D'après une aulre tradition c'était un chat
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tente pour y chercher nue protection; la sécurité octroyée à l'hôte revêt à peu près le môme caraclère avec quelques nuances pourtant ntiles à signaler. L'acte de manger ensemble est considéré comme quel(]ue chose de solennel et de sacré. L'Arabe qui rencontre son ennemi refusera de manger avec lui ou de lui ofl'rir un peu de nourriture. On connaît le fait de Saladin après la bataille de Hattîn, empêchant Renaud de Chùlillon de boire un verre d'eau sous sa tente, parce qu'il avait juiè de ne point lui faire grâce. En une circonstance pénible, j'ai été témoin du prix attaché par les nomades au simple acte de rompre ensemble le pain, même en dehors de la tente. Je descendais, avec deux compagnons, les pentes escarpées du Môgib; avant d'atteindre le ruisseau, nous fûmes rejoints par quatre Arabes qui se firent passer pour des gens de Gaza. Un de mes guides me dit alors : « Ces Arabes nous trompent; leur langage n'est pas celui des bédouins de Gaza, mais celui des Arabes du pays; mettons-nous sur nos gardes. » Il se tint prêt, en effet, et le montra aux nouveaux venus, tous armés de fusils et de poignards. Après avoir traversé l'eau, comme le soleil allait se coucher, je donne le signal de la halte; personne ne disait mot, et je redoutais un mauvais dénouement. On prépare, sur le sable, un maigre souper, et j'invite les quatre inconnus à le partager. Ils s'asseyent par terre, autour du pain coupé, prennent leurs armes à la main, et attendent, .fe dis à l'un : « Mange avec nous. — .le ne mange pas, » répondit-il vivement, et son regard farouche, plein de sang, se fixant sur un de mes guides, appelé Métri, il lui dit avec force : « Tu es Métri, fils de Hannah. » Mon brave compagnon, qui soupçonnait depuis longtemps quelque mauvais dessein, se redresse avec fierté et lui dit : « Il arrivera ce quïl pourra, mais je m'appelle Métri et.Métri est mon nom; pourtant, je suis fils de Touâl, et non fils de Hannah. » Un silence succéda à cette déclaration; je voyais le moment où le sang allait couler, la discussion reprit cependant; c'était du moins plus rassurant. Métri dut prêter le serment qu'il n'était point fils de Hannah. Les bédouins consentirent alors à partager notre repas, et ensemble nous passâmes la nuit à la belle étoile, dormant d'un profond sommeil. Or, voici le mystère de cette histoire. Le plus courroucé des quatre Arabes, Sâlem eben Hasal, est de la tribu des Hagâîâ, célèbre par ses brigandages. Eben Hasal lui-même en esta son quatrième assassinat. Il y a dix-huit ans, les Hagâîâ firent une razzia contre les chrétiens de Mâdabâ et emmenèrent pendant la nuit tous leurs troupeaux qui étaient parqués auprès de Deleïleh. Le berger avertit le cheikh Sâleh qui, avec Ibrahim at-Touâl, donne l'alarme {ç-y). Six cavaliers sont à l'instant même prêts à partir, et.
dans leur course rapide, devancent, sans les voir, les voleurs qui, au nombre de cinquante, poussaient moutous et brebis devant eux. Au lever du soleil, les cavaliers de Mâdab.ï s'arrêtent : « Nos troupeaux ne sont point passés par ici, disent-ils; on n'en voit pas trace sur le sol. » Ils rebroussent chemin, et aperçoivent bientôt les voleurs à Temed. Une première et une deuxième sommation de rendre les troupeaux demeurent sans réponse : les pillards sont cinquante, ils n'ont pas peur de six cavaliers! à la troisième interpellation, ils répondent par des coups de fusils. Le combat était engagé. Dans ces circonstances, les Arabes font beaucoup de démonstrations, mais évitent de répandre le sang. On se battit donc longtemps, mais soudain une grande clameur s'éleva du côté des Ilagâîâ; une balle venait de frapper à mort deux hommes, dont l'un était le père de notre Eben Ilasal. Qui avait tiré cette balle? On ne le saura jamais; il est connu à Mâdabâ ; mais les .\rabes ne se trahissent pas. Les ennemis l'imputèrent naturellement au meilleur tireur chrétien, à Hannah Farah. La paix fat rétablie, mais Eben Hasal ne s'en tenait pas à la parole donnée, et dixhuit ans plus tard, croyant avoir sous la main le fils de Hannah, auquel il avait attribué la mort de son père, il se disposait à venger le sang par le sang. Il ne le fit pas, non point précisément parce qu'il fut convaincu par la déclaration de Métri^, mais, comme il l'avoua plus tard, il avait été intimidé par l'attitude de ses adversaires, et en témoignage de réconciliation avait partagé notre pain. Dès ce moment, toute crainte était dissipée.
