‹ Coutumes des Arabes au pays de MoabChapitre 31 sur 159 · C'est le thème des deux fondateurs Romulus et Rémus · texte numérisé non relu

C'est le thème des deux fondateurs Romulus et Rémus

de la fabrication des tentes; le second se livra à la culture de la terre ; enfin le troisième se consacra spécialement à la razzia; ce furent les Haweïtât, qui, du reste, sont restés fidèles à leur première vocation. Ils comprenaient plusieurs branches aujourd'hui complètement séparées, mais sorties du même ancêtre, Haweït ebenHam, et se considérant toujours comme tribus sœurs'.

Les Sarârcït, divisés en clans fort nombreux disséminés un peu partout dans le désert, ont une origine obscure. D'après une légende, le premier Sarâry aurait été chasseur, ou un simple artisan au service d'un cheikh des Béni Helâl. Parcourant un jour le désert, il rencontre une femme, la prend pour la compagne de son existence, et, oublieux de son maître et de son ancienne position, commence à errer dans la solitude. Sa descendance a continué sa vie vagabonde, demandant au désert les maigres moyens de subsistance qu'il peut fournir.

Un autre récit raconte un peu différemment les commencements de la tribu. Sarâr, l'ancêtre commun, causa la mort de sa mère en venant au monde. Son père, très pauvre, le fit nourrir par une chienne. C'est la cause du mépris qui s'attache au nom des Sarârât, à travers le désert. L'ancêtre qu'ils honorent n'est cependant pas Sarâr, mais Seleïm. Ils ont aussi un culte pour 'Aqïl walad 'Azzâm-.

Les Hagâïâ doivent leur nom à une circonstance peu flatteuse. Dans une razzia contre Wâïl, ancêtre des Ruai ah, un Arabe dont le nom est resté inconnu fut blessé et abandonné sur le champ de bataille 3. Wâïl, vainqueur, l'aperçut, le prit sur sa monture, le porta sous sa tente et soigna ses plaies. Lorsqu'il fut rétabli, il tua un jour un parent de ^YâIl — quelques-uns disent sou propre fils — et prit la fuite. C'est pourquoi il fut appelé Haglât Wall « Ruse de Wâïl ». D'autres prétendent qu'il ne prit pas la fuite tout seul, mais qu'il emmena avec lui les trois filles de son maître et qu'ainsi il jeta le premier fondement de sa tribu.

1. Ces différentes tribus sont, toujours d'après les mêmes sources d'information : 1° les 'Alawln, sous le cheikh Hasan eben Gâd; 2" les Salâdeh; 3" les Eben Helâïel à l'est et au sud d'Aqabah; 4" les Eben Maqboul qui séjournent à 'Alaqam et atteignent Qebeïdah; 5" les 'AleiTin campés ordinairement à Debah et à Meheïieh; 6" les naweïtât proprement dits, dont les deux clans principaux sont celui d'^Arâr eben Gûzy, au Sera, et celui d'Abou Tâ'Ieh.

2. Seleïm serait enseveli au Môgib; mais les Sarârât visitent très peu ce tombeau. On rapporte qu'un Sarary descendit une fois dans la vallée pour accomplir ses dévotions et fui tué; cet accident suffit à écarter les autres Sarârât. Seleïm est cependant invoqué; on lui fait des sacrifices sous la tente. 'Aqïl walad 'Azzâm aurait son tombeau à Tebeïq.

3. Une autre tradition rapporte qu'un enfant abandonné fut trouvé un jour dans le bazar. Quelqu'un le recueillit et le porta au mélek \\'âïl qui le nourrit et le fit élever. On appela l'enfant Hag'iat Wû'd « éducation ou bienfait de Wâïl ».

Les Haiiriîâ sont des pillards qui ne reculent pas devant un assassinat; ils habitent à l'est de Kérak et sont souvent en lutte avec les tribus voisines.

Les Sarâïreh,une tribu de Kérak, reconnaissent comme ancêtres

deux frères, qui seraient venus du coté de l'Egypte [j^^ *j ^y^), disent-ils. Les Sarâïreh ont une grande dévotion pour le cheikli Salah qui cependant nest pas de leur tribu.

La tribu des Batous habite à l'ouest de Kérak près d"Irâq et de Ijanzïreh. Leur ancêtre s'appelle 'Otmân. Il monta du côté de Pétra avec Qeïs ben 'Amer. Ce dernier vint s'établir au Gébel IJalïl et fut l'ancêtre des Qeïsieh, tandis que les Batous restèrent auprès de Kérak.

A Ijanzïreh, on trouve encore les Magoudy qui se rattachent à un seul ancêtre nommé Esba'ah. 11 quitta la grande tribu des Sammâr et vint se fixer on Moab.

