnet : « Le 10 août au matin je descendis d'une terrasse de GaMar sur laquelle j'avais passé la nuit, et je me dirigeai vers l'orient. Le soleil devint bientôt brûlant; dans la vaste plaine, personne; ni arbre, ni eau, rien que du feu. Un peu après raidi, nous arrivons, mon guide et moi, à un campement : c'était celui des 'Abbâd, ou Serviteurs d'Abou Tâ'Ieh. De l'eau? Il n'y en a pas; les femmes ne sont pas revenues de la source, située à trois heures de distance. Le cheikh pourtant, qui juge de ma dignité d'après la jument que je monte, s'empresse de me faire les honneurs. Il appelle Negmeh, sa compagne : je croyais entendre Abraham parlant à Sara : « Negmeh, vite, vite : de la fai'ine, du beurre, un peu de sucre, un peu de lait ; prépare un pain pour le hawâg. » Negmeh se met à l'œuvre ; mon cheikh, d'un noir d'ébèae, était visiblement satisfait. Vraie sommité judiciaire du désert, il venait de prononcer une sentence équitable en faveur d'une pauvre femme de la tribu des Saràrât, répudiée par son mari; elle était renvoyée dans le plus absolu dènùmeal, enceinte depuis plusieurs mois, n'ayant ([ue sa pauvre robe bleue

60 COUTUMES DES AlUBES.

Du roste, elle peut se promettre de ne pas rester longtemps sans im autre mari. I.a même désinvolture se rencontre chez les veuves. Si quelques-unes conservent le souvenir du compagnon de leur existence et du maître de leur loyer, elles sont en petit nombre. Beaucoup ne tardent pas à oublier leur premier époux. Un Arabe de Ma an me renseignait à ce sujet d'une façon assez cynique : « Une certaine Sa ieli, en lavant le corps de son mari avant de le livrer à la sépulture, se demandait (]ui elle pourrait épouser bientôt. »

Un des ïerûbïn me racontait que dans sa tribu en accompagnant le corps de son mari au ciaietière, telle épouse, entre deux cris de douleur ou deux accès de désespoir, clignait de l'œil à quelque jeune homme qui lui faisait déjà des propositions. De ces cas isolés, très suggestifs cependant, il serait injuste de tirer une conclusion trop rigoureuse sur le caractère des femmes bédouines. J'ai rapporté des faits qui paraissent maintes fois se contredire; mais je n'écris pas un panégyrique; sur ces bases certaines, le lecteur édifiera lui-même son jugement.

Pour que le mariage soit valide, il suffit du consentement des parents des deux nouveaux époux. Il n'est pas absolument requis d'avoir l'assentiment du cheikh, quoique, en pratique, il intervienne à peu près toujours, comme nous le verrons plus loin. A Ma an, avant l'arrivée du gouvernement, le mariage se faisait devant le hatlb qui prenait toujours deux megïdys et demi par personne.

Mariage des esclaves.

Dans les villes, une négresse est volontiers achetée par un homme puissant ; elle est députée au service de la maîtresse de maison et sert en même temps de concubine au mari. Cet usage ne paraît pas avoir pris une grande expansion aux campements des bédouins; ils

tout usée sur le dos et le firinainenl pour abri. Tranquillement assis, le cheikh des 'Abbâd oblige par sentence judiciaire le âarâry à donner à la malheureuse répudiée une chamelle et quelques pièces d'argent. En voyant ce nègre faire preuve d'une pareille sagesse, en plein désert, je pensais à ces vers du KitCib el-Agânij (t. I, p. 140), où Nasib, un vrai noir aussi, tourné en dérision à cause de sa couleur, s'écria :

« Tant que je posséderai une pareille langue pour exprimer les senlimeiits de mon cœur, la couleur noire ne sera pas à mes yeux un défaut.

Tel est ennobli par ses ancêtres; ma noblesse à moi, ce sont les vers de mes poèmes.