Les suites de cet incident ne rentrant point dans mon cadre, je m'abstiens de les rapporter. Mais je veux mettre eu relief un autre moyen qui était en mon pouvoir de me prémunir contre une attaque à main armée de la part de ces bédouins. Le matin j'avais reçu Thospitalité sous latente des Ka'âbneh établis dans l'oufidy Butum, au centre de la Kourah. Au départ, le cheikh nous avait congédiés par la formule ordinaire : Allait iusahhel 'âleïkum a qu'Allah aplanisse devant vos pas tous chemins ». D'après la règle du désert, nous restions ses hôtes jusqu'au moment où nous entrerions sous une autre tente pour y recevoir à nouveau l'hospitalité. En d'autres termes, pour me servir d'une expression arabe, tant que le sel du cheikh des Ka'âbneh était dans notre ventre, nous avions droit à sa protection, et il était obligé de nous protéger. Si donc, au moment de notre démêlé avec Eben Hasal, nous avions fait appel au droit dit sel (^Ul ^Jr^]i nos en-
1. D'ailleurs le père de Motri, Ibrahim at-Touâl, était au nombre des six cavaliers qui avaient livré bataille aux Hagâïâ.
ncmis avaient à compter non seulement avec nos armes, non seulement avec la tribu des 'Azeïzât, à laquelle appartenaient mes doux iiuides, mais encore avec le cheikh et la tribu des Ka'âbneh. Cette protection projetée en quelque sorte en dehors de la tente sur la personne qui a pris la nourriture, qui est entrée en communication de vie avec la famille et la tribu et qui emporte dans son ventre (^-^ ^') le pain et le sel, ne contribue pas peu i\ donner de la sécurité au désert. Lorsque le bédouin demande à un autre Arabe d'où il vient, il désire fort souvent se renseig-ncr sur son protecteur éventuel. Connaissant le campement où il a passé la nuit, il sait par le fait même à qui en appellera le voyageur, en cas de malheur. Supposons que deux ou trois pillards, errants sur les chemins, — il est bien rare de faire un voyage en Moab sans en rencontrer — , mettent la main sur un on deux Arabes, les dépouillent, les maltraitent malgré la résistance de ces derniers qui se réclament d'un cheikh, dans les conditions ci-dessus exposées. Les pauvres diables, n'étant pas les plus forts, seront bien contraints de subir les avanies de leurs ag-resseurs, mais ils ne perdent pas l'espoir de la vengeance, ni celui de rentrer en possession des objets volés. Dans leur infortune, ils retournent au campement abandonné le matin et font au cheikh un exposé des faits. Sans se déshonorer et sans perdre son prestige le chef ne peut pas négliger ces malheureux.
Voici un fait qui sest passé l'année dernière. Plusieurs Arabes Tïâhâ étaient venus acheter du bétail au pays de Moab. Avant de quitter les hauts plateaux, ils reçurent l'hospitalité chez Heider eben Zeben, des Béni Saher. De bon matin, ils descendent les pentes des montagnes de Hesbcân pour s'enfoncer dans le Gôr. Ils se reposaient au Magrâ Agwâ, lorsqu'ils furent rejoints par un soldat qu'envoyait le moudlr de Mâdabâ; il devait leur intimer l'ordre de revenir pour le compte du bétail. Le soldat était accompagné du fils du cheikh, la'qoub Soueïhât. Les Tïâhâ déclarèrent qu'il leur était impossible de retourner. Une seconde fois le soldat les somma d'obéir; sur leur refus catégorique, il fit feu et tua un homme. La nouvelle de cet incident ne tarda pas à parvenir aux oreilles de Heïder eben Zeben. Aussitôt, il saute à cheval et arrive à toute bride à Mâdabâ. Il se précipite chez le cheikh la'qoub : « Je veux le droit, lui dit-il vivement, tu as tué mon hôte. — Le droit tiendra (;3^^' ^^■*^.)' ^'i^ plait à Dieu, » répond la'qoub. Aussitôt il réunit des témoins, appelle son fils, et fait à Heïder le récit des événements tels qu'ils s'étaient passés. On démontra que l'auteur du meurtre n'était pas le fils de la'qoub, mais le soldat qui avait cédé à un mouvement de colère. Heïder eben Zeben, ne vou-
lant pas s'attaquer directement au g'ouvernement, retourna chez lui attendre l'occasion favorable de venger son hôte.
