‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 28 sur 159 · Cf. II Sam., 10, 4 s · texte numérisé non relu

Cf. II Sam., 10, 4 s

4. Farâid al-LCil fî-l-mogma^ ul-^amijjl, t. II, p. 278, édit de Beyrouth.

mort )', pour annoncer son trépas, on dit volontiers en parlant de lui, falas, « il a crevé ». Au reste, cette désignation malsonnantc a rarement l'occasion de s'appliquer à un cheikh arabe, ou môme à nu homme de valeur. Les vieillards sont rares sous les tentes; car beaucoup de bédouins finissent de mort violente.

Malii'ré une existence pauvre, une vie dénuée de tout confortable et saturée de privations et d'amertumes, le nomade préfère traîner ses haillons et mendier un morceau de pain plutôt que de se supprimer par le suicide. De ce désordre, on connaît cependant certains cas particuliers. Chez Eben ilasïd, un chef se tira un coup de fusil; un chrétien de Kérak, 'Isa Serâïreh, se jeta dans un puits; une femme, nommée Magoudy, désespérée de se voir abandonnée par son mari, se précipita, dit-on, du sommet d'un rocher. Ces exemples exceptionnels, dont le souvenir s'est vivement conservé, prouvent la thèse soutenue par maints auteurs, « de la répugnance du nomade pour le suicide ». Du reste, la fin la plus tragique, survenue en pareilles circonstances, n'inspire aucune admiration aux habitants du désert. « Il n'est pas en possession de sa raison celui qui se tue, me disait un bédouin; qu'il prenne patience, Allah ne l'oubliera pas sur terre. » Inutile d'insister sur des exceptions; reportons notre regard sur des faits quotidiens.

Lorsque le malade^, auquel on a donné tous les remèdes connus de ces populations primitives, est sur le point d'expirer, il est baisé par sa parenté. Quand il a rendu le dernier soupir, les pleurs et les cris commencent dans sa famille et parmi ses proches. Les femmes assument la charge des lamentations jointes aux manifestations extérieures de la douleur. Chez les Arabes du Belqâ, elles s'égratignent la figure jusqu'à effusion du sang et déchirent leurs vêtements jusqu'à la ceinture. Chez les Béni Saher, elles déchirent leurs vêtements et se mettent de la terre sur la tête (terre ou cendres du foyer). Les autres tribus ont les mêmes usages, jusqu'aux Nawâr. A la mort du frère de leur cheikh, devant notre maison à Jérusalem, les femmes, les cheveux épars, la tête couverte de cendres, les vêtements déchirés, offraient un spectacle curieux et sinistre à la fois. Des cris perçants se firent entendre depuis le moment de la mort jusqu'à Theure où le cadavre fut emporté au cimetière-.

1. « Lorsqu'un homme est malade et que tout le monde voit qu'il va mourir, chaque visiteur qui entre n'en dit pas moins : « Il guérira, si Allah veut; ce sera bien, si Allah

veut » (i\}\ ti. ■! fc^-à. xl3l Li. .! V •"•^), ^t to'^'' '^ monde, y compris le malade

répète les mêmes phrases. » C. Huber, Journal d'un voyage..., p. 198.

2. Voir ci-après les détails sur la sépulture de Mohammed Heseïn.

Dans les campements, lorsque retentit la fâcheuse nouvelle de la mort d'un membre illustre de la tribu, il est d'usage, en signe de deuil, de verser à terre le café qui se prépare dans la cafetière, ou même celui qui est déjà dans les tasses, si on était en train de le boire dans une assemblée.

Ainsi se comportèrent à Mâdabâ tous les grecs orthodoxes, lorsque, la nuit de Noël 1901, la cloche du presbytère latin annonça la mort du missionnaire dom Giuseppc Manfredi.