Que de noirs à la parole éloquente et au cœur vaillant ! et parmi les blancs, que de bols!

Des gens aux demeures somptueuses m'en vient cette supériorité, et moi je ne jalouse personne. »

méprisent les nègres destinés à la servitude. Ils les achetaient comme serviteurs, non pour associer les négresses à leur vie. C'est une honte pour un blanc d'avoir une négresse pour épouse. Même aujourd'hui, ces unions ne sont pas vues de bon œil. A Ma an, un Saràry épousa une 'ahdeh ou négresse, — les Sarârât ne sont pas réputés les bédouins les plus nobles du désert, — pourtant celui-ci sentit la nécessité de s'excuser en prétendant que sa femme avait la peau « presque blanche ».

Un chef qui avait un '^ahed ou esclave noir, lui achetait une négresse et fondait ainsi sous sa tente une famille d'esclaves qui lui appartenaient. De même, si quelqu'un possédait une négresse, il achetait un esclave, et le lui donnait pour époux. Cette pratique contribue à expliquer la formation de tribus complètes d' 'ahid au désert.

Il est naturel, dans un pays civilisé, de voir toute la famille se réunir en un banquet solennel, le jour du mariage d'un de ses membres; chez les nomades, ce n'est pas seulement la parenté qui est invitée au festin, mais toute la tribu. Pendant toute la semaine même, en certains clans, on porte aux femmes, dans les maisons ou sous les tentes, des plats qui ont été préparés dans l'habitation des nouveaux mariés.

§ 4. Aliments.

Il n'est pas aisé, au premier coup d'oeil, de comprendre comment les nomades peuvent au désert trouver les ressources nécessaires au maintien de leur existence, si pauvre soit-elle. Dans les steppes fertiles, d'autres nomades ont sous la main du lait en abondance et la viande de leurs nombreux troupeaux; mais quand on rencontre les caravanes qui sortent du désert d'Arabie, quand on aperçoit les tentes chétives et misérables des Sarârât et des Wuld Soleïmân, on est en droit de se poser la question : comment vivent les Arabes? Ma réponse s'applique à la région qui a été déterminée dans l'introduction : c'est du reste la plus intéressante pour nous, à cause de son contact avec la Terre biblique.

Les Arabes que nous étudions se divisent en deux catégories bien distinctes. Ceux qui s'adonnent à l'agriculture, soit par eux-mêmes, soit par l'intermédiaire de leurs serfs, et ceux qui n'ont point la facilité ou la possibilité de posséder des terrains cultivables, et sont frustrés par suite de ces ressources essentielles. Parmi les premiers, on rangera les Belqâwîeh, les Hamâ'ïdeh en majeure partie, les Arabes de Mâdabâ, de Kérak, et ceux du Gébâl; dans la seconde catégorie,

prendront place les Sarûrât, les Wuld Solcimûn, les 'Alawneh, et en majeure partie les Hagfiîâ, les SaKï'ïtah, les Abou Tâ'ieh. Les lïaweïtât il'eben (lâzy et les Béni Saljoi', (|uoi([ue vrais nomades, savent cependant profiter dos avantat^es de ragricultnic; les derniers surtout paraissent l'apprécier, comme on peut le conclure des détails fournis sur leur compte. La nourriture de ces peuplades no sera pas uniformément la mémo. Comme base de leur alimentation, les unes auront toujours du pain, et disons tout de suite que le pain et l'eau sont les deux éléments presque exclusivement employés sous un grand nombre de tentes pour entretenir et développer la. vie. Cbez quelques tribus, le pain sera plus rare; une partie de l'année seulement il apparaîtra à la table, et pas toujours en abondance. Le cheikh Marb ne craignait pas de m'avouer cette misère : « Rares sont les 'Atawneh qui ont toujours du pain! » Plus rares peut-être encore, les Wuld Soleïmân et les èarârrit en état de jouir continuellement de ce luxe. Ces tribus s'ingénient à trouver le nécessaire. Au lieu de froment, elles utilisent le sainch (^r*— ), petite graine d'une plante qui croît en