L'hôte a droit à la protection de celui qui le reçoit sous sa tente; mais il est tenu, à son tour, d'observer certaines règles, surtout d'être loyal et d'éviter tout ce qui ressent la félonie. Un Arabe qui profite de l'hospitalité pour commettre par trahison un vol ou toute autre mauvaise action tombe dans le dernier mépris et s'expose aux plus dures représailles. Voler à main armée, dans une razzia ou sur un grand chemin, passe bien souvent pour un coup d'audace et revêt aux yeux du nomade une certaine couleur de bravoure et de vertu. Mais voler sous la tente où l'on reçoit l'hospitalité, se conduire en traître autant qu'en voleur', ne mérite aucune compassion. Abou Tâ'ieh me racontait à ce propos le trait suivant. Un Sarârij s'était réfugié sous la tente de Za'al abou Tâ'ieh, et y avait reçu l'hospitalité. Il se trouva fort à Taise et resta vingt jours auprès de Za'al, vivant de sa table, et en retour lui rendant quelques services. 11 passait pour un homme fidèle et dévoué, mais un soir il succomba à la tentation. Il remarqua les plus beaux chameaux de Za'al et, profitant de l'obscurité de la nuit, disparut avec cinq d'entre eux. Le berger ne tarda pas à s'apercevoir de l'absence des chameaux; il avertit Za'al qui, ne voyant plus le Sarâry à sa place accoutumée, devina immédiatement le méfait. Il réveille aussitôt son frère 'Awdeh, et suivis d'un 'ahed'-^ ils se mettent tous les deux à la poursuite du voleur. Dès le matin, ils l'aperçoivent dans la plaine et, grâce à la rapidité de leurs juments, ne tardent pas à l'atteindre. Za'al irrité de la conduite de ce traître lui coupe un bras, tandis que son frère lui taillade les jambes à coups de sabre. « Nous l'avons ainsi laissé à demi-mort dans le désert, » me disait froidement Za'al.
Les graves manquements aux règles de l'hospitalité, de la part de celui qui la reçoit, donnent lieu au hairq (^Jl^)^ Le mot signifie dans la langue littéraire « un malheur désastreux, une mauvaise chose », et « le mensonge ». Le bédouin n'en donne pas une définition, mais il l'explique. Un Arabe se présente à la porte d'une tente pour demander l'hospitalité ; elle lui est accordée; mais voici que, oublieux du respect qu'il doit à cette maison, il se permet une aclion blâmable; c'est géné-
1. Celui qui vole ainsi sous la lente est appelé luC'œq ( ijU>.).
2. Les Arabes appellent ^ahed tout homme nègre, qu'il soit domestique ou qu'il jouisse d'une complète liberté. Cf. g 10.
3. A Jérusalem, le verbe^ employé à la 2'^ forme, hawwaq, se dit d'une personne qui, ayant pris part à une réunion d'amis, parle à tort et à travers, en termes peu favorables, de ce qu'elle a vu et entendu.