Pendant que les femmes se livrent aux lamentations, ou font, groupées sous les tentes, l'éloge du mort^, les hommes procèdent à la toilette du cadavre. On ferme d'abord toutes les ouvertures du corps « afin de le conserver pur », disent quelques-uns, « pour empêcher les ginns de s'en emparer », prétendent les autres. Le cadavre est ensuite lavé à l'eau chaude et au savon. Quelquefois cette opération a lieu sous la tente; mais souvent on la retarde jusqu'au moment de l'ensevelissement. Cette précaution s'explique aisément. Quand le cadavre doit être transporté à une distance de deux ou trois heures, et même davantage, avant d'être livré à la sépulture, les nomades estiment superflu de procéder à un premier lavage qu'ils sont contraints de recommencer peu de temps après. Les moyens de transport sont en effet tout à fait primitifs ; le cadavre est roulé dans un manteau, attaché sur le dos d'un chameau, et apporté près de la tombe. Or l'essentiel pour le nomade est de déposer en terre un cadavre bien propre. A cet effet, le moyen le plus efficace consiste assurément à retarder les derniers devoirs à donner au mort jusqu'au moment où il sera déposé dans la fosse. Près du tombeau dit de Rachel, sur la route de Bethléhem, j'ai assisté à cette cérémonie. Des Arabes de la tribu des Ta'âmreh avaient apporté, du fond du désert, le cadavre d'un des leurs. Il était étendu sur une grande dalle; à côté, une marmite pleine d'eau était posée sur un feu actif. Lorsque l'eau fut chaude, deux hommes se mirent à savonnerie cadavre de la tête aux pieds. J'ai vu le même rituel observé par les 'Azâzmeh, à Halasâ du Négeb. La pratique est universelle parmi les Arabes. Les Béni Saher, n'ayant point d'eau sous la main, frottent avec du sable le cadavre du cheikh seulement.

Après que le corps a été lavé, il est aspergé, dans les villes, d'eau de rose ou d'eau parfumée; mais chez les nomades il est aussitôt

1. On appelle mu'ld ou mu'ayyid (jJjl.-) celui qui fait la louange du défunt; cette gloriliiation est aussitôt commencée par les femmes, sous la tente. Dans les villes, un personnage spécial est chargé de l'éloge des défunts; il compose une pièce de vers de circonstance ou bien en récite une vieille.

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déposé sur le ha/an, drap blanc tout noul", aclicté pour ensevelir les morts et découpé par les femmes, assises à côté du cadavre qui est Ijientôt enveloppé de ce drap, comme d'un sac parfaitement cousu. Les nomades ne se servent pas de cercueil et le kafan seul protège et retient les membres refroidis.

Pendant la toilette du cadavre, d'autres membres de la parenté préparent la tombe. J'en ai l'cmarqué trois types chez les nomades. La pins commune est la fosse en pleine terre. Sa profondeur doit ég'aler la hauteur du défunt; elle a, par consé(iuent, un mètre soixante-dix en moyenne. Sa largeur doit être suffisante pour recevoir le corps. On aligne au fond des pierres plates destinées à isoler de terre le cadavre. D'autres pierres, disposées tout autour de la dépouille mortelle, forment comme une maisonnette contenant le mort; une voûte formée avec des pierres et du mortier achève de protéger complètement le cadavre contre tout contact avec la terre. La fosse est alors remplie; chacun des parents et même des assistants contribue à cette opération. La terre amoncelée sur la tombe forme un tertre en berceau; deux pierres dressées, l'une à la tête, l'autre au pied, déterminent la longueur et évoquent la présence bienfaisante de deux esprits protecteurs. Chez les Sehour, on ne dresse qu'une seule pierre sur la tombe d'une femme. Lorsque tout ce travail matériel est achevé, les assistants se lavent les mains sur la sépulture, en disant : « Qu'Allah te pardonne comme nous te pardonnons. » Si parmi les personnes présentes se trouvait par hasard un individu obligé à une vengeance contre la parenté du défunt, il ne se laverait pas les mains. S'il reste un peu d'eau dans les cruches, elle est répandue an-dessus de la sépulture, sur laquelle est jeté le manteau qui enveloppait le cadavre^.

