Tribu du désert oriental
Oi COUTUMES DES AUAIU^S.
!:; 8. Chevelure.
Les jeunes Arabes aimcut à porter les cheveux longs, et beaucoup (le bédouins se parent, aux jours de fôte, de leurs longues boucles cachées en temps ordinaire sous le kefîeh, mais arrangées avec un soin jaloux. Chez les Tïâhn, au Négeb, tous les enfants portent les cheveux longs. Quand ils ont grandi, à l'âge où la barbe commence à jiousscr, un parent de l'enfant, ou son père, lui coupe cette belle chevelure, qu'on se hàtc d'enterrer ^ Faudrait-il rapprocher cette cérémonie de la 'àqlqa, qui consistait à raser la tète du nouveau-né, et à le frotter avec le sang d'une victime?
Les femmes se coupent les cheveux à la mort d'un mari, d'un père ou d'un proche parent-. Les longues tresses sont étendues sur la tombe, ou enroulées autour de la pierre dressée à la tète de la sépulture. J ai constaté une pratique plus curieuse. Deux piquets de bois étaient dressés, l'un à la tête, l'autre au pied d'une sépulture, auprès de Faqou'. Une corde avait été tendue entre les deux piquets, et de longues nattes de cheveux blonds étaient suspendues à cette corde, au-dessus de la sépulture (fig. 8).
A Kérak, à Ma an, au Négeb, chez les différentes tribus règne aussi le même usage.
J'ignore si les belles tresses de cheveux longues de trente à quarante centimètres que j'ai vues suspendues sous la tente de 'Aqïl [Sr^)i cheikh des Agârmeli, étaient des emblèmes de douleur ou se rapportaient à quelque aulre usage. Le cheikh interrogé ne m'a donné que cette réponse évasive : « c'est pour orner ma tente ^. »
Nous savons que les cheveux de la nouvelle mariée sont coupés par devant, à la hauteur des yeux. C'est aussi à propos du mariage que fréquemment sont coupés les cheveux du jeune bédouin.
Ce n'est pas seulement pour le deuil, C'est encore pour la vengeance, qu'on coupe les cheveux.
Le cheikh Musalleni al-Magoudy m'a raconté la pratique suivante.
Quand, après un assassinat, le coupable est saisi et enchaîné, on ne le tue pas toujours, pour ne pas perpétuer l'inimitié et aussi pour faire preuve de générosité. « Je te pardonne, » lai dit le vengeur du
1. Au campement des 'Agârmeh, un enfant se fait couper les cheveux par son père et les ramasse ensuite pour les cacher soigneusement en terre. Les ongles coupés sont également dissimulés dans la fissure d'un mur pour être retrouvé le jour des comptes.
2. Cf. P. Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, 2° éd., p. 25G.
3. Un Arabe a prétendu que celait la chevelure d'une de ses femmes morte récemment.
VIE DE FAMILLE. 9o
sang. Mais, avant de le renvoyer, il lui coupe les cheveux, lui rase le tour de la tête, ainsi que les tempes et le menton; il lui donne ensuite la liberté^.
Chez les Tïâhâ, on retrouve un usage analogue. Lorsque dans la guerre on prend un prisonnier qu'on ne veut pas mettre à mort, on l'amène au campement, on lui rase un coin de la tête au-dessus des tempes, et on le renvoie. Les Tïâhâ prétendent que cette rasure est une marque de liberté -.
Mais il faut voir un acte de vengeance ou un châtiment dans cet autre fait. Des bédouins s'emparèrent d'un traître qui avait dévoilé à l'ennemi leur plan de campagne; ils le rasèrent complètement d'un côté, lui coupèrent la moustache de l'autre, et le laissèrent ensuite en liberté '.
La couleur préférée pour la chevelure est le roux tirant sur le rouge. « Mais le noir est plus beau, '> disais-je à un bédouin. « Pour les yeux, répondit-il; mais pour les cheveux, il faut la couleur du henneJi. » On a dit comment les femmes ont recours à l'urine des animaux pour donner cette teinte à leur chevelure.
^ 9. Mort et funérailles.
Un proverbe arabe dit : « La mort dans l'abondance et la force est préférable à la vie d'humiliation et de faiblesse^. » La mort est la grande pierre de touche du cœur humain. Il est difficile de connaître le véritable sentiment de l'Arabe à ce sujet; sans cesse il est en garde pour défendre son existence, et pourtant, il ne se préoccupe pas outre mesure du danger qui le menace. Lui faites-vous appréhender la rencontre possible d'un ennemi sur sa route : « S'il plaît à Dieu, il n'arrivera rien, » vous répond-il, et il part. Dans les combats ou les razzias, il se précipite tête baissée contre l'adversaire, comme s'il était invulnérable. La mort sur le champ de bataille passe aux yeux de tous pour être glorieuse et honorable. Uii guerrier qui succombe en combattant est un héros; son sort est digne d'envie. L'homme, au contraire, qui expire tranquillement sur sa couche est médiocrement considéré; au lieu de se serWr du terme ordinaire, jnàt, « il est