‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 30 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ 10. Origines et orgamsation de la tribu.

Je vais rapporter l'opinion des Arabes touchant lorig-ine de quelques tribus. Les légendes paraissent quelquefois se contredire; si on les enregistre quand même, c'est qu'elles retlètent toujours la pensée du nomade et contribuent à le faire connaître.

Chaque tribu a la prétention de descendre d'un ancêtre unique malgré les modifications survenues dans le cours des siècles.

D'après une légende, les Béni Saher seraient sortis d'un rocher, {mher), qu'on montre encore aux frontières du Belqâ, c'est pourquoi ils sont appelés ainsi, les Fils du rocher.

Une autre tradition regarde Saher comme un guerrier venu de l'est. En ce pays d'Orient, il y avait deux frères, Saher et Faher. Saher fut l'ancêtre des Béni Saher, et Faher fut l'ancêtre des Druses.

Un Arabe m'a expliqué de la sorte l'origine des Seijour et la cause de la diversité de leurs clans, qu'il est difficile de bien décrire; ils sont en effet appelés parfois Dahamseh, d'autres fois Toueïq; on rapporte la tradition suivante. Un bédouin, nommé Dahams, venant de l'est, trouve en plein désert un enfant abandonné. 11 le recueille, le nourrit, lui donne une éducation. L'enfant fut appelé loqtat Dahams^ la trouvaille de DahamL Mais l'épithètc était trop vague pour rester, et fut remplacée par une autre plus caractéristique; il fut en effet désigné sons le vocable de toueïq {^^\ys), le petit cercle, à cause d'un ornement qu'il portait au cou. Au bout de quelques années, Dahams donna sa fille en mariage à Toueïq. De cette union naquirent quatre enfants c[ui passent pour être les ancêtres des ditférents clans des Sehour. Ce furent Gofel (Jii), Sehïm (a;:^""), Gebeïn (^^) etQe'oud (-^3). Les deux fils Sehïm et Qe'oud (identifiés avec leurs clans) ne prospérèrent pas; on ne compte que douze familles pour le premier.

et quatre pour le second. Les deux autres, au contraire, eurent une nombreuse descendance. Us forment aujourd'hui les deux principales divisions de la tribu avec difFérentes subdivisions. On peut établir le schéma suivant :

Toueïq

Gofel Seliim (lebeïn Qe'oud

'Amer Heqeïs Jlâmcd El-xMeteïrat Faiz

Zeben

Dans ce récit le nom même de Saljer ne parait pas. Quand je fis remarquer cette anomalie, on s'empressa de me dire que Dahams et Salier étaient le môme personnage. Tous ses descendants portent naturellement, semble-t-il, le nom de fils de Saher*. Pourtant cette dénomination devrait son origine à une autre cause. D'après une légende plus qu'enfantine, tous les Arabes qui portent le nom de Beni^ comme les Béni Saljer, les Béni Hamïdeh, les Béni Hasan, les Béni 'Atïeh, etc., sont ainsi appelés parce (qu'ils ont travaillé à la construction de la Ka'abah, l'édicule sacré de la Mecque; la racine étymologique serait alors bana « construire »!

Les Haweïtât occupent un territoire borné au sud par le Naqb es-Stâr et la grande plaine de Hismeh située au sud du Sera; à Test, ils s'étendent au loin au delà de MaTm; l'ouâdy Mousa les limite à l'ouest; et au nord, l'ouâdy el-Hesâ devrait les arrêter, mais en fait ils viennent jusqu'à Kérak et parfois jusqu'au Môgib. S'il faut en croire le cheikh Za'al abou Tcâ'ïeh, leur ancêtre s'appelait Haweït. Il avait un frère; un jour, il le précipita dans un trou qu'il avait creusé en terre, le recouvrit à moitié et l'abandonna à son triste sort; il l'enferma dans cette fosse comme dans un enclos entouré d'un mur hait (i^''-^); de là le nom de Haweït- Il serait monté d'Egypte. On reconnaît ici la lutte fratricide des deux fondateurs '. D'après une autre tradition rapportée par le jeune cheikh Soleïmân eben Gâd, les Haweïtât auraient une antiquité plus vénérable. A l'origine des choses, trois groupes partageaient l'humanité; le premier s'occupa

1. A noter, toutefois, que Toueïq, dans cette légende, n"est pas le fils de Dahams, il ne fait qu'épouser sa fille. Si les descendants sont fils de Dahams, c'est par la filiation maternelle.

Page 1