On connaît l'origine des 'Azeizât; du reste nous y reviendrons.

Les Hamâïdeh reconnaissent et honorent un ancêtre nommé Fâdel; il est venu du sud avec Saher, et de ce chef ces Arabes s'attribuent une certaine parenté avec les Béni Saher. Mais pourquoi, au lieu de porter le nom de leur ancêtre Fâdel, s'appellent-ils Hamâïdeh? Ils paraissent en ignorer eux-mêmes le motif.

Les Ka'âbneh sont venus de la Ka'abah, et leur ancêtre s'appelait aussi Ka'ab el-Ahbar.

Les 'Anezeh ont pour ancêtre Fendy; mais comme il fut nourri par une chèvre, anz, le nom de Anezeli est resté à toute la tribu.

Les Arabes Sirhân 1 ont reçu cette appellation de leur ancêtre qui ressemblait, parait-il, à un loup [sirhàn).

Tous les 'Azâzemeh, avec leurs clans multiples, prétendent descendre d'un certain 'Azzâm. Ce dernier, d'après la tradition du Négeb, était un Sarâry, qui traversa l'Arabah, et vint s'établir au sud de Bersabée. Il fonda ainsi la nombreuse tribu des Azâzemeh. En même temps que son nom, il transmit à ses descendants le caractère propre de sa race. Les Sarârât sont peu estimés parmi les Arabes de l'est, et au Négeb un membre de la tribu des Terâbïn croirait se déshonorer s'il épousait une fille 'Azzâmieh.

Les Tlâhâ descendent des Béni Helâl, du groupe d'Abou Zeid. Us portent le nom de Tiâhâ, parce que, rapporte la tradition, ils errèrent longtemps dans le Gébel Tlh.

'Adwân était, parait-il, le nom d'un guerrier redoutable qui vint de l'est, chassa les habitants qui se trouvaient dans la région de Ilesbân

1. Sirhàn est un nom de région. Cf. Eltino, Tagbucli..., p. 113 et ss.

et du Zerqâ et établit un royaume puissant qui s'étendait jusqu'au \Yrileh. Tous ses descendants et ceux qui s'adjoignirent à lui, prirent son nom.

Les 'Agârmeli vénèrent comme ancêtre un certain Sobah qui vivait au pays d'Orient. Seul, il se dirigea vers l'ouest, se fixa non loin de Hesbân, et donna naissance à plusieurs fils. Parmi eux, le plus brave fut 'Agram ; c'est lui qui donna son nom à toute la tribu. Chaque année, les 'Agârmeh envoient une chamelle au tombeau de Sobah pour y être immolée et distribuée aux pauvres. Avec le sang, on teint la tente de celui qui fait le sacrifice.

D'après l'ensemble de ces données il est permis de conclure que les nomades considèrent généralement la tribu comme sortant tout entière d'un seul ancêtre, qui lui donne son nom. Mais la règle n'est pas absolue, puisque les Tïâhâ, par exemple, sont ainsi dénommés à cause de leurs voyages dans la montagne du Tïh, et les Anezeh d'après la chèvre qui aurait nourri leur ancêtre.

Chacune de ces légendes, considérée dans son propre cadre, contribue à manifester la conception des nomades sur la formation de la tribu. Cette idée reste dans le vague, comme l'esprit arabe lui-même, et paraîtra sans doute bien insuffisante au lecteur. Cependant au lieu de rejeter cette faible lumière qui jaillit de leurs traditions, il sera plus sage de la compléter par l'examen des termes actuellement employés pour désigner la tribu et ses subdivisions.

Au-dessus de la communauté famiHale, dont il a été déjà question, se trouve un groupe social plus développé qui englobe plusieurs familles : c'est la hamouleh ^yos. i. U serait difficile de donner une définition adéquate de ce mot; il sera plus aisé de l'expliquer par un exemple.

Il est pris dans l'intéressante famille chrétienne des Sawâlheh. Son origine remonte par une chaîne de cinq générations à Saleh qui a donné son nom à toute la hamouleh-. Cet ancêtre laissa six enfants mâles qui firent souche à leur tour, de sorte que maintenant les Sawcâlheh comptent douze 'ahleh ou familles,

1, Le terme ne se trouve pas avec cette acception dans Freytag. Sartouny dit que l^.o^ plur. ('^^^ désigne les divisions des Béni Tanilm. Plusieurs noms anciens, usités dans la littérature pour indiquer les différentes subdivisions des tribus, ne sont que d'un usage fort rare ciiez nos Arabes; quelques-uns même sont complètement tombés en désuétude, à supposer qu'ils soient encore compris.

2. ^.-^ peut former régulièrement son pluriel en ^^srU-vjr; par conséquent les Sawâll.ieh sont les gens de Sûleh.

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