Au lieu de la fosse en pleine terre, certains Arabes préfèrent le type du caisson en pierres brutes adossé à un rocher; c'est le mode en vigueur à Aïn Qedeïs et à Bireïn, dans le Négeb. Les habitants prétendent soustraire ainsi plus sûrement les dépouilles mortelles à la dent des fauves. L'explication peut avoir sa raison d'être; elle n'est pas suffisante. Cette coutume reposerait peut-être sur l'idée d'écarter autant que possible le cadavre du contact avec la terre. Ne pouvant pas creuser des tombes dans le roc, comme les anciens habitants du pays, ils ont trouvé ce moyen simplifié (fig. 9).

Du reste, les Arabes ne négligent pas de profiter d'une grotte ou

1. Cette manière d'ensevelir est identique à celle employée par les chrétiens du Négeb au \° el au m" siècles; les tombeaux fouillés par les Arabes attestent la Tnème disposition de la tombe; évidemment il ne s'agit pas d'une identité des rites.

d'une antique tombe taillée dans le rocher pour y déposer leurs morts. En visitant les ruines des villes disparues, on a parfois la désagréable surprise de rencontrer des cadavres au milieu des décombres. Il est assez ordinaire aussi d'en trouver sous un tas de pierres, au pied d'un arbre sacré.

Les Ta'âmreli ont un autre usage. Ils construisent de véritables caveaux pour les principaux membres de la tribu, et les y déposent enveloppés dans le kafan. Le caveau n'est pas toujours parfaitement fermé; on laisse une ouverture en forme de petite fenêtre comme cela se pratique du reste dans les cimetières de Jérusalem. C'est ainsi que fut enseveli naguère le notable musulman Gâr Allah. On lui creusa un caveau à l'extrémité de sa propriété, au mont Scopus. Sa dépouille mortelle fut descendue dans la chambre mortuaire, déposée sur un matelas de plume; le cadavre fut couvert de roses; la tête était à l'ouest, les pieds à l'est. Le cadavre ne fut pas complètement couché sur le dos, mais un peu incliné sur le côté droit, de manière à ce que son visage fût tourné vers le sud. C'est la position généralement observée dans la mise au tombeau, chez les Hamâldeh, les tribus du Belqâ et les Arabes du Négeb.

L'importance du cimetière ne joue pas le même rôle dans toutes les tribus. Les Sarârât, me dit-on, ne possèdent pas d'endroits destinés à la sépulture de leurs morts, qui sont enterrés à la place où ils succombent. Les Sehour auraient le même usage. Fendy, par exemple, un des ancêtres des Fâïz, mourut dans le G«jr; c'est là qu'il fut enseveli. Comme leurs campements sont presque réguliers, suivant les saisons, ils arrivent pratiquement à posséder aussi des endroits de sépulture déterminés. Mais cela ne saurait être comparé à l'usage imprescriptible de certaines tribus considérant comme un devoir absolu d'ensevelir leurs morts à un endroit traditionnel, regardé comme sacré. Les Ta'âmreh, du fond d'.Un Gedy ou des bords de la mer Morte, transportent leurs morts auprès du tombeau de Rachel. Les Gahâlïn les ensevelissent auprès d'Hébron en souvenir d'Abraham, ceux du Gôr à Néby Mousa. Les 'Azâzmeh ont plusieurs cimetières communs, illustres par la sépulture d'un wély ou d'un chef renommé comme à 'Asloug ou à Halasâ. Les Az-Zullâm ont un cimetière à el-Moheimeh et à 'Ar'ârah. Les Tlâhâ ensevelissent leurs morts à Moueïleh ' près du wély Eimour. D'une distance de deux ou trois jours de marche ils les apportent ici « parce qu'il y a de l'eau », me disent-ils; évidemment c'est pour laver les cadavres avant de

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