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ralement uu vol dans une tribu alliée au clan où il reçoit l'hospitalité, mais ennemie de sa propre tribu à lui. Pour échapper à une juste colère, il se retire aussitôt parmi les siens. Le maître d(; la tente lésée conpe à cette même tente, avec son sal)re, une bande d'étoile noire, la place au sommet d'une perche ou d'une lance, et parcourt avec cette sorte de drapeau Itigubre les campements voisins i. Arrivé devant la tente d'un cheikh, il dresse sa lance, la fixe en terre, et dit : « 0 cheikh, ceci est le bawq d'un tel, traître sons ma tente. Deux fois, trois fois, je lui ai demandé la restitution des objets volés; il a refusé; j'élève donc son bawq devant toi. Que dis-tu , ô cheikh?» Celui-ci pose la question : « Lui as-tu envoyé un messai;cr? — Oui, » répond raccusatcur. Le cheikh, ainsi interpellé, rejette parfois ce bawq, parce qu'il a besoin politiquement de la tribu à laquelle appartient le voleur; il doit par conséquent la ménager et ne point se mettre en état d'hostilité avec elle. Souvent aussi, dans un sentiment de justice ou pour tout autre motif, il l'accepte, spontanément, ou après avoir pris conseil des principaux de la tribu. Quand il a définitivement accepté le bawq de quelqu'un, il le met en quelque sorte au ban de la tribu et même de toute la population du désert. Le malheureux est frappé d'anathème ; il est complètement déshonoré et perd tout droit à l'hospitalité. S'il vient la réclamer auprès de quelqu'un, elle lui sera refusée. Si on le dépouille pendant qu'il est sous une tente étrangère, aucune démarche ne sera entreprise pour le faire respecter, pour lui faire rendre ce qu'on lui a volé. Naturellement personne, parmi les Arabes, ne descendra sous sa tente. Mais si quelqu'un désire malgré tout se reposer chez lui, être son hôte, et qu'il lui arrive un malheur quelconque, il ne pourra obtenir aucune protection, parce qu'il s'est réfugié auprès d'un homme déshonoré, appelé mebawwaq par tous les habitants du désert. Son bawq, en effet, n'a pas été planté seulement devant la tente d'un seul cheikh, mais a fait le tour de tous les campements pour que les tribus le connaissent et le méprisent.
Voici un fait qui s'est passé il y a quinze ans. Un certain IJalïl abou Hâmy, du clan des Soueïrky, était lan'ib de Soleïmân el-Menawwer des Abâ-al-Canâm. Il partit un jour vers Gaza et alla voler six chevaux chez les Gabbârât, à Beit Gébrïn. Il revint avec son gain au pays de Moab, et prévoyant les réclamations qui ne tarderaient pas à se produire, se réfugia chez les Fâïz. Les Gabbârât firent bientôt leur apparition chez les Abâ-al-Ganâm, à la recherche des chevaux volés. Le chef s'adresse à Soleïmân qui protégeait IJalïl et lui donnait l'iios-
1. Quelques Arabes nieUent un morceau de ceUe étoffe au poitrail de leur jument.
pitalité : « Ton tanïb est parti de chez toi pour venir me voler; rendsmoi mes chevaux ou plante le haivq de llalll abou I.Iâoiy. — Comme tu voudras, » dit Soleimân. Comme les objets volés n'étaient pas sous sa main, et que le voleur refusait de les rendre, il dressa son baivq au sommet de sa lance, et déclara IJalïl abou T.Iâmy mebaicicaq parmi tous les Arabes du Belqâ et de Gaza.
Un antre fait rendra plus sensible encore ce procédé bédouin.