abondance à l'est de iMa'ân; elle donne un pain très noir, produisant sur les dents, quand on le mange, une impression de sable très fin; il est, paraît-il, très fortifiant, A côté du sameh, les Arabes trouvent aussi au désert le tummer, sorte de tubercule assez semblable à la pomme de terre. Les Arabes du Négeb en font une grande consommation; en cette région, ce tubercule atteint la grosseur d'un melon ordinaire. Le lait des troupeaux, les dattes de Teïmâ ou de l'intérieur de l'Arabie, les lentilles de Kérak, le riz importé des villes maritimes achèvent de constituer la nourriture de ces tribus. Plusieurs individus ont affirmé avoir passé six mois sans goûter le pain; ils se nourrissaient de dattes et de lait^. Les dattes ne sont pas un des produits de Moab. Le climat est trop froid pour le dattier; il faut aller plus à l'est pour le rencontrer. A Taïbeh, près de Kérak, on se nourrit de pain, de beurre et de dattes. Au Négeb, au contraire, les dattes entrent pour une grande part dans la nourriture des Arabes; celles de l'ouâdy Feïrân et d'Aqabah sont justement renommées. A l'est, on broie des sauterelles avec des dattes pour composer un gâteau;

je ne l'ai pas goûté. Le tammân (,Uj") serait aussi utilisé; il ressemble au riz, et le remplace; je ne l'ai pas vu-.

1. Un Zeben des Béni Saher assure avoir vécu vingt et un jours avec du café.

2. La nourriture des habitants de Ma'ân consiste en froment, orge, viande, maïs, lentilles, sameh, tummer (appelé aussi kumah), beurre, bulle du Gébâl, leben, riz apporté d' "Aqabali.

Il ne sera pas sans intérêt de savoir comment les Arabes préparent leur nourriture.

Le pain peut être apprêté de plusieurs manières.

Le qors (j^) est le pain ordinaire des Arabes en marche, des caravanes et des razzias. A peine descendu de sa monture, l'Arabe verse de son outre un peu d'eau dans un vase en bois, y met un peu de farine qu'il porte dans un sac de cuir et commence à pétrir; il ajoute un peu de sel, quand il en a^ ce qui est la rare exception. Pendant ce temps, son compagnon a ramassé du bois, ou des herbes sèches, ou du fumier, et a allumé le feu. Un brasier, mélangé de beaucoup de cendres, est prêt aussitôt que le boulanger improvisé a fini de pétrir sa poignée de farine. La pâte, saupoudrée de farine et bien battue, est arrondie en tourte et placée au milieu du brasier dont on a écarté, au préalable, un peu de cendres et de braise; le pain est ensuite recouvert complètement. Une demi-heure se passe; l'Arabe écarte avec un tison la cendre et les charbons qui recouvrent la pâte et la retourne, sans quoi elle serait brûlée et calcinée par en haut et serait toute crue par-dessous 2. On chang-e ainsi le pain deux ou trois fois, jusqu'à ce qu'on le juge cuit à point; on le retire du feu, et on le mange tout chaud : tel est le qor^. Après s'être ainsi restauré, le bédouin reprend sa course.

Dans les villages et en certains campements fort rares, on prépare le pain dans le tclbûn. Deux choses concourent à la formation du tàbûn : une petite construction en terre et en pierres, formant un réduit de quelques mètres carrés dans lequel une personne puisse pénétrer et se tenir à demi-courbée. Au milieu de ce réduit, se trouve une sorte de cuve, ou de marmite en terre cuite, munie d'un couvercle ; elle peut avoir un fond ou reposer sur le sol qui lui sert de fond. En ce cas de petits galets de silex ou des cubes de mosaïque sont disposés dans cette cuve; ils sont destinés à recevoir la pâte pour le pain, qui est placé ainsi dans l'intérieur au nombre de dix ou quinze galettes suivant la dimension. Le couvercle est ramené sur la cuve, et les cendres chaudes, la braise, le bois ou le fumier sont amoncelés tout autour. La chaleur pénètre la cuve et cuit les galettes. Le pain ainsi préparé s'appelle pain de tabûii ( .^jIL j^); il est beaucoup meilleur (]ue le qors; généralement il est salé et a eu le temps de fermenter.

Il n'est pas toujours possible d'avoir un tùbùn à sa disposition,

1. Le nomade du Négeb profite du sel gemme qu'il trouve aux montagnes du Maqrâ'; cf. RB., 190G, p. 456.

2. Cf. Osée, 7, 8 : Éphraïm est une galelle qu'on n'a pas retournée.

c'est même la i^rande exception pour les campements. Sous la tente, on apprête le pain sur le sày (rM S instrument en fer, bombé, assez semblable à une poêle. On [)répare deux sortes de pain avec le sùg. Lorsqu'il est posé sur le feu, on étend dessus la pAte de farine, détrempée et fortement imbibée de beurre et de sucre; on obtient ainsi le Hzzàc/eh (i^^p), mets délicat pour les hôtes illustres. La seconde espèce de pain, ou le pain véritable, s'appelle ierâkeh (ioî^). Une couche très mince de pâte est étendue sur le sâ(j et est aussitôt cuite. On la présente rarement ainsi aux hôtes, si ce n'est en dehors des repas ou pour le petit déjeuner. Mais lorsque le mouton a été tué, le pain et la viande sont offerts en même temps dans le même plat ou laqen {^)- Au fond du laqen, on place d'abord une couche de serâkeh; on met ensuite du riz cuit au beurre, puis la viande cuite au leben et nageant dans le beurre, et on présente le tout aux hôtes qui puisent avec la main.

Le malleh (lU) est un autre pain cuit en trois opérations différentes. Premièrement, la pâte est étendue sur le sûg placé au feu ; lorsque le pain commence à cuire, il est tourné vers le feu; pour cela, il suffit de renverser le sûg, et enfin, pour terminer la cuisson, le sâg est remis dans sa position première : on obtient ainsi le malleh.

Avec le pain, il existe d'autres éléments employés par les Arabes pour leur nourriture. Voici une énumération qui, sans être peut-être complète, contient un certain nombre d'aliments :

L'huile (^jUJjJi), très goûtée des Arabes; en y trempant leur pain, ils estiment faire un repas délicieux ~.

Les olives (vi^byj; ou ^j.^;^.), achetées aux bazars; le beurre, le lait, le leben, le lait caillé (^:-^M et le mariseh, fait avec le gebgeb délayé dans l'eau, sont la nourriture ordinaire. Le hurgiil (J^rf), ou blé concassé, préparé souvent comme le riz ou les lentilles, avec de l'eau et du beurre : c'est le gar'iseJi (Ll>^).

On apprête de même les fèves (Jjà) et les pois ( n^v^. .

Avec ces différents éléments, les Arabes composent la nourriture Çeïs, jA^), qu'ils peuvent varier; ils obtiennent :

Le garîseh avec le lait, le garïseh au leben (très fréquent), le garîseh â l'eau et aux lentilles, le garîseh à l'eau, aux lentilles, au beurre et à l'oignon. Le qerànîeh (ï^Us) est le garîseh avec le leben

et le beurre ; c'est un mets recherché. Le sahhah (i^^) est un mélange

1. Le sûg lui-raéine est récent; jadis on chauffait des pierres plates sur lesquelles on étendait ensuite la pâte pour faire le pain.

2. Le Jmmel'ûh (à*^,^) est du pain dissous ou trempé dans le lail.

de dattes et de beurre : nourriture usitée surtout au désert oriental, où Ton se sert aussi d'un petit grain appelé duhn ( .v^^) pour faire du pain.

La viande {^) est préparée de différentes manières.

Elle est souvent Jjouillie avec du leben dans la marmite. Coupée en morceaux, mise sur le sàij et rôtie avec du beurre, elle constitue le sûgle/i (•^-^ ■

Elle est rôtie sur la braise, su à Je h (LLi.).

Les vrais bédouins font le Zaï'b. On creuse un trou en terre, revêtu parfois de pierres plates à l'intérieur et couvert également par des dalles; on y fait un feu violent de manière à ce que les pierres soient presque rouges; on retire la cendre, et l'agneau, dépecé eu quartiers, ou même tout entier, est mis dans cette cavité, qu'on ferme ensuite hermétiquement. La viande sort de là, excellente, dit-on. Le senleh (JLloI est un plat des nomades civilisés, composé de viande, de tomates, d'oignons, de beurre, de piments, et cuit au four.

Les Arabes ne mangent pas la viande crue, si ce n'est le foie, fort apprécié. En une de nos caravanes, un chameau succomba, empoisonné par des feuilles de laurier-rose. Les Arabes le saignèrent, le dépecèrent, et firent aussitôt rôtir le foie « pour détruire le poison ».

Dans les campements, les entrailles sont jetées aux chiens; les Arabes pauvres, tels les Sarrirât, les utilisent.

Le mets haflmeh est assez recherché. On met du lait dans un plat au fond duquel on dépose une pierre rougie au feu; le lait caille, et il est mangé avec le serf/keh.

Un liabitanl de Mosoul me fournit les détails suivants sur la nourriture des Arabes en cette région. Le pain, liubz, est généralement fait avec du maïs (i.^) ou de l'orge (^jl^).

Très souvent, il est compose par moitiés d'orge et de froment (jj2;^a>.), rarement de froment seul. Ces grains sont moulus avec le petit moulin à bras, composé de deux pierres superposées, appelé gûrûseh (ïi^oA^s.). La farine d'orge est passée au crible (Aiè-^i. On pétrit la farine, soit dans le plat de cuivre ou de bois, mahmar, soit sur le manteau, 'a6«', lorsqu'on n'a aucun instrument sous la main. La pâle Carjln) étant préparée, elle peut devenir ])ain de trois façons ; étendue eu couche très mince sur le sfuj posé ?ur le

feu elle produit le reglf \\ i,.i/!; ou bien la pâte, arrondie en tourte, est déposée dans

un trou, au milieu duquel a éltTallumé un feu actif; la cendre et la braise sont ramenées sur la galette; le pain cuit de cette manière est appelé tannons ( ^i.«^). En route spécialement, les Arabes préparent le tarmous, parce qu'ils n'emportent point d'instrument avec eux. Aux campements et dans les villages, le pain est cuit dans le tannoxir (,Jj"i. Ce nom est appliqué au petit réduit décrit plus haut sous le vocable synonyme de tûbûn. Quelquefois, le pain lui-même est désigné par ce mot tannonr ; pourtant on dit de préférence « pain du tannour » ; on l'appelle aussi qorsah. Le pain est mangé tout seuL ou bien avec le beurre { jn^], ou avec la crème CiLùS), ou avec le leben. On appelle fa-

OG COITI MHS DKS AHAHI'S.

Les deux; ou trois pierres qui supportent la nirirmite sui' le feu s'appellent hawàdt/ (^-i'j^). Quand on allume le feu, on dit : « Avec ta permission, ô maître du lieu » ; cette invocation s'adresse au r/inn.

Les animaux mangés par les Arabes en dehors des animaux domestiques — poules, moutons, chèvres, vaches, chameaux, chevaux — sont les suivants : la gazelle, le lièvre et le lapin {^^-^j^), la vache sauvage ('UJ' »!;), l'autruche (^'^;, le f/abb (-^-^) ^ Le ivaber est mangé par quelques Arabes, ainsi que le serpent.

On me parle aussi du nU {•j^), ou qonfjd (-M^) hérisson 2, servant

t'treh 1 >v^' ^^ P-^'*^ mi\.& dans le beurre et mangée avec le miel. Le mélange du ])aiu avec le beurre est pratiqué de différentes manières.

Le fal'tt (^^^é), appelé aussi fatoul, est fait avec du pain, coupé ou émictté, sur lequel on répand du beurre fondu. C'est un plat excellent au goût des Arabes. Mais le fal/t est rendu meilleur si on y ajoute du helou (Ss^). Lorsque le raisin est bien mûr, on le presse conme pour faire le vin; mais au lieu de laisser fermenter ce jus, on le met dans une marmite pour le faire bouillir; on le tient sur le feu, jusqu'à ce qu'il s'épaississe et forme ainsi le helou. Le fatd est relevé aussi avec du miel ( L^^) et les cheikhs y ajoutent encore volontiers du sucre.

Le pain est mangé avec le beurre seul, ou bien relevé avec du helou et du miel. Dans le helou on pique des dattes; souvent le leben est ajouté au pain et au beurre.

On appelle ham'ts { j*,.^^^».) le mouton coupé en morceaux et cuit dans le beurre; c'est ainsi qu'on prépare la dab'iheh pour les hôtes.

La labanleh consiste en un plat de viande cuite dans le leben.

Le fjanseh : plat de blé concassé. Le bunjul, autre plat de blé concassé mais qui a été épluché après une première cuisson.

Le hesou { ^**»C5-), appelé aussi hafideh (j'j.w^ajs.'l, est un mets délicat. Dans la marmite [dist) on met du beurre qui fond sur le feu; on ajoute une poignée de farine (tahïn) et on remue le tout jusqu'à ce qu'on obtienne une galette, destinée aux enfants, aux vieillards ou aux malades.

Le halâwah 1 ï»iW') est une friandise. On l'obtient de la façon suivante : lorsque le

beurre est fondu dans un vase maintenu sur le feu, on ajoute du miel ou du helou; on y mélange ensuite de la farine. Quand cette pâte est devenue solide, elle est servie sur le plat dit maieh et coupée en petits losanges appelés heikal i^S^^y

Le baqlûwali {'i^Ja rappelle le halâwah. On met d'abord du beurre dans le dist; on mélange du helou oa du miel et le tout est recouvert de pain; d'autres fois, sur la première couche de pain (.^jLi, ) on dispose de l'amidon (ildJ) ; on répète cela un certain nombre de foisi. Le gâteau, placé sur un plat, est ensuite coupé et le tout est abondamment arrosé de beurre fondu.

1. Cf. RB., 1903, p. 104. Le dabb est sans doute le 2Ï de Lcv., 11, 29.

2. Le hérisson est mangé malgré la défense de quelques juristes musulmans qui décrétaient sa manducalion criminelle, hai'ânt; cf. JJatât al-llaïuân, par Dainiry, 2- part., p. 214, éd. du Caire. Le '^1:3 = Ysp béb., Is., 14, 23; Soph., 2, 13. Les Arabes actuels prononcent qonftd (avec un dal); dans Sartouny, n'/s yaJ =: *sr'^-! Ji;jJ' (voir

1. Comme le reglf est une feuille de pain très mince, on peut facilement eu mettre plusieurs douzaines les unes sur les autres.

de nourriture aux pauvres, qui utilisent aussi la hyène, tlahe' { si.^/^) et la g-erboise, (jarhou (c.^^,.

Les oiseaux mangés par nos Arabes sont : la perdrix, le pigeon, le (jamâm (/-^;, plus petit que le pigeon; le semàq ^^'ms-; oiseau blanc; le qatâ ('-^l.le hubàra ( ci-^J, l'outarde, le bat (i^'), canard sauvasre, le zarzour {^^'u\), le slsân (.i^-rr-)- Le corbeau, l'aigle, la cigogne et le hibou ne sont point mangés '.

J'ai vu souvent des Arabes chercher des racines et les manger pour apaiser leur faim. Ils préfèrent cette nmigre pitance à la viande du cochon ou du sanglier qu'ils ne consentent jamais à toucher.

Aucun animal ne peut être mangé s'il n'a été auparavant saigné : un oiseau abattu par un chasseur doit être saigné : un lapin ou une gazelle le seront nécessairement aussi. La loi est absolue et fidèlement observée, au moins quant à la lettre. Certains Arabes en effet sont trop pauvres pour rejeter une brebis par exemple qui aurait été étranglée par le loup. Chez les Hagâîâ notamment, aucun membre de la tribu ne consentira à supporter pareille perte; lorsqu'ils trouvent une farlsel ed-(hh [~^>-^^ ^j^), une brebis tuée par le loup, ils la saignent comme si elle était vivante, pour légaliser en quelque sorte sa mort ; ils se croient ensuite autorisés à la manger. Mais les Arabes comme les Haweïtât et les Béni Saher n'auraient jamais recours à un pareil stratagème; ils abandonnent aux chacals de semblables aubaines.

Le lait.

La boisson des nomades est très simple, mais elle est précieuse au désert : je veux parler de l'eau et du lait. A cause de son grand rùle dans la vie nomade, ce dernier mérite une mention spéciale. Les Arabes en distinguent trois sortes : lait de brebis et de chèvre, lait de vache et lait de chamelle.

Le meilleur, à leur goût, est le lait de ganCim ou de petit bétail, brebis et chèvre, et personne n'hésite à donner le premier rang au lait de brebis (ï^-^) ; le lait de chèvre (v"-) vient en second lieu.

Au printemps, lorsque les troupeaux reviennent, vers le soir, du pâturage, on attache les brebis et les chèvres [gamlm heïdo et (janûm samrù 'j-*— j '-^r? '•^•=-: à une longue corde de laine appelée sebCiq

HuisiiR, Journal d'un voijage..., p. 569 . D'après d'autres Arabes, le qonfiJ répondrait i)lii lot au porc-épic. On aurait deux noms qonfod et qonfod, signifiant l'un le hérisson, l'autre le porc-épic; l'hébreu possède deux noms analogues ~£p, />■'•, 14, 23, et "123, Is-, 34, 15. 1. A. Ma 'an, cependant, on mange le corbeau, la cigogne et l'aigle.

68 COITIMES l)i:S ARAI5ES.

{^jjLiL.'i^ afin de pouvoir les traire plus faciieniciit. C'est en général la femme qui s'occupe de ce travail. Le lait reçu dans le maldab est versé aussitôt dans une peau de brebis nommée >iaqù chez les fellâhïn et se in (rr*—) chez les Arabes. Elle est pendue à un support en bois, rekàbeh (^j'-^,), pour être agitée, opération désignée par le mot Ijazza

'^Jl6. = ^"jV C'est la manière de battre le lait pour obtenir le beurre ^.

Lorsque le se' in a été suftisamment agité, le contenu est versé dans un graud vase en cuivre (,-^). Le triage se fait; le petit lait s'écarte et le beurre (s--';) est placé dans l'outre en cuir {•^•^.j^). La femme recueille ensuite le petit lait, le met sur le feu, et après l'avoir fait bouillir, en prépare le ijehgeh (v-^-=sr:^) qui est déposé dans un sac pour sécher; on le sale avant qu'il soit complètement sec, et on le place en forme de petites boules sur la tente afin qu'il durcisse au soleil. Les Arabes en ont toujours une provision. Ils s'en servent pour assaisonner leur nourriture et l'emploient surtout pour faire cuire la viande ~. L'usage est universel.

Le lait de vache [yi-\ -~-^)^] est traité comme le lait de yanàm; sauf qu'il est considéré comme dur à l'estomac et nuisible à la santé.

Le lait de chamelle (^^ v^^) ^st très léger, laxatif et très doux. La chamelle peut donner du lait pendant quinze mois. Au temps froid, son lait peut être utilisé pour le beurre : mais il en fournit en très petite quantité, et ne la donne même plus dès que survient la chaleur. Le lait n'est pas méprisé pour cela. On le boit et on l'utilise pour la préparation du riz. Chez les Arabes de l'est, le lait de chamelle sert à nourrir les poulains, les juments et les agneaux.

Le lait de jument et celui d'ânesse ne sont pas utilisés, si ce n'est comme remède : par exemple, le lait d'ânesse contre la toux.

Un Arabe voulut fumer un nargileh; n'ayant point d'eau sous la main, pour le préparer, il se servit de lait. Les voisins s'en aperçurent et le blâmèrent fortement, protestant que c'était un crime d'agir ainsi.

1. Le beurre est fort apprécié comme nourriture. Lorsqu'on en oQVe un plat à un certain ^ 'Abdallah des Geisân, il trempe sa main dans le plat et se la passe ensuite sur la figure.

2. La viande n'est pas cuite à l'eau, mais avec du leben ou du gebgeb délayé, qui donne aux mets un goût aigrelet très apprécié. La viande n'est pas préparée avec du lait, car « il se gâte en bouillant ». Ni le lait, ni le beurre ne peuvent être consommés avant l'offrande du semâl; le Icben au contraire peut être bu.

Eau.

Le lait sert de nourriture à un grand .nombre de nomades; la véritable boisson est l'eau.

La question de l'eau est des plus graves. Ceux qui maintenant s'installent auprès des villages récents ont soin d'aménager les antiques citernes comme à Umm Rummâneh, Umm el-'Amed, Geloul, Kabbah, etc. Ces puits sont la propriété privée de tel cheikh, possesseur ou seigneur de la terre ; ils sont réservés à ses fellahs et à ses troupeaux. En dehors de ces citernes, relativement petites, il existe au désert d'immenses réservoirs, qui se remplissent pendant l'hiver et qui sont la propriété d'un clan : tel le bïr Bareïzen, auquel viennent s'abreuver les troupeaux des Fâïz pendant l'été. Les autres nomades n'oseraient s'attribuer le droit d'y venir puiser; cette démarche pourrait engendrer de sérieuses querelles. Chez les Rualah et chez les Haweitât, il existe des puits analogues. Au Négeb, les puits de Halas"i d"Asloug, de Mâyin^ sont renommés et fréquentés par plusieurs tribus; ce sont de vrais puits, qui contiennent de l'eau toute l'année; et cependant ils sont la propriété de tel ou tel clan : à 'Asloug, par exemple, les uns appartiennent aux Tîâhâ et les autres aux 'Azâzmeh. En général, celui qui fait creuser un puifs nouveau ou nettoyer un ancien, en est regardé facilement comme le possesseur, et lui donne son nom. Tel le puits Eben Noueïreh, à trois quarts d'heure au sud-ouest d'Asloug; tels aussi les puits Eben 'Awdeh, dans V Arabah-. Les tribus de Kérak possèdent toutes des puits dans la campagne, pour abreuver leurs troupeaux pendant l'été. Les Arabes de Mâdabtâ ont des puits nombreux; beaucoup ont creusé une citerne dans la maison ; presque tous ont acquis un ou deux puits aux environs du village, et, il faut le reconnaître, souvent il y arrive des discussions. Rien que pour y aller abreuver sa jument, l'Arabe prend son fusil ou son sabre.

Mais les puits ne sauraient suffire aux grands troupeaux ; il faut des ruisseaux. Dans notre région, se trouvent le \Yâleh et le Môgib, qui coulent tout l'été; le Zerqâ Main, l'on. Hesbân, les 'Aîoun Mousa, l'oucâdy Béni Hammâd, l'oufidy Kérak, les sources de Ter'ïn, d' Iraq, de Taïbeh, l'oiiâdv el-Hescâ, et beaucoup d'autres sources qui se trouvent sur le versant occidental des montagnes depuis 'Amman et Na'our jusqu'à Pétra. Ce n'est pas sur ces points que l'eau peut manquer; mais vers l'est les sources sont moins nombreuses. Pendant

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