On appelle rezqah les honoraires du juge
De violentes discussions s'cng-agent. Le mari réclame le prix du sang, menace de sa vengeance les deux femmes soupçonnées d'avoir fait périr son enfant. Les inculpées jurent par Allah (|u'ellcs sont innocentes et leurs parentés les soutiennent. L'affaire est sur le point de dégénérer en drame sanglant. Les chefs se réunissent et se décident à renictlre la cpiestion entre les mains d'un juge expérimenté, qui saurait par sa prudence distinguer le « juste et le droit ». Tous, d'un commun accord, désignent Oqby, comme seul capable par son intelligence et sa dextérité de démêler la vérité. On se rend sous sa tente. D'un côté, le père de la victime réclame le prix du sang; de l'autre, les parents des deux femmes inculpées demandent justice pour l'injure faite ;\ leur nom. Oqby, dans sa gravité impassible, en homme qui possède la sagesse et est sûr de ses décisions, fixe la rezqah qu'il désire : elle lui est accordée. Il écoute ensuite en séance solennelle les dépositions des deux parties, celle du père de l'enfant d'abord, ensuite celles des parents des deux femmes, incidentées d'une double accusation; les deux femmes se rejettent l'une sur l'autre le crime dont on les accuse. Pourtant elles ne parurent point d'abord, les Arabes n'admettant pas volontiers leur témoignage; la discussion était conduite par leur père respectif. Oqby cependant les fait venir l'une après l'autre, pour voir la manière dont elles se disculperont. La mère de l'enfant parla avec calme, et d'une manière fort digne : « Allah m'a donné un fih, ce n'est pas moi qui l'ai tué. » La seconde femme s'excusa avec véhémence, et protesta fortement de son innocence. Oqby leur ordonna de se retirer; il prononça ensuite cette étrange sentence : Qu'on ordonne à ces deux femmes de se déshabiller et de se présenter ainsi devant l'assemblée. On transmet aux deux intéressées la décision du qO<]y. En l'entendant, la mère de l'enfant dit : « La jalousie m'a volé mon enfant, maintenant on veut me ravir mon honneur; je ne ferai pas ce qu'on me demande, dût-on me fendre le cœur. » La seconde femme dit : « Je me soumets à la sentence du juge, pour prouver mon innocence. » On rapporta au qà(Jy la réponse des deux inculpées : « C'est la seconde qui est la coupable, dit-il aussitôt; c'est elle qui doit être châtiée. » L'assistance fort nombreuse applaudit à sa sentence. Or le fils d'Oqby avait été en cachette témoin du crime; il avait suivi les débats dans le silence le plus complet. Vaincu par la sagesse de son père, il se lève alors et raconte les faits qu'il avait vus.
C'est ainsi qu'un cheikh doit être intelligent ( Jil:^), mais il doit aussi marcher dans la bonne voie {^jf^-^) '. c'est ainsi que je traduis ce mot qui signifie également les manières diverses de se conduire, et que les
Arabes regardent comme Téquivalent de lafofeh, amabilité, rehaussée par la libéralité.
Le cheikh doit recevoir tout le monde avec une égale bonté; ne se montrer dur envers personne, ne brusquer aucun visiteur. Il doit, suivant ses moyens, aider les pauvres, donner uu megîdy à celui-ci, vingt francs à celui-là, payer les impôts ou les dettes de celui qui est dans la misère. Lorsqu'une aftaire litigieuse menace d'éclater, il doit s'efforcer de l'apaiser dès son origine. Lorsque Qonsul, à Mâdabà, eut tué un Sahary, le cheikh Sâleh, une fois la première colère de l'ennemi apaisée, monta sa bonne jument, se rendit au campement des Béni Saher, paya le prix du sang et enqiêcha une collision sanglante. Il agit de même pour Ibrahim at-Touâl lorsque ce dernier eut tué un homme de Kérak ; il dépensa deux cents megïdys, donna deux cents brebis, plusieurs mesures de blé, et ne réclama rien à son protégé.
L'année dernière, le cheikh la'qoub apprend qu'un homme de sa tribu venait d'être mis enpiison à Kérak. A l'instant même il monte à cheval, voyage toute la nuit, entre à Kérak au soleil levant, se rend directement chez le moutesarref et fournit aussitôt l'argent qui lui est demandé pour délivrer l'homme de sa tribu.
La guerre éclata, il y a douze ou treize ans, entre les Béni Sa'alânet les Béni Saher. Après six ans de combats perpétuels, Xoury, désireux de mettre un terme à des hostilités qui devenaient une cause de ruine pour les deux partis, envoya des messagers à Talâl pour lui faire des propositions de paix. Talâl les accueillit avec bonté et dépêcha de son côté un exprès à Noury pour établir une paix tant désirée. Mais les difficultés étaient énormes; beaucoup de sang avait été répandu, et de nombreux troupeaux avaient été enlevés de part et d'autre. D'nprès les coutumes, il aurait fallu payer le prix du sang et rendre le bétail razzié; les chefs des Sehour voulaient maintenir l'usage. Mais Talâl prévit que sur ces bases l'accord devenait impossible; « il se montra aimable », disent les Arabes, et rédigea des conditions de paix propres à cette situation. En voici les articles :