Un Arabe de la tribu d'Eben Ccâzy, du nom de Salem Ijâweïty, descendit comme hùte chez 'Ereïqib eben Sibhfm de la tribu des Zeben. Un matin, avant de couper Je sel, c'est-à-dire avant de s'être dégagé des liens de l'hospitalité qui l'unissaient à Ereïqib, en mangeant par exemple sous une autre tente, il se dirigea vers les (ianamât contre lesquels sa tribu était en guerre et réussit à voler deux juments appartenant à un certain Soleimân; au lieu de rentrer chez les Zeben, il se hâta de regagner sa tribu, campée aux environs de Ma an. Soleimân s'aperçut bien vite de la disparition de ses juments, et ne tarda pas à connaître le nom du voleur. Il vient à Mâdabâ, prend avec lui Ibrahim Mesârweh, celui-là même qui m'a raconté l'histoire, et se rend à la tente d'Ereïqib où le voleur avait reçu l'hospitalité : « Le sel est dans ta tente, lui dit-il en labordant, et mes juments sont volées. » 'Ereïqib comprend aussitôt la justesse des réclamations, et l'obligation qni lui incombait. Il prend le plat dans lequel avait mangé Sâlem Ilaweïty, monte à cheval et se transporte rapidement à Ma 'an, au campement d'Eben Gâzy. « Tu as mangé dans ce plat, » dit-il au cheikb lui-même, faisant allusion à l'hospitalité donnée à Sâlem, Arabe de sa tribu « et tu as volé les juments des (ianamât, mes alliés; rends les juments, sinon je plante le baivq. » Eben Gâzy répondit : « Entre nous et les Ganamât, il y a cjawin^; je ne rendrai pas les juments. » 'Ereïqib répliqua : « Renvoie les juments, ou je fais un trou dans ce plat. — A ton gré, » dit Eben Gâzy confiant dans sa force, « la guerre éclatera entre nous, mais je ne puis rendre les bêtes volées ». 'Ereïqib retourna chez les Zeben, exaspéré de l'obstination d'Eben Gâzy, décidé à lever le bawq contre Haweïty et par conséquent à déclarer la guerre à toute la tribu qui le défendait -. Pourtant il voulut demander conseil avant de s'engager complètement dans cette voie. Fellah Selâs était alors à la tète des Zeben, par son influence et sa valeur. 'Ereïqib alla le consulter : « Voici les
1. Gawm signifie « troupe»; mais il prend le sens spécial de « troupe allant razzier, piller »; quand il y a gawm entre deux tribus, c'est l'état d'hostilité qui règne.
2. Manifestement, lorsque le chef prend parti pour quelqu'un, il s'engage à le défendre, même par les armes.
paroles d'Eben Gâzy, » fit-il en relatant les faits ci-dessus mentionnés; « faut-il lever le bawq? » Le sage Sclâs dit : « Nous sommes en guerre avec les Arabes de l'est; il est contraire à notre politique de soulever des hostililés avec le puissant Eben Gâzy dont nous avons besoin. Mieux vaut payer de notre bourse les juments volées. » 'Ercïqib accepta ce bon conseil, et se prépara à verser une forte somme à Soleïiiiân, pour le dédommager du vol dont il avait été victime. Mais Soleïmân insista pour avoir ses deux juments. 'Ereïqib lui dit alors : « Prends patience; je te les rendrai. » A quelque lemps de là, il gagnait Ma an avec deux compagnons, et réussit à voler un cheval de race à Eben Gâzy. Ce dernier vint chez les Zeben réclamer son bien. Le cheval lui fut laissé à la condition qu'il rendrait une jument des Ganamât. L'échange eut lieu. Les négociations en restèrent à ce point. Mais huit ans plus tard, 'Ereïqib, qui n'avait pas oublié ses obligations, parvint à voler une jument à Eben Gâzy, qui envoya de lui-même la jument des Ganamât pour avoir la sienne. La paix fut ainsi rétablie et 'Ereïqib eut l'honneur sauf. Soleïmân prit un drapeau blanc, le promena dans sa tribu et dans celle des Zeben en c;iant à haute voix : « Allah a blanchi le visage d 'Ereïqib; c'est un homme plein d'honneur. ^)
La meilleure preuve du respect des Arabes pour l'hospitalité se trouve dans le pardon accordé à leurs ennemis, qui ont mangé sous leurs tentes. Voici un fait récent. Dereïby, un membre influent des Zeben, partit en expédition avec cinq cavaliers désireux de faire un gain contre les Béni Sa'alân. Ils attaquèrent un petit campement placé à l'écart, tuèrent deux frères, enlevèrent quelques chameaux, et reprirent la route de leurs demeures. Mais les ennemis se précipitèrent sur la petite troupe, qui fut bientôt entourée. Dereïby, se croyant perdu, s'élança dans le désert, où il s'égara, erra toute la nuit, et Unit par entrer sous une tente isolée pour demander l'hospitalité. Le maître de la tente le reçut, lui prépara le café. 11 était occupé à creuser deux fosses pour ensevelir deux cadavres placés sous latente. La fille du Béni Sa'alân passa la tête par-dessus la séparation entre le siq et le mahram^ de la tente et aperçut Dereïby. Elle s'écria : « Voici l'assassin de mes deux frères. » Son père lui imposa silence, lui reprochant son inconvenance envers un hôte; il laissa partir Dereïby en paix.
Les lois de l'hospitalité sont pratiquées non seulement envers un seul individu mais aussi envers tout un